SEPTIÈME ÉPOQUE
J INTERVENTION ET PRÉPONDÉRANCE DE LA RUSSIE DANS LES DIVERSES COALITIONS CONTINENTALES CONTRE. LA ^FRANCE; • •
DE 1800 .A, l8l5. ..
Voici'le commencement d’un vaste tableau dont nous ne pourrons qu’indiquer les premiers linéaments. L’histoire de Russie devient celle de l’Europe. Lancée hors de ses limites naturelles, cette piiis- ' sance se mêle à toutes les querelles du continent, et ne tarde pas à former la tête de cette redoutable opposition monarchique suscitée par la jalousie des vieilles dynasties contre la gloire éblouissante d’un soldat trop heureux. Une lutte gigantesque suspendue d’intervalle en intervalle par des trêves faussement nommée des traités,' épuise les peuples, met en question l’exis^
tence de plusieurs trônes, et dévoré plusieurs principautés. Quand elle est terminée, le monde voit avec douleur la Russie s’avancer la première sur le sol fumant de l’Europe , et levant sa tête dominatrice ne trouver autour d’elle de rivalité possible que du côté de l’Angleterre. En effet la Grande-Bretagne reste toujours forte de sa position ge'ographique, de son opulence, et surtout de l’énergie- patriotique de son gouvernement.
Dans le bouleversement complet de cette pondération savante de cet e'quilibre européen , fondé par le fameux traité de Westphalie, l’influence conquise par la France , disputée par l’Angleterre , leur a rapidement échappé à toutes deux pour passer aux mains de la Russie. Ainsi ce n’est pas au profit de l’une des puissances qui avaient concouru à le foi’mer qu’a été détruit cet équilibre , cet édifice si vanté de la politique moderne et sur les bases duquel l’Europe a vécu cent cinquante ans : c’est au profit d’une puissance pour le compte de laquelle il n’y avait eu d’intérêts stipulés ni à Munster ni à Nimègue,ui
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à Aix-la-Chupelle , et dont le nom m^ine ^ n’avait jamais figuré dans aucun de ces traités. C’est enfin au profit de cette Russie •' plus inconnue à nos aïeux que les déserts de l’Amérique, et qui, récente affranchie des Tartares , porte encore dans les traits de sa majesté sauvage l’empreinte de ses fers.
Voilà une de ces grandes péripéties sur la scène du monde politique qui font voir toute la fragilité et le peu de durée dps combinaisons humaines. Que diraient Ri> chelieu et Xiouis XIV, s’ils revenaient au monde en ce moment ? ,
Au reste la suprématie actuelle de la Russie s’explique très bien et par ses pro^ grès et par la nature de la constitution physique de cet empire. « La Russie , dit un écrivain plein de sens, était déjà en 1-^89 une puissance prépondérante. Elle a dans les mœurs , dans les institutions et jusque dans la barbarie de ses peuples , des ressources inconnues aux nations plus civilisées. Si d’un côté l’immensité dcson territoire s’oppose à ce .qu’elle mette en raonvement des forces aussi considérables
qu’elle l’a fait dans une crise extraordinaire , sans nuire essentiellement à sa population ; de l’autre, elle assure son existence contre les chances les plus défavorables. Elle^ est presque toujours maîtresse de conduire la guerre comme il lui convient. Vaincue , elle amène son vainqueur imprudent dans ses déserts.
Avec des seigneurs qui savent faire des sacrifices, avec des paysans qui n’ont presque rien à perdre , et qu’une armée pousse devànt elle comme des troupeaux , elle est sûre d’échapper à la domination étrangère : elle a le choix des moyens et des armes ; elle peut détruire ses ennemis sans les combattre. Victorieuse , elle les poursuit avec une infatigable ardeur; elle répare promptement ses pertes , elle reparaît plus riche et plus puissante , et pose plus avant les barrières de sa domination.»
Les acquisitions qu’elle avait faites sur la Perse , la Prusse, l’Autriche et la Suède, dans les dernières guerres, avaient porté sa population totale à plus de quarante millions d’habitants : la cession du duché
DE L HISTOIRE DE RUSSIE. 545 de Varsovie , sauf la partie qui en a été detachee pour former le grand-duché de Posen , doit y faire ajouter au moins trois millions deux cent mille individus.
II y a deux siècles , quand les boyards moscovites appelèrent à Moscou le fils de Sigismond, on se fût à peine aperçu en Europe du danger de réunir sur la même tête les couronnes de Russie et de Pologne... Un siècle après, il eût soulevé toutes les puissances; et de nos jours on ue pouvait plus l’empêcher: tant les hases de cet équilibre européen sont mobiles , variables , et sujettes à se modifier au gré de la fortune !
La mort de Paul P*" avait eu pour premiers effets la dissolution de la confédération du Nord contre l’Angleterre , et le retour de toute l’influence de cette dernière puissance dans le cabinet de Saint-Pétersbourg. Le traité de paix que le premier consul se détermina alors à conclure avec l’Angleterre fut encore une suite de cet événement. Tout cela avait été à peu près prévu par les maebinateurs du forfait qui plaça si prématurément Alexandre sur le
i8oi.
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trône ; et la flotte anglaise passa le Sand au moment où Paul I*' tombait sous les coups de ses assassins.' ' ‘ •
Un traité de paix avec la Russie fut cependant la suite nécessaire de celui qui venait- d’être conclu âveô T Angleterre. Il • n’existait auparavant , entre les deux paissances, qu’une simple cessation d’bostilite's par le fait et sans àbeune convention i8o3. écrite. " , ‘ •
La 'guerre ayant recommencé eù i8o5 entre la France et l’Angleterre au mépris de ce traité d’Amiens qui assurait pourtant à la France presque tout ce que les ar- 'mes victorieuses de la république ■ avaient i8o3, conquis, la Russie offrit sa médiation aux aoftt. (Jeux puissances ; mais d’Angleterre ne voulait' pas entendre parler de la paix jusqu’à ce que les Français eussent évaCué le Hanovre. L’ambition toujours croissante de Napoléon la rendait d’ailleurs impossible, et l’attentat détestable dont rie duc d’Enghien fut victime indigna l’Europecntiêre contre lui. L’Angleterre, en vain menacée d’une descente, travailla plus efficacement que Son ennemi -, en entraînant la
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Rossie dans ses {dans, par le, traité de* i8o5, Pétersbourg. t i - , . *^‘‘‘**
- L’Âutricbe, -attaquée à la fois dans sa domination et dans son orgueil , ne tarda i8o5, pas d’accéder à ce traité. Elle sentait le poids d’un 'Voisinage victorieux ettet-rible depuis les -sources du Mein . jusqu’aux , bouches du Pô; et pour accroître ses regrets, l’Italie , dans ce moment, lui échappait encore : il ne lui restait plus de sa suprématie fédérative en Allemagne, que le titre assez • vain d’empereur, pour les seuls états héréditaires de la maison d’Autriche. . ' ■( . . .
-'•L-’archiduc Ferdinan4»le général Mack et Parohiduc Jean entrèrent en campagne avec quatre-vingt-dix mille hommes,, occupant à la fois la Bavière , le.s gorges du Tyr'ol et les rivés de l’Adige.
La Prusse ne fut pas moins prompte à . reprendre' les armes; et les deux souverains, Ahîxandre et Frédéric-Guillaume, solenniséreut leur traité de. Postdam par un. serment sur . le tombeau du grand 1805^ Frédéric. En même temps l’Angleterre se octob. Hait avec la Suède, Toiÿ le nord de l’Eu-
. 548 t RSS1JMB '
rope se conjurait^ contre Tambitîon’de Napoléon , qui jetait toujours son glaive dans la balance où se pesait le sort des • vaincus. - \
Cependant *la fortuné continuait ses faveurs à cet homme exà*aordinaire. Cette ", campagne commença par la capitulation i8o5, d’ülm, qui déshonora le général Mack, et
octob mémorable journée d-Auster-*
litz. L’armée russe qui prit par à cette bataille était commandée part le général Kiftusof et forte de soixante-dix mille hommes; les Autrichiens en avaient vingtcinq mille, et les Français étaient quatre vingt mille. Les temporisations du vieux général russe- servirent Napoléon à sou-hait, en lui donnant le temps de'réunir ses • . * forces éparses et de se replier sur le terrain
qu’il avait -marqué pour son champ de ba-. taille. Lannes, Snchet'; Soult, Bernadotte qui n’était pas encore passé roi , Murat, Davout, Oudinot, Junot, tous les noms qui font l’honneur et l’orguéil de nos fastes militaires, retentissent dans les rela-' lions de cette mémorable journée, dont les détails sont devenus populaires parmi
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nous et peut-être aussi parmi les Russes. Trente mille de leurs guerriers ensevelis dans les glaces d’un lac qui rompirent sous leur poids , quinze de leui'S généraux pris ou tombés sur le champ de bataille , ont dû graver en effet dans leur mémoire le nom d’Austerlitz. Us perdirent en outre tous leurs bagages et leur artillerie, composée de plus de cent cinquante pièces de canon.
- L’Autriche, qui avait provoquéjla guerre, fut la première à demander la paix. Souverain d’une nation dont, les fastes n’abondent pas en victoires , et bien plus accoutumée aux humiliations qu’aux hommages ^ François U ne craignit pas de venir au bivouac de Napoléon solliciter humblement la paix.. Un armistice fut accordé, et pour première pondition les Russes durent évacuer le territoire autrichien et se retirer à travers les monts Krapacks. Le ministre Haugwitz, parti de Berlin pour se ' rendre .au .quartier-général des alliés , en apprenant le sort de leurs armes , se rend à celui de Napoléon , et le félicite sur sa' victoire. « Voilà , dit le vainqueur d’Aus
i8o5, a déc.
aGdér.
ao juil.
octob.
octob.
terlitz, un cunipliraent dont la fortune a changé l’adresse. » Tel fut le résultat de la troisième coalition. A la fin de cette anne'e , une nouvelle paix fut écrite entre l’Autriche et la France, et ce traité, dit de Presbourg, dépouillant la maison impériale, prit sur ses états de quoi faire deux royaumes pour l’électeur de Bavière et le duc de Wurtemberg. ^
La Russie feignit aussi de vouloir la paix. Au commencement de l’année suivante elle entama des négociations , signa par. le ministère de son ambassadeur un traité à Paris; puis refusa, sous de vains prétextes , de le ratifier , parcequ’elle n’avait voulu que gagner dti temps pour réorganiser ■ ses forces et venger la honted’Austerlitz.
Une quatrième coalition s’était formée sous le voile de cette courte trêve. La Prusse , abjurant une neutralité qu’elle n’avait pu faire croire siuçère, mit deux cent cinquante mille hommes sur pied par un effort national et immense. La vic-toire d’Iéua vint démentir d’une manière
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désastreuse les espérances et l’entliousiasme de la nation prussienne. De toutes les journées qui depuis 1792 ont illustré les armes françaises , aucune , dit un écrivain , n’a laissé moins d’honneur aux vaincus , tant leur 'déroute fut entière et leur" fuite rapide. Dix jours après , les vainqueurs occupaient Berlin.
- Cependant l’empereur Alexandre accourait au secours de son allié malheureux. Les Français et les Russes se rencontré-
rent sur les bords de la Vistule, et les premiers , après avoir occupé Thorn , furent successivement victorieux à Czarnowo , à Mohrungen, Pultusk et Golymin. La journée plus importante d’Eylau signala la rentrée en campagne au commencement de l’année suivante. L’armée russe en Pologne, qui, avant cette affaire, était encore forte de cent soixante mille hommes, fil une perte immense; mais il faut avouer, en dépit des bulletins du temps, que la nôtre ne fut guère moindre. La prise de Dantzick et la victoire de Friedland, bien plus décisive que celle d’Eylau , amenc-
janv.
février
et
juin.
renl, au bout de peu de jours , l’entrevue > S07, fies deux empereurs sur le Niémen, et puis ' la paix de Tilsitt.
Le traité de Tilsitt se ressentit moins de la différence de position que la victoire avait mise entre les deux monarques, que du désir qu’avait Napoléon d’entraîner la Russie dans son système continental, grande combinaison européenne, qui pouvait détruire l’Angleterre si elle eût été exécutable. Napoléon' sacrifia à ce plan favori de sa politique l’accomplissement d’un projet qui eût été à la fois bien plus aisé, plus utile et plus beau , savoir le rétablissement de la Pologne. Seulement, il changea la destination d’une partie de ce royaume , jadis si indignement démembré , et tout ce qui fut ravi à la Prusse servit à augmenter la domination du roi . de Saxe , sous le nom de grand-duché de Varsovie. Dantzick recouvra son ancienne indépendance , mais non pas tout son ter- . ritoire. Enfin la Russie, dont l’intercession sauvait une partie de ses états au roidc Prusse, devenait encore médiatrice entre la France et l’Angleterre. En re-
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tour d« toutes ces concessions et de tous ces égards , auxquels la victoire ■ donnait tant de grâce, Napoléon, toujours et trop occupé.des intérêts de sa djrnastie , c’est - à - dire- de sa. famille , avait exigé la reconnaissance formelle de ses trois frères, Joseph, Louis, Jérôme ,, comme rois de Naples, de Hollande et de West-
Cependant les Anglais redoublèrent d’activité et d’intrigues pour conserver quelque influence dans le Nord. Ge fut par les suggestions du cabinet de Saint- ' James que le jeune roi de Suède, £fu mépris d’un armistice conclu avec Brune, au moment où les négociations de ïilsitt avaient été ouvertes , recommença seul la guerre ; à la vérité, il comptait sur l’assistance des Anglais; mais leur amitié fut assez tardive pour que. le général Bruue eût, le temps de s’emparer de Stralsund , capitale 'de la Poméranie suédoise , place forte y et . doublement importante par sa position et ses vastes arsenaux. Cette perte si considérable pour la Suède fut bientôt suivie de' la capitulation de l’île de Rugen
1807, 20 ' août.
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1807. et de l’évacuation de toute la Poméranie par les troupes du roi de Suède. Les Anglais,laissant une libre carrière aux succès de Brune , ne se présentèrent même pas pour reculer d’un moment les malheurs de leur plus fidèle allié; mais ils attaquèrent Copenhague-, parcequ’ils n’avaient pu déterminer le roi de Danemarck à suivre le périlleux et triste exemple de son voisin. Après trois jours de bombardement, cette capitale fut incendiée et la 7 sept, flotte danoise tomba au pouvoir des Anglais. Une agression si sauvage et si perfide fît plus en faveur du système continental de Napoléon que n’avaient fait ses victoires et ses sollicitations’. Le roi de Danemarck séquestra dans ses états toutes les propriétés britanniques, interdit toutes relations à ses sujets avec l’Angleterre , sous les peines les plus sévères , et conclut ‘ avec la France un traité d’alliance, en
même temps que la Russie, manifestant son indignation pour l’incendie de Copenhague , renouvelait les principes de la octol). neutralité armée.
Cette déclaration de l’empereur Alcxan-
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-, dre conUe l’Angleterre , en attestant que 1807.
J la bonne foi avait présidé à ses engagements sur le Niémen, devait, il semble, promettre une longue durée au traité de Tilsitt. Ce souverain annulait toutes les conventions antérieures entre la Russie et l’Angleterre, et notamment celle de 1801. Il déclarait qu’aucune communication entre les deux puissances n’aurait lieu désormais avant que le Danemarck eut obtenu de justes réparations , et , ce qui était bien plus difficile, avant que la paix eût été conclue entre la Fi'ance et la Grande-Bretagne. Les motifs de mécontentement exposés dans cette pièce laissaient transpirer le dépit d’avoir été dupe de la politique anglaise , et le cabinet de Saint-Pétersbourg s’y plaignait avec aigreur d’ayoir jusque là supporté les charges d’une association défensive, combinée pourtant dans l’intérêt directe! particulier de l’Angleterre. Enfin , pour confirmer cette énergique énonciation de ses griefs , l’empei*eur Alexandre fit arrêter tous les vaisseaux anglais se trouvant dans ses ports et séquestrer toutes les pro-
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priétés anglaises. La Prusse , humble sa-' tellite du grand empire du Nord, prenait de pareilles mesures; et l’impraticable système de blocus européen contre l’Angleterre paraissait enfin se re'aliser.
1808. Mais tandis que tout le nord de l’Europe fléchissait sous l’ascendant de cette fortune prodigieuse, les événements scandaleux, de Bayonne , et la constance héroïque de l’Espagne, annonçaient les premiers jours de sa décroissance. L’amitié despotique et exigeante de Napoléon pesait à tous ses alliés, toujours demeurés ses rivaux. Qui pourrait dire tous les sacrifices amers auxquels furent condamnés dans son alliance les cœurs superbes de ces rois! Le pape luimême ne put supporter sa charge; et, soit qu’une communication de la prévision divine lui fît voir tout ce qui devait résulter du grand exemple donné par la nation espagnole, soit qu’il comptât pouvoir accroître le ressentiment universel par l’éclat d’un coup parti de sa main , il lança contre Je ravisseur de tant de’ trônes et le spoliateur des domaines de l’église un bref ■comminatoire d’excommunication. Ilscm-i
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blait, en efiet , que le saint père pouvait faire quelque mal a une puissance qui avait jadis invoqué sa sanction, el l’on pouvait le craindre alors, puisque jadis on l’avait cru nécessaire. Pie VII raisonnait sur ce principe, lorsque, réclamant des territoires démembrés des états du saiut-siége pour former des principautés à des patres apostats , et appelant de cette in^tice au droit de tous les peuples , il en appelait à Napoléon lui-méme comme à unjils consacré et assermenté , pour réparer les dommages et pour soutenir les droits de l’église catholique. Blais le fils consacré, dont les troupes' occupaient déjà les états romains , ne répondit à ce coup d’une foudre impuissante qu’en arrachant au territoire ecclésiastique les légations d’ Ancône , d’ürbin, de Macerata et de Camerino , pour les annexer au royaume d’Italie. Le légat du pape quitta Paris j el Napoléon fit annoncer par son ministre des relations extérieures que, si le saint père n’adhérait pas entièrement aux plans de sa politique , le gouvernement papal allait cesser d’exister : « car, disait la note
iëo8.
» de son ministre , refuser d’entrer dans » les vues de l’empereur relativement à » l’Italie, qui doit former par l’union la U plus compacte de toutes ses parties une » ligue défensive contre les ennemis de la » France, c’est déclarer la guerre à l’em- Mpcreur. Or le premier résultat de la * conquête , et le premier
» résmtat de la conquête est le change- » ment de gouvernement. » Ainsi le saint père apprit à ses dépens que si les rois veulent bien consentir à faire encore usage de l’autorité spirituelle du chef de tous les fidèles lorsqu’il s’agit d’environner leur puissance du respect des peuples c’est à la condition que cette autorité ne sera jamais exercée ni invoquée contre eux , et qu’ils pourront toujours décliner cette juridiction divine.
Cependant Napoléon , comme on voit, ne comptait nullement sur la sincérité de ses nouveaux amis et sur l’observation des. traités que leur avait imposés la victoire. Croire si peu à la bonne foi des autres , c’était peut-être déjà en manquer soi-même; et il faut convenir que les événements quL
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DE l'histoire de rüssie. 55g
se passaient alors étaient bien peu propres i8oS. à consolider sa réputation de loyauté politique. L’EspagnCj^on alliée, après s’être livrée à lui avec tout l’abandon de la confiance , indignement opprimée , outragée, trahie, avilie dans la personne de ses princes, dont l’enlèvement à Bayonne fut un brigandage honteux; l’Espagne foulée par ses armées, et, appelant ses enfants au combat, était un exemple qui devait soulever l’Europe entière contre lui. Un manifeste fut alors publié par les chefs que le patriotisme venait de donner à l’insurrection de cette nation magnanime, et ils y disaient : « S’il faut un sacrifice de sang à la nécessité , il nous vaut mieux , périssant pour la patrie , mourir sur les rives paternelles du Tage, que d’aller en esclaves, vils instruments de l’ambition d’un maître étranger, succomber sur les bords glacés de la Vistule et du Niémen. » Ces paroles éloquentes retentirent aux oreilles de l’empereur d’Autriche et de tous ces princes allemands dépouillés par Napoléon, qui n’attendaient qu’une occasion favorable pour échapper à la plus humi-
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1808. liante tutelle. L’echec me'morable de Baylen , si flétrissant pour les armes françaises, était en meme temps venu apprendre à tous que l’on pouvait résister avec succès à cette fortune militaire jusque U indomptable. Enfin, la reine d’Étrurie, expulsée de ses états, sous le prétexte d’un échange illusoiré , était une autre preuve au monde de l’avenir que réservait aux souverains l’ambition perpétuellement agressive de Napoléon.
L’Autriche se préparait sourdement à la guerre , par la levée de nouvelles milices et par des machinïitions diplomati- \ ques dont le hut constant était de dissoudreen Allemagne cette confédération des états secondaires, subsistant sous le pro* tectorat onéreux de l’empereur des Fran- 27 çais. Sur ces entrefaites eut lieu l’entrevue sept. d’Alexandre et de Napoléon à Erfurth ; entrevue provoquée par le désir qu’avait ce dernier de s’assurer des dispositions pacifiqués .du seul rival qü’il eût à craindre dans le Nord. Les deux potentats y passèrent plusieurs jours dans les fêtes , entourés de tous les souverains inférieurs
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<le l’Allemagne, et des- rois issus delà fortune de Napoléon. Le plus parfait accord , la plus franche intimité parut réunir ces redoutables arbitres du sort de l’Europe. L’empereur français crut avoir enlacé son rival dans les liens de son adroite politique j toutefois , s’il faut s’en rapporter aux a veux que depuis, dans son exil, il a laissé échapper, il oublia que promesses de roi sont paroles trompeuses , et il fut dupe de la candeur de son auguste antagoniste autant que de ses propres illusions.
Cependant , sur le point de quitter Erfurth , les deux souverains écrivirent collectivement au roi d’Angleterre, pour l’inviter à la paix au nom des propres intérêts de l’Angleterre. Le ministère britannique répondit à ces vagues propositions en des termes également généraux , demandant au surplus que si des négociations générales étaient ouvertes, ses alliés, c’està-dire le Portugal , la Sicile , la Suède , et l’Espagne alors gouvernée par une régence au nom de Ferdinand VII, y fussent admis * et représentés; de sorte que ces pacifiques
octob.