INVASION DES ENFANTS DE OSCH1NG1S-&HAI7, ET DOMINATION DES MONGOLS
11 est uëcessaire , ayant de parler de l’arrivëe des Tatars et de l’e'tablissement de leur domination en Russie, de dire un mot de l’origine de ce peuple dévastateur.
Trois races principales se sont, de temps immémorial, partagé les vastes contrées qui séparent la Sibérie de l’Inde et de la Chine : ces races nomades sont les Turcs , les Kalmouks ou Mongols et les Mant-* schou.
Les Turcs ont conquis l’Asie occidentale et une partie de l’Europe , les Mongols se sont emparés de l’iude , les Mantschou régnent en Chine. Ces derniers, très susceptibles de civilisation, pleins de courage, d’adresse et d’amour pour la liberté, ont une origine commùne avec les Tunguses ,
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peuple chasseur, ennemi du repos, dont les courses s’étendent des frontières de la Chin»jusqu’au Jenisei(i).
Les Kalmouks ont porté dans l’antiquité le nom encore plus barbare de Hiongnou. Sous ce nom, ils avaient dès le temps d’Annibal ébranlé Je trône des empereurs chinois de la dynastie de Han. Au cinquième siècle , ils reparaissent sous celui de Huns, qui se transforma én celui de Hongres et même de Ogres, lorsque les Huns , après avoir fait trembler l’Europe des rives du Volga au bords du Rhin, se .fixèrent enfin dans l’ancienne Pannonie.
Ces peuples avaient des moeui’s et une manière de faire la guerre qui devaient leur soumettre le monde , s’ils avaient su les conserver.
Les Kalmouks n’ont presque point de barbe , leurs yeux sont petits et enfoncés , leur nez aplati , leurs épaules large», leur taille forte ; quoique petits de stature , ils possèdent une grande force musculaire,' cl leurs traits sont peu prononcés. Tels
(1) Muller. . • -
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étaient aussi les Huns. Leurs visages noirs, couverts d’incisions à la manière des sauvages, ressemblaient à une masse <Ml>chair informe; ainsi que les Kalmouks ils se plaisaient dans les beaux pâturages de jBérotala , dans l’Asie centrale , dont les plantes et les sources sont imprégnées de sèl(i). • . . *
Au treizième siècle , il s’opéra dans cette ancienne patrie des Hicm gnou ottHuns une révolution qui changea la face de l’Asie , et ébranla plusieurs empires de l’Europe.
Jesukai Behadir, khan des Mogols, qui régnait sur les bords de la Selinga, mourut eu laissant un fils âgé de treize ans , qu’on appelait Temudshin. Les Mongols oü Mo* gpls refusèrent de reconnaître cet enfant pour leur maître : treize tribus seulement lui restèrent fidèles. Parvenu à l’âge d’adolescence, le jeune Temudshin montra un iprand talent et une rare intrépidité; 11 re<^ cherchait la guerre^et les cinnbats , et en i sortait toujours victorieux. Plus avide de gloire que de richesses , il distoibuait les
(i) Muller; Deguignes. . , » ;l: ^
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dépouilles des ennemis vaincus à ses compagnons d’armes , qu’il traitait en frères, et il savait se faire aimer et respecter de tous ceux qui l’approchaient.
Déjà il s’était acquis une grande réputation quand les Mongols , vers l’an 600 de l’hégire, se réunirent sur les bords de la Selinga pour se choisir un chef. Au milieu de leur assemblée, un de leurs sages , aussi vénérable par son âge que par ses vertus , se leva et dit; « Mes frères , le grand Dieu » du ciel m’est apparu dans une vision , » assis sur son trône de feu, entouré des in- » telligences célestes , et jugeant toutes les î) nations de la terre ; je l’ai entendu donj> ner l’empiré du monde à notre prince 5> Temudshin et le proclamer roi des rois J) (Dschingis-Khan). » A ces mots, tous les Mogols levèrent leurs mains au ciel, et jurèrent de suivre Temudshin, Dschingis- Khan , dans toutes ses enti’eprises.
Dschingis-Khan , fier de son nouveau titre , et persuadé que rien ne pourrait lui résister, forma le projet gigantesque de parcourir la terre en conquérant et de n’accorder la paix qu’aux vaincus. Il sor-
lit de ses dcscrls sauvages , fondit sur la Chine , défit les princes de la dynastie Sum, et s’empara de leur capitale Yenking, ainsique de la presqu’île de Corée. Il se dirigea ensuite vers l’occident, soumit le Thibet , pénétra en Kashmirie et menaça les états du puissant sultan de Khowaresnie, Ala-Eddin Mohamed , fils de Takash , qui ^avait renversé l’empire desGhaurides , et qui dominait sur la Pei’sc et sur une grande partie de l’Indostan. Ce prince marcha au devant de Dschingis-Khan avec quatre cent mille hommes ; il fut battu et son pays subjugué. Son vaillant fils , Gelaleddin Mankbarn , erra long - temps d’aventures eu aventures, de l’Inde jusqu’aux bords du Tigre , et périt après de longs malheurs. Les contrées qui avoisinent la mer Caspienne furent envahies rapidement par Dschingis-Khanj les Polovtsis et les Aluins ou Kipschakis , anciens ennemis des Russes , divisés et anéantis. Le tzar de Russie s’avança à la tète de ses guerriers jusqu’à la rivière tle Kulka pour TU'réter les lieu-' tenants du.redoutal>le khan des Mogols : il fut mis eu fuite.. Après avoir rempli
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l’Asie de la terreur et de la gloire de son nom , Dsciiingis-Khan mourut à l’àgc do soixante-quatre ans.
Tchena-Noian etSoudai-Baiadour, lieutenants de Dschingis-Khan, après leui^rictoire sur les bords de la Kalka et la prise de Kief, inondèrent les diverses principautés de la Russie. Le peuple, accoutumé à sortir des villes au-devant de ses princes avec la croix et les images , croyait pouvoir désarmer les vainqueurs par les mêmes marques de respect et de soumission ;mais les Tartares, qui avaient d’autres dieux, massacraient ces populations chrétiennes en se riant de leur simplicité.
Ils parvinrent jusqu’à Novgorod-Scverski , dans la petite Russie , au nord-est de Tclicriiigol', et là, tournant vers le sud, et las enfin de succès et de carnage, ils se rendirent auprès de Dscliingis-Khan , qui était alors dans la Boukharie. Ce prince , étonné du nombre prodigieux de prisonniers que lui présentèrent ses généraux , leur prodigua publiquement les éloges les plus llaileurs et les combla d’iionncurs et de bienl'aits.
8o RÉSUMS
»»a8. Après ccttc invasion, les Russes , livres à la fureur des guerres civiles , en préparèrent une autre en achevant de s’exterminer. Lâches contre les étrangers, ils furent courageux contre la patrie. Les seuls habitants de Pleskof opposèrent à ce délire universel un langage et une conduite dont la sagesse excite plus que de la surprise , en brillant au milieu de celte barbarie ténébreuse. Jaroslaf, prince de Novgorod, leur demandait des secours contre la ville de Riga , nouvellement fondée , et • qu’il voulait attaquer et détruire; ces généreux citoyens répondirent au prince ; « Tu es prudent ; tu sais que tous les hommes » sont frères; chrétiens et infidèles nous » ne sommes tous qu’une même famille.
» 11 ne faut pas faire la guerre à ceux qui » ne partagent pas notre croyance , ni » prendre sur nous de punir leui’S erreurs,. 7) il est bien plus sage de vivre en paix M avec eux ; alors ils chériront notre dou- M ecur et nos vertus; ils en seront touchés, > » et de l’amitié qu’ilconcevront pour nous, » ils passeront à l’amour de notre reli- » gion. w
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C’est au treizième siècle que des Russes parlaient ainsi , et c’est un moine, le patriarche Nicon , qui nous a transmis leurs paroles.
Mais la raison supérieure qui les dictait ces belles paroles était trop hors de ces temps, de ces lieux, pour être généralement comprise. Les Russes continuèrent à se déchirer de leurs propres mains; et Bâti, l’un des fils de Dschingis , avait passé la Kama, et, après avoir soumis les Bulgares, s’avancait sur le Don , à la tète de six cent mille hommes, que les princes de ces malheureuses contrées s’acharnaient encore aveuglément les uns contre les autres.
Cette seconde invasion ne fut pas moins victorieuse que la première. Moscou, Volodimer et Torjok succombèrent. Les Tatars massacrèrent, brûlèrent, détruisirent tout ce qui se trouva sur leur passage, et retournèrent encore une fois dans leurs déserts sans avoir tiré de leur conquête de plus solides fruits.
Ils reparurent dés l’année suivante , et s’emparèrent de Péréislavc et de Tchernigof. En 12^0, Mangoukhan fut envoyé
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HESDME
p;ii' üali pour l'aire une tentative sur Kief*, où régnait Mikail. Ce lâche prince s’enfuit en Hongrie, après avoir fait assassiner les députés de Mangou. Bâti, indigné, vintluiinèiiic faire le siège de cette ville. Malgré la bravoure du namesnik (i) Draitri, qui la défendait , cette place fut prise , et les barbares la remplirent de meurtres et de désolation. Après ces exploits. Bâti tourna ses armes contre la Pologne et la Hongrie.
Les peuples que les souverains de la Russie avaient soumis , et ceux qui voyaient leur agrandissement avec inquiétude, profitèrent de son épuisement pour l’attaquer. Les Lithuaniens tombèrent sur Smolensk.
Les chevaliers porte-glaives , possesseurs de l’ancien pays des Teutons, nommé Tchoude dans les chroniques russes, et ' aujourd’hui Livonie et Esthonie , se liguèrent avec la Suède et le Danemarck pour profiter des restes des Tatars (2). Ils furent
(1) Lieutenant pour le prince.
(a) •Vevâ.le milieu du douzième siècle, quelques marchands de Brémen , poussés par la tempête , vinrent échouer à l’embouchure de la
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complètement défaits sur lés bords de la Neva par Alexandi*e , prince de Novgorod, à qui cette victoire, que beaucoup d’autres succès avaient pre'cèdee, fit donner le surnom de Newski.Cc vaillant prince
Dw'ina : reçus d’abord eu ennemis, ils par\dnrent à désarmer les habitants, et commercèrent avec eux. Le proGt qu’ils retirèrent de ce négoce attira d’autres marchand* de la même nation , quf firent sur les bords de la D>vina quelques faibles établissements : leur exemple fut suivi par un grand nombre de familles allemandes. Un moine de saint Augustin opéra quelques conversioho, et fonda une maison de son ordre. L’usage était alors d’étendre et d’affermir le christianisme par la force des armes: une milice de chevaliers fut instituée pour la propagation de la foi dans ces provinces, et, dans la suite, réunie à l’ordre teutonique. La croix et l’épée étaient le signe distinctif de cet ordre , et firent donner aux chevaliers le nom de porte- glaives. Ces apôtres armés , dévots à la fois et sanguinaires, devinrent, avec le temps, les maîtres du pays ; et les anciens habitants , rendus chrétiens , mais privés de leurs terres et chargés de chaînes, ne furent plus que les" esclaves de ces t3rraris croisés, p Lbvbsqce.
134a. les repoussa une seconde fois deux ^s après. ’-:f •
Après trois ans de courses danslft Hoiï'^ grie et la Pologne , Bali retourna dans |e 1243. Kaptchak. 11 exigea que Jaro^afÿ grand prince de Volodimer, vînt lui rendre honrmage à la horde. Celui-ci se résigna à cette démarche humiliante , et partit avecConstantin , TcBi de ses fils. Le khan , satisfait de sasoumissidh, le combla d’hon|^eurs et le recô^bt comme le principal souverain de la Russie. Mais quoique Bâti eût une pléihe autorité sur les pays de sa dominatioii, il reconnaissait la suprématie d’Oktai y Bis et héritier de Dschingis y et il exigea que Jaroslaf fît partir son Bis Conr stanfcin pour la gi^ande horde des Mogols. Oktai, .chef de^la^^ànde horde, tétant mort, et^i£àioo]t|i’aBaéde ses fils, lui ayant • succédé ,^»Jferoiïaf' ré^t de Bâti l’ordre «Palier pottét ses soumissions au, nouveau 1 346. souvèrkili. G&prince , forcé d’obéir, mourut en reyenanff dans sa patrie. Depuis ces actesn^nifèèfesde vassclage, aucun prince runi^ ' Ivan*, troisième du nom-^
n’osa se mettre en possession d’une prin-
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cipauté> sans aller rendre hommage au khan, comme à son seigneur suzerain.
On dit qu’ils prêtaient serment de fidélité au Tatar en se mettant à genoux., et. dans des termes qui eussent dégoûté de régner des hommes qui auraient eu le moindre sentiment de la dignité humaine.
Cette domination des Mongols , qui s^établit , comme on vient de le voir , au coran^encement du xiii® siècle, ne finit que vers le milieu du xv®; elle se prolongea donc durant près de tifois cçnts ans. Epoque üop longue de honte et de misère, où l’on voit des princes sans noblesse et ' = sans courage poursuivre avec férocité un pouvoir avili et réclamer tour à tour l’intervention du khan des Mongols, arbitre cupide et dédaigneux, qui sc joue de l’ambition et de la faiblesse de tous.
Cependant les Tatars, conquérants de ia6o l’Asie, unis tant qu’ils eurent à vaincre, sc divis^ent pour le partage. Les petits-fils de Dschingis démembrèrent son vaste héritage, et Nogai, l’un des plus célèbres généraux du khan de Kaptehak , s’étant révolté, se fit une domination particulière
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sur la côte septentrionale de la mer Noire , dont les habitants ont retenu son nom.
Dmitrilvanovitscli, surnommd Donskî, monte sur le trône en 1062 , fut le premier qui refusa au kan de Kaptchak le tribut accoutumé. Un laps de vingt ans s’e'coula en excursions re'ciproques entre les Russes et les Tatars.
Enfin ces derniers, pour rentrer en possession de leurs anciens droits , s’avancèrent vers l’embouchure du Voronèjc, dans le Don, sous la conduite de Marnai, grand khan , et au nombre de sept cent i58o. mille hommes. Dmitri de son côte' passa le Don à la tête de quatre ccnl mille soldats, et pour mettre ses troupes dans la nécessite de vaincre ou de périr , il fit rompre les ponts.Mamai fut battu et prit la fuite t avec les débris épouvantes de son armée.
« Mais de nouvelles hordes de Tatars ne tari38a. dèrent pas à reparaître dans les contrées . couvertes des ossemens -des premiers.
Moscou fut dévasté par eux, tous ses habitants massacrés ; et Dmitri, livré à l’isolementparla lâcheté des autres princes, vit ravager sa patrie sans pouvoir la défendre
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et la venger. Ce prince juste , brave et geue'reux, fut surnomme' Donski , à cause de sa victoire sur le Don. Il mourut jeune , et passa avec rapidité' au milieu de son siècle et de son pays barbare , comme un héros d’un autre âge , d’un autre climat et d’une autre socie'té. Tel et non moins remarquable avait été cet Alexandre Newski que la Russie a canonisé , et qui méritait bien mieux que Vladimir l’honneur de cette clu’étienne apothéose. Ainsi , parmi les peuples les moins dignes de grands hommes, et dans les contrées les moins fé> condes en beaux et nobles exemples, quelques lueurs de magnanimité et de raison attestent de temps en temps ce caractère de supériorité intellectuelle et morale qu’un trop long spectacle de misères et de crir mes serait capable de faire contester à notre triste b|imanité.
Vassili II Dmitriéw^itsch , fils ainé de Dmitri Donski, suivit le plan de son père pour recouvrer et affranchir , en les réunissant à sa domination , les différentes principautés de la Russie. L’occasion était belle pour accomplir ce dessein. Timour-
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bek , autre de'vastateur prddestiné , venait de surgir en Asie, et ses attaques e'branlaient l’empire des fils ddgéne're's de Dscbingis-Khan. Ce conqudrant s’avança jusque ' dans le gouvernement de Voronèje , et il semblait diriger sa marche sur Moscou.
La terreur se répandit de toutes pars; la perte du grand prince paraissait certaine. Dieu suscita tout-à-coup une autre pensde dans l’âme de Timour, qui, contre toute es-* perance , retourna sur ses pas : mais il avait porte le coup mortel à la horde de Kaptehak, qui depuis alla toujours en s’affaiblissant. Vassili lutta contre lekhan avec . des chances diverses ; son dernier exploit fut la prise et la destruction de la ville de Kasan, qui appartenait à la domina- 1396. lion des Kaptehaks. Il ne mourut que long-temps après cette victoire. Cependant la suzeraineté des k^s avait subsiste, et l’on voit le successeur de ce prince VassililII, chasse du trône par un compétiteur plus heureux , aller réclamer la protection du prince tatar. D’ailleurs, quant au tribut impose jadis par les lieutenants de Dschingis, on le payait quand on
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DE l’histoire de RUSSIE.
était faible , on le refusait quand on se sentait fort. Sa quotité devait varier scion les mêmes alternatives ; mais il faqt dire un mot de sa nature et de la manière singulière dont il était acquitte'.
A défaut de monnaie d’or et d’argent , que les Russes ne connaissaient pas encore, ils employaient d’autres signes représentatifs. Le premier était la peau de martre kouna, qui n’était pas le soble ou la zibeline de Sibérie, cette contrée n’étant pas encore découverte. Il y avait vingt kouncs oupeauxde martres dans la grivne.
Le vékokhe , autre monnaie , était l’espèce d’écureuil que nous appelons petitgris. Il y en avait vingt dans la kouna. On croit aussi que quatre rézans faisaient un vekokbe. Ce mot venait de rézat ( tailler ); c’était appai*emment un coupon du quart de la peau.
Des oreilles et même de demi-oreilles servaient pour de petits appoints. On appelle encore polouchko ( demi-oreille ) le quart delà kopeika ou sou russe. On avait aussi des hhki, fronts d’écureuils , et des mordki^ museaux de martres.
Les inconvéuicnts de celte sorle de monnaie, qui s’altérait en circulant, au point de perdre toute sa valeur, contraignirent de la remplacer, vers la fin du quatorzième siècle , par des morceaux de cuir empreints d’un signe quelconque. Au reste , la remarque la plus intéressante qu’il y ait à faire sur cet usage, en apparence si singulier, c’est qu’il dérivait de la nature même des propriétés, qui , chez tous les peuples de la terre, ont d’abord formé la principale et même l’unique richesse, savoir les troupeaux. Les nations méridionales se servaient , comme moyen d’échange, des animaux domestiques vivants ; et les nations du nord , des peaux des bêtes sauvages.
Délivré deTimour,Vassili Dmitriéwilsch fit la gueire à Vitold, prince de Lithuanie , qui s’était emparé de Smolensk. L’espoir de les détruire l’un par l’autre fit intervenir jBoafon sultan, qui régnait alors sur les Tatars , dans la querelle de ces princes, et la principauté de Twer avec la ville de Moscou eurent à souifrir de nouvelles incursions , toujours dévasla-
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de l’iIISTOIRE de RUSSIE. Ql
triccs. Une victoire éclalante sur les Talars de Kazaii, et la ruine complété de cette ville , signala pourtant les dernières années de Vassili U, qui mourut eu
Des guerres extérieures, des guerres \ civiles, des attentats domestiques, des trahisons , des revers affreux et des retours soudains à la puissance remplirent le règne de Vassili ID. Son oncle Joury, ou Georges , voulut d’abord lui disputer le trône. Les deux prétendants convinrent de se rendre à la horde , c’est-à-dire à la cour du prince tatar. Vassili l’emporta. Le khan Oulou-Mahmet l’exempta mcinc de tout tribut. Joury en appela à la force , et marcha contre son rival avec une armee. Vassili, vaincu et renferme dans Kostroma , ne put s’y défendre. Toutefois sou oncle, usQDtplus noblement de la victoire qu’on ne devait l’attendre d’un homme si ambitieux , lui donna pour apanage la ville de Kolomna. La plupart des grands se rangèrent du côté du prince rétabli , ce qui
lit rccomménccr les hostilités entre l’ouclç
et le neveu. Joury mourut , Vassili con-
- -- -ié
tinua la guerre contre ses cousins , les fît prisonniers et leur fit crever les yeux. Ce prince, si cruel avec ses proches , ne fut pas moins ingrat avec le khan Oulou-Mahmet son bienfaiteur. Ce Tatar , vaincu et poursuivi par un autre khan, lui demanda vainement un asile. Cette lâcheté fut vengée. Trois mille Tatars rompirent, dispersèrent quarante mille Russes , et s’étant redrés sur le Volga, ils y. relevèrent les ruines de Kazan, devenue depuis cette
i438. époque le siège d’une domination redoutable, et contre laquelle la Russie eut à lutter long-temps.
i44i. Trois ans après, l’indignation non encore assouvie d’Oulou-Mahmct le ramena, le fer et le feu à la main , sur le territoire de Moscou. En 1445, Vassili tomba luimême au pouvoir de ce khan des Tatars. Ici on voit une générosité qui étonne dans un barbare; car elle serait encore admi- • rable chez tout homme éclairé. Désarmé par le malheur de ce prince, autrefois son hôte, maintenant son ennemi, Oulou-Mahmet le renvoya , se bornant à exiger une rançouquele Russe devait fixer lui-incme.
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Mais la fortune fut plus sévère avec Vassili , à son retour dans ses e'tats. Surpris par un des fils d’Ioury , seul échappé à sa fureur, il eut les yeux crevés , c’était le supplice qu’il avait fait subir aux frères de son compétiteur, et se vit envoyé' en exil au moment où il s’attendait à remonter sur le trône. Il y remonta plus tard.
Son adversaire Ghémiaka , abandonné de la victoire , fut contraint de chercher un asile chez les Novgorodiens. Vassili III mourut en 1462 , pleuré de ses sujets , 1462. qui l’avaient toujours aiméj ce qui fait supposer que l’administration de ce prince était meilleure que sa politique.
Telles sont les tristes vicissitudes qui , durant cette malheureuse période, occupé- <1 rent la royauté tributaire et les passions sans grandeur des descendants de Rourik.
Mais une ère nouvelle commence avec le ' régne d’Ivan III. Cette civilisation dont la source antique existait dans l’Orient va recevoir une impulsion puissante, après avoir yu sa marche suspendue pendant trois cents ans. La Russie , oubliée de l’Europe , jusque là en proie aux bri-
gandagcs des hordes sauvages qu’il est dans sa destinée de soumettre , va se préparer à rentrer sur la scène du monde européen : car il ne faut pas s’imaginer que ces vastes contrées ne se soient ouvertes au flambeau de la raison et aux premiers bienfaits des arts que sous Pierre-le- Grand. Un homme , fût - il vulgaire , a bien pu, même dans des siècles d’ignorance et de ténèbres, imaginer des améliorations industrielles ; mais l’enfantement d’une civilisation régulière , la transformation subite d’un peuple n’est au pouvoir d’aucun mortel, et l’organisation sociale ne s’improvise pas. Les grands hommes aident une nation à sortir du chaos , il n’y a nul li^doute : toutefois la cause de tout ce qu’ils créent existait avant eux ; avant eux , une main invisible , une volonté céleste avait labouré les terres où sèment ces cultiva-
tpurs heureux. C’est une erreur de l’amour des hommes pour le merveilleux , qui crée les hercules de la politique comme ceux de la fable. Ne serait - il donc pas à la fois plus facile et plus simple de satisfaire ce penchant pour les mi-
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racles , en reconnaissant avec un respect i-eligieux les dessins de cette providence, bien merveilleuse en effet, qui tire lesde'bris d’un peuple inconnu de dessous les tentes des Tatars , pour en faire , au bout de quatre siècles , la tète d’une sainte alliance de rois; et qui lui soumet aujourd’hui l’Europe tremblante depuis la Neva jusqu’au rocher de Gibraltar ? Ainsi , dans cette marche solennelle et mystérieuse des nations, chacune à son tour doit jouir un instant de l’honneur d’imposer ses lois au reste de l’univers ! mais cet aveu ne coûte guère à qui regarde les révolutions du monde des hauteurs de l’histoire ; et les blessures de l’orgueil national peuvent être consolées par les leçons d’une philosophie supérieure.