USURPATIONS ET GUERRES CIVILES
DE l584 l6l3. '■
Ivan IV, quoiqu’il eût dpouse' cmq femmes, ne laissa .gue deux fils, rtldor ou Théodore et De’métrius. Fédor avait e'té appelé à l’empire par la volonté formelle du tzar; l’hérédité du trône était depuis long-temps un droit reconnu , ou un fait sanctionné par 'l’usage. Fédor avait trento-sept I ans ; il n’y avait donc rien qui fût en question à l’égard de ce prince. Cependant les droits qui n’existaient plus pour la nation étaient encore représentés , et l’on vit les députés dfe villes , choisis parmi les membres les plus considérables de 1^ noblesse , venir à Moscou pour supplier Fédor d’accepter l’empire, et de consacrer par la cérémonie çlii cou-
DE l’histoire DE RUSSIE. l5/9
ronnemeut la puissance suprême qui lui était confiée. Le prince ne refusa point de se prêter à cette ' solennelle comédie ; parodie indigne qui satisfaisait un peuple dégradé. Il sefnble qu’on lise une histoire . d’hier dans le récit de cette antique bas-, sesse. Au reste il manquait une chose à cette cérémonie ridicule , où des hommes qui sortaient tout meurtris des mains de fer d’un despote^prenaient gravement le rôle de députés d’une nation libre ; c’était . que les grands ours de la ménagerie d’Ivan fussent lâchés stu* cette vile mRlti- ' tude^ . ^ . J
Fédor était aussi faible d’esprit que ‘ de corps ; et sa. débile minorité eu ou- • vrant la carrière à des ambitions que le sceptre de son père avait ■ comprimées , prépara de nouveaux déchirements à l’état , et fut la cause d’un nouvel accès de' faiblesse qui fit chanceler la .Russie durant un espace d’environ, vingt ans.
mourafit son père avait- désigné trois boïards pour lui servir de conseil. Un quatrième grand seigneur > que l’histoire nopime Boydau-Belski , ava4.jété nommé
tuteur du jeune prince. Cet ambitiéux as- - / , pirait au trdne ; il entreprit de faire don-
' ner l’exclusion au tzar Fédor pour mettre à sa place le jeune Démëtrius ou Dmitri, compt|int régner sous lé nâm de cet enfant. &on plan dchoua , et il ne parvint qu’à l'exil , où le peuple courroucé le con- ' damna." •
Plus habile et non moins ambitieux , un autre grand, Boris God^nof, frère de la tzarine , femme d’Ivan lY , alléché par les appas du pouvoir, complo^ avec plus de succès. U est vrai qu’il sut employer ces moyens décisifs qui seuls peuvent me» ner rapidement^u but les intrigants d’état décidés à faire fortune ; je veux dire , le fer, le poison, les conspirations supposéeS} les délations obtenues à prix d’or, et les aveux arrachés par les tortures. Les , trois boïards , conseillers nommes du jeune
prince , succombèrent successivement aux pièges qui. leur furent dressés avec une profonde perfidie. Ceux ^ui ne périrent pas furent rasés et faits moines ; c’étaît alors en Russie, comme dans pfesqne'toute l’Ëufope, une manière de tuer politique-
■ DP l'histoire :DE HÜSSIE. l6f
ment, ot il -paraît qu’on n’en revenait guère. ‘ .
Boris, de'livi'é de tous ceux qui pouvaient faire obstacle à son ambition , assure' d’une foule de partisans , dont la fortune était attachée à la sienne , possesseur d’immenses trésors , nè voyait pltis qu’un Crime à commettre , c’était le plus grand de tous.
Il s’y résolut , et £t assassiner le jeune Uarévitch Dmitri, 'le i5 mai iSgi, Vers le iSg milieu du jour. Quelques auteurs prétendent que cejfut pencUnt la nuit , circonstance cgii.aùrait pènnis de substituer au ' prince ûne, autre victime. Quoi ‘qu*il eji ' soit , ce nâm de Qmi'tri ou Oémétrius , réclamé à bon droit^ou usurpé par l’àmbi- . , tion qt l’imj»stï«re , va devenir le prétexte des plus SânglantS‘débats. ; ‘ ,
Boris se constitua ‘le vengeur du sang qu’il avait versé et les ’iiabitants d^Ou- , glitch, où s’était consoaànié l’attentaU r rent frappé^de mort j proscrits du emprisonnés. Quant aux assassins , qui étaient au nombre de douæ , ils avaient ^é lapidés sar-le-cbamp par le peuple. v Le faible Fédor mourut’ peu d’années
api^s y soit que Bons eût laisse ses pre’co- ' ces infirmités amener leur résultat nutu-i rel , soit qu’il eût hâté la fin de ce prince par un crime qui ne pouvait pas lui coûter après l’assassinat de Ddme'trius.
La Russie, qui e'tait en train de s’agrandir avec les prédécesseurs de Fédor , marcha dans les mêmes routes durant le règne de ce faible prince , gi’âces à l’adminlstra- I tion active et ferme de.son beau-frère Godounof. Ainsi quelques possessions furent lajoute'es aux contre'es immenses qu’elle re'unissait de'jà. L’Ingrie et la .Gare'lie
avaient 'été obtenues du roi de Suède
en échangé de l’Esthonie , et les villes d’Ivangorod, d’Iambourg et de Kaporié > qui lui avaient été enlevées pendant la guerre , restèrent à la Russie en vertu de ce traité de paixj • * '
La race de Rourik s’éteignit dans la personne de Fédôr- Cette maison est' appelée par les historiens russes la Grande ^Dynastie , et c’est à bon droit : elle avait oc- ' cupé.le trône huit siècles entiers , donne cinquante-^eux souverains à l’empire, et l’on peut dire qu’elle avait fait la Russie.
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. Après s’êlre ainsi frayé le chemin au trône , Boris sembla , par un excès d’hyjîocrisie , refuser d’y monter. Il savait que l’etat, déchiré par les factions, avait besoin d’un chef. Il voyait les grands jaloux les~ uns des autres , prêts à acheter à l’envi la faveur d’un nouveau maître. Il se laissa prier', [conjurer au nom de la patrie par les divers ordres de la nation. Son élection, s’était faite avec solennité dans le palais du patriarche : il persista dans son refus ; il fallut , Ipour triompher' de sa ré- » sistance et de son éloignement simulé pour les grandeurs',* qu’une seconde élection vînt confirmer la première. Ainsi ,,.taudis^ que les manœuvres secrètes de ses partisans lui aplanissaient le chemin .d’un trône qu’il avait convoité par tant de crimes , cet homme , plein de l’ambition qui . dévorait son âme , monta hux honneurs du pouvoir avec les apparences de la vertu la plus pure.
Sans le céder en cruauté à aucun de
ses px'edécesseurs, Boris Godounof porta dans l’exercic^de la suprême, puissance plus de rapdcrutiiou , ç’es^à-dire plus d’ha-
bilctc. Prive de loute morale, il avait pourtant un genie trop étendu pour prodiguer le crime. 11 possédait le don de la grâce, plusieurs de ces qualités qui jettent un grand éclat sur un caractère , et quelques unes de ces vertus d’ostentation si faciles aux grands , et qui manquent rarement leur effet sur la multitude. Il assura , ou du moins il parut assurer sa puissance par deux actes d’une profonde politique: le premier fut de mettre dans ses intérêts les chefs 'de la religion ; et le second, d’entretenir , d’envenimer la division des grands et du peuple. Le peuple croyant voir en lui un prince populaire , applaudissait à la chute des.plus illustres têtes ; jeu sanglant auquel il ne gagnait pourtant pas plus qu’il n’y perdait. La liberté du régime municipal ne devait pas s’élever pour lui sur la rüine de la noblesse , et c’est au contraire sous ce prince que le servage de la glèbe s’établit , et que lespaysans russes perdirent la qualité d’hommes*.
' On ne vit' guère sous le règne de ce prince d’exécutions publiques. ,11 étouffa secrètement quelqut-i conspirations. Il ne
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sentait pas son pouvoir asséz lëgitiine pour lui dresser des échafauds en plein jour ; mais des bourreaux toujours â ses ordres , profitant des ténèbres , poitaient la mort et le deuil dans le secreMes foyers doméstiques. H appela à son secours la délation ; paya et décora iè^Nlélateurs. La soif infâme de l’or les fit naître en foule ÿ la plainte ne fût plus p’ermise , et le silence même ne fut plus pout la pensée un refuge assuré.
Cependant Godounof parut àimé de la nation, qu’il trompa avec de là gloire; car il pacifia- l’empire , • maintint , agrandit même ses limites ; renouvela lés traités antérieurs avec les puissances voisines*, conclut de nouvelles, alliances , favorisa le commerce et Pindustrie , èt parut enfin digne du pouvoir qu’il avait usurpé (i).
(i) En parlant de l’horrible famine qui, à
cette époque, désola Moscou au point que cent vingt-sept mille .cadavres étaient entassés dans les rues , M. Lévesque remarque que les provinces voisines , telles que l’Ukraine , Kazan , Astracan , ne se ressentirent pas de la famine ; et il ajonte à ce sujet % réflexion suivante ;
l66 - RÉSUMÉ
Tant.de prudence, tant de soins, ne conjurèrent pas Forage qui devait se former contre lui. Du fond d’un cloître obscur sortit le vengeur de Fëdor et de Démétrius.
' Ün jeune homme de famille noble , ou enfantde hoiardy voué à Fétat monastique par un'^ abus de la puissance paternelle , mais appelé par ses premiers penchants à un- autre genre de vie (i) , conçut le hai'di projet de faire revivre Démétrius. On dit que ce fut à l’instigation de l’un de ses supérieurs , qui fondait l’espoir du succès de cette, imposture sur des traits frappants de ressemblance entre le jeune moine et le prince Dmitri , assassiné à Ouglitch. Quoi qu’il en soit, Jachko Otrépief, ou Grégori Olropcia, après avoir plusieurs
€ Puisque de vastes province» jouissaient de l’abondance lorsqu’on périssait de faim dans la capitale, il fallait que, malgré les grands talents ‘de Godounof, l’art de gouverner eût encore bied des progrès à fjiire. »
(i) Eichhorn dit,« qui avait été obligé de sc ' réfugier en Pologne à cause de scs fautes dans son diaconat.» > .
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fois changé de 'monastère de même qu’un mauvais soldatchange dere'giment, se trouvait à Moscou dans le palais du patriarche, qui l’employait comme copiste , lorsqu’il corarqença, ayant soigneusement étudié son rôle, à se donner secrètement pour le prince Dmitri, que l’on croyait mort. Il passa pour un jeune fou, et Boris, instruit de ses propos , se contenta d’ordonner qu’il fût envoyé dan§ un monastère de pro- ’ vince , sous un supérieur sévère. Prévenu du danger qu’il courait , Grégori Otrépief parvint à échapper aux poursuite» dirigées contre lui , et se sauva en Pologne.
Le gouverneur de Kief l’accueillit avec bonté , le plaça dans un monastère fa.meux, et lui confia les fonctions de diacre . danslson palais. En dépit de la règle austère de l’ordre et de la pratique du rite grec , Grégori Otrépief mangea de la viande , et pour ce crime abominable sorti de nouveau de son couvent , il fut abandonné de son protecteur. Comme il n’avait point renoncé à son projet audacieux , cette nouvelle disgtâce devint un motif de’plus pour l’exécuter.^ Mais il lui fallait d’abord un
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asile et un appui. Il chercha et trouva un nouveau protecteur dans la personne du prince Adam Vichnévetski, qui le reçut au nombre de ses domestiques. C’est à partir de ce moment qu’il conduisit son dessein avec une adresse merveilleuse, if était jeune et d’une figure séduisante , doué d’une éloquence naturelle qui touchait et persuadait , et toutes ces ressources étaient corroborées d’un ardent désir de pa r vernir ,etsoutenues d’un imperturbable sang- ’ froid.
I^ès que son prétendu secret commença à se répandre , les Polonais comprirent tout le parti qu’ils pouvaient tirer de cet incident , vi’ai, ou faux, pour "porter le désordre en Russie. Le roi de Pologne , pour ne pas enfreindre le dernier traité, ne donna point une assistance personnelle à l’imposteur , mais il laissa faire aux nobles, qui épousaient sa cause avec enthousiasme. L’un d’eux , Mnîchek, palatin de * Sandomir , lui donna sa fille en mariage ; et la diète de Pologhé s’étant ouverte dans . ces conjonctures , il l’y 'mena et l’intro-
' duîsit comme i’hérjtier légitime du trône * » ^ -
DE l'uiSTOIRB DB RUSSIE. 1G9
de Russie. Dans celte imposante :assem- Ijlée , prcside'e par lè roi Sigismond, Grégorî Otrdpief fit le récit de ses aventures; il versa des larmes, et fit partager à la plupart de ses auditeurs la douleur et les sen- . •
timents dont ilparaissaitp^ne'tre': l’illusion du mensonge peut bien aller à la fin jusqu’à tromper celui qui l’invente. Cette noblesse polonaise fut-elle dupe ou complice d’une fable audacieuse ? c’est ce que l’on ne peut guère décider; mais ce qu’il y a de certain , c’est qu’au sortir de la diète ,
Sigismond traita ce pre'tendu Dmitri avec «
tous les honneurs dus au rang qu’on lui supposait. Peut-être Dmitri lui avait-il • promis de de'membrer en sa faveur quelque province de l’empire. On dit aussi qu’il s’e'tait engage à réunir la Russie à ' l’église romaine , et qu’il avait déjà consenti à recevoir les instructions d’un jésuite (i). . . • ■ ■
(1) On ne sanrait échapper aux jésuites dans l’histoire européenne des trois derniers siales ; dn les retrouve partout , au nord comme au midi : ces habiles religieux se font à tons les
170 ÏÉSUMÉ
Le bruit des aventures d’Otrépief eu Pologne vint à Moscou épouvanter Boris.
Malgré les premiers soins de son régne , la Russie n’était sous son joug ni calme ni contente ; les nobles qu’il avait si cruellement décimés et persécutés l’exécraient ; ils se bâtèrent de fomenter la révolte , et lorsque le faux Dmitri se présenta sur la frontière avec une armée qu’avaient levée pour lui les palatins de Pologne, lés villes de'Tcheniigofj de Novgorod-Severski et plusieurs autres ^e déclarèrent en sa faveur. Les Cosaques du Don lui envoyèrent leur ataman , et le bruit de cette singulière résurrection du malheureux Démélrius parcourut en peu de jours et ébranla tout l’empire. Otrépief avec les Polonais et les Cosaques fut battu deux fois de suite. Si les généraux russes eussent profité de la consternation et du ti’ouble où le jetèrent ces premiers revers , c’était fait de l’imposteur et de l’imposture. Mais on lui donna le temps de se reconnaître, et le
gouvernements, à tons les hommes et à tons les climats. * 1
D£ l’histoire de RUSSIE. 171'
feu de la rébellion ne tarda pas à gagner la capitale. Boris eut recours au patriarche et aux grands restés fidèles à sa cause . pour ramener le peuple dans le devoir ; mais l’intervention du bas clergé et de la noblesse fut Impuissante, les anathèmes solennels sans efficacité' ; car un peuple très malheureux est bien fort dans sa rébellion, quand il a pour lui des idées de droit et de le'gltimité. • ^
Boris mourut sur ces entrefaites. Saisi • de violentes douleurs en sortant de table, il sentit que sa fin approchait , et se fit envelopper à la hâte d’un habit monastique, pourmourir saintement. C’était une expiation fort à la mode alors , imaginée par les moines à qui elle profitait , et peu fa-*' tigante pour les scélérats agonisants. Quelques auteurs ont cru que Boris, averti de sa ruine par un pressentiment sinistre , s’empoisonna Jui-même pour ne quitter le trône qu’avec la vie. Cette résolution paraîtrait assez naturelle de la part d’un hardi usurpateur; mais elle eût été plus nobles! Boris fût mort les armes à la
main.
iy2 RÉSUMÉ * ;
L’impartialité de plusieurs historiens rend justice aux talents qui distinguèrent Boris GodOunof; mais , dit très bien Tun' d’eux, ja postérité, indignée de ses crimes,
^ doit surtout abhorrer sa mémoire , s’il est vrai que ce soit sous son ministère , pen^ dant le régne de l’inutile Fédor , que les pa'ysans russes ont été soumis au servage de la glèbe. Jusque là , dit-on , il n’y avait pas eu de serfs , les domestiques servaient par contrats ,"et les difficultés auxquelles ces transactions pouvaient ' donner lieu ' étaient jugées par un tribunal particulier. Mais les entreprises arabitieûses d’Ivan avaient dépeuplé l’état , les paysans, al^donnàient les campagnes presque décries , et, devenus vagabonds, ils exerçaient souvent le hiigandage : pour remédier à ce mal, Féd,or , ou plutôt Godounof , ne trouva d’autre moyen que de lès charger de chidnes et de les attacher à la glêbe"(t).
(i) eJe doute cependant, ajoute le même I auteur, que le serrage n’ait pas commencé plus , tOt. Je orois bien que les habitants des campagnes de Novgorod et ceux peut-être de qucl-
•• DE l’histoire de RUSSIE. 1 ^3
Reprenons le fil de notre récit : après la mort de Boris , le clergé , les boïards et
ques autres contrées n’étaient pas fixés à la terre comme les plantes qu’ils cultivaient ; mais les paysans de tant de princes apanages, dont la souveraineté consistait quelquefois en un village , étaient-ils maîtres de quitter les états de leurs petits tyrans, qui, par ces émigrations, auraient risqué de se voir sans sujets.»
11 y aurait plusieurs remarques importantes à faire, et que M. Lévesque ne fait pas , sur cet événement remarquable du règne de Boris Go< dounof. La première serait pour confirmer ce que nous avons déjà dit de la lenteur et de la difficulté des progrès du peuple russe dans la formation d’une sociét^civile ; car l’asservisse* ment soudain des paysans russës , à la fin du XVI* siècle, est bien évidemment un mouvement rétrograde. La seconde remarque à faire, c’est que l’établissement et le règne du christianisme servit très peu en Russie pour l’amélioration de la condition du peuple. Si la ré-^ volution civile dans le sort des paysans dont il * est ici question avàit eu lieu dans le commencement, par exemple, du ix* au x* siècle, on pourrait objecter que les maximes de l’Évangile n’étaient pas encore suffisamment accréditées à cette époque; maîÿ c’est alors aü con* •
1 * résumé ^ >
les difierents ordres de l’e'ta.t proclamèrent Fédor son fils , à peine âge' de seize ans. Mais ce- faible hèntier de Godounof ne
traire que le peuple jouissait de la liberté. A la fin du XVI* siècle le clergé était tout-puissant ; ses richesses et sou influence politique étaient immenses ; et l’on vient de voir que Boris , à la veille de perdre le trône , s’adresse au patriarche pour ramener les habitants de Moscou dans ses intérêts , et qu’il meiirt dans le froc d’un moine. Alors > par conséquent , la religion était un des ressorts dominants et peut-être le plus énergique de tous dans la société ; et non seulement elle n’empêcha pas une grande et criminelle violation 'des droits sacrés de tant de millions d’hommes, mais il est très probable que ses ministres la sanctionnèrent , de même qu’ils avaient sanctionné l’usurpation de Boris tout couvert du sang de la dynastie légitime.
La religion détienne est assez riche des bien- ;faits qu’elle a rtpan'dns dans le monde , elle est ^ssez adorable telle que les apôtres et leur divin maître nous l’ont léguée, pour qu’il soit permis de démontrer l’erreur de ceux qui font regardée comme une des causes principales de l’abolition de l’esclavage : nous proflterons donc de l’occasion pour proposer quel-
' DE l’histoire de RUSSIE. ] ^5
pouvait arrêter la fortune de Dmitri. Les habitants de la capitale , soulevés en faveur de ce dernier , arrêtent le jeune tzar, sa mère , et tout ce qui tenait à la famille de l’usurpateur par les liens du sang ou par ceux de l’affection. Otrépief les fit tous mettre à mort» La tzarine veuve fut étranglée etFédor étouffé. Axénie seule, c’était la. fille de Boris , fut épargnée à cause de sa rare beauté et plongée dans un couvent : réservée peut-être à la lubricité du bourreau de sa famille. Le corps de Boris fut indignement exhumé et resta exposé long-temps aux regards et aux outrages de la populace ; et quand cette rage brutale fut assouvie , le cadavre porté dans le cimetière d’un couvent fut recouvert d’un peu de terre.
L’imposteur entra triomphant à Moscou, i6o3. suivi des armées des deux nations et d’un nombreux cortège de la plus haute noblesse. Il ne lui manquait plus que d’être reconnu par la tzarine veuve d’Ivan , qui
qucs doutes à' cet égard , en nous appuyant sur,* les plus respectables autorités. ( Foyes la note A à la fin du volume.) ^
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176 ' RESÜMÉ
tievait être sa mère. La reconnaissance se fit, il y eut de tendres étreintes et des pleurs. Il semble que tous les doutes devaient être levés ; cependant il en restait encore.
Des complots se formèrent presque aussitôt, contre le^nouyeau souverain. A la tête de l’un de çeux qui furent découverts se trouvait le prince Yassili Ivanovhch Gboui^. Il fut jugé par le peuple , condamné , et le tzar lui pardonna ; cette générosité prépara sa chute. Ce Ghouiski , dévoué à Boris , avait été chargé de faire exécuter le meurtre de Dmitri. Il devait savoir qui il avait tué , et si Je légitime héritier du trône avait péri ou s’il vivait encore. Dans l*un ou l’autre cas, il ne pouvait mander d*être l’ennemi de celui qui reparaissait sous le nom de Dmitri et réclamait ses droits. ^
Otr^pief enivi^ de sa fortune ne tarde pais à en abuser. Il conclut une alliance ayec ljr l|plogne , demande la main de la fille du palatin de Sandomir , reçoit quatre mille Polonais dans Moscou,. et place la couronne des tzars sur la tête de cette
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beauld étrangère. La présence des ennemis irréconciliables de la nation, 'leur hauteur ,*Jeur irrévérence dans les églises, indignaient et le peuple et les grands. Le nouveau souverain de son côté perdait avec rapidité, par ses excès honteux et ses prodigalités , la faveur de ce peuple qui venait de le 'proclamer avec transport.
Chouiski épiait lé moment d’allumer de nouveau les torches de la guerre civile. Il s’introduit dans la ville à la faveur des fêtes du mariage de Dmitri ; et dans la nuit du 17 mai , tout-à-coup un bruit s élève que les Polonais, à la suite dé jà fillç du palatin de Sandomir , ont tramé le dessein de massacrer les habitants de Moscou. Qn s’arme soudain, on court tumultuairemefh au quartier des Polonais; les portes sont enfoncées , et, surpris dans leur sommeil , les Polonais sont égorgés sans pitié. Le même mouvement de fureur les conduit au palais , où Dmitri reposait presque sans gardes et dans une sécurité imprudente, quoiqu’il eût été.prévenu , dit-on , de la révolte qui se préparait, ce qui est difficile à croire,
RÉSUStè
Imposteur du nou ,* les derniers moments de ce prince furent horribles.
Quand les conjurés brisèrent les portes de la royale demeure , Ghouiski marchait à leur tête , un poignard dans une main et un crucifix dans l’autre. Otre'pief voulut en vain parler ; sa voix ne fut pas entendue. 'Il se retira dans l’intérieur de son palais , et sauta par une croisée tandis que l’on massacrait quelques serviteurs demeurés fidèles. Il s’était cassé une jambe dans sa chute ; on accourut , la pitié sembla suspendre un moment la fureur du peuple , les slrélitz se disposaient de nouveau à le défendre , et parlaient de mourir pour lui : au même instant arrive une députation qui avait été envoyée à la tza- , fine, veuve d’Ivan, et l’on Annonce qu’elle désavoue le scélérat qui l’ose appeler sa mère : elle l’avait reconnu , déclarait-elle, par crainte de la 'mort. La fureur du peuple se rallume , et le malheureux Otrépief expire percé de mille çoups. Son corps, exposé durant trois jours sur la place publique , fut ensuite jeté dans un bûcher et réduit en cendres.
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Chouiskij proclamé par sa faction, i6o6. couronné dans l’église cathédrale de Moscou, s’assied sur ce trône sanglant. Toutà>coup le sol tremble de nouveau; on s’agite , et un bruit se répand que Dmitri n’est pas mort , qu’un de ses officiers a été massacré à sa place. Une partie de la Russie se soulève en faveur de ce nouvel imposteur. Par ce cliquetis de ré-* volutions, par cette orageuse promptitude à la révolte , on peut , au reste , avoir la mesure du degré de bonheur dont le peuple jouissait sous de tels maîtres , usurpateurs ou légitimes.
Ce nouveau prétendant f«it pourtant battu , mais presque aussitôt remplacé par un autre , qui se disait fils de Fédor , et que les Cosaques mirent à leur tète. 11 fut défait, pris, et il périt avec le premier.
Enfin un dernier faux Dmitri parut sur la scène et trouva encore de nombreux ' partisans. Cene furent pas de sauvages Cosaques ou une poignée de mécontents qui le reconnurent , mais des villes entières.
Il fallaiLqu’il y eût à cette époque, en Russie ,uue contagion d’audace et de eré-
l8o RÉSUMÉ
dulitë. Les Polonais se mirent en mouvement ppur soutenir celui-ci lorsqu’il se fut accrédité par quelques victoires. Le palatin Mnichek le vint trouver dans son camp; et sa fille Marine, épouse du premier faux Démétrius , le reconnut pour son premier mari et se conduisit en conséquence. Il est évident qu’elle ne pouvait pas être dupe de l’imposture ; ce fut donc. par dévouement patriotique et pour nuire aux ennemis de son pays que cette dame d’une haute naissance reçut les embrassements d’un brigand infâme , car c’est ainsi que le désignent les historiens.
Tandis que le dernier Draitri marchait sur Moscou , répandant la terreur et ne trouvant que des villes soumises sur son passage , une conspiration se formait dans la capitale même contre Ghouiski. Le roi de Suède , sous prétexte de lui envoyer des secours , inondait de pillards les provinces russes ; et la famine , autre auxiliaire de la révolte , affligeait alors le pays. . La capitale était dans la plus affreuse situation. Tant de maux excités par la Po-
■il
* BË l’histoire de RUSSIE. 1
bgne ne satisfaisaient pas encore sa haine politique. Sigismond de'clara ouvertement la guerre au tzar , et fit investir Smolensk. Alors la division se mit dans le camp de l’imposteur , et se voyant sur le point d’être abandonne par les Russes , il prit la fuite. Sapieha , noble polonais et habile homme de guerre , ramena devant Moscou cet épouvantail désastreux , et fit de nouveau soulever le peuple avec les boïards contre Chouiski. Abandonné même de ses parents , ce fauteur d’une usurpation , le vengeur d’une autre , expia la sienne , et fut forcé de se retirer dans un couvent pour y revêtir le froc.
La Russie n’avait plus de souverain , et les grands, partagés d’opinion et de parti, ne savaient à qui porter leurs serments. Ils prirent la résolution de gouverner eux mêmes. Cependant le faux Dmitri bloquait toujours Moscou. La Pologne offrait un roi : c’était le fils du sien , et à cette condition elle eût 'abandonné là cause de l’imposteur. La nécessité fit accepter ce honteux âccommodement , et le tzar dé-
• Si
1^2 ^ RÉSUME t
trôné fut conduit avec sa famille 'auprès de Sigismond. ,
Les Tatars, qui étaient au nombre des " alliés du faux Dmitri , s’ennuyant de cette guerre, le massacrèrent un matin. Ce qui restait de rebelles soumis au prestige du nom de Dmitri prêta serment de fidélité à l’enfant que Manne , la veuve des deux imposteurs, portait dans son sein,et qu’elle était à la veille de mettre au monde.
Les malheurs de la Russie paraissaient irréparables. La Suède, voyant approcher l’heure de partager ses dépouilles , s’était mise sur les rangs, et Sigismond semblait disposé à favoriser ce démembrement; mais l’insolente tyrannie des Polonais étant montée au comble , ils furent tous massacrés le lendemain du ^manche des Rameaux.
' , Liapounof , un des • principaux auteurs de la révolution qui avait renversé Ghouiski , s’efforça de remédier à des maux dont il était en grande partie l’auteur , en organisant une confédération des villes russes , pour chasser les Polonais. Il fallut recourir aux Cosaques pour for-
Oigifi/ed b'/ Gc)^lc
DE l'histoire de RUSSIE. l83
mer unèarmëe ; mais leur chef, Zaloutski, partisan dévoud de Marine , autorisant les brigandages des siens , cessa bientôt de s’entendre avec les autres generaux. Liapounof fut assassine par lui , et ce plan échoua. ' «
D’un autre côté , Pontus <de la Gardie s’empara de Novgorod pour le roi de Suède , Charles IX. La prise de cette ville offrit une particularité digne de remarque : c’est que les chefs militaires désertèrent lâchement leur poste après avoir pillé les boutiques des marchands , tandis qu’ün prèlre , le protopope ou curé de Sainte-Sophie , renfermé dans sa maison avec une poignée de braves citoyens y combattit vaillamment les Suédois.
Un autre imposteur parut’ sur ces en- i6ia. trefaites, c’étak encore^ un diacre d’un couvent de Moskou. Il se nommait Sidor, et à la faveur d’une ressemblance vraie ou fausse, il racontait qu’il était le inéme Dmiti'i échappé aux embûches de Godounof , à la conspiration de Ghouiski , à l’attentat d’Ouroussof. On ne sait ce qu’il faut admirer le plus , de l’ajjidace que n’ef-
l84 RÉSUMÉ
Irayait pas la destinée des premiers imposteurs , ou de la crédulité' d’un peuple à .qui l’on pouvait trois ou quatre fois de suite servir la même falîïë. Sidor , mené à Pleskof, fut reconnu, et reçut les serments du peuple; mais au bout de peu de jours , traité comme, un mise'rable , conduit au camp il fut pCtadu, aux acclamations de la multitude. * ,
Dans le triste état où se trouvait la Russie, son salut lui vint de l’un de ses plus obscurs enfants. Un boucher, nommé KosmaMinin, ralluma dans l’âme de ses concitoyens la flamme du patriotisme , et les décida à tous les sacrifices imaginables pour la défense et le salut communs. Ges exemples ne sont pas rares en révolution ; mais pour qu’un boucher ou un vendeur de poisson s’élancent de leur ignoble échoppe à la tête d’un peuple , il leur faut des talents et un courage bien extraordinaires.
Les Russes , ranimés par la parole de cet homme , vont chercher Pojarski , brave guerrier qui venait de verser son sang en combattant pour eux. Devenu chef , Po-
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jarski voit rapidement grossir le nombre de ses soldats , et les choses changent de face. Les Polonais sont battus dans plusieurs rencontres, assie'ge's dans Moscou, où ils souffrent les horreurs de la famine. Sigismond se retire, et la garnison la capitale s’e'tant enfin rendue , l’état se voit délivré- des étrangers.
Zaloûtski, le protecteur de Marine, qui achevait avec lui le cours de ses prostitutions', obligé d’abandonner son camp à l’approche de Pojarski , alla avec Marine et son fils porter le ravage dans la pftncipauté de Rezan ; il y brûla toutes les villes sans défense. Enfin ce brigand fut pris sur les bords du Zaïk et conduit à Moscou avec Marine et son fils. Il fut empalé; le fils de Marine, qui n’avait'qüe trois ans, fut pendu : samère , qui tenaitaux plus grandes maisons de Pologne, fut traitée avec plus de douceur et condamnée à la prison ; mais elle n’y vécut pas longtemps.
Après avoir délivré leur patrie , Pojarski et les généreux citoyens qui l’avaient aidé dans ses ti'avaux , voulant consommer leur
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ouvrage par la pacification intérieure, allèrent chercher dans un monastère de Kostronia, et encore sous l’aile maternelle, Mikail Feodorowitch Sourief , ou Michel Romanow , fils du Boiarin FédorNiki,lich, fait moine par Boris, et alors prisonnier à Varsovie.
Durant les derniers troubles que nous venons do retracer , la Russie était retombée dans un état si extrême de faiblesse , que scs voisins , foulant à l’envi son territoire , occupant ses villes et tyrannisant ses citoyens , en étaient venus au point d’agiter à son égard la question d’existence ou de non-existence politique. Chacun revendiquait de son côté les conquêtes faites sur lui : la Pologne avait repris Smolcnsk ; la Suède Ivangorod , l’Ingric et Keaholm. Les relations de commerce , rouvertes depuis peu du côté de la Perse , étaient suspendues , et dans tous les canaux de la prospérité publique le mouvement et la vie s’étaient arrêtés. Du sein de ces calamités la Russie va se relever de nouveau , et faire connaître au nord de l’Europe le respect et la
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crainte , en attendant le , régne qui du côté du ^oit planter ses drapeaux sur l’autre rive même de la mer Caspienne.