CINQUIÈME ÉPOQUE
DYNASTIE DES ROMANOW , ET RESTAURATION DE RA RUSSIE; DE l6l3 A 1687.
i6i3. Les états assemblés à Moscou, qui portéreut au trône le fils du métropolite de Rostof , étaient , suivant l’usage , composés . des divers ordres de l’état, c’est-à-dire des boïards et ofiiciers de la maison du prince , des voiévodes , des nobles et enfants boïards des villes , des marchands , des bourgeois et des propriétaires de biens fonds.
Michel Romanow n’avait que seize ans.
Incapable de tenir de sa raain.^ débile le timon de l’état , surtout quand la tempête grondait encore , il ne dut cette préférence qu’aux vertus de son père et à la nécessité de faire un choix qui ajournât toutes les ambitions concurrentes, sans leur fermer
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la carrière. Apres tant de tyrannies , les Russes fatigués s’adressaient à la candeur d’un roi enfant pour n’èU’e pas opprimés. Ils se trompaient pourtant , ainsi qu’on le verra tout à l’heure ; et d’ailleui’S ils auraient pu faire un choix plus conforme à leur culte pour les races légitimes. Celle de Rourik n’était pas éteinte, ^ct quoique le temps en eût brisé le tronc , quelques uns de ses rameaux désunis pouvaient se retrouver dans d’illustres familles. Rigoureusement , on pourrait donc considérer l’élection de Romanow, sinoncomme une usurpation, au moins comme une violation du principe qui sert de support à l’utile fiction des légitimités; mais il paraît que les Russes faisaient au fond plus de cas de l’illustration des emplois et du pouvoir ^inffque de l’ancienneté de la noblesse et du droit, ce qui est une préférence de peuple esclave.
Michel n’était pas meme d’origine russe; ses aïeux étaient prussiens , établis en Russie depuis le quatorzième siècle.
Les historiens qui ont fait de Romanow un rejeton égaré de la grande dynastie ont
donc avancé une imposture pour flatter la maison régnante (i). Les mêmes écrivains ont vu dans cet enfant sans expérience un sage consommé qui n’accepta qu’en tremblant le dépôt de la suprême puissance , tant ü comprenait les devoirs de la royauté !
Le fardeau était en eflfet pesant pour lui : il avait à repousser les efforts de la Pologne et de la Suède , et à prévenir ou à soutenir les iattaques imprévues des Cosaques et des Tatars. Les Suédois étaient toujours maîtres de Novgorod.
Gustave-Adolphe, en 1612, avait amené sur les marches du trône des tzars son frère Charles-Philippe ; mais les Russes virent bien qu’il avait moins l’intention de donner un roi à la Russie' que d’agrandir la Suède. L’élection de Romanow n’étei-
(1) Ceci importe à remarquer. Eichhorn est de ce nombre :«I1 n’y avait pas, dit-il, de plus proche parent de la maison de Rurik , que l’on pùt élire. Son grand-père, Nikita, était un beaufrère d’Ivan Vassiliéwitch II , et par suite devenu oncle du tzar Fédor I'*', avec lequel s’était éteinte la branche mâle de Rourik.
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gnit pas ce de'sir dans l’amc de Gustave ;
un enfant de seize ans lui semblait un fai-
ble obstacle. Il<rejeta toutes les propositions de paix que ce jeune prince lui lit faire. Romanow implora contre ce puissant ennemi l’assistance ou la médiation de la Grande-Bretagne , de ki France et de la Hollande. Gustave fut sourd , continua la gueiTC , prit Pleskof , et ne posa les armes qu’après le traité de Stolbowa (i). Par ce traite' la Russie abandonna à la Suède la Carélie , l’Ingrie et plusieurs places importantes , entre autres Ivangorod et Narva , renonça à ses pi'étentlons sur la Livonie , et paya en outre une somme de 200,000 roubles.Mais il restait à s’entendre avec la Pologne. La couronne des tzars avait été promise à plus d’un prétendant, et à ce titre , Vladislas , fils de Sigismond, réclamait aussi des dédommagements pour ses espe'rances trompées , et il les l’éclamait à la tête d’une armée presque sous les murs de Moscou. Il était urgent d’acheter le repos du pays que les troupes
(a) Lévesque met ce traité en i6i6.
iga RÉSUMÉ .
dévastaient; le tzar se résigna à de nouveaux sacrifices, et par ûn nouveau traité céda Smolensk , Severie 8t Tchernigof à la Pologne. A ce prix il obtint encore la liberté de son père , prisonnier en Pologne , depuis l’ambassade que Cliouiski avait envoyée pour avoir raison des faUx Dmitri que les palatins avaient fait surgir contre lui. Le trône n’avait pas totalement corrompuRomanow, et il associa le nom de son père au sien dans les actes de son gouvernement.
La paix extérieure étant rétablie , Romanows’applique à favoriser ce commerce avec l’Orient si souvent interrompu , et fait partir des ambassadeurs pour la Perse et la Chine. Le résultat de' leurs négociartions avait principalement pour objet le commerce des soies , et d’autres matières premières , dont la privation rendait la Russie tributaire des nations du Nord , qui fabriquaient déjà avec un très grand succès.
La mort de Sigismond fut le signal du renouvellement delà siuerre avec la Polo-
gne. Los Russes regrettaient des conccs-
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sions arrachées parlanécessite'&D’ailieurs l’occasion s’offrait opportune, la Suède étant en rupture ouverte avec la Pologne (ï) ; mais la campagne s’ouvrit sous de, funestes auspices ; la discorde éclata entre les générausc russes sous les remparts de Smolensk ; les soldats se mutinèrent , et bientôt , enveloppés par ceux qu’ils venaient assiéger, ils se virent réduits à signer une capitulation peu honorable. La suite de cet échec fut lapaix de Yiasma, qui maintint les stipulations des précédents traités en faveur de la Pologne , en y ajoutant une formelle renonciation à toutes prétentions sur la Livonie , l’Ësthland et la Courlande. Par compensation, Yladislas • abandonna ses droits au trône de Russie , et voulut bien reconnaître la légitimité de Romanow. Enfin ce dernier traita, également avec la Porte , et accepta su médiation afin d’obtenir du klian de Crimée des*' indemnités 'ou des satisfactions pour les dernières incursions faites sur le territoire russe (i).
(i) Voyage à Moscou et en Perse, à l’occasion
Là se bornèrent les velléités ambitieuses et les tentatives* militaires de Michel Romanow. En mourant il ne laissa point de querelles à son fils, et fit regretter son règne, parcequ’il avait aime' la paix , ou du moins avait su se dégoûter de la guerre , sans attendre du sort de trop funestes
leçons*
A travers les oscillations d’un règne souvent orageux, Alexei ou Alexis, fils de Michel , suivit avec assez de constance et de succès les plans restaurateurs de son père. Il ouvrit de nouvelles routes au commerce , établit des manufactures , ébaucha la création d’une marine marchande , appela des étrangers, et donna la première impulsion à l’exploitation des < mines considérables de fer et de cuivre qui se trouvent dans les divers pays de la domination russe. L’art de construire des navires était encore dans l’enfancc ; des constructeurs hollandais vinrent l’amé-* liorer un peu , en attendant que Pierre
d’une ambassade du Holstein (iGôS-iGôg), d’Adam Oléarias. Hambourg, 1696, in-fol.
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allât lui-même acCroîlre ces premières conquêtes industrielles , en travaillant la hache à la main dans les chantiers de Sardam. C’est sous le règne d’Alexis que les extrémités orientales de l’empire russe , dans la partie d’Asie , furent exploitées pour la première fois; il serait curieux de suivre la course hardie de ces premiers / navigateurs russes, sur les mers du Kamtschatka et de la Chine; mais les vicissitudes du trône nous rappellent à Moscou.
Alexis ét^it presque enfant en montant sur le trône, et le boïardin MorozolF, son gouverneur, devenu son premier ministre, exerça l’autorité souveraine sous le nom du tzar. Cet homme porta assez loin l’abus du pouvoir pour lasser ce peuple , pourtant si i patient; et sa vengeance fut terrible. Après avoir sacrifié à sa fureur séditieuse tous les parents , tous les amis de MorozolF, tous ceux qui passaient pour 'complices de ses honteuses prévarications, après avoir livré aux flammes les Images consacrées par la piété , et assouvi sa rage même sur les chevaux de ce ministre , le peuple de Moscou assiégea le palais du prince. Le
tzar conjura son peuple d’dpargncr Moroz&ff; toutefois il eût vainement abaisse la majesté du troue jusqu’à la supplication devant cette multitude altérée de sang , s’il ne lui eût abandonné deux 'ou trois autres seigneurs. Après les avoir mis en pièces, le peuple laissa Morozoff continuer ses fonctions auprès du tzar : mais il s’élait mis en goût de sédition et de sang ; de nouveaux troubles ne tardèrent pas à éclater , et l’insurrection se communiqua à différentes parties de l’empire.
Des paysans suédois avaient abandonné leur patrie pour se soustraire au joug peu maternel de la savante Christine , se flattant de trouver en Russie un sort plus heureux ; le tzar Alexis les avait accueillis , avait encouragé , favorisé leur émigration. La reine de Suède exigea un dédommagement pour cette violation du droit des souverains; le tzar, qui n’était point assez sûr de la' bonne volonté des siens pour s’exposer à une guerre , consentit à un tribut en argent et en blé,. Le peuple, effrayé de la sortie des grains , et menacé de la famine , imputa de noiweau
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à MorozofF ses maux présents et ceux qu'il redoutait ; il voulut voir dans chacun des nobles'bu des riches un coupable , et se porta aux plus grands excès contre le métropolite de Novgorod , le célèbre Nicon , l’un des annalistes de la Russie. La conduite de ce prélat , tandis que la révolte était flagrante , et sa magnanimité , lorsqu’elle eut étéy calmée, furent d’un chrétien et d’un saint, ou d’un héros.
Les chefs de cette insurrection avaient délibéré de déposer le tzar pour se donner au roi de Pologne. Depuis (lorsque Alexis se fut complètement afierrai , qu’il eut enlevé quelques villes à la république J et que les Cosaques zaporaviens se furent donnés à lui), en voyant le règne malheureux de Casimir , il coilcut à son tour l’espoir de réunir à sa couronne celle de Pologne. Pendant de longs siècles ces deux puissances rivales se disputèrent à qui étoufferait l’autre , et finalement la Russie l’emporta. Mais peut - être il a tenu seulement à la différence de religion qu’une race polonaise ne soit montée sur le tronc des tzars. C’est par le catholi-
cisme surtout que les Polonais e'taient delestes du peuple russe.
Les Cosaques nommés Zaporaviens, ou plus correctement Zaporoisti ^ mot qui signifie habitant au-delà des écueils , étaient des Russes qui cherchèrent un asile vers les cataractes' du Dnèpre en 1471 , à l’époque où le roi Casimir , de la race des Jagellons, réunit la principauté de Kief au trône de Pologne. Ces émigrants de la petite Russie prirent le nom tatar de Cosa~ ques , qui signifie un homme armé à la légère , ou pareequ’ils adoptèrent la manière de vivre et de. combattre des hordes tatares, ou parcequ’ils avaient parmi eux beaucoup* de ces Cosaques latars , fujant comme eux le joug des Lithuaniens. Quoi qu’il en soit , les rois de Pologne tirèrent un grand parti de cette horde ^ tant qu’ils ne l’opprimèrent pas. Étienne Battori le.s organisa en six régiments de mille hommes , commandés par un officier général , avec le titre d’hetman que portaient les généraux polonais. Ces ti'oupes ne recevaient point de paie ni de subsides , fai— . saient la guerre absolument à leurs frais ^
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se coutentaut à la fin d’une campagne de, quelques gratifications^ en ai-gent ou en pelisses.
Les successeurs de Battori ne traitèrent pas les Cosaques avec la bienveillance paternelle qu’ils avaient trouvée en lui. Abandonnés aux caprices tyranniques des palatins, ils perdaient de jour en jour tous leurs privilèges , et jusqu’à l’ombre de cette liberté pour laquelle ils avaient tout sacrifié.. Sigismond 111 leur défendit de faire des excursions contre les Turcs , et c’était attaquer les moyens d’existence de leur société. Enfin on voulut les convertir au rite latin ; on les fit assiéger par des prêtres catboKques , et un* concile d’évêques polonais décida de la liberté de leurs consciences. Alors les Cosaques se révoltèrent. La guerre qu’ils soutinrent contre leurs oppresseurs fut longue , variée dans ses chances ; souvent vaincus , ils ne fuirent jamais complètement subjugués , ni surtout convertis. Pour vaincre et faire trembler les Polonais à leur tour, ils n’avaient besoin que d’un chef habile . Ce chef se trouta dans la personne de
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leur hclraan Khmelnitski , et ce fut lui qui les engagea à recourir à la protection d’Alexis.
Alors la guerre e'clata de nouveau entre les deux puissances. La Pologne eut le dessous , et , après la perte de plusieurs villes , se vit forcée à conclure la paix pour treize ans. Cette trêve , signée aux environs de Smolensk stipula la réunion définitive à la Russie des villes conquises, Smolensk, Polotsk , Mohilef , Kief; et l’abandon d’une partie de l’Ukraine et de la Sévérie.
La guerre contre la Suède fut bien moins heureuse , et Alexis , malgré ses vœux et ses efforts , succomba sous l’ascendant de cette étonnante fortune militaire de Charles - Gustave , dont l’éclat l’offusquait. Il commença pourtant par s’emparer des villes de Dorpat et de iVarva ; mais devant Riga il essuya un échec complet, et après avoir perdu un nombre d’hommes considérable , il fut fpfcé. d’en lever le siège. Son but était dé reconquérir les pays qu’avaient enlevés à la Russie les derniers traités , c’est-
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à dire la CareJie , l’Ingrie et la Livonie. La peste , qui parcourait le Nord à cette epoque , le chassa de cette dernière province. Enfin un armistice , et bientôt une paix base'e sur les conditions de celle de Slolbowa , maintint le statu quà entre les deux puissances.
Au moment où le tzar faisait la paix au dehors , un brigand désolait les provinces orientales de son empire. Stenka Razin était un Cosaque du Don , qui débutait ainsi qu’ont débuté beaucoup de conquérants fameux. Doué d’une audace prodigieuse , il ne manqua peut-être que d’un peu plus de prudence ou de bonheur pour devenir un Timur-Lenk, unDschiugis-Khan. Il fut pris, amené à Moscou, et relâché , parcequ’il ne s’était rendu qu’à la condition d’avoir sa grâce. Retourné libre sur les bords du Don , il recommença ses brigandages*, s’empara d’Astracan , qu’il remplit de meurtres et de désolationj puis, remontant le Volga, annonça le dessein d’aller assiéger Moscou, pour en faire le tombeau des nobles , des boïards , des
pi'étres et des soldats , tous complices de
la tyrannie et de l’oppression des peuples; mais les ge'ne'raux russes Boriatinski et Dolgoroukof délivrèrent la Russie de cet effray'ant libérateur. Battu et fait prisonnier une seconde fois , il fut écartelé , et son frère fut pendu.
1618. Alexis jouit d’une profonde paix le reste de son règne. Il mourut en 1676. 11 avait été marié deux fois, et Fédor, fils du premier lit , fut appelé à lui succéder.
• Ce monarque ne fut pas remarquable par céttc forte teinte de férocité , commune à la plupart de ses prédécesseurs , et la plupart des historiens ont vanté la douceur de son caractère. Cependant il créa la chancellerie secrète , espèce d’inquisition d’état qui pouvait satisfaire à toutes les terreurs et à toutes les fantaisies du despotisme , en dispensant le despote des dehors odieux de la cruauté brutale. A mesure que les sociéte'% iavancent , il arrive un point où la férocité passe des , hommes dans de certaines institutions (i).
' (1) Karatnsin prétend qu’elle ne fut établie que sous Pierre et que celle d’Alexis n’était
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C’est encore à ce prince qu’appartient l’honneur d’avoir re'uni et re' formé les diverses parties de ia législation russe , dans fin recueil qui subsiste encore , coiprae monument utile , sous le nom
Uloschenijê . Mais ce qui n’e'tait pas d’un législateur, ce fut l’altération ' des monnaies, déplorable ressource à laquelle il recourut après la guerre avec la Pologne et la Suède. La misère du peuple , déjà extrême , s’en agrava ; le désespoir conseilla la sédition : elle fut terrible ; il faHut verser des torrents 4s sang , et ce fut peut-être pour prévenir le retour de ces désordres que la chancelidiie secrète fut instituée. En même temps le tzar prit un moyen beaucoup plus efficace , ce fut de supprimer la mauvaise monnaie , qui avait tué le crédit.
Fédor , le plus âgé des fils d’Alexis , lui succéda à l’âge de dix-neuf ans. Il commença par faire la guerre aux*Turcs, et la fit avec quelque succès ; mais la paix
qu’une clianccllcrie privée, un cabinet destiné à régler les affaires du domaine.
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conclue en i68i permit à ce prince de s’occuper de re’formes Idgislatives , qui furent de plus, belles victoires. Il eut la gloire' d’abolir les titres héréditaire# , dont l’effet e'tait de donner , soit dans les emplois militaires , soit dans les emplois civils , une supériorité' absolue’ à celui qui pouvait prouver l’exercice ante'rieur de grandes fonctions dans sa famille , sur celui qui ne pouvait pas faire cette preuve , fût-il même d’une naissance plus distingue'c ; car l’ancienneté de la race cédait le ^ pas à l’illustration des emplois.
Il fallait que les maux pioduits par ces abus aristocratiques fussent bien grands , pour qu’à une telle époque ou entreprît d’y remédier ! C’était une dure extre'mitc en effet de se priver , par exemple , des services d’un bon général, parceque ses ancêtres n’avaient pas eu d’aussi grands emplois que ceux de quelques personnages sans*talent qui se trouvaient dans l’armée. Une telle manière d’entendre le privilège de la naissance en dénaturait même tous les bons effets. D’éternelles pointillcrics avaient lieu entre des per-
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sonnes d’un même état , d'un même rang, d’une même famille , et ces puériles contestations faisaient perdre tout le fruit d’une campagne. En temps *de paix , il n’y avait pas de fêtes , de eêrémonies , où quelque 'seigneur ne présentât requête pour ne pas se voir l’égal d’un autre.
Le tzar ne crut jias , pour venir à bout de son utile dessein , que son pouvoir absolu le dispensât d’user d’adresse : leurs prérogatives étaient trop chères à ceux qui les possédaient. Il fit rassembler dans son palais tous ces parchemins, ces registres où l’ordre des rang» était constaté , sous le prétexte de faire ajouter des éclaircissements nécessaires , rectifier des erreurs et donnera ces chartes une sanction nouvelle. Puis , ayant convoqué un conseil , composé du patriarche , du haut clergé et de tous les officiers ^ de la couronne , il délibéra et fit exécuter le brûlement de tous ces titres , en présence de leurs possesseurs , qm applaudissaient en frémissant.'
Ce qu’il y a de bien remarquable dans ce coup d’état si extraordinaire , c’est que
le tzar et le patriarche , dans les discours qu’ils firent chacun , pour démontrer la nécessite' et Tutilité de cette abrogation , s’appuyèrent constamment sur des passages tirés de la Bible. « C’est Dieu , s’écriait le patriarche en s’adressant au prince ; c’est Dieu qui fortifie en vous et qui bénit cet auguste dessein. » f Fédor protégea les sciences , et voulut , à l’exemple de son père , polir la rudesse barbare de sa nation ; mais les moyens qu’il mit en oeuvre pour atteindre ce but attestaient plus de bonne volonté que de lumières et de jugement. On volt dans le règlement qui fut fait pour l’académie qu’il voulait établir, que toute conti’a vent ion aux principes convenus de doctrine généraltf^’ était punie du feu sans miséricorde. On craignait l’introdution dc% maximes de l’église latine ; c’était un mal pour en éviter un autre. Mais cette inquisition littéraire, conseillée par quelque moine fanatique , ne servit en rien les sciences , ne produisit rien, et peut-être n’a-t-elle ja- . mais existé que dans un édit. Elle était trop impraticable , elle répugnait trop à
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l’esprit d’investigation et de progrès qui doit être le principe de vie de toute société savante.