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HISTORIQUE

Le massage du cœur est employé depuis, longtemps par les physiologistes quand, au cours d’une vivisection, le pouls vient à s’arrêter. Le premier mémoire paru sur cette intéressante question est celui de Schiff (1) (1874), qui donne au procédé le nom de « circulation artificielle ». Puis suivent les

travaux de Hock (2), de Mickwicz , de Sorgenfrey , de Dorpat , de Bœfim (3). Plus récemment, ces recherches ont été reprises parPms (4). Cet auteur

(1) Schiff. Archiv. f. d. gesam. Physiol. Bonn , XXVIII, 1882. — Recueil des Mémoires Physiol ., t. III, p. 11.

(2) Hock. Practitioner, n° 70, avril 1874.

(3) Bœhm. Ueber Wiederlebùng bei Vergiftungen. Centralblatt f. die med. Wissenschuft, 1874, p. 321.

(4) Prus. Wiener Klinische Wochenschrift, 1900, mai, n0" 20 et 21. — Arch. de Mèd. expèrim. et d'anat. pathol., 1901, p. 354.

attendit parfois 00 minutes après l’abolition do toute contraction cardiaque. Sur 100 expériences, il obtint 47 fois des contractions régulières du cœur, et 8 fois des contractions passagères. Le massage dut être prolongé durant 15 minutes et même durant 2 heures. Citons encore les recherches de BateUi, la thèse récente à’ Haroutune Arabian (1) et le travail de Bourcart (2). Bientôt ces tentatives sortirent du domaine des laboratoires. Et si le cas de Niehaùs , rapporté par Zesas (3) (1889), inaugure d’une façon infructueuse du reste, les tentatives faites sur l’homme, Tuffier (4) est en réalité le premier qui ait attiré l’attention des chirurgiens sur ce procédé (1898). Durant la visite, un malade opéré à quelques jours de là d’appendicite meurt subitement. Tuffier, après avoir constaté l’absence de pouls, l’arrêt du cœur et de la respiration, la dilatation de la pupille et la résolution musculaire, se décide à tenter un suprême effort. Sous l’influence du massage effectué par la voie thoracique, le cœur ondule d’abord irrégulièrement, puis présente des contractions franches. Le pouls reparaît, la respiration spontanée également, le malade ouvre les

(1) Haroutune Arabian. Thèse de Genève , 1903, n° 9.

(2) Bourcart. De la réanimation par le massage sous-diaphragmatique du cœur en cas de mort par chloroforme. — Revue médicale de la Suisse romande, 1903, p. 636. Cf. aussi La Clinique de Bruxelles , t. XVII, p. 582, 1903. Tribune Médicale, 1904.

(3) Zesas. Zentralblalt fur chirurgie , n° 22, 1903.

(4) Tuffier et Haï. lion. De la compression rythmée du cœur dans la syncope cardiaque par embolie. C. R. Soc. de chirurgie , 2 nov. 1898.

yeux, les pupilles se rétrécissent. Bientôt toutefois le pouls faiblit à nouveau ; le massage rétablit un instant la circulation, qui finalement s’arrête. Cet insuccès est des plus instructifs, et quoiqu’aboutissant finalement à un échec, il montre le parti que l’on peut tirer du massage du cœur en l’absence de lésions irrémédiables, car dans le cas présent on trouva à l’autopsie un caillot dans l’artère pulmonaire.

Lors de cette communication, Bazy (1) déclara avoir vu faire le massage du cœur en 1892, sans succès d’ailleurs. D’autres observations cliniques suivirent bientôt.

En 1900, Prus (2), chez un pendu, longtemps après la mort, il est vrai, ne détermine que la production de systoles des oreillettes, ayant « le caractère de l’onde» et se propageant jusqu’à « l’extrémité des ventricules ».

Maag (3) (24 octobre 1901) obtint une résurrection malheureusement passagère. Il s’agissait d’un jeune homme de 27 ans. Quinze minutes après une syncope chloroformique, les moyens habituels n’ayant donné aucun résultat, le chirurgien ouvrit la poitrine, et après s’être assuré que le cœur était complètement arrêté, il pratiqua le massage direct. Le cœur battit d’abord faiblement, puis

(1) Bazy. Bull, et Mèm. Soc. de chirurgie Paris , 1898, p. 939.

(2) Paus. Loc . cit. L’auteur abandonne cette tentative de résurrection, après avoir constaté que le soufflet employé pour la respiration artificielle avait une capacité trop restreinte, et que la canule s’adaptait mal à la trachée.

(3) Maag. Centralblatt fur chirurgie, 1901.

sa force augmenta, et au bout d’une demi-heure la respiration spontanée se reproduisant on cessa la . respiration artificielle. Trente minutes plus tard il fallut reprendre l’insufflation pulmonaire, le cœur continua à battre durant 8 heures encore, puis s’arrêta brusquement, la respiration spontanée n’était point revenue. A l’autopsie on nota outre la blessure de la plèvre, un refoulement considérable du diaphragme déterminé par la distension de l’estomac et de l’intestin. Une canule mal adaptée à la trachée aurait été la cause de cette pénétration d’air dans le tube digestif.

Mauclaire (1) rapporte deux insuccès : l’un en 1899, l’autre en 1902. Michaux (2) présente un cas également infructueux. Au Congrès de chirurgie 1902, Gallet (3), en présence de deux insuccès de sa pratique personnelle et de deux cas de son collègue Depage (4), conclut à l’inutilité du massage du cœur.

Les cas de Poirier (1902) (5), de Fick (1903) (6), de René Le Fort (1904) (7), augmentent la liste des insuccès, qui atteignent ainsi le nombre de 14, car il nous semble logique de considérer le cas de Maag

(1) Mauclaire. Gazette des Hôpitaux , 1901, p. 145; 1902, p. 702.

(2) Michaux. Bull, et Mém. Soc. de chirurgie, 1898, p. 976.

(3) Gallet. C. R. Congrès de chirurgie , 1902, p. 216, séance du 20 octobre.

(4) Depage. Annales de la Société belge de chirurgie , 1901, pp. 52 et 88. Dans ces deux cas l’auteur a obtenu des contractions passagères du myocarde.

(5) Poirier (1902). Bulletin et Mémoire , Société de Chirurgie. Séance du 15 janvier 1902, p. 43.

(6j Fick (1903). Zentralblatt fur chirurgie.

(7) René Le Fort. Février 1904. Echo Médical du Nord.

comme un succès à l’actif du massage du cœur. Cependant, pour terminer cette rapide nomenclature, voici une tentative des plus heureuses.

C’est le cas de Starling (1) que nous trouvons rapporté, malheureusement sans grands détails, dans Balneologische Centralzeitung , n° 39, p. 173-174. Ce chirurgien opérait d’appendicite un homme de 65 ans « ùnter Anwendung von Lachgas und noch anderen Betaubungsmitteln. » Il remarqua que le pouls et la respiration diminuaient d’une façon menaçante, puis l’arrêt complet survint. La respiration artificielle, les tractions rythmées, ne produisirent aucun résultat. Le chirurgien introduisit alors la main par une incision faite au niveau du creux épigastrique et massa le cœur malgré le diaphragme interposé. Il sentit bientôt le myocarde se contracter quoique le pouls soit imperceptible à la radiale. On continua la respiration artificielle et les autres moyens d'usage et 12 minutes plus tard la respiration spontanée apparut et le pouls devint appréciable. L'opération fut terminée sans l’emploi d’anesthésique et le malade guérit sans aucune autre suite qu’un peu de tension vers la région diaphragmatique.

Cet heureux dénouement vient heureusement démontrer que le massage du cœur si souvent condamné, si souvent déclaré impuissant, peut, dans certains cas , donner des résultats efficaces.

(1) Starling (1903). Balneol. Centralbl. Berl., n° 39, p. 173, 174. Ueber die erste gelungene Wiederbelebung durch Herzmassage.

C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle nous amènent nos recherches expérimentales. Il ne faut pas s’attendre à obtenir des résultats positifs à chaque tentative; car les causes d’insuccès sont multiples et souvent hélas sans remède. Mais bien que la statistique relativement restreinte présentée plus haut ne justifie qu’une évaluation approximative, il nous semble que la proportion de 1 succès passager, et de 1 succès définitif contre 14 insuccès est appréciable, puisqu’il s’agit de cas entre tous désespérés. Nous avons pensé que le dernier mot n’était pas dit sur cette importante question, qu’elle offrait encore un large champ à la méthode d’observation ; nous avons essayé de résoudre cet intéressant problème et nous résumerons dans cette troisième partie, les conclusions de nos recherches, en exposant :

1° Les procédés de massage du cœur ;

2° Les résultats de nos expériences ;

3° Le mode d’action du massage du cœur;

4° Ses causes d’insuccès.

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