PREMIÈRE ÉPOQUE
Dans ces contrées, soumises aujourd’hui au gouvernement le plus absolu , flotîssait autrefois une république. Novgorod , la' plus ancienne ville de la Russie , eUrichie par un vaste commerce, se gouvernait par des magistrats librement e'ius dans son sein ; elle trafiquait avec les peuples qui habitaient les bords de la mer Baltique ; et l’empereur Constantin Porphyrogénète,* qui écrivait dans le x® iéiècle, parle de'<!^lui qu’elle faisait de son temps avec Constantinople. Ce commerce avec l’Orfent avait probablement commence de très bonne heure : on peut du moins former cette conjecture d’après les articles ‘dont il se composait. Kn effet, des esclaves, des pelleteries, du poisson salé ou fumé, et d’autres comestibles, du miel, de la cire et du sel , sont des produits tels que toutes les peuplades peuvent en offrir , sans
a 2 PRÉSUMÉ
en excepte!’ même celles dont la vie est encore nomade. Les Russes recevaient, en.
échange , du vin , du drap et des étoffes.
Ces républicains de Novgorod recevaienlles tributs des nationsdont ils étaient entourés, depuis la Lithuanie jusqu’aux montagnes qui bornent la Sibérie , et depuis le Bielo-Ozero et le lac de Roslof jusqu’à la mer Blanche. Us estaient si redoutahjlesà leurs voisins, qu’on disait communément : 0 Qui oserait s’attaquer à Dieu' et à Novgorod-la- Grande ? « Ce degré de prospérité et de puissance supposait des conquêtes, et les conquêtes elles-mêmes n’avaient pu se faire sans .des commandements et des réputations militaires : de là les influences personnelles , les supériorités de fait ou de naissance, les primaties ; de là les factions dans le peuple , .*:e divisant avec les passions de ses chefs , l’anarchie ^ la corruption de l’esprit .national , l’affaiblissement de l’état , l’appel fait aux étrangers par la minorité vaincue, par les mécontents ; de là , enfin , la perte de la liberté.
Les républicains de . Novgorod deviu-
DE l’histoire de RUSSIE. HÔ
rent tributaires d’un peuple d’origine Scandinave , connu sous le nom de Varaigues. Redevenus maîtres d’eux- mêmes après un temps d’oppression , ifs ne se trouvèrent plus bons pour la liberté , ou ils ne jugèrent plus la liberté bonne pour eux , et ils demandèrent des princes aux Varalgues , leurs anciens vainqueurs :
c’est de cette époque que date l’arrivée en Russie de Rourik, et de ses frères SInaf • et Trévor. On ignoré entièrement comment cette révolution sc fit; tout ce que l’on sait , c’est que les chefs varalgues , venus comme des auxiliaires, ne tardèrent pas à se conduire en maîtres. Les peuples doivent se protéger eux-mêmes; car celui qui a la force de défcndi’C a aussi celle d’opprimer.
Rourik, investi d’un grand pouvoir militaire , ne songea plus qu’à en reculer les bornes, et il y réussit parfaitement. Les habitants de Novgorod , bientôt las d’être protégés par son épée, se soulevèrent contre lui : ils avaient à leur tête Vadime, dont les chroniques célèbrent la valeur; mais Vadime, vaincu, fut tué de la ma'in
de Rourik , et cet élan infructueux ne servit qu’à faire retomber les Novgoro- ’ dîens sous une servitude plus dure.
La mort de ses frères, l’un et l’autre sans postérité' , agrandit bientôt la domination de Rourik ; alors il distribua des villes aux principaux chefs de ses guerriers. On ne peut savoir s’il les leur donna à titres de be'néfices militaires, suivant l’usage des barbares du nord , où s’il ne fit que leur en confier le gouvernement , • ce qui aurait simplement constitué des fiefs amovibles.
Depuis son établissement à Novgorod , Rourik ayant voulu jouir en paix du pouvoir qu’il avait usurpé , il s’attira le mépris de ses sujets directs, les Varaîgues Scandinaves. La guerre et le brigandage formant le premier élément de l’existence de ces peuples , par une conséquence nécessaire, les qualités qu’ils estimaient les ' premières dans un chef étaient une valeur féroce , une inquiétude belliqueuse , une activité dévastatrieb.
Rourik régna pourtant avec tranquillité après avoir comprimé par la terreur ses
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DE l’hISTOIBJÇ de RUSSIE. 2-5
pi'opres sujets , et transmit sa couron^ à un- enfant de quatre ans, nomme' Igor, qu’il laissa squs la tutelle de son parent Oleg..
OIeg agrandit par des conquêtes l’he’ri-^ tage de son pupille. Ayant l'assurable sous sa bannière une multitude de bordes, de langues et d’origines differentes, Slaves, Tchoudes, Varaigues, il marcha contre les Krivitclies, et lepr enleva Smolcnsk, leur capitale, et Lubitch. Le grand nombre ' de villes qui §e trouvaient en Russie dès les premières époques auxquelles remonte l’histoire prouve que depuis longçteraps l’c'tat social avait iàit des progrès danf celte con4:ée. Des nations errantes l’avalent traversée comme^ des torrents qui partout avec eux l’effroi , et dont le temps et l’industrie ont bientôt répare' les ravages; mais les peuples delà Russie vivaient, ^ans des habitations fixes , de la culture de leurs te;:res et duprodijitde leurs troupeaux. Ces villes ne ressemblaient point à ces ^magnifiques cités qui font l’ornement de l’Europe, retraites de l’aisance et de l’oisiveté) des talents et de l’industrie;
mflfs des hommes qfU renferment dans une enceinte leurs cabanes rustiques sont déjà bien loin de la vie des sauvages. Les auteurs des anciennes chroniques russes, au lieu de dire bâtir une ville , disent couper une ville roubit-gorod ) , comme on ditvccfuper une poutre; c’est qu’en effiet l’art de bâtk ne consistait alors qu’à couper et équarrir*grossièremenl des arbres pour jles assembler ensuite , et en faire ufi édifice ; quand on avait bouché les joints avec de la mousse , l’édifice ôtait terminé (i). • è
Oleg s’empara ensuite de Kief , non j^s •in brave guerrier , ' mais par une lâche perfidie. Il attira dans un piég* les deux frères Oskold et Dir, qui régnaient dans cette ville ; et, lorsqu’ils furent en sa> présence , prenant le jeune Igor entre ses bras: «Vous n’é tes, leur dit-il, lïi princes ni de race de pritices ; voici le fils de Roip> rik , périssez devant lui. m Ils furent égor-* gés art effet au 'nom de la légitimité *, et Kief deviiit le centre de la domination des descendants de Rourik. j
(i) Lévesque.
hy Googll
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Oleg descendit ensuite le Dnieper, et arriva sous les murs de Constantinople en 904, sous Ic^ègne de Léon-le-Philosophe, avec quatre-vingt mille combattants. Ce voyage sur le Borysthèue, dont le cours est si souvent coupe' d’écueils et obstrue par des rochers , n’était pas aussi 'facile que celui des Normands sur la Seine , lorsqu’ils venaient piller et brûler le vieuîf Paris ; et les fatigues , les travaux qu’enduraient ces barbares , étonnent notre faiblesse d’aujourd’hui. De pareils hommes , étalent bien redoutables : Léon le comprit; et, après avoir inutilement essayai d’empoisonner toute l’armée russe, il acheta la paix au prix de sommes» immenses. Cependant les maux que les barbares avaient faits à toute la contrée environnante étaient extrêmes: car vaincre , -pour eux, c’était ravager, détruire , anéantir.
Les vainqueurs retournèrent dans leur patrie, emportant l’or, les étoffes précieuses, les vins exquis et les fruits délicieux de la Grèce. En achetant la paix par le don de toutes ces choses , les empereurs grecs ne fournissaient qu’un stimulant plus éner-
gique à l’audace guerrière et à la soif de rapine de leur ennemi.
Il paraît qu’un traite' de commerce et d’amitie' aVec l’empire grec suivit la conclusion d’une trêve. Ce document, conservé par les vieux annalistes russes , sert du moins à donner une ide'e de la législation de ces temps : on y voit que les lois des Varaigues , car on suppose que Rourik avait importé celles de son pays dans sa conquête, accordaient beaucoup de force aux serments : c’est le caractère des peuples encore simples. Elles prononçaient la peine dë mort contre le meurtrier, et n’admetlaicnt pas la composition pécuniaire.
Les femmes avaient une part dans la fortuné de leurs époux. La punition du crime n’emportait pas l’entière confiscation dps biens, et la veuve, l’orphelin, n’étaient point punis du crime dont ils étaient innocents. Le vol , qui ne porte atteinte qu’aux richesses , était puni par la privation des richesses; ainsi la proportion des peines aux délits, sujet de tant d’efforts pour les peuples modernes éclairés du flambeau d’une raison savante , le bon sens
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urél semblait l’avoir révélée à des bar- •es.
3n lit dans le préambule de ce traite ’il est le résultat de la volonté du prince du consentement de tous , ce qui pourt faire présumer qu’Oleg était le chef m peuple libre ; mais tous ces hommes i consentaient aux actes de la souvenfeté étaient les Varaigues russes ou indinaves amenés par b^ourik. .C’est isi que , dans les anciennes histoires de JS "les peuples qui ont succédé à l’emre romain j on aperçoit des ti'aces de >erté; mais cette liberté n’appartenait l’aux compagnons du conquérant , qu’à uxqui l’aidaient à tenir dans l’esclavage nation conquise , ou du moins elle n’éit partagée que par un petit nombre hommes de cette nation qui mettaient ur fortune sous la garde des nouveaux doinateurs ( i ) : aussi a-^-on vu le méconten-
(i) Cette observation de l’écrivain que je cite ins cet endroit est d’iine grande justesse^, et le explique l’erreur de ces publicistes d’une :ole moderne , lesquels ont fait cette merveilusc découverte que les barbares du Nord y en
teincnt ëclalci’ sous le règne dp Rourik , et l’on ne fut sans doute pas plus heureux sous l’administration d’Oleg, Malheur au peuple , malheur à l’homme qui est oblige d’implorer des protecteurs ou de se donner des maîtres.
Oleg garda pendant trente -trois ans l’autorité suprême; soit que les Russes ^ satisfaits de la honte du gouvernement, s’inquie'tasseçt peu de sa légitimité; soii que, comprimes par sa vigueur, personne n’osat élever la voix pour demander le fils
démembrant l’empire romain, substituèrent des institutions mftles et généreuses à ces ressorts dégradés. Les hommes du Nord valaient sans doute mieux que les peuple» esclaves de lâches ou vils empereurs ; mais ils n’instituaient la liberté qu’au profit de la victoire ; d’ailleurs leurs vertus, fondées sur l’absence de propriété foncière et mobilière , ou , pour tout dire en un mot , sur la pauvreté et sur l’esprit guerrier , s’altérèrent, ainsi que j’ai eu occasion de le remarquer ailleurs, par l’effet de la conquête. Il neresta plus aux barbares que leur ignorance, et eette ignorance leur rendit nécessaire le ministère des évêques pour gouverner et brider les peuples. Ine/c mali (abcs.
Dj; l’uistoire de Russie. 5i
et (le Ilourik. L’acquiescement tacite dupeu-
IX pie à celle sorte d’usurpation citait peut-
u être alors un titre plus puissant que les
I doits de l’heVe'ditd.
Igor, à qui la mort d^Oleg rendit scs droits, vit se soulever autour de lui, en montant sur le tronc , tous les peuples devenus tributaires de la Russje durant l’administration de ce dernier.il les vainquit, et les força de reprendre leur joug ; mais une nation jusqu’alors inconnue , .sortie des Lords de Tlaïk et du Volga , exerça pluslong-temps son coui-age : c’etaient les Petclicnègues , peuple d’origine turque , qui, par la suite, se rendirent également redoutaLles aux Russes et aux Grecs- Igor, après un traité avec lesPetchenègues, dirigea ses courses et ses brigandages vers les frontières de l’empire grec. JLespexiples de cet empire d’Orient, riches et énervés, étaient une proie naturellement destinée aux hommes du nord , pauvres et endurcis à tous les travaux de la guerre. Aussi rien de plus fréquent dans cette première époque de l’histoire de Russie que des incursions vers le midi. Les Russes
avaient aloi'S l’ascendant de la tiai'barie sur une civilisation qui se de'composait. De nos jours/cette tendance de l’agrandis> seipent semble e|tcore essentielle à la destinée de cet Empire; mais par une marche inverse, sa supériorité sur les populations de l’orient se fonde aujourd’hui par les «vantages d’nne cmlisation naissante , opposée aux inconvénients d’une barbarie surannée^ > • - ^
Dix mille barques descendirent l’armée d’Igor. Chacune de ces barques portait quarante hommes; le prince^russe marchait donc à la tête de quatre cent mille combattants. Ce fait, s’il est«xact, peut être ajouté à la masse de ceux qui sem-. blcnt attester la singulière fécondité des contrées septentrionales durant un certain période du moyen âge. La cause de cette prodigieuse productibilité d’hemmes est difficile à déterminer de nos jours, ou rien ne justifie plus le nibt du Goth Jornaudès en parlant des climats du iiord^ oj^cina generis humani.
Igor dévasta la Paplilagouie , le Pont, la Bilhynie. Toutes les troupes de l’empire
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étaient éloignées , et l’impossibilité' de la résistance de la part des populations grecques semblait exalter la fureur des barbares . Ils massacraien t tout. Les uns étaient mis en croix , d’autres e'taient empale's , Ooupés en inprceaux, enterrés vivants; d’autres, attachés à des poteaux, servaient début aux flèches des soldats. Les prêtres, surtout, semblaient pour eux des victimes de choix: ils aimaient à leur faTre subir des tortures particulières, et leur enfonçaient à coups de masse de grands clous dans la tête. S’ils venaient à lés surprendre dans les églises» ils les forçaient de se revêtir de leurs plus beaux ornements, se jouaient d’eux , et , les perçant de leurs longues framées, ils dis'aient ensuite, on célébrant leur victoire; «Nous avons chanté la messe des lances. >»
Les succès des Russes , dans cette expédition , furent pourtant compensés par des revers égaux. Environnés , investis tandis qu^ils se gorgeaient de pillage et de meurtre , ils furent atteints et consuhiés par le fett grégeois. La foudre du ciel 'semblait tomber snr eux.
Igor lourna ensuite ses armes conlre les Drévuliens , à la sollicitation des chefs de ses troupes , c’est-à-dire des guerriers qui l’avaient suivi dans ses expe'ditions d’Orient. Ces barbares c'taient des hommes de fer, vivant de rapine et de mouvements : pour eux , les fatigues étaient des plaisirs , et le repos un supplice. Les Dr.évuliens fu- . rent vaincus; mais ils ne. tardèrent pas à conspirer pour recouvrer leur indépen- 945. dance , et, massacrèrent Igor et les siens dans une embuscade.
Ce prince ayant laissé un fils dans l’enfance, nommé Sviatoslaf, Olga, scr femme, prit les rênes du gouvernement : cette, princesse, que les chroniques du temps nomment Précrasna , qui signifie très belle, se montra digne, par l’énergie de son caractère , d’être la femme d’un héros b a rb a r e , e 1 1 a m ère d’ un au t r e . El le ven gea , sur les Drévuliens, la mort de son époux ; mais sa vengeance fut atroce.
Olga voulut se faire chrétienne, et elle entreprit le voyage de Constantinople pour mieux s’instruire des choses de celte religion. Alors régnait, dans ce vieil empire
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y rec, Constantin Porphyrogénète : leschroiiiqucs du temps disent qu’il devint amoureux d’Olga , et voulut l’e'pouser quoiqu’elle eût soixante* ans; «mais ce conte, dit riiistorien qui le rapporte, est sufiisammentréfuté par Constantin lui-même.»
Et ce pi'ince , en effet, qui nous a laissé l’histoire de son temps, en, parlant du voyage de- la princesse russe et des honneurs qu’elle reçut à sa cour, dit que l’impératrice, son épouse, vivait encore : nous ajouterons que cette anecdote prouve, comme tant d’autres, que la simplicité et la I rudesse naïve des chroniqueurs du moyen âge n’est pas plus un gage de bonne foi' et d’exactitude dans leurs récits que d’indépendauce, et qu’il n’y a nullement à se vanter d’avoir ouvert leurs gros et poudreux volumes quand on ne les a pas lus avec tout le soin d’une critique éclairée.
Olga reçut le nom àü Hélène en devenant chrétienne : on pense que sa conversion et son voyage dans la^apitale de l’empiue grec pouvaient encore avoir pour motif’le dessein de multiplier et d’assurer les relations de commerce que ses sujets
entretenaient déjà avec ces belles contrées du midi. Ainsi l’on voit que les convoitises ' politiques de la Russie datent de fort loin.
La conversion de cette princesse n’assura pas le ü'ioinphe de la foi clirétienne dans ses états. Elle ne fut imitée ni par son fils , ni par les grands de sa cour ; et , chose remarquable , ces barbares si rudes craignaient le ridicule , poison léger qui semble n’avoir de prise que sur les honimcs polis et vieillis. « Voulez-vous , répondait Sviatoslaf aux pieuses exhortations de sa mère , que més amis se moquent de moi ? »
Sviatoslaf fut un prince belliqueux comme son père; il eut meme à un plus haut degré le génie de la conquête et de la dévastation. Il régna vingt-sept ans, et dui-ant vingt-sept ans il eut les armes à la main. Ses mœurs gueiTières sont le beau idéal de la barbarie , mais je veux dire de cette barbarie bonne et précieuse qui décuple les forces de l’homme : il n’avait d’autre habltatlfn que les camps , et ses troupes n’étaient suivies d’aucune sorte d’équipage. Lui -même ne se nourrissait, en campagne , que de viande cuite sur des
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charbons, n’avait d’autre lit que la terre, et d’autre oreiller que la selle de son clféval. Ainsi vivaient les he'ros d’Homère; mais ce que Sviatoslaf n’avait pas de commun avec eux , c’est que souvent il ne mangeait que de la chair de cheval. Par cette manière de vivre, conforme à celle des Kalmouks , il pouvait, comme eux , porter au loin ]% guerre , sans embarras et sans fuqüidtude pour la subsistance de son armée. Le même animal qui portait le guerrier servait ensuite à le nourrir. Sviatoslaf rangea sous sa domination' les contre'es Bie'i^ionalesdela Russie, comprises entre le Tanaïs et le Bor^héne , la Ghersônése taurique et la Hon^'ie ; il enleva aux Bulgares toutes les villes qu’ils possédaient sur le Danube , et forma le dessein d’établir le siège de son empire agrandi dans la ville de Pereslavetz , aujourd’hui Prislav , en Romélie. « Là , disait-il, je me trouverai » au milieu de mes états. L’Orient m’en- » verra son or et ses riches étoffes , et la » Grèce sès vins précieux ; la Hongrie me » fournira des chevaux pour la guerre , et je tirerai toujours de la Russie le miel ,
J) la cire, les esclaves et les belles pelle jKteries. »
L’empereur Nice'phore Phocas provoqua une autre expédition de son allié Sviatoslaf contre Jes Bulgares, éternels ennemis de l’emprre grec. Les Russes demeurèrent vainqueurs après une sanglante journée ; mais, contre la foi des traités et à l’instigation du patrice Calocyros, ils parafent disposés à se maintenir dans les provinces que venait de leur assujettir la' victoire. Sviatoslaf i*efusa de reconnaître l’usurpation de Zimiscès , assassin et successeur de Nicéphdre Phocas. Jean Zimiscès ejnercha vainement à gagner le prince russe , dont les succès avaient répandu l’épouvante dans la Tlirace et la Macédoine.
«Nous ne quitterons jamais un si beau » pays, répondit fièrement le barbare aux » ambassadeurs de son adversaire , que » lorsque vous aurez racheté à deniers » comptants les villes et les prisonniers qui » sont en notre pouvoir. Grecs, si vous ne » voulez pas subir cette condition , et si » vous refusez de payer, quittez l’Europe , » et retirez-vous en Âsie : vous êtes des
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» femmes , et nous sommes des hommes de » sang. » * * -
Avec des ennemis d’une telle insolence.
il était difficile d’éviter la guerre de part et d’autre , file se lit avec acharnement. . Les Russes , plus audaciepx que rusés , succombèrent sous l’habileté des généraux grecs. Les guerrîérs les plus braves des deux nations se signalèrent par des prodiges de valeur, et surtout par des traits de cette force de bras qui appartient aux premières époques de l’histoire des peu- 'ples : plus d’un champion fendit d’un coup de sabre son adversaire jusqu’à la ceinture. Quoi qu’il en soit , les Russes , qui s’étaient retranchés aux environs de Silistrie, se voyant cernés par la cavalerie ennemie, se percèrent de leurs épées. «Ils croient) dit Léon Diacre , que celui qui est tué dans ‘ un ccwmbat sera dans l’autre monde l’esclave de celui sous lequel il a succombé; auçsi se poignardent-Ils eux-mêmes quand ils n’ont plus l’qspbir de fuir ou de vaincre , et ils meqrent intimement persuadés qu’ils conserveront du moins leur liberté dans la vie future. » Noüs avons vu chez
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les Russes etc uus jours les mêmes idées , les mêmes ^croyances , que huit siècles avaient légèrement àltére'es ou modifiées ; ce qui prouve combien ce peuple marche lentement en civilisation ^ ou plutôt combien il est peu propre à s’aVancer dans cette route.
Les Russes fuirent 9|irés cette défaite , laissant les rivages du Danube couverts de leurs boucliers et de leurs épées , et ils furent obligés d’ajourner tous leurs projets de conquête sur l’empire grec. Au retour de cette expédition , Sviatoslaf et le petit nombre de guerriers , reste de son désastre , furent exterminés par les Petchénègues, et soij crâne , orné d’un cercle d’or, servit de coupe au chef des vainqueurs.
Les eçfants de Sviatoslaf se partagèrent les états de leur père , et se firent la guerre après le partage. Kief, Novgorod, et * le pays des Drévuliens , composaient ces diverses dominations. Jaropolk assassina Oleg; Vladimir assassina Jaropolk , et par ce moyen réunit sous ses lois toutes les contrées soumises par son père. Ce Vladimir est surnommé le grand dans l’histoire de
lîrztid bv CjOOgle
DE l’histoire de RUSSIE. 4^
Russie, et de plus il est saint, pareequ’ii est le premier souverain de cet empire qui ait adopte' et solidement établi dans ses e'tats la foi chrétienne, entreprise inutilement tentée par son aïeule Olga.
Avant de se faille chrétien , saint Via- 980. dimir était livré aux pratiques d’un culte sanguin&ire , et immolait au dieu Péroun des prisonniers de guerre , souvent même des enfants de la nation , et des chrétiens.
Ce prince barbare avait assez de puissance et de renommée pour que les diverses religions du monde se disputassent l’avantage de l’avoir pour néophyte ; et l’on vit en concurrence , pour sa conversion , les juifs et les mahométans , les grecs et les latins. Les historiens affirment qu’un pape . lui envoya des ambassadeurs. La victoire resta à l’église d’Orient, et elle en fut redevable à la majesté de ses édifices , à la pompe de ses cérémonies.
Vladimir, touché de la grâce , entreprit la guerre contre l’empire grec , seulement pour obtenir des instructions des prêtres , et le baptême. Il aurait pu se convertir à moindres frais ; mais , demander ce qu’il
RÉSüMÉ
pouvait avoir par la force ; c’était , dans les idées du barbare , une démarche indigne de la fierté d’un guerrier.
A cette époque, le schisme de Photius avait éclaté j cëpen^nt les doctrines schisinatiqQses n’avaient pàs encore entièrement prévalu dans l’église grecque, et lepMriarche par' qui fut consoi||é le prêter métropolite de Russie reconnaissait la suprématie spirituelle de Rome : de sorte l|ue les Russes convertis au christianisme furent d’abord unis de communion avec les latins. 0
Au retour de son voyage à Coustanti nople, Vladimir, aussi furieux chrétien qu’il avait été idolâtre cruel et emporté, renversa les idoles devint lesq^uellcs il se prosternait naguère, et traita avec un mépris plus particulier le terrible dieu Péroun, sa divinité "Ta vorite. La statue de bois de Péroun, attachée à la queiie d’un cheval indompté , fut traînée jusqu’au Bo- * rysthéne ; et , pendant le chemin , douze soldats vigoureux, armés de gros bâtons , frappaient sur le dieu dégradé, qui fut ensuite jeté dans le fleuve. Péroun se laissa
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tranquillement noyer à Kief; mais à Novgorod il attesta son indignation par des , prodiges dont le souvenir a long-temps été' perpétué par certaines fêtes. Quoi qu’il en soit, Yladimir introduisit ce- grand changement sans éprouver de ces résistances obstinées , si ordinaires chez les peuples où une religion quelconque a jeté de profondes racines et s’est rendue doininaute par le charme de ses fables , la 'sainteté de ses enseignements, ou par l’empire même de ses terreurs : cette indifférence est un effet assez remarquable de l’organisation si médiocrement intellectuelle des hommes du septentrion.
Les enfants de Vladimir se firent une . guerre affreuse. Jaroslaf , qui avait eu en partage la ville et le pays de Novgorod et s’était révolté contre son père, finit par l’emporter sur ses frères, réunit aux vastes contrées qui dépendaient de cette capitale les principautés de Kief, de Rostof , une partie considérable <le la Pologne actuelle et de la. Lithuanie. Il fit aussi des expéditions conti'e l’empire grec , mais ne fut pas iieurcux. ,
Jaroslaf propagea la religion clire’tienue dans ses dtats ; et , touchd du sort de ses onelcs Jaropolk et Oleg, qui étaient morts au sein de l’idolâtrie , il ordonna que leurs osseipents déterrés fussent purifiés par le baptême. ^
Le pape voulant attacher la Russie aii~ siège de Rome ménagea entre ce pays et la France des relations, d’où résulta un mariage entre Henri P'", roi de France , et la seconde fille de Sviatoslaf. La Ru^ie^ selon l’écrivain qui nous sert ici de guide , était plus connue alors qu’elle^ ne fut depuis , et durant le long intervalle qui a précédé le règne de Pierre-le-Grand. Quoi qu’il en soit , ce singulier mariage , ce rapport inattendu de deux états si étrangers l’un à l’autre , produit dans les pages de l’histoire une implbéssion que l’on serait assez embarrassé de définir (i).
(i)« La princesse éponse de Henri !•' se nommait Anne. Par elle, quelques gouttes du sang de. Jaroslaf coulèrent 'encore dans les veines de nos derniers rois : elle fut mère de Philippe P', quadrisaïeule de Louis IX, auteur de la maison de Bourbon par Robert , son sixième fils. ■
Lévbsqoe.
DE l’histoire de RUSSIE. 4^
Jai’oslaf passe pour le premier législa- 1017. tour de la Russie. 11 faut entendre , sans doute , par ce mol , qu’il fit compulser , coordonner et rédiger en un code régulier les lois existantes ou les usages sanctpnne's par le temps , puisque nous venons ae voir que les Russes , sous Oleg , avaient déjà un édifice législatif assez complique'. -
Ce prince , malgré des lumières supérieures à son siècle , se conforma à la désastreuse coutume qui démembrait l’empîre en le partageant entre plusieurs compétiteurs'égaux par la naissance. Il laissa cinq fils qui s’entre-détruisirent. L’état anarchique légué par les héritiers immédiats des fondateurs , se perpétua souS les descendants de ceux-ci ; et ce vice capital dans l’institution primitive peut être considéré comme la cause qui ,’^plus tard , livra la Russie aux invasions dés Tartares.
La plupart des princes de cette première dynastie qui garde le trône jusqu’au quinzième siècle , sont jetés dans un moule commun de férocité et de barbarie , œuvres de ces lieux et de ces temps , et n’ont presque rien de la grandeur sauvage
des rois soldats , tiges de leur race. Cette ^ remarque nous absoudra suffisamment du silence que nous garderons sur cette longue anarchie aristocratique dont chaque règne n’est qu’une scène plus ou moins affreuse : sanglante uniformité de misères et de catastrophes où l’on n’échappe de temps en temps à l’horreur qu’au prix de l’ennui. Toute cette époque , qui correspond chez nous au second période de l’âge féodal et au commencement de sa ruine, n’offre en Russie que. la lutte constante des éféments d’une féodalité qui ne peut parvenir à se construire et à s’établir.
Ainsi, l’esquisse des quatre ou cinq premiers règnes doit tenir lieu , poür qui sait penser et lire, d’un tableau scrupuleusement^ détaillé de. ces monotones annales. Cep^dant, pour mieux faire comprendre le génie et l’esprit de l’intervalle qu’embrasse cette première époque , nous allons présenter au lecteur un aperçu des mœurs, des lois et des arts, durant ce premier période des annales russes.
DE l’histoire de RUSSIE.
ÉTAT DE LA NATION RUSSE DEPUIS LE IX® jusqu’au XIII® SIÈCLE.
Le document dont nous avons cite' quelques parties , en parlant des expéditions d’Oleg sur les frontières de l’empire grec , prouve que le gouvernement établi chez les Russes dans l’origine ne fut que la suprématie assez limitée d’un chef militaire , librement élu par ses compagnons. Jv’hérëdité du pouvoir, dans cet ordre de choses , avait la valeur d’ùn fait plus que la vertu d’un principe , et celui-là seul était sûr de transmettre aux siens la puissance, qui, l’ayant exercée avec éclat , rattachait aux intérêts de sa maison le plus ^ grand nombre de partisans. ^Bel a été à peu près partout, au nord co^me au midi de l’Europe, le caractère prTmitif de la royauté militaire et féodale.
En Russie , toutefois , le trône paraît avoir été assez constamment héréditaire, et la faculté illimitée d’en disposer est même ce qui l’a souvent compromis et ce qui a ralenti l’essor de la nation, n En
partageant son empire entre ses douze fils , Vladirair-le-Grand , dit un historien (i) , retarda les progrès du commerce et des lettres, et diminua l’importance politique de la Russie; les troubles et les guerres qui re'sultèrent de ce partage replongèrent les Russes dans ia barbarie , dont ils commençaient à sortir. »
On se figure aise’mentqu’à cette époque la servitude du plus grand nombre ne laissait guère le nom de nation qu’à une noblesse oppressive et sauvage, toute bardée de fer; mais c’est une erreur, suivant M. Lévesque, qui s’appuie pour émettre une opinion contraire sur l’autorité du célèbre chroniqueur contemporain de Vladimir (2). «Sviatopoik et Vladimir, dit-il , voulant re'fiiblir l’ordre et le repos , se pro- ^ posèrent de. tenir un congi’ès à Kief. Ils mandèrent à Oleg de s’y rendre , afin que
l’ordre put être remis dans les différentes »
(1) Muller, Hist, univ.
(a) Le moine Nestor. « Sa chronique, riche en détails intéressants, dit Muller, et écrite avec simplicité, prouve' l’étendue de ses connaissances et la justesse de son esprit. »
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souverainetés, en présence des évéques, des abbés, des fidèles serviteurs de leurs pères et des citoyens. »
Cette circonstance prouve , suivant M. Lévesque, que les simples citoyens étaient, avec les grand et le clergé.ÿ.convoqués pour la décision des affaires importantes, et avaient, dans ces sortes d’états ou de parlements , le droit de délibération ; les citoyens avaient même le droit de s’assera- . Lier quand ils croyaient devoir discuter ensemble de grands intérêts. C’est à la sttite d’une pareille assemblée qu’Isiaslaf avait été Reposé, en 1067; et Nestor donne à cette assemblée le nom de vetche, que portaient celles de la république de Novgorod. Il résultait souvent de ces assemblées populaires du tumulte et des excès; (pendant , fondées sur un droit reconnu , ajoute notre auteur , elles n’étaient point regardées comme séditieuses et criminelles. « Les princes et les boyai'ds avaient part à l’administration. Jamais le souverain ne reçoit ni ne prend de titres fastueux, dans . les vieilles chroniques ; s’il est désiré par le titre de grand prince , les boyards Iç
sont par celui de grands boyards. Tous ceux qui e'taientattache's au souverain s’appelaient ses amis. Ce nom à' amis du prince signifie souvent une armée, et semble désigner quelquefois le peuple entier. Les soldim étaient appelés d’un nom qui réponcla notre mot enfant (otroki). Les domestiques n’étaient point traités d’esclaves , on ne leur donnait aucune qualification humiliante; ils étaient sei~viteurs.»
Avec ces lueurs remarquables de liberté politique , on trouve dans ces origines barbares certaines distinctions entre les personnes, qui paraissent le fruit d’un instinct de justice assez heureux. Le code detlaroslaf renferme des dispositions pleines de sagesse et d’humanité ; il en est qui rappelleml^les belles traditions des législations grecques antiques; d’autres ressemblent à celles que les Romains reçurent des décemvirs ; d’autres , en plus grand nombre, se rapprochent du code desFrancs qu’on appelle lc«i salique. Mais , à côté de ces traits lumineux d’une raison naissante il s’en trouve dont la bizarrerie étonne : par exemple^ arracher un poil de
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la barbe d’un homme e'tait un délit beaucoup plus grand que de lui couper un doigt (i).
Jaroslaf avait porté des lois en faveur des marchands et des étrangers. Dans le cas où un h,ommc du pays était obligé de produire sept témoins , les étrangers n’en produisaient que deux (2) , et cette faveur était grande dans un temps où presque toutes les causes se jugeaient sur des dépositions de témoins.
Cette prévoyance du législateur attirant de toutes parts des étrangers à Novgorod, avait élevé ce pays à un très haut degré de prospérité commerciale. *
Quand il se commettait un meurtre, le père, le fils, le frère, le neveu du mort, avaient droit de ürer vengean|^ du crime et d’ôter la vie au coupable; mais aucun autre ne pouvait exercer ce droit; et la ^ peine de mort ayant été abolie par les enfants de Jaroslaf, la loi de la composition pécuniaire fut substituée à celle du talion. Dans la classification de personnes, qui fut
Mallcr, Ilist. univ.
(2) Lévesque. '
une conséquence de cette législation nouvelle, les marchands et les étrangers tenaient le second rang : ainsi ils marchaient immédiatement à la suite des premiers hommes de l’état.
La composition pour le meurtre d’un ouvrier ou d’une ouvrière était la même que pour celui d’un intendant des villages du prince. L’industrie était donc considérée , ce qu’on ne voit pas dans les anciennes lois des Francs.
La vie des esclaves n’était pas abandonnée au caprice des hommes libres, comme chez la plupart des peuples de l’antiquité. Les hommes attachés au travail de la terre étaient assimilés aux esclaves.
On avait aussi des égards pour le sexe faible. La^ composition pour le meurtre d’une femme esclave était plus forte que pour celui d’un esclave mâle.
L’épreuve du fer rouge et de l’eau bouillante était ordonnée contre l’accusateur qui no pouvait soutenir son accusation par témoins.
Il était permis de tuer un voleur de nuit que l’on prenait sur le faitj mais si
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on le gardait jusqu’au jour, il fallait le conduire au tribunal du prince : si on le tuait, et que des témoins déposassent qu’ils l’avaient^yu lié et mis hors d’état de nuire , le meurtrier était condamné à payer une composition. . ^
L’usure était alors si exorbitante , que parjes compositions du code qui mettaient un frein à la cupidité des prêteurs, ils pouvaient en^re retirer de leur capital i5o pour 100 d’intérêt par an. ,
Les juges étaient ambulants. Ils étaient nourris etpÿyés par les habitants du lieu où ils. venaient rendre justice 5 ilà étaient accompagnés d’un assèsseur : souvent l’assesseur. ni le juge ne savaient écrire , et ils se servaient de tailles pour marquer la <piotité de l’amende qu’ils infligeaient et les parties de l’amende qui étaient acquittées , car elle se payait en plusieurs termes.
Yladimir , deuxième du nom , modifia et augmenta le code de Jaroslaf; de cette dernière refonte sortit le corps des lois qui régirent les Russes jusqu’au xvi® siècle,^époque à laquelle le czar Ivan Vassiliévitch leur donna une nouvelle -législation.
VJadimir ajouta , en faveur du commerce , plusieurs dispositions à celles de Jaroslaf. Il ordonna que le marchand etranger, cre'ancier d’un marchand du pays, qui serait en faillite , serait payé le premier sur la vente des biens du banqueroutier.
On voit , par ces précautions législatives en faveur des étrangers , le besoin indispensable qu’avait la Rus^e des impul- * sions du dehors pour faire quelque pas hors de sa bai'baric. A la vérité, le flambeau de la civilisation a passé de main en main et d’un peuple à l’autre ; les nations se sont transmis et prêté les arts : mais il est impossible de ne pas reconnaître la rapidité des unes et la lenteur des autres dans cette marche commune vers le perfectionnement des sociétés. La Russie emprunta tout des Grecs du ix® au xv® siècle; de cette dernière époque jusqu’au xvrn® , elle emprunta tout des Allemands ou des Français; enhn aujourd’hui encore, incapable de tirer de son propre fonds dés éléments d’existence morale pour la société , son gouvernement échange ses pen-
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sions et ses cordons contre des talents et des industries étrangères. Ainsi , Jes premiers développements de ce peuple , loin de lui suffire ÿ' semblent être retombés dans l’oubli. 11 faut en convenir, l’enfaùt du septentrion est traité moins libéralement par la natme ^ue les autres races , et la civilisation pénètre avec peine jusqu’au milieu des frimas et des glaces qui frappent d’engourdissement les facultés humaines.
Yoici , dans le code de Jaroslaf , une de ces lois qui semblent porter le caractère antique des plus belles législations dictées à la Grèce par des sages : la veuve , mère de plusieurs enfants , pouvait punir ceux qui se rendaient coupables d’ingratitude , en les privant de son héritage au profit de ceux dont la piété filiale s’étâit manifestée.
On connaissait en Russie , où se faisait un graudcommerce d’esclaves, deux sortes de personnes frappées de cette dénomination. L’esclavage était aB^olu , comme la Ibrcc qui avait été sa cause , ou limite >ca vertu du contrat même qui rétablissq^il.
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L’esclavage plein comprenait les hommes pris à la guerre ou vendus par les e'trangers, et les enfants qui leur naissaient après la perte de la liberté. Voici quels étaient les eselaves par contrat:
I® Les pères de condition libre avaient le droit de vendre leurs enfants comme esclaves , mais seulement par* un contrat qui fixait la durée de l’esclavage , ou pour un nombre d’années , ou pour la vie du maître. «
’ a® Des hommes fibres se vendaient euxmêmes à de pareilles conditions.
3'' Les débiteurs qui n’étaient pas en état de payer leurs dettes étaient livrés 'comme esclaves à leurs créanciers , jusqu’à ce qu’ils se fussent acquittés par le travail. L’estimation de ce travail fut portée dans la suite à cinq roubles ( vingt-cinq francs) , pour les hommes , et à moitié pour les femmes et pour les filles en âge de puberté.
4" On empruntait à condition de servir le prêteur jusqu’à l’entier acquit du capital , ou jusqu’à sa mort.
5" Des infortunés se livraient comme
•ir
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esclaves pour trouver la subsistance auprès d’iÿu maître.
6° EnlSn, on se rendait esclave d’un hommer'puissant pour se donner un protecteur.
La loi ne laissait pas un pouvoir arbitraire au maître de l’infortuné soumis au plein esclavage , et ne lui permettait pas de s’arroger sur lui le droit de mort.
La condition de l’esclave à temps était de même soumise à des régies dont la violation , de la part du maître , pouvait à l’instant même opérer la rupture du contrat.
L’usure qui existait et avec ses plus criants excès , à cette époque reculée , étail^ l’une des plus fréquentes causes dê servitude. Vladimir, qui voulut la réprimer, ne parvint qu’à réduire le taux légal à 5o pour 100. On serait tenté, en lisant cela, d’accuser les chroniques de mensonge ; car l’on s’accoutume difficilement à voir, à l’origine de la société , des vices qui , chez l’universalité des peuples , ne caractérisent ordinairement que sa dégradation (i).
(i) Ces details, relatifs à la pratique géné-
La religion chrétienne, qui commença à s’établir f ainsi que nous venons de le voir, sous la régence d’Olga, ne paraît pas avoir exercé une influence bien considérable sur les mœurs primitives des Russes. La servitude personnelle la plus dure, des habitudes féroces , et, en un mot, le code sanglant de la force , ne cédçrentrien à la nouvelle religion. D’ailleurs le christianisme fut forcé de s’asseoir parmi les vestiges opiniâtres de l’ancienne’idolâtrie. Le culte des faux dieux ne fut point extirpé d’une manière complète ni soudaine. Pendant.long-temps encore, les Russes n’eu- ..:-rent de chrétien que le baptême , le syin-
raie de l’usure, semblent confirmés et contredits à la fois par une assertion de Muller, a Â. la fin du xiii*’ siècle, dit-il, l’argent était si rare en Russie, que l’on vit des villes se racheter du pillage moyennant cinq écus. Jusqn’au xv« siècle, les Russes ii’eurent point d’argent monnoyé , et l’alliage de métaux n’y fut connu qu’au XVII* siècle. Les peaux d’écureuil leur servaient de petite monnaie ; le tribut que l’on payait au kan des Tartares consistait eu une certaine quantité de ces animaux. >
DE l’histoire de RUSSIE. 69
bole de la foi et quelques autres pratiques commun^uées par l’ëgiise d’Orient. Le peuple voyait avec honeur cette religion nouvelle , abstraite dans ses dogmes , austère dans ses prescriptions , antinationale dans ses formes , remplacer l’ancien polythéisme slave qui parlait à l’imagination, et quisurtout flattaitles passions sanguinaires et les instincts belliqueux transmis par ses ancêtres. Il regrettait Péroun et Svetowid , dont les autels ruisselaient du sang humain ; Kougalo , divinité' plus douce , qui présidait ara productions de la terre ; Lada et LéUa ( Yénus et l’Amour ) , Didilia (Lucine) et Domovic Doukhiy esprits do^ inestiques, génies tutélaires du foyer, que les paysans révèrent encore. Enfin ils re^ demandaient les Roussalki, nymphes des eaux et des forêts , brillantes de jeunesse et de beauté, qui, dénouant leur*verte chevelure , se jouaient dans les eaux lim-^, pides ou se balançaient mollement sur les branches flexibles des arbres. ,
. Les Slaves ou Scandinaves, sans être doués d’une imagination aussi brillante et féconde que les peuples du Midi , avaient
6o RÉSUMÉ
de même personnifié toutes les puissances, toutes les lois physiques de la nature, et attribué les principales circonstances de la vie humaine à la surveillance d’une divinité. Mais Je développement des sentiments forts et terribles l’emportait de beaucoup, dans ce système religieux , sur l’expression des affections consolantes et douces
du cœur humain.
Quoi qu’il en soit , les usurpations du clergé chrétien ne furent pas moins rapides dans ces contrées septentrionales que dans les pays les plus superstitieux du Midi. Un règlement de la jurisprudence du clergé, qui appartient au règne de Vladimir , atteste quel nombre prodigieux: de causes les tribunaux ecclésiastiques s’étaient attribuées dès le premier moment de leur naissance. Le cercle immense de leur juridiction embrassait la pluralité des cas et des personnes. Quelques auteurs ont pensé que cette pièce était supposée et avait été forgée' dans des temps postérieurs (i), par l’ambition et la cupidité du
(i) Vers la fin du xi* siècle.
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clergé russe. On sait que l’histoire ecclésiastique est encombrée de ces sortesde supposiüons. Schismatiques ou orthodoxes ^ les prêtres ont été les mêmes partout. '
Les papes firent tous leurs efforts pour retenir la Russie dans le giron de l’église romaine ÿ et leur influence retarda d’une trentaine d’années l’adhésion de Péglise russe au schisme de l’église grecque. Cette révolution religieuse avait été consommée en io48 par le patriarche Cérularius , et 1 on voit, en loyS, Isiaslaf, premier du nom , ou Démétrius , dépouillé de la souveraineté de Kief par ses frères , envoyant son fils au pape réclamer l’intervention de ce chef des fidèles de l’Occident. Le pape d’alors était ce fameux Grégoire VH, d’usurpatrice mémoire , eldevant qui teus les souverains de l’Europe devaient^baîsser leurs couronnes. Par un bref adressé à Isiaslaf, il lui disait: <f Votre fils étant » Rome pour adorer les reliques des apê- » très , nous a déclaré qu’il désirait rece- » voir de nous la souveraineté de la Rus- » sie , comme un présent de l’apôtre saint » Pierre , et en nous faisant le serment de
i> fidélité. 11 nous a assuré que vous étiez J) d’accord avec lui de cette démarche. » Nous avons cru qu’il était juste de nous » rendre à sa prière , et de lui donner vos » états , après votre mort , de la part de » saint Pierre. »•
Le pape écrivit aussi au roi de Pologne Boleslas , qui avait trempé dans la spoliation. d’Isiaslaf , pour lui enjoindre de ren- *dre tout ce qu’il avait pris sur la Russie , pareeque cet état appartenait désormais au saint siège.
Nous avons donné une idée des éléments qui constituaient l’ancien état politique des Russes ; il faut dire un mol de leurs rapports avec les peuples qui les entouraient.
La plupart de’ ces peuples étaient d’origine tartare ou turque. Les premiers dont les chroniques russes fassent mention sont ^ies Petchénègues etlesPolovtsi. La rivalité de ces voisins belliqueux fut long-temps un obstacle à l’agrandissement des princes de Kîef et de Novgorod. Dans une des incursions des Petchénègues y les deux armées étant près de combattre, le prince
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de ceux-ci s’avança et proposa à Vladimir de vider la querelle par un combat singulier entre deux champions ; ce qui fut accepte'. Mais le champion des Petchenègues était un géant pour lequel il fut assez difficile au prince russe de ti'ouver un suffisant adversaire. Enfin un jeune homme se présenta ; et , ayant demandé à faire un essai public de ses forces avant le combat, ce jeune athlète arrêta dans sa course un taureau vigoureux , qu’on avait lancé en fureur après l’avoir irrité avec des fers rouges. Bientôt le Goliath petchénègüe^fut étouffé dans les mains redoutables de son imberbe antagoniste. . >
La force du bras et la valeur personnelle , les qualite's athlétiques , décident de touti:hez les peupladeS-qui commencent et qui ne savent pas encore par combien de moyens le génie peut supple'er à l’énergie musculaire et neutraliser la bravoui^ individuelle. Aussi les combats singuliers et les arbitrages des rivalités politiques par l’épée se retrouvent-ils dans toutes lesbistoires. Des traces de ces belliqueuses et barbares coutumes ont long-temps sub-
sisté chez les differents peuples de l’Europe; l’esprit de la chèvalerie les avait même fait revivre , mais en leur donnant une excessive et fausse direction , et l’on sait qu’après le traité de Madrid , Charles- Quint et François I®'' s’étaient défiés. A la vérité , ils ne se battirent pas; mais il n’est pas dit que Vladimir et le prince des Petchénègues aient songé à se charger • personnellement du hasard de ce duel (i).
(i) En 1135, Vladimir, deuxième du nom , reçut le surnom de monomaque ou duelliste, au rajiport de quelques auteurs , non pas à cause de l’empereur grec Constantin Monomaque, son aïeul maternel , mais parcequ’au siège de Tbéodosie (Kaffa) il vainquit en combat singulier le général des Génois , qui tenaient cette ville. « Ayant reptférsé de cheval son «adversaire , dit un auteur russe cité par Lévesque , il le conduisit lié dans son camp , et lui enleva , pour marque de sa victoire, son bonnet enrichi de diamants, sa ceinture, et la chaîne d’or qu’il portait au cou. » Mais Lévesque ajoute deux assertions qui dérangent un peu cette histoire: c’est que Vladimirn’a jamais fait la guerre dans la Ghcrsonèse , et que Kaffa n’a appartenu aux Génois que long-temps après.
Les Polovtsi , qui habitaient entre le Don et l’Iaïk, luttèrent conti'e les Russes plus long-temps encore que les Petchénègues. Le nom de Polovtsi signifie chasseurs , et indique assez la vie nomade que menaient ces barbares , que l’on rapporte à la nombreuse famille des Huns et à la race des Turcs, l’une des trois qui se partagent le nord de l’Asie.
Après avoir combattu contre eux durant pi;ès de deux siècles et jure' vingt traités toujours inutiles, toujours rompus, soit par la mauvaise foi des uns , soit par celle des autres , les Russes tantôt suzerains , tantôt tributaires de ces infatigables barbares^ mais infiniment supérieurs eu science militaire , et victorieux toutes les foi^qu’ils n’étaient pa$, divisés, fiuiréni: par les exterminer ou les réduirsr dans le cornant du xiii^ siècle. Peut-être , dans l’incertitude des traditions à cet égard , il serait plus raisonnable d’admettre que les Polovtsi furent absorbés par les Mongols , dont la première invasion eut lieu précisément à l’époque où ceux-ci semblent disparaître.
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Les Polonais, les Lithuaniens, et, plus au midi, les Hongrois, les Bulgares et les Kozaree occupèrent aussi très long-temps l’activité des souverains de la Russie, qui, apres tout, n’eut jamais de pires ennemis que ses propres maîtres, et de plus grands malheurs que leurs discordes perpétuelles. C’est la guei^/civile qui leur attira presque toujours le fléau de la guerre étrangère , et les fit tomber sous le jqug des Tatars; joug terrible et destructeur qui a retardé de plusieurs siècles la marche et la civilisation de ce vaste empire.
Nous avons dit que, dès l’origine, la Russie avait cte' divisée en plusieurs souverainetés. Les principales, étaient celles de Kief, de Novgorod, de Volodimer , de Rézan, de Ros|^, de Galitch et cj^Souzdal. Le souverain de Volodimer prenait le titre de grand prince. La république de Novgorod, presque toujours flottante ea- *^^^tre la liberté et la servitude et ne voulant qu’être protégée , allait de Tün à l’autre de ces princes , suivant le plus 'ou moins de fespect-pour ses privilèges qu’elle attendait de leur protection. Mais la création
DE l’histoire de RUSSIE. 6^
de nouveaux apanages entraîna , de règne en règne , de nouvelles subdivisions. De sorte que chaque souverain, depuis Vladimir, laissa l’empire un peu plus faible qu’il ne l’avait reçu. Ainsi morcele'é par le vice radical d’un droit d’he'rédité sans limites et sans prévoyance , qui assimilait la propriété' d’une vaste monarchie à la propriété d’un fonds de terre, la Russie était encore exténuée par la superstition. L’église absorbait la meilleure part des sucs nourriciers de l’état. Les dotations pieuses, multipliées par la libéralité insensée des princes , avaient accordé à l’avidité du clergé des, dîmes sur tous les objets. André, souverain de Novgorod, fonda une église que sa richesse fit nommer Comble iVor. Vsevolod, suivant cet exemple, en 121a. fit bâtir une en l’honneur du saint martyr Dérnétrius, à laquelle il donna en dotation des villages, des forêts aboiidantes en miel, des lacs et des rivières, sans compter des décimes générales et d’autres tributs.
Les racem’S réunissaient alors la férocité des camps à la bigoteries des cloîtres. On
RSSUME
vit, en 1 198, le prince de Sinoleusk prendre l’habit religieux et recevoir la tonsure monacale au dit de la mort. Beaucoup d’autres depuis imitèrent cet acte de superstition , qui cependant engageait pour toute la vie ceux qui recouvraient la santé. L’audace des prêtres et des moines n’avait pas de bornes sou^^de tels princes. La chronique de Nicon en offre un frappant exemple dans l’histoire d’un évêque de Rostof , nommé Phédor. Cet homme joignait l’impiété à la scélératesse , et n’avait horreur d’aucune cruauté pour satisfaire son avarice insatiable. Il fallait que les pouvoirs d’un évêque fussent aloi's'bien extraordinaires, car celui-ci employait les plus affreux tourments pour envahir les trésors des riches , et l’on vit des princes et des boyards devenir victimes de sa cupidité. Âux uns , il brûlait la peau de la tête; aux autres, les yeux; plusieurs eurent le nez , les lèvres et les oreilles coupées ; d’autres , les pieds et les mains ; d’auti'cs furent brisés entre des planches; des femmes mêmes étaient appliquées par ses ordres à la torture. Ce barbare , qui
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était d’une force prodigieuse , après avoir porte les sentences, faisait souvent luimême l’office de bourreau. Aux armes de la tyrannie il joignait celles de l’église, les interdits, les anathèmes. Le prince, forcé par la clameur publique de mettre un terme à tant d’horreurs, eut enfin le courage de faire arrêter ce monstre j mais il n’osa le juger lui-même ; il aurait craint d’usurper les droits de l’autel. Il l’envoya au métropolite de Kief. Questionné sur ses crimes , l’horrible Phédor ne répondit que par des blasphèmes. Le métropolite, s’appuyant sur les lois de Moïse contre les blasphémateurs, le fit jeter dans le Dnieper avec une pierre au cou (ï).'
On pourrait s’étonner qu’il y eût de si méchants prêtres dans un peuple si récemment converti et où les maximes devaient encore avoir toute leur force première : mais il faut remarquer que ce jeune christianisme des Russes Otait le fils d’une vieille religion; et qu’il venait de cette
(1) Cette histoire est textuellement extraite de Lévesque.
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eglise grecque , aussi déchirée et déshonorée de schismes que l’église latine a depuis été souillée de scandales. De cette source impure il n’avait pu découler que des formes sans foi (i). La mort ne peut pas poramuniquer la vie ; aussi l’on a vu le clergé grec russe frappé, dès ces temps reculés, d’une réprobation secrète, rester dans l’abjection et l’avilissement. En Russie , il n’y a jamais eu de considération dans la carrière cléricale que pour les évêques bien rentés.
Les princes regardaient les volontés des prélats comme les décrets du ciel ; et s’ils nommaient quelquefois aux sièges vacants,
(1) Depuis que la Russie avait embrassé le christianisme , ses métropolites avaient été sacrés par le patriarche de Constantinople. £n 1 147, pour la première fois , les évêques russes élurent un moine de leur nation , nommé Clément, qui fut le quatorzième métropolite : cette nomination , fondée sur ce que le siège patriarcal de Constantinople était alors vacant, fut pourtant contestée^ et donna lieu à une sorte de schisine qui troubla l’église russe durant quelques années.
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ces nominations ne constataient pas un droit re'el de la couronne, puisquS‘1 fallait que le métropolite confirmât l’élection pour qu’elle fut valable , et qu’il consacrât l’évêque.
Il faut convenir que le moyen âge' fut partout l’âge d’or de l’épiscopat; et que les barbares qui mirent en poudre l’ancienne civilisation , soit qu’on les prenne au nord ou au midi , ont été pour les pasteurs de l’église la plus excellente espèce de troupeaux qu’il soit possible d’imaginer.
Des relations constantes avec la Grèce avaient introduit en Russie ce goût des arts et du luxe, qui toujours précède de si loin les véritables avantages de la civilisation. Dès le temps de Vladimir , des architectes grecs bâtissaient des palais à Kief et Yolodimer, et des peintres grecs en décoraient l’intérieur. Dans le xi® siècle , et sous cet Isiaslaf dont nous venons de parler , ce luxe était déjà assez considérable pour que son influence pernicieuse ét destructrice des anciennes mœurs fût signalée par les écrivains des nations
voisines. L’un d’eux remarque que Bolcslas , roi de Pologne , ayant long-temps séjourné en Russie avec son armée, rapporta dans sa patrie des hommes amollis et des semences de corruption. Cette contrée opulente , disent-ils , livrée aux délices , abandonnée à la dissolution et perdue par le commerce des Grecs, ne fut pas moins funeste aux guerriers polonais que les voluptés de Capoue aux soldats d’Annibal.
A la même époque, Isiaslaf sollicitant l’assistance de l’empereur , lui envoyait de superbes présents en or, en argent et en étoffes les plus précieuses ; et cette magnificence , inconnue en Allemagne , répandit l’étonnement dans la cour de Henri IV.
Non seulement les Russes avaient tiré beaucoup de trésors de la Grèce, par la voie du commerce , mais ils avaient encore profité des dépouilles de plusieurs peuples barbares qu’ils avaient vaincus et qui étaient eux-mêmes chargés d’un immense butin amassé dans l’Orient.
Voilà quel était l’état de la Russie , lorsqu’un peuple redoutable et précédé du bruit de ses vastes succès , remontant vers
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DE l’histoire de RUSSIE.
les régions du nord, parcequ’il n’avait plus rien à dompter aumidiyvint refouler dans les ténèbres de la servitude et reculer, des yeux de l’Eürope , l’empire fondé par Rourik.
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