SON FRÈRE
A la mort de Fcdor , les sufirages'de.la nation se -trouvèrent partagés entre ces ' deux princes, ses frères. - .
Ivan était appelé' au trône par le droit d’aînesse ; mais une extrême faiblesse d’esprit et de corps le fit regarder comme incapable de régner. La noblesse et le clergé réunirent leurs vœux sur Pierre , né delà seconde épouse d’Alexis. Cependant la tendre jeunesse de ce prince semblait devoir rendre l’autorité suprême tout aussi illtisoire entre ses ..mains que dans ceRes
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de son frère. Rien encore ne pouvait véler en lui l’un de ces hommes précoces à commander, et c’était uniquement donner la préférence à sa mère.
Cette jeune princesse , Natalie Nariskin , petite-fille de Nariskin, ministre sous les deux règnes précédents, trouva dans Sophie, fille du premier lit de Fédor, son époux, une rivale dangereuse. Celle-ci, à laquelle un âge plus avancé donnait plus d’expérience , joignait aux avantages particuliers de sou sexe un caractère ferme, un génie actif, ambitieux; enfin, quoique femme et jeune , elle ne se sentait point inégale au fardeau du pouvoir.
Elle n’avait pas vu sans indignatio-n sou frère Ivan déchu de ses droits au trône. Ce sentiment, qu’on ne saurait refuser de trouver excusable , la conduisit à’un projet que rien ne peut justifier ; car c’est en vain qu’on voudrait la trouver innocente de la révolte des strélitz.
Ces prétoriens turbulents et farouches servaient Sophie au-delà même de ses vœux , dans sa haine conti'o la mère de Pierre et contre toute la famille de cclto
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princesse. Le bruit se répandit que le prince Ivan avait été assassiné par les Nariskin. Aussitôt Moscou fut rempli de clameurs séditieuses. Les strélilz , redoublant le tumulte excité par eux , s’assemblent en fureur, marchent et traînent, contre le palais du Kremlin , des pièces d’artillerie. C’est en vain que le prince dont ils prétendent venger la mort paraît à leurs yeux à côté de son frère ; leur rage n’est assouvie que lorsqu’ils ont détruit tout ce qui porte le nom de Nariskin , et massacré assez de nobles , assez de riches boïards pour faire un immense butin.
Toutefois , comme ils n’ont versé tant de sang qu’au nom du jeune Ivan et de Théodore son père , ils proclament Ivan tzar avec son frère , et remettent à Sophie les lêncs du gouvernement ; c’était l’objet de tous ses vœux. Ils reçoivent un nouveau chef des mains de cette princesse reconnaissante , et leur audace , enhardie par le succès et la faveur, les fait s’ériger en juges de ceux qu’ils ont assassinés sans les entendre. Ils élèvent des monuments ; ils y tracent le nom et les crimes imaginaires
tle leurs victimes ; mais leur autorité les rendit bientôt redoutables à ceux mêmes qu’ils avaient servis. Sopliie les craignit un moment, et leur perte fut jurée. Sourdement accusé de conspiration contre le tzar et les grands de l’état , ce même chef, qui devait à Sophie son élévation, Kovanski, périt avec les principaux du corps 1684. strélitz. Son crime fut supposé; mais il était poursuivi par la jalousie d’un rival qui sut l’attaquer à propos.
Tandis qu’au sein de ses états Sophie et son habile ministre Golitzin triomphaient ainsi de la rébellion , ils assuraient à l’empire une prépondérance redoutable. Léopold, toujours inquiété par les Turcs, que la valeur de Sobieski avait déjà chassés des murs de Vienne , cherchait contre eux l’appui de ses voisins. Quoique les Turcs parussent être les ennemis naturels de la Russie , on profita de la situation de l’empereur pour mettre un prix à la rupture du traité qui , depuis vingt ans , existait avec eux. Ce prix fut de sé faire assurer la possession des pays sur lesquels la Pologne conservait
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des prétentions. Un traite' fut conclu entre les deux couronnes , le 6 mai 1686.
Les Izarsy furent reconnus à perpétuité souverains de Kief , de Tchernigof et de Smolensk. Ainsi tout le pays situé depuis Tchernigof et Novogorod-Séverski jusqu’à la petite Russie inclusivement , et contre la rive gauche du Dnieper , leur élait.assuré. Une autre de ses principales clauses était l’alliance offensive et défensive de la Russie avec la cour de Vienne , la Pologne et la république de Venise contre les Turcs.
Cependant, gênée d’un côté par la Suède , et de l’autre toujours insolemment provoquée par lesTatars de Crimée, la Russie attendait de plus grands avantages de l’administration de Golitzin ; il ne fut point insensible à la voix de l’honneur national ,' et marcha lui- même en Crimée, à la tête d’une armée formidable.
Les Tatars trompèrent son espoir en incendiant leurs steppes. Cette expédition ne fut remarquable que par l’entreprise assez vaine de bâtir, au milieu dos d éserts, sur les rives de la Samare , une ville qui
devait servir de magasin et de boulevard pour la campagne procJiaine. Mais de pareils monuments doivent s’élever plutôt pour attester et garantir les conquêtes que pour les pi'éparer.
Ramenant à peine les débris d’une armée qu’avaient rapidement anéantie la l’aim, la soif, le défaut d’ordre et de discipline , Golitzin fut pourtant reçu par sa souveraine avec les honneurs dus à un triomphateur. Le mépris et la haine que le jeune Pierre avait dès long -temps voués à ce ministre éclatèrent plus vivement que jamais. Lui et ses amis versèrent à pleines mains le sarcasme et l’ironie sur 16S7. <^cs lauriers équivoques. Sophie et Golitzin jurèrent sa perte , qu’ils craignaient d’avoir trop diflférée ; ils firent entrer dans leur projet une foule d’officiers du corps des strélitz. Pierre fut contraint, dans les premiers moments de l’orage, de se retirer au couvent de la Trinité. C’était, dans les révolutions, l’asile ordinaire des princes russes , qu’il garantissait , non par le respect attaché à la sainteté de ses murs , mais par leur imposante force , par la terreur
Diyl' by Gui
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d’une artillerie formidable. Là, il rassembla tous CCS jeunes nobles qu’il avait su attacher à sa personne , en nourrissant avec eux une intime conformité d’habitudes , et plus encore à son avenir , en leur découvrant la perspective , flatteuse à de » jeunes âmes , d’un règne qui devait être fécond en grands changements. Il appela quelques chefs des slrélitz restés fidèles à sa cause , arrêta le coup qu’on précipitait sur sa tête , intimida la révolte , convainquit , punit cruellement les coupa- i68y. blés , mais laissa la vie à la princesse sa sœur et à son ministre. Elle subit , au lieu du trépas, .Jes rigueurs d’une éternelle captivité, et son favori les hox'reurs de l’exil dans la partie la plus reculée et la plus inhabitable de l’empire. L’âme / ambitieuse et vindicative de celte princesse ne fut pourtant pas domptée : nous la verrons ourdir de nouvelles trames dans ses fers. , ,
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INFLÜEIVTE F,Tf EtmOPF. DF. 1689 à 180I.
Si une heureuse dîrectipn des premiers penchants peut seule imprimer aux hommes , et surtout aux liomines destinés à régner , ce caractère de honte' et ces idées de justice , qui sont très rarement un don de la nature, Pierre Pj ne. pouvait guèx'e moins que la plupart dé ses prédécesseurs, être un despote inhumain et sauvage.
Livré à toute la fougue d’un tempérament impétueux , il n’eut pour précepteurs et pour guides que des aventuriers étrangers , que le désir de la fortune , l’inconduite, ou des hasards peu honorables, avaient jetés au fond de la Russie. Maisune ambition démesurée , soutenue d’une rare activité d’esprit , én poussant ce mo-