CHAPITRE Xtl
îe second lieu l'indication du mot ou de la lettre que te premier observateur aura voulu transmettre.
Cette idée ne fut pas suivie, et îl faut aller jusqu'en 1774 (18) pour retrouver une tentative farte d'après une disposition analogue et qui est due à un Français, nommé Lesage, étaWi à Genève. Lomond (19), en 1787, employa un seul fil, et, d'après le plus ou moins d*écartement d'un pendule, chercha à transmettre des signes différents. Reiser en 1794, Cavallo en 1795, Salva et l'Infant don Antonio en 1796, Bétancourt vers la fin du siècle dernier, et enfin Ronalds en 1823 (19*)^ essayèrent d'utiliser les effets d'attraction ou les actions chimiques dues à l'électricité statique, pour atteindre le même but. Ce dernier imagina de faire tourner un cadran portant des lettres qui venaient se placer successivement devant une petite ouverture; c'est la première fois que cette idée s'est présentée <*.onime moyen télégraphique.
La découverte de la pile par Volta, au commencement du siècle, on montrant que Télectricité sous forme de courant n'offre pas It même tension que les sources d'électricité statique, a permis d'imaginer de nouvelles formes pour les appareils à l'aide desquels on se proposait de transmettre des signaux ; c'est ainsi que Coxe en 1810, et Sommering en 1 81 1 , proposèrent de se servir des propriétés électro-chimiques de l'électricité voltaïque; ce dernier construisit même à Munich un appareil dans lequel vingt-quatre fils, correspondant aux lettres de l'alphabet , étaient en relation avec autant d'appareils à décomposer l'eau, lesquels servaient à indiquer, par l'effet produit sur le liquide, le signe que l'on voulait transmettre.
Mais, aussitôt après la découverte d'GErsted, en 1820, Ampère, dont les travaux ont créé en quelques mois Félectro-magnétisme (voir pages 72 et suivantes), indiqua, la même année, l'emploi que l'on pourrait faire de l'effet produit par un courant électrique sur l'aiguille aimantée comme moyen télégraphique. On trouve, en effet, dans le mémoire qui résume ses premiers travaux, les pas* sages suivants (20) : il y a « possibilité de faire mouvoir l'aiguille « aimantée à une grande distance de la pile , au moyen d'un a conducteur très-long, dont le milieu se recourbe dans la direc- (( tion du méridien magnétique au-dessus ou au-dessous de l'ai- « guille. Cette expérience m*a été indiquée par le savant illustre « (Laplace) auquel les sciences physico - mathématiques doivent « surtout les grands progrès qu'elles ont faits de nos jours; elle a a pleinement réussi. »
'2hO DE l'bLECTBICITÉ ET OU MAGNÉTISME.
Plus loin il dit : « On pourrait^ au moyen d'autant de fils condao- (r teurs et d'aiguilles aimantées qu'il y a de lettres, et en plaçant a chaque lettre sur une aiguille différente^ établir à Taide d'une tt pile placée loin de ces aiguilles, et qu'on ferait communiquer al- <i ternativement par ses deux extrémités à celles de chaque conduca teur, former une sorte de télégraphe propre à écrire tous les dé- « tails qu'on voudrait transmettre, à travers quelques obstacles que a ce soit, à la personne chargée d'observer les lettres placées sur a les aiguilles, en établissant sur la pile un clavier dont les touches a porteraient les mêmes lettres et établiraient la communicatioD « par leur abaissement; ce moyen de correspondance pourrait avoir a lieu avec assez de facilité, et n'exigerait que le temps nécessaire « pour toucher d'un côté et lire de l'autre chaque lettre. » Aragofit observer à Ampère que Sommering avait déjà proposé d'employer l'électricité comme agent télégraphique, mais en se servant delà décomposition électro-chimique de l'eau. Il n'en est pas moins vrai que si, à cette époque, on eût suivi les indications d'Ampère, on fût arrivé vingt ans plus tôt à la télégraphie électrique.
Sans parler des tentatives faites depuis cette époque jusqu'en 1 83 i, nous dirons qu'alors MM. Gauss et Weber (21 ), qui étudiaient le magnétisme terrestre à l'aide des magnétomètres (voir page 120), se servirent de la propriété que possède un courant électrique d'agir sur un barreau aimanté pour mettre en communication le cabinet de physique avec l'observatoire de Gœttingue ; dès lors on put prévoir que ce mode de correspondre à distance pourrait être substitué au télégraphe aérien inventé par les frères Chappe, établi pour la première fois en France, en 1794, de Paris à Lille, et adopté partout depuis cette époque.
M. Stcinheil , à Munich (22) , en répétant les expériences de MM. Gauss et Weber, s'occupa de ce sujet etconstruisit un télégraphe à aiguille qui fonctionna en juillet 1837. Ce télégraphe était formé d'un seul circuit agissant sur deux aiguilles aimantées, et il n'y avait que deux sortes de signes possibles par le passage d'un couvant électrique dans un sens ou dans l'antre. M. Steinheil employa, en même temps que les déviations de l'aiguille, le choc qu'elles pouvaient faire sur des timbres, et les traces que des plumes mues par elles pouvaient faire sur un papier;, en outre, il fit usage de courants par induction, et dit qu'il pouvait réduire à un seul fil le circuit servant à faire communiquer les deux stations en rapport, la erre pouvant faire fonction d'un des conducteurs. Ainsi M. Stein-
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heil a touché dès l'origine à plusieurs des points très-importants de la télégraphie électrique^ savoir : remploi d'un seul fil^ et celui des courants par induction à la place de courants provenant d'une pile.
La même année, M. Wheatstone, à Londres, s'occupait de Papplication de la télégraphie électrique, puisqu'on mars 1837 (23), un journal avait parlé de ses expériences; en juin il demandait, de concert avec M. Gooke, une patente qui leur était accordée le 12 décembre, et dans Tintervalle, en juillet, un instrument était installé, pour les essais, sur le chemin de fer de Londres à Birmingham. Ce premier appareil était composé de cinq multiplicateurs à aiguilles verticales, et exigeait cinq fils conducteurs, et , par les directions diverses des aiguilles aimantées, indiquait les différentes lettres de l'alphabet.
D'après les dates que nous avons citées, il paraît évident que les savants que nous avons nommés ont travaillé séparément à la question de la télégraphie électrique; les expériences de MM. Gauss et Weber, et celles de M. Steinhëil (:24), ont la priorité sur celles de M. Wheatstone; néanmoins les noms de MM. Steinhëil et Wheatstone sont- attachés à cette grande application de la physique, et, s'ils n'ont pas imaginé les premiers de se servir de l'électricité comme agent télégraphique , ils ont construit les premiers appareils qui aient pu prouver que cette application ne devait pas se borner à de simples expériences de curiosité. Cependant il faut remarquer que l'appareil de M. Steinhëil était plus simple, puisqu'il n'exigeait qu'un circuit, et doit être considéré comme le type des télégraphes à aiguilles, à sonneries et de ceux écrivants qui ont été proposés et préférés depuis. D'un autre côté, M. Wheatstone, dans le système qu'il employait, indiquait une sonnerie d'alarme mue par un électro-aimant temporaire , qui est le premier emploi d'un électro- aimant pour transmettre les signaux. On peut considérer cet appareil comme offrant la première indication des télégraphes utilisant un mouvement d'horlogerie dont la marche est réglée par un électro-aimant temporaire parcouru par l'électricité.
M. E. Davy construisit en 1839 un télégraphe fondé sur ce dernier principe, et dans lequel un système de rouages entraînait un papier sur lequel les signaux formés par la décomposition éleclro-cbi* mique de l'iodure de potassium étaient enregistrés par des lignes plus ou moins espacées et par la production de l'iodure d'amidon.
M. Morse (25), en septembre 1837, revendiqua l'invention de la télégraphie électrique en citant des lettres de personnes auxquelles h avait communiqué ses projets de télégraphie électrique en 1832.
263 DE l'électricité et du MAGNETISME.
Mais^ bien qu'il ait pu travailler à réeoudre cette question^ il est évident que la première publication qu'il ait faite est postérieure aux publications de M. Steinheil et à celles de MM. Wheatstone et Cooke, bien que son télégraphe diffère, sous tous les rapports , des précédents. L'appareil de M. Morse n'exige qu'un seul circuit en rapport avec un électn>ainiant^ qui peut agir sur une armature quand le courant électrique le travei'se. Cette armature est en relation avec une [dume ou un style qui presse contre une bande de papier quand Pélectro*-aimant agit; cette bande de papier est entraînée par un mouvement d'horiogerie^ et quand^ à l'aide d'un manipulateur simple ou d'une clef qui permet d'interrompre ou d'établir le courant âeetrique à l'une des stations^ on fait fonctionner l'appareil , des traces linéaires ont lieu sur la bande de papier qui se déroule à la seconde station. Si l'on établit au moyen de la pile une décharge électrique pendant un temps très-court ou pendant un temps plus long^ par le mouvement de la clef mue à la main^ on forme des points ou des lignes sur la bande de papier^ et la succession des lignes et des points donne les signaux conventioilnels néccsssaines à la transmission télégraphique.
Cet appareil; perfectionné depuis par M. Morse lui-même, surtout au moyen d'un style qui trace en relief les points et les lignes, est aujourd'hui généralement employé dans tous les pays, car il n'exige qu'un seul circuit et est d'une manœuvre très-^facile. C'est par ce motif que ce télégraphe, sauf pour des cas spéciaux, est préféré aujourd'hui, bien que beaucoup d'appareils et de systèmes plus ou moins compliqués, dont nous allons faire connaître quelques-uns, aient été proposés depuis.
A partir de 4837, la télégraphie électrique préoccupa les ingénieurs ; de nouveaux systèmes et des perfectionnements des premiers appareils furent mis en avant. M. Masson avait proposé d'abord un télégraphe électrique de son invention, puis, conjointement avec M . Breguet (i6), en 4 838, il en construisit un autre qui fonctionna au chemin de fer de la Garre. M. Vorseknann de Herre (27) voulut employer les commettions transmises à ^stance , c'est-à-dire un télégraphe électro^physiologique ; mais ee système n'a pas été utilisé. En 4840 (^), M. Wheatstone décrivit un nouvel appareil, «n télégraphe à oadran, dans lequel un disque, mobile, à l'aide d'un mouvement id'horlogerie, venait présenter les lettres de l'alphabet devant ime ouverture, et cela par le mouvement d'une ar* mature en fer doux oommaïklée par un électro-aimant, qui arrè-
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tait ou pemettait le jeu des ressovis : mm M. WheatslMe produifiâity à Taide de Taetion électro-nagnétiqne d'an ccmraot, le wèea^ effet que RoBalds^ ea d823, obtenait avee Péleetricité statique. Ce télégraphe deM. Wheatste&e n'exigeait qu'un aeul ctveuit.
Daus iea premiers temps de l'emploi des télégraphes» et pour qu'il ; ait possibilité de tiansmettie «u courant à de grandes distasoes, on reconnut la nécessité de n'enqpioyer le courant tancé à ime station que pour faire fonctionner un premier électro-aimant destiné à mettre en action une pîle k)cale placée à la seconde station ; ûeite dernière pîle doit alors faive fonctionner le télégraphe. L'éleetaronaixDsmt addi^nnel a reçu le nom de reiais, lequel n^enge qu'une très-faible force pour fonctionner. C'est une innovation importante qui a été faite^ dans ks télégraphes qui ^itété construits^ parilM» Morse^ Breguetet Wheatstone.
M. Steinheii, quelques anuées plus tard, a imaginé une espèce de relais^ nommé transiaieury appliqué au télégraphe Morse, et qei a pu permettre d^envoyer une dépêche d'une station à une autre en passant au travers de stations intermédiaires tout en y imprimant eetle dépécdieu
Afin de pouvoir bien suivre ce que nous allons indiquer^ nous devons dk*e que chaque système télégraphique se compose essentiallemeut de deux paires d'appareïs ; cha<pie paire est fermée d^m manipulateur destiné à établir ou interrompre le odorant à la station de départ, et d^un récepteur ou appareil qui reçoit les signes à la station d'arrivée ; le récepieur et le manipulateur sont en relation tv«c une pile au moy^ d'un M, la terre servaut de second conducteur pour former le circuit complet.
Depuis 1837^ on a duod^îé et simplifié l^ appareils^ et on a chercbé à tracer et à imirâBer les dépêches. Le télégraphe àaigurlles de Steinheil^ maisavec la forme dannée par MM. Cooke et Wheatstone et employé de préférence jusqu'ici en Angleterre, a été perfeetioimé et m€Mdifté;M. Bain, en i4M6^ s^est occupé de cette €|uestion, et M» Gloesener, professeur à Liège, a employé les armatures aimantées et Le reoversement du courant M. ¥^atstone a fait fonctionner le télégraphe à cadranafrecKka courants induits; M. Henley a appK^ que tcès-simplement ei d'une manièpe avantageuse ces mêmes co»raoÉs par induction asx télégraphes à aiguiUes.
M. Breguet a dood^é au système déèégraphique à cadran ime disr position c]ui en rend l'emi^. rânple et facile ; c'est ce système*, en France , qui a été préféré pour le service des établissements
284 DE l'Électricité it du magnétisme.
particuliers et des chemins de fer. D'un autre côté^ M. Breguet, de concert avec M. Foy^ ont disposé un double télégraphe à cadran^ de façon que les aiguilles indicatrices simulent les signaux du télégraphe aérien de Chappe : c'est un des télégraphes électromagnétiques qui transmettent le plus rapidement des signaux ; il fut adopté sur les lignes télégraphiques françaises depuis 1845 jusqu'en 1855, où le télégraphe Morse lui fut substitué. MM. Froment, Siemens^ P. Garnier, Gloesener, etc., ont également présenté des systèmes télégraphiques qui fonctionnent bien. . D'après ce que nous avons dit, M. Steinheil avait employé le premier le tracé des oscillations d'aiguilles aiiriantées pour inscrire des lignes représentant des signaux télégraphiques; mais M. Morse, comme on l'a vu, résolut plus simplement le problème, et, bien que son télégraphe inscrivant ait été comparé à bien des systèmes imaginés depuis une vingtaine d'années, cependant il leur a été préféré dans la transmission des dépêches des gouvernements; en France, en Allemagne, en Italie, en Amérique, il est aujourd'hui en usage. MM. Dujardin et Froment avaient proposé des modifications à cet appareil, surtout en ce qui concerne le mode de tracé, lesquelles sont restées jusqu'ici à l'état d'expériences curieuses. Nous devons citer parmi les personnes qui ont construit et perfectionné le télégraphe Morse , MM. Siemens et Halske, en Prusse, et M. Hipp, en Suisse,
Nous avons dit plus haut que M. E. Davy avait proposé, en i839, un télégraphe dans lequel le tracé des caractères avait lieu par l'action électro-chimique du courant agissant entre une pointe métallique et un papier ou une étoffe enduite d'iodure de potassium, de manière à amener Fiode au pôle positif et à colorer le papier ou l'étoffe. Mais, si ce télégraphe renferme le principe des télégraphes électro chimiques, celui de M. Bain (29) fut un grand perfectionnement, et montra qu'on pouvait transmettre avec une étonnante rapidité i ,500 lettres à la minute ; le tracé avait lieu au moyen d'un style en fer ou acier, passant à frottement sur la sarface d'un papier enduit d'une solution de cyano-ferrure de potassium : le courant passant entre le style et le papier, le fer, qui était le pôle positif, donnait du cyanure de fer bleu qui marquait sa trace sur le papier. Afin d^avoir une série de points et de lignes corr^ pondant aux signes conventionnels, on était obligé de découper sur des bandes de papier, et à la manière du tracé des cartons Jac* quart, des points ou des lignes, de façon que ces bandes étant int^