‹ Résumée de l'histoire de RussieChapitre 13 sur 21 · PROGRÈS DF LA RUSSIE COMME PUISSANCE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DF LA RUSSIE COMME PUISSANCE

DE l’histoibe de IIUSSIE. si3i

narque à des entreprises dont la prospe'rité et la gloire de sa nation furent le prétexte , sema quelques traits utiles , répandit une ombre de grandeur sur une , ^

vie trop souillée de crimes. Il se prépara ainsi le suffrage d’une école de philosophie ge'néreuse.dans ses vues , sans doute, mais qui , en haine du passé , préconisa ♦ trop aveugle'ment les pays et les princes qui marchaient d’un pas gigantesque vers l’avenir. D’ailleurs Voltaire et ses disciples crurent devoir des louanges aux potentats qui prenaient conseil de leur sagesse. Malheureusement ils n’étaient de bonne foi ni les uns ni les autres.

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En matière de réforme , le choix dés moyens doit être considéré d’abord , et , plutôt que le succès , il fait la gloire ou la honte du réformateur. Or Pierre ne fut point dans son pays l’Hercule gaulois dont la parole puissante crée des chaînes d’or, emblème de la force persuasive ; il fut ceProcruste féroce qui taille impitoyablement les hommes à la mesure de son lit de fer. Il s’arma de tous les supplices contre les coutumes et les préjugés de sa

25s -RÉSUMÉ

nation les plus indifférents dans leur ob- > jet , lutta avec fureur contre des obstacles puérils , et , pour avoir voulu devancer le temps , et substituer aux effets lents , mais , certains de l’instinct imitateur, la hache et la roue (i), il n’obtint, au lieu des vrais avantages de la civilisation , que ce vernis de politesse et ces apparences de prospérité qu’elle superpose à la plus déplorable corruption. La nation russe a passé sans intervalle de l’enfance à la caducité.

Aussi n’a-t-elle jamais eu de liberté politique ni civile ; car ces deux âges des peuples ont l’un et l’autre besoin de chaînes.

L’agc intermédiaire, qui repre'sente l’époque de la maturité et de la force , est seul capable de vertus et de liberté.

De tous les étrangers qui se trouvaient à Moscou , et dont ce jeune prince [rechercha les entretiens , Lefort et Gordon étaient à peu près les seuls qui se recommandassent autrement que par des vices ;

(i) « Peu de princes ont eu recours autant que lui an supplice de la roue, t {Voy. les Béantes de l’Histoire de Bussie. }

D ?0d by Gt)ogtl’

DE l'histoire *1# RUSSIE. 853

encore le premier n’est > il traité 'que comme un vrai chevalier d’industrie par des écrivains dont l’indulgence habituelle est fort grande (i). Ils furent les seuls dont la faveur survécut à cette première époque où il ne fallait que complaire aux passions et occuper la fougue d’un ado* lescent.

Cependant les mêmes hommes dont le commerce l’avait peut-être corrompu , éveillèrent dans son âme le désir de s’instruire. 11 comprit , en les entendant, que d’autres nations pouvaient valoir mieux que la sienne ; il voulut surtout avoir des soldats et devenir soldat iui-même. Il avait un corps robuste, une activité inquiète, et surtout une prodigieuse opiniâtreté. ■ ■ >■

Dans le château de Préobajenski , où l’avait long-temps retenu la surveillance jalouse de Sophie , une cinquantaine de jeunes gens l’entouraient; ils étaient fils de boïards ou des officiers de sa maison.

On les appelait ses diverlisseurs. Ils

(i) Kîchborn, ■ ,

ao.

lurent travestis en soldats, et aussitôt vêtus à l’allemande. Les officiels étrangers devinrent leurs commandants et leurs instructeurs. Pierre, voulant donner l’exemple de la discipline, commença par le dernier rang de la milice , et se fit tambour dans celte compagnie. La troupe augmenta peu à peu , et dès l’année 1690 le jeune tzar eut formé deux régiments destinés à sa garde. L’un fut appelé Préobajenski et l’autre Seraenowski , du nom d’un autre village des environs de la capitale. Ces deux régiments formaient un corps de cinq mille hommes.

Voltaire prétend que dès l’époque où Pierre habillait et exerçait à l’allemande ses divertisseurs , il méditait la ruine des strélitz. Cela est possible , mais ce n’est guère vraisemblable.

Leforl lui inspira de même le désir de connaître la navigation. C’était bien plus difficile ; car Pierre avait une horreur extraordinaire pour l’élément liquide , et frémissait à. l’aspect d’une rivière ou d’un lac. Il triompha pourtant de cette pusillanimité, résultat d’un danger qu’il avait

D.j.:.’ed by Cooglf

DE l'histoire de RUSSIE. 235

couru dans son enfance , et il résolut d’avoir une marine, ün constructeur hollandais , nommé Cartein Brandt , appelé en Russie sous le tzar Alexis et puis oublié, languissait à Moscou , gagnant sa vie avec tout autre métier que celui pour lequel il y était venu. On le chercha, et il construisit une chaloupe , deux frégates et plusieursyachts. Pierre sans titre dans son armée de terre , fut moins humble dans son ai’mée de mer ; il s’en déclara généralissime et amiral. Après s’être exercé à la manoeuvre sur le lac Ladoga , il entreprit le voyage d’Archangel pour voir en pleine mer des navires de haut bord , et il parcourut la mer Blanche sur un vaisseau construit exprès par Brandt. Ni pavillon ni monarque russe n’avaient encore affronté cette mer. Tous ces premiers essais avaient eu lieu du vivant de l’aîné des deux princes j mais dès que , par la mort d’Ivan , Pierre se vit seul maître, il donna plus d’étendue à ses plans , et les jeux militaires , qui jusque là avaient amusé sa jeunesse , devinrent d’importantes innovations. Il fit construire sur le Vo-

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l'oneje un assez grand nombre de bâdinents, et cette flotte, la première qu’ait eue la Russie , fut destine'e à poursuivre la guerre que Pierre I®*" avait trouvée commencée contre les Turcs.

Les relations extérieures de son empire l’occupèrent également pendant les premiers moments de son règne. Par un traité signé à Nertsclilnsk en i68g, il termina les différents qui s’étaient élevés sons ses prédécesseurs avec la Chine , pour la fixation des limites. Le fleuve Kerbeschi (la Gorbiza) fut marqué comme le point de séparation des deux empires.

Deux ans après ses vaisseaux flottèrent sur la mer Noire.

De toutes les puissances qui l’avoisinaient, les Turcs , attaqués pour lors dans la Morée , dans la Hongrie et du côté de la Pologne , promettaient la carrière la plus facile à l’humeur belliqueuse de Pierre.

Il réunit toutes ses forces contre Azof , ville maritime , située à l’extrémité occidentale de la mer de Zabache , ou mer d’Azof, désignée dans l’antiquité sous le nom de Palus Méotidcs. Forte de scs

DK L HlSTOlllE DE RUSSIE. 257

remparts et de la bravoure de sa garnison , mais surtout de l’intelligence d’un officier d’artillerie , auquel la crainte d’un châtiment , non moins injuste que cruel , iGgS. avait fait quitter les drapeaux russes pour passer chez les Turcs , cette place fatigua, par sa résistance , l’opiniâtreté de Pierre, qui se retira après avoir perdu trente mille hommes. '

La soif c|gla vengeance et la honte le ramenèrent l’année suivante devant les murs d’Azof avec desfoi'ces plus considérables.

Il avait obtenu de l’empereur, de la Hollande et de l’électeur de Brandebourg, des ingénieurs et des canonniers. Son armée était commandée par Chein. Sa flotte était composée de deux vaisseaux de guerre , Pun monté par le tzar , et l’autre par Lefort j de quatre galères , de deux galéasses et de quatre brûlots. Les travaux devant la place furent conduits avec intelligence , et , pour la première fois , les opérations militaires des Russes soumises à une tactique régulière. La ville se rendit au bout de deux mois de siège.

Dès lors Pierre conçut l’ambitieuse cs-

pérance de devenir maître de la Crimée , et d’ouvrir par là à son empire une facile communication avec tout l'Orient. Il retourna plein de cette idée , et, voulant cxci ter l’admiration de ses peuples, don t les secours lui devenaient bientôt nécessaires pour l’exécution de ses grands projets, il ordonna la pompe d’une marche triomphale. On y voyait les dépouilles des ennemis et les captifs enchaînés^ mais l’on y cherchait en vain le char du triomphateur. Par une singularité qu’on a voulu trouver digne d’éloge, le prince n’avait pris que le rang qui lui était assigné par son grade militaire. Il n’était encore que chef d’escouade , ayant commencé , dit son historien , afin de donner un utile exemple de la subordination , par être tambour , puis caporal . Un empereur tambour dans scs armées, c’est peut-être moins un trait de modestie que d’une vanitépuérile !

Mais dans ce triomphe rien ne devait frapper les yeux autant que l’appareil du supplice destiné au transfuge qui avait si bien détendu Azof. Il paraissait , dans cette marche , mené dans un chariot sur

DE l’histoire de RUSSIE. 259

lequel on avait dressé une potence à la~ quelle il fut ensuite attaché , après avoir subi le supplice de la roue (i).

On frappa ensuite une me'daille, et pour la première fo^^en Russie , destinée à éterniser la mémoire de cette glorieuse expédition. La légende portait ces mots : Pierre , empereur, toujours auguste.

vl?. Bientôt il choisit , parmi ceux qui l’avaient suivi à la conquête d’Azof, un certain nombre de jeunes gens qu’il envoya dans les pays étrangers pour y apprendre la marine ; d’autres devaient s’instruire dans la discipline militaire des peuples qui, à cette époque , passaient pour avoir la meilleure, et lui-même, selon l’expression de son panégyriste , résolut de s’éloigner quelques années de ses étals , afin d’apprendre à les mieux gouverner ; résolu-

(1) Cet officier se nommait Jacob, et était Allemand de nation. Ayant pris du service en Russie , il avait été élevé au grade de capitaine des gardes. Né dans la religion romaine, ' il s’était fait protestant, puis de la religion ' grecque , et il se fit turc après sa désertion.

nÉSDMÉ

tion qui sans doute a peu d’exemples dans 1 histoire , et qui peut étonner , soit qu’en définitive on la blâme ou on la loue.

Mais , en le suivant dans ce pèlerinage politique , il est ini|pssible de ne pas reconnaître qu’il y parut souvent hors des routes de la véritable grandeur , et qu’il y manqua son but, si son but était en effet

de s’instruire plutôt que de manifester à

1 h^urope ses prétentions à la gloire. Ici comme dans son triomphe d’Azof , confondu dans la foule des siens, sous Je costume le plus simple , il sembla vouloir échapper à l’admiration , que tous ses efforts tendaient à faire naître. Il devait vi- ^terle Danemarck,le Brandebourg, la Hollande , Vienne , Venise et Rome ; l’Espagne et la France furent seules exclues de son itinéraire. La première était sans droits à cette faveur par son ignorance, et la seconde parcequ’elle faisait briller trop de politesse et de lumières , ou , peutêtre, ajoute son panégyriste , parceque la hauteur de Louis XIV , qui avait choqué tant de potentat^, convenait mal avec la simplicité avec laquelle il comptait faire

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ses voyages ; cependant il ne sied guère à p'j l’auteur du siècle de Louis XIV de faire une pareille observation, ni? partit après avoir e'touffé un complot qui prenait sa source dans le me'contentcjg ment excité par tant de nouveautés , et Ijj surtout par son projet de voyage (i), La frt régence fut composée des principaux J boïards. Il éprouva des affronts en Livonie , province que convoitait son ambition. Ayant voulu pénétrer dans l’intérieur de la citadelle de Riga , et examiner , les fortifications , le gouverneur refusa sa demande : un traître ou un imbécile pouvait seul avoir cette dangereuse complaisance. Cette conduite, si naturelle en un militaire responsable , est cependant blâmée par le grand écrivain que nous venons de citer.

(i) Quelques auteurs rimpufent la princesse Sophie. Du fond de son couvent , dit Eicbhorn , elle organisa une conspiration parmi les strélitz. Le fait est simplement que le peuple prenait en haine les auspices de ce nonvpau règne.

2/f2 RÉSUMÉ

A Kœnisberg, déjà infidèle à son plan de conduite , il lutta de magnificence et de faste avec l’électeur, prince imprudent, dont les prodigalités et les déprédations ruinaient un pays pauvie , et que pouvait seule relever une économie sévère. Le prince voyageur et le prince son hôte se livrèrent pendant plusieurs jours à tous les excès de la table : c’est dans une de ces royales bacchanales que Pierre , ivre et furieux , se précipita sur son ami Lefort pour le percer de son épée. Il se repentit, dit-on , de cet emportement , et ses admirateurs memes lui prêtent ces paroles remarquables : Je veux réformer ma nation, et je ne puis encore me réformer moimeme !

11 arrive à Amsterdam , et nous atteignons le plus beau moment de sa vie , celui au moins qu’une populaire admiration a le plus vanté, sur la foi de quelques dispensateurs fameux de la gloire.

Inscrit dans les chantiers de Sardam , au nombre des maîU'es charpentiers , revêtu de leur habit, vivant avec eux de leur vie laborieuse , et buvant plus qu’eux , il ap-

D£ l'histoire de RUSSIE.

preud la construction' (i)< U acheva de ses mains un. vaisseau de soixante pièces deV canon , que seul il avait commencé , dit Voltaire, ce qui peut être au moins re'voque en doute. o* .j'

Mais Voltaire a passé sous silence des choses bien plus croyables. 11 ne dit pas que , dans un accès de colère , le tzar fut prêt à frapper de sa hache un maître charpentier , quoiqu’il eût d’avance donne' à tous ces ouvriers , en prenant leur titre et les admettant à sa familiarité , le droit de le considérer comme un de leurs compagnons.

L’apprenti constructeur était en même temps élève en chirurgie. Il avait voulu avoir des conférences avec le célèbre Ruyscli, et rapporta de ses exercices anatomiques le talent, sans doute bien digne d’un monarque, d’arracher les dents. Quoi qu’il

Il n’avait pas de valet , et raccommodait lui-môme scs bas et son habit. % avait pris le nom roturier de Petra Mihailof. La terminaison ff/’est all'ectée an peuple, à la roture, cl celle en itch désigne la noblesse.

en soit , plus d’un de ses courtisans se vit contraint au sacrifice de quelques unes de ses dents , pour lui donner lieu de montrer sa dextérité. Son amour pour le savoir et son désir de connaître allèrent fort loin. Levesque avoue que , selon une tradition qui n’est pas encore éteinte en Hollande , il fut curieux jusqu’à la férocité. Le supplice de la roue lui était , dit-on , encore inconnu , et il désirait voir un malheureux expirer dans ce genre de tourment. Comme il ne se trouvait dans les prisons aucun criminel qui eût mérité ce supplice, ilofirit de fournir un de ses esclaves, et l’on ajoute qu’il eut peine à comprendre pourquoi les magistrats se refusaient à lui procurer ce plaisir.

Mais de tous ses soins le plus important étaitde recruter , par tous les moyens possibles , des ouvriers et des hommes exercés en tout genre. La plupart de ceux qui , séduits par ses promesses , consentirent à être transplantés dans ses états sau- • vages , furent trop punis de leur crédulité. La plus simple réclamation n’était pas même permise aux malheureux qui

DB l'histoire D£ RUSSIE.

périssaient' de misère , et le knout ou l’exil en Sibérie furent le prix de la hardiesse .courageuse de quelques uns d’entre eux.

11 quitta enfin Amsterdam y après avoir vu partir pour Archangel , chargé d’hommes de toutes Jes nations ,1e fameux vaisseau qu’il avait construit , et passa en » Angleterre. 11 avait déjà vu à Utrecht et i à la Haye le roi Guillaume , qui envoya plusieurs navires au-devant de lui. En . Hollande nous l’avons vu constructeur , ingénieur*, géographe , physicien , opérateur : nous le verrons ici horloger , astronome ; il passera des bancs de l’université d’Oxford dans les ateliers de menuiserie , calculera des éclipses et apprendra l’art de fondre des canons , approfondira tous les arts et tous les métiers ' danseurs détails , et en un mot se mon- . irera universel ; 'mais pareequ’il faut encore qu’il soi t merveilleux,après avoir construit tout seul à Sardam un vaisseau de ».

soixante-douze canons, il en construira . un,.autre à Deptfort , qui se trouvera le> meilleur voilier de la mer! Voltaire coinpr

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tait en vérité un peu trop sur la foi de se» lecteurs ou sur l’autorité de son nom.

N’oublions pas de remarquer que, manquant d’argent en Angleterre , il vendit à des négociants anglais , pour quinze mille livres sterling , le droit de débiter du tabac dans tous ses étals. Ce marché peu sage lit à la nation russe deux maux à la fois , celui de préparer la sortie annuelle de plusieurs millions, et celui d’ajouter aux misères de ses peuples en les rendant tributaires d’un besoin nouveau.

11 retourna en Hollande , sur un vaisseau d’une beauté remarquable , gage de lainunilicence du roi Guillaume, qui voulait s’en faire un allié : c’éuut un dessein fondé sur les raisons de la plus sage politi(jue. On sait les immenses avantages -que l’Angleterre a toujours trouvés dans ses relations commerciales avec la Russie.

Son arrivée à Vienne fut signalée par des fêtes ^ dans lesquelles ce prince prétendit figurer comme danseur élégant. Mais tandis que , promenant de cours eu cours , l’inquiétude d’une vanité à la fois démesurée et puéi’ilc, il avilit eu sa per-

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DE l’histoire de RUSSIE. «47

sonue le souverain et la nation, un orage , trop l’acile à prévoir, se forme au sein de ses étals. Ce trône qu’il a quitté , avant de s’y être solidement assis , va s’écrouler en ruines ou recevoir un nouveau maître. Les anciens boïards, les chefs de la religion , dans l’âme desquels l’arrivée d’une foule d’étrangers excite une défiance jalouse , le peuple révolté de la violation de scs cou> tûmes , du mépris de ses opinions , indigné de voir son prince , insultant à l’antique austérité des mœurs nationales , revêtir un costume étranger, et devenir baladin dans les salons de Vienne , tous ensemble le déclarent déchu du trône. Les partisans de Sophie attisaient le feu de la révolte , et Pierre cessait peut-être réellement d’être roi , si des chefs habiles eussent dirigé le peuple et les strélitz : leur fureur, autant aveugle qu’impétueuse , échoua devant- les troupes des généraux étrangers Chein et Gordon ; mais cette défaite ne servit qu’à les exaspérer. i ^

. Pierre, subitement instruit , retourne avec la plus grande célérité ; il arrive, il a paru aux fenêtres de son palais , et la

• crainte a glace tous les cœurs. Si le crime était grande le châtiment le fut aussi ^ dit Voltaire. Mais l’écrivain dont les dernières paroles furent encore ùn reproéhe aux tribunaux de son pays , qui avaient, soit erreur, soit perversité , versé le sang d’un jeune téméraire , cet apôtre infatigable de l’humanité devait- il excuser les torrents qui coulèrent sous la main du féroce Pierre , dans le parc de Bebrachensko ? devait-iJ prétendre dérober à la postérité les traits de ce tableau épouvantable ?

D’abord, ceux qui passaient pour ètie les chefs de la conspiration furent exé- 698. cutés avec tous les leurs. Ni l’âge , ni le sexe, ni la condition, n’eurent à réclamer contre cet arrêt terrible. La hache et la roue furent mises en activité, et l’on creusa d’immenses fosses pour l’ensevelissement • non pas des morts, mais des victimes vivantes. Plusieurs jours furent employés à tenter d’obtenir, par les plus affreuses tortures, des révélations; car dans ce nombre '• pi-odigieuxde coupables, dont l’aine de tout autre aiu ait gémi et frémi, ce grand prince ne trouvait pas de quoi se contenter!

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La constance des victimes lasse la vigueur des boun*eaiix. Indigne de ne pas arracher les aveux que sa fureur sollicite , et de voir le courage héroïque de ces inforluués triompher de la plupart des supplices connus , Pierre , e'cumant de rage, ordonne aux juges de descendre de leur tribunal pour devenir exécuteurs ; il veut tout confondre dans l’horreur d’un massacre général. Il veut que toute main restée fidèle s’arme de la hache pour gage de son dévouement, et lui-même, souillant la sainte majesté du diadème , frappe et fait tomber les têtes de ses malheureux sujets. Le jour de la première execution, dit un 'contemporain, témoin oculaire, cinq têtes tombèrent abattues par la plus noble main de l’empire. Quelques jours après la même main en coupa encore six (i). D’affreux

(i) Printz, graad-maréclial de la cour de Prusse cl ambassadeur en Itussie , dans le temps de CCS exécutions, a consigné dans ses mémoires que, dans un grand repas que donna Piorre|l*'’, ce prince Ot amener des prisons une Tingtainc de stréliti , et qu’à chaque grand verre qu’il

details ajoutent à rhorreiU' de fces dpouvantardesscèheâ. Les courtisant, imitant leur liiaître, se Repartissent entre èux leS condamnés, Quelques uus retiennent les mallielireux par la chevelure, afin que le jirince frappe des coups plus rapides et plus assurés. Lefort fut le seul qui refusa (l'ensanglanter, ses mains.

Des gibets sont dressés autour des murailles de la ville , à l’entrée des grandes routes. Plus de deux mille y sont attachés , un grand nombre sont pendus dans la ville même. Le sang coule aussi devant le Kremlin , devant le monastère qui renferme les princesses Sophie et Eudoxie.^ La ville entière est transformée en un Vaste atelier de supplices, où les cadavres des morts disputent la place aux vivants.

Cependant un i^triarche vénérable , suivi d’une pompe religieuse , et portant l’image touchante de la Vierge Marie avec

vidait il abattait la tête d’un de cc3 malheureux. 11 proposa môme à l’ambassadeur d’exercer son adresse en prenant part à cette boucherie, (f^oyez la note à la ftîi du volume.)

DE l/mSTOIRE DE RUSSIE. 2Ôl

son enfant dans ses bras , vient demander, au nom d’un Dieu de miséricorde , que le carnage Æesse , que le reste des coupables soit épargné. Ivre et dégouttant de sang , le tzai’ le repousse , et lui re'pond par ces paroles : « Prêtre , retire-toi ; je sais ce » que je dois faire ; le saug d’un peuple » rebelle est toujours agréable à Dieu.»

Lefort réussit mieux en extitant la crainte dans cette àmc inaccessible à la pitié'. Il lit entendrç au prince que ces hommes qui savaient mourir avec une si héroïque constance pourraient s’apercevoir enfin qu’il valait mieux défendre leur vie. Le tzas craignit une réaction, ordonna la mort prompte de ceux qui subissaient après la torture une lente agonie , et bannit à perpétuité ceux qu’il ne put immoler.

Mais les cadavres de ceux qui avaient péri , bientôt glacés par un froid rigoureux , restèrent exposés pendant plusieurs mois rangés sur la terre ou attachés aux gibets , et ce ne fut qu’au printemps que leurs restes mutilés cessèrent d’épouvanter les yeux des vivants par le spectacle d’une

vengeance si criminelle par son e'norinité /

Voilà les vertus , telles furent les géné- •reuses dispositions que Pierre rapporta de l’etude des mœurs de ses voisins. C’est ainsi qu’il civilisait ses peuples et fondait un nouvel empire.

Dès ce moment la milice des strëlitz cessa d’exister. Ce grand changement , àii Voltaire , se fit sans la moindre résistance , parcequ^il avait été préparé. On vient de voir en effet comment il avait été' préparé. Pierre eut plus de bonheur que le sultan Osman, ayant mieux pris ses mesures.

Quel bonheur et quelles mesures !

Les débris du corps des strelitz furent dispersés avec leurs familles dans la Sibérie, à Astracan, et dans le pays d’Azof. Mais ces exilés ayant peu d’années après provoqué au soulèvement dans ces contrées , au sujet de l’édit par lequel l’empereur prétendait supprimer la barbe , portion du costume national importante et chère aux antiques mœurs, l’abolition définitive et absolue de cette audacieuse milice fut prononcée ; le nom même en fut proscrit, ét tous ceux qui survécurent in-

DE l’histoire de RUSSIE. 205

dividuellemenl à cette grande mesure , furent mis dans l’impossibilité la plus complète d’inquiéter le gouvernement.

Les peuples tiennent à leur costume ; c’est pour eux une opinion ; et quand Pierre F*" coupait la tcte de ceux qui ne voulaient pas renoncer à leur barbe , il était à la lois cruel et absurde. Il voulut de même remplacer par l’habit étriqué des Allemands l’antique vêtement national, approprié au climat, réunissant la noblesse à la simplicité , et il trouva une résistance obstinée qu’il fallut vaincre par des supplices. En tout il violenta les moeurs; il brisa les portes du Gynécée, et jeta les femmes dans le tumulte de la vie civile , pour avoir une société à l’anglaise ou à la française. C’était corrompre la nation pour la civiliser, et ne laisser aucun refuge aux mœurs publiques, qiii étaient d’une corruption égale à leur grossièreté. On sait d’ailleurs quelles profondes racines ont en général les coutumes .orientales ; elles touchent au premier âge du monde : or les Russes étalent asiatiques; toutes leurs habitudes et leurs tra-

aa

ditions avaknt résisté à l’invasioB^ des Scandinaves , ou du moinsven se fondant avec les usages des compagnons de Ru> rik , avaient prédominé' dans ce mélange (i). . . ..

O’autres réformes eurent un objet plus utile, et furent conduites avec plus de modération et de discernement. Telles furent Tabolition des cérémonies ridieules qui se pratiquaient dans les mariages, et la suppression des formules- avilissantes qui étaient d’usage dans les placets à l’empereur ou à ceux qui représentaient ^on autorité. L’imprimerie fut délivrée de certaines entraves régiémentaires. Des écoles particulières furent établies pour l’enseignement des langues mortes et vivantes , et l’on s’appliqua à traduire de bons livres. Les nationaux , jusque là emprisonnés dans les limites de leur patrie , purent aller demander des instructions et des exemples aux peuples étrangers. Aujour-

(i) 11 faut remarqaer relativement à l^ffaire de la barbe que les paysans et les ecclésiastiques eurent le privilège do la conserver.

DE i.’HISTOIRE DE RUSSIE. a'55

d’hui que les Russes sont devenus une nation si voyageuse et si dissipatrice, et qu’ils promènent leur fastueuse oisiveté par toute l’Europe , peut-être , selon l’observation d’un écrivain allemand , auraient-ils besoin que la défense de voyager fût rétablie chez eux.

Les changements qui portèrent sur l’état ecclésiastique excitèrent une irritation plus vive que toutes les autres nouvéautés. Il était sage et juste de vouloir abaisser l’excessive puissance du clergé ; mais la brutalité des moyens qu’employa le tzar, les scandaleuses saturnales par lesquelles il tourna en dérision certains usages d’une superstition très innocente, avilirent non seulement les évêques , les archimandrites^ les popes, tous les ministresdc la religion , mais encore la religion ellemême. Or le peuple russe avait plus qu’un autre besoin du support dès affections et des habitudes religieuses , car plus qu’un autre il était ignorant et malheureux.

Les monastères d’hommes et de femmes se virent atteints par cette réforme générale. Le célibat, la faculté de prononcer

25G résumé ^ •

des vœux à tout âge , le long et péulbic carême auquel tout bon Russe était astreint, furent du nombre des empiètements de l’e'glise qui cessèrent d’être respectés ; et enlin le calendrier même fut l’objet d’une modification qui força le temps de marcher en Russie comme chez les autres nations de l’Europe , et fit commencer l’année au I®'" janvier. Avant celte époque ils dataient de la création du monde , et non pas de "la naissance du Christ.

Un dernier coup restait à porter , c’était l’abolition du patriarcat et la réunion de la suprématie ecclésiastique à la dignité impériale. Cette grande mesure eut lieu en 1721 ; et à la place de ce dignitaire éminent , dont l’autorité excessive et très populaire avait plus d’une fois fait ombrage à celle des souverains , Pierre établit un collège d’évêques sous le nom de saint synode directeur. Dés lors ce synode eut la haute direction et le jugement de toutes les affaires ecclésiastiques, et reconnut en dernier ressort l’autorité du chef de l’état.

GuoglT

Pierre I®*" e'tait très fier d’avoir accompli tous ces cliangements /.aussi se vantait, il d^avüir ete' plus heureux que Louis XIV dans les choses de la religion. « J’ai forge, disait-il , mon clergé à l’obe'issance et à la paix , tandis qu’il s’est laisse' dominer par le sien. » L’historien du siècle de Louis XIV n’aurait pas dû rapporter cette échappée de fatuité monarchique , sans remarquer que Louis XIV avait affaire à un tout autre^ clergé que celui de Russie. Loin d’étre avili par l’ignorance ou les mauvaises moeurs, le clergé gallican', si justement célèbre, était un des premiers ordres de l’état, et se montrait digne de son rang dans la hiérarchie politique par la régularité de ses mœurs et l’étendue de ses lumières. Une foule d’hommes d’élite l’avaient , durant des siècles , illustré de leurs grands talents ; il avait souvent donné au trône des ministres et à la science des organes dignes d’elle. Enfin le clergé gallican tout en déclinant l’autorité papale , lorsqu’il s’agissait de maintenir des réserves favoi'ables à sa dignité , pouvait recourir à la protection du saint siège , si

2&8 RESUU]^

des attaques de la part de l’autorité civile venaient à menacer sa puissance. Il n’était pas ultramontain, mais il était catholique.

^prés s'être essayé de la sorte au rôle de législateur et de réformateur , il tardait à Pierre de feire le conquérant. La paix de Carlovitz ayant borné son ambition du côté de la Turquie-, il chercha des sujets d’agrandissement et de querelle au nord de seS) états, ün port sur la Baltique lui était nécessaire , ne fût-ce que pour n’être pas entravé dans ses plans commerciaux; et, royalement parlant , c’était une assez bonne raison pour faire la guerre ; cependant comme c’était encore le siècle où l’on fardait les intérêts positifs avec une diplomatie chevaleresque , Pierre chercha dan^ le point d’honneur un plausible prétexte , et demanda satisfaction des affronts- que le comte Dahlberg lui avait faits à Riga , et de plusieurs autres griefs.

Charles XII commençait alors son aventureuse, brillante et singulière carrière, sur ce même trône de Suède qu’avaient illustré les talents plus solides et les exploits

DE l’hiSTOIBB de RUSSIE. 3^9

véritablement héroïques de Gustave- Adolphe. Il désirait la guerre au moins autant que son voisin ; en conse'quence sa réponse ne fut pas calculde pour la retarder. Le siège de Narva fut résolu. Pierre s'était ligué avec la Pologne et le Daiiemarck pour entreprendre cette guerre;^ la Pologne lui fournit des ingénieurs , des artilleurs et des officiers de toute arme. Que de prévoyance dans la politique de cette république tui'bulente 1

Gbarles XII, après avoir battu le roi' de Daoemarch et signé la paix avec lui'à Travensal, vint avec moins de dix-huit mille hommes chercher les Russes qui étaient trente-deux mille. Au commencement de' l’action des officiers-généraux polorihis , mécontents , trahirent, et sortant des retranchements , se rendirent aux Suédois.

L’armée russe résista peu et capitula; Les résultats de cette journée furent'désastreux et humiliants ? Pierre perdit toute

son artillerie , ses généraux, ses’officiers-, et pas un de ses soldats ne s’en relira' avec' ses armes, nonobstant les- termes dé la capitulàtion; Les Suédois abusèrent d’ünc

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victoire qui n’avait pas été assez disput^b pour que les vaincus parussent dignes de quelques égards. . .

Pierre, il faut l’avouer , ne fut point abattu par ce malheur. 11 l’imputa à i’insuffîsance de ses forces , ou du moins à l’inexpérience de ses officiers , et réorganisa courageusement une nouvelle armée.

Les cloches de Moscou furent fondues pour renouveler son artillerie; par une prodigieuse activité, se multipliant luiméme, il parcourut ses arsenaux , ses chantiers , sa capitale , et négocia pour ranimer le zèle expirant de ses alliés.

Ses alliés l’abandonnèrent. Auguste aurait eu besoin d’être lui-même secouru contre les Palatins qui regrettaient de l’avoir pour roi , et qui avaient suivi le parti du prince de Conti. Ils appelèrent le roi de Suède en Pologne.

Cependant les Rus.ses osèrent reparaître devant les Suédois , grâces à l’audace du prince Chéremetef , et attaquèrent leurs ennemis à Dorpat. La victoire leur resta après un combat de quatre heures ; ils tuèrent trois mille hommes à leurs enne^

Digitizea

DE l'hISTOIUE de UUSSIE. ‘i6l

mis , et s’emparèrent de leurs bagages.

11 faut remarquer qu’ils avaient, été rompus par le premier clioc des bataillons suédois, et avaient su se rallier. Ce petit succès commença les nouvelles destinées militaires de la Russie ; car il décida la question de savoir si des Russes pourraient se battre aussi bien que ces Suédois , justement nommés le fléau de l’Allemagne. A partir de ce moment , Charles .XII , n’écoulant que son aveugle témérité et son orgueil, ne sachant jamais profiter d’un revers ni d’une victoire, et n’ayant de foi qu’à la force obstinée, fit assez de fautes pour forcer la fortune h se ranger du parti de son rival.

Chéremetef , qui avait battu les Suédois à Dorpat , fit le siège de Marienbourg.

C’est dans cette ville que fut prise une jeune fille orpheline obscure , élevée par la charité d’un pasteur protestant, et depuis peu de jours épouse d’un simple soldat suédois : cette jeune fille était destinée à monter sur le trône des tzars : c’etail la célèbre Catherine, première du

nom.

Après Marienbourg , JNolebourg , place beaucoup plus forte, et bâtie dans une île du lac Ladoga , fut assiégée. L’attaque , poussée avec la plus grande vigueur durant trente jours , força les faibles débris de la garnison suédoise , qui s’était héroïquement défendue, à capituler. Quatrevingt-trois^ornbattants et une centaine de blessés sortirent des remparts *dé la place, et défilèrent, tambour battant et les enseignes déployées , devant l’armée à laquelle ils avaient résisté. La place de Notebourg réparée reçut alors le nom de Schlussebourg ( la clef ) , parceque sa position commande en effet le cours de la Néva , à l’endroit où cette rivière sort du lac Ladoga.

La conquête de Mienchantz, autre forteresse qui dominait l’embouchure du même fleuve ,* était une suite de* la première , et elle s’effectua avec le même oS. bonheur. -Ce fut un événement important dans la vie militaire et politique de Pierre I®*" : dés lors il eut] un port sur la Baltique.

C’est à cette époque que les fondements

DE l’histoire de RUSSIE. 26?

de Saint-Pdlershourg furent jctds (i). On loue beaucoup Pierre I®*" pour avoir élevé une métropole puissante et superbe en un lieu où l’on ne voyait que des marais impurs y et quelques misérables cabanes de pêcheurs. 11 est possible qu’il y ait un grand mérite à triompher ainsi des obstacles, et à donner un démenti à la nature* • *

qui semble avoir tracé ces mots sur des plages infécondes ; La vie et la prospérité de Vhomme ne seront point ici; mais quand on songe à l’effroyable consommation d’hommes que cette entreprise occasiona , quand on lit que la disette seule en emporta cent mille y on est beaucoup moins disposé à admirer la constance et surtout la prévoyance de Pierre-le-Grand.

Le fort de Cronslot /destiné à protéger Saint-Pétersbourg du côté de la mer , fut construit au milieu de l’hiver. Du milieu de ces vastes travaux Pierre s’élancait en Carélie pour battre les Suédois , courait

(i) Petersbourg est au soixantième degré de latitude et au quarante-quatrième et demi de longitude.

.RXlâUME

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à Olonelz pour y faire construire des vaisseaux , et communiqyait partout autour de lui cette immense activité qui était un privilège de son organisation.

1 II lui tardait cependant de réparer la honte de Narva y et le siège de cette place fut résolu en même temps que celui de Dorpat. La première de ces villes était défendue par une forte* garnison , etjcommandée par un homme de courage. Le tzar s’en rendit maître par un stratagème ‘ qui rigoureusement pourrait s’appeler une o4- trahison. Il este du moins au nombre des moyens que se permettent rarement les lois de, la guerre chez les nations européennes (i). Voltaire prétend' pourtant que l’on ne s’en sert pas assez. Le général

(i) Les assiégés attendaient un renfort; l'empereur fit prendre des uniformos suédois à une partie de son armée , donna sous les remparts un spectacle d’un combat entre ces prétendus Suédois et les Russes; et ces derniers ayant feint d’être, repoussés, le commandant de la place ouvre alors ses portes h ceux qu’il prend pour scs compatriotes.

DE l'histoire de. RUSSIE.

de Horn, qui avait vaillamment résiste', fut pris et amene' devant le tzar, qui , dans sa colère , le frappa au visage. Un historien dit , pour* excuser cet indigne emportement, que Horn pouvait cire punû de mort pour avoir tenu dans la place , quand il ne lui restait plus d’espoir de la conserver. Si cela était ainsi , il fallait le faire mourir , mais non pas l’outrager.

Toutes ces victoires furent solennisées par une troisième entrée triomphante rk Moscou. Ces sortes de fêtes plaisaiélit beaucoup à Piêrre-le-Grand , quoiqu’il affectât de n’y jouer qu’un rôje secondaire.

Un monument plus grand et plus va^*e «le sou règne et de son génie, un véritable triomphe obtenu au profit de son empire et de ses peuples, ce fut l’exécution du canal qui joignit la mer Baltique â la trter Caspienne , en réunissant la rivière de Tver à celle.dc Msta. Mais l’honneur de cette idée n’appartient pas à Pierre I*%. ce fut un obscur marchand nommé Serdioukof qui la lui proposa..

. Hâtons-nous d’arriver à la fin du premier acte de celte guerre du Nord où

Pierre, instruit par ses revers « passa si rapidement d’un rang secondaire en politique à la suprématie militaire du Nord.

Si Charles, vainqueur à Narva, eût rassemblé toutes scs forces conti e un ennemi abattu de sa défaite, il l’eût peut-être poursuivi jusque dans sa capitale , comme le remarque M. Lévesque , et aurait pu s’asseoir, au moins pour un temps , sur le trône des tzars ; mais, n’écoutant que sa haine contre Auguste , le héros de la Suède laissa le champ libre aux Kusses qpi’il méprisait , persuadé qu’il serait toujours temps d’exercer sur eux sa vengeance, et de les écraser (i). Cet orgueil le perdit.

(i) Ce sage écrivain (M. Léresque) n’est nullement partisan du fatalisme historique , système que plusieurs s’efforcent d’accréditer aujourd’hui , parceque c’est un rôle commode et un grand moyen de succès auprès du grand nombre, d’expIiquercommc7«ojcc<7t/t est arrivà • devait être , en d’autres termes de se faire prophète après l’événement. M. Levesque pense que dans les plus grands événements et dan» les succès qui nous imposent le plus, il y avait un côté vulnérable par le hasard, et qu’un léger

DE l’histoire ds Russie.

■ Maître de tonte l’Ingrie , il en avait confie le coininandeincnt à MenzikofF, oe favori fameux, de garçon pâtissier devenu prince, et qui fut, comme tous les parvenus de cour, dévoué sans réserve et sans pudeur aux volontés du souverain qui l’avait métamorphosé. ‘

Après avoir repoussé les Suédois , qui menaçaient sa ville naissante , il était allé les chercher en Courlande , avec l’espoir de pénétrer jusqu’à Riga ; mais, arrêté par le général Levenhaupt, et complètement battu par lui à Gemavershof^ il le fut encore en deux autres rencontres avec les Lithuaniens du parti de ce malheureux roi Auguste, qu’il soutenait toujours en dépit- de la Pologne. Les palatins les primats ecclésiastiques , les évêques s’assemblaient dans ce moment même pour en élire un autre. Auguste était jbsteraeiit

odieux à la fortune de cette république ,

changement dans les circonstances poiiràH produire un autre ordre de choses et des résultats toüt-à-fait contraires. L^istoire n’enseigne que cela. ■ ' f ' '• ' - ■

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