‹ Résurrection du cœurChapitre 19 sur 21 · CAUSES D’INSUCCÈS DU MASSAGE DU CŒUR · texte numérisé non relu

CAUSES D’INSUCCÈS DU MASSAGE DU CŒUR

Dans les observations cliniques de massage du cœur on signale : soit des contractions rythmiques passagères (Tuffier et Hallion, Depage (2 cas), Le Fort); soit des trémulations fibrillaires du cœur (Zesas, Gallet (2 cas), Prus) (les autres auteurs ne , spécifient pas le mode de réaction). On trouve ces mêmes remarques dans nos recherches expérimentales. La façon dont se comporte le cœur est donc une première causé d’insuccès.

Mais à côté de cette cause d’ordre local, il y en a d’autres d’ordre général, et ces dernières pourraient bien, jusqu’à un certain point, être la raison première de l’insuccès final, nous les examinerons donc en premier lieu.

Causes d’ordre général. — Une condition sine qua non de réussite est l’absence de toute lésion organique incompatible avec la vie. C’est à cette condition seulement que l’on aura quelque chance de ranimer un être par le massage du cœur. Malheureusement, quand le silence prolongé de cet organe et l’arrêt de la respiration imposent le diagnostic de mort, le temps faisant son œuvre, les éléments anatomiques s’altèrent bientôt. Il est impossible de juger, même approximativement, le moment trop variable du début de ces altérations. Cependant la reviviscence des organes séparés, y compris les centres nerveux pourtant si délicats, montre que dans certaines circonstances, impossibles à prévoir, les lésions secondaires incompatibles avec la vie, se produisent relativement tard.

Dans deux ou trois expériences nous avons noté une coagulation précoce qui explique d’une façon rationnelle l’insuccès obtenu dans ces différents cas. La fluidité du sang est évidemment une condition indispensable sans laquelle la reviviscence est irréalisable. L’oxygénation en est une seconde. Nous avons déjà traité cette question en exposant les procédés de massage du cœur, nous n’y reviendrons pas sauf pour dire que dans certains cas la pénétration de corps étrangers (vomissements au cours d’une anesthésie, sang, pus) dans l’appareil bron-

chique opposera à la respiration artificielle un obstacle insurmontable. C’est là véritablement une lésion incompatible avec la vie, et le massage ne peut être rendu responsable d’un insuccès obtenu dans de pareilles conditions.

Voyons maintenant la cause d’insuccès provenant de la façon dont se comporte le myocarde.

1° Le cœur se contracte d’une manière rythmique , mais ses battements sont faibles et passagers.

Au cours d’une opération, une hémorrhagie abondante, entraînant une diminution considérable de la pression sanguine, rendra, en cas de syncope, le massage infructueux. Il serait utile alors de comprimer l’aorte et, faisant ainsi passer dans les coronaires une plus grande quantité de sang, on favoriserait le retour de l’activité cardiaque. Si, grâce à cet artifice, le myocarde se contracte avec énergie, on cessera la compression, car le cœur lancé pourra continuer à battre. Toutefois, ainsi qu’en témoigne notre observation 114, cet heureux résultat est inconstant, et le cœur, faiblissant de plus en plus, s’arrête parfois. Ne serait-il pas indispensable, en cette occurrence, de relever la tension artérielle par une injection de sérum. Nous n’avons pas poursuivi ces essais d’une façon méthodique, mais une pareille intervention est des plus rationnelles. L’injection sous-cutanée en pareil cas nous semble illusoire,

l’ absorption devant être à peu près nulle en pareille circonstance. L’injection intraveineuse, à condition de favoriser par le massage la déplétion du cœurdroit, ou mieux peut-être l’injection intraartériellc, sera seule capable de relever la tension d’une façon réellement suffisante. Il faudrait, selon Prus, préférer la seconde à la première, car d’après cet auteur « les injections de sel commun dans la veine du cou, évidemment par son bout centripète, offrent un certain danger, notamment elles deviennent facilement la cause d’œdème aigu du poumon » (1).

Un mot des injections intraartérielles. Après avoir constaté les heureux résultats du sérum de Locke sur le cœur isolé, nous avons pensé, et bien des expérimentateurs ont eu sans doute la même idée, qu’une injection intraartérielle de sérum de Locke, pratiquée dans le cœur in situ , serait, le cas échéant, peut-être capable de le ranimer. Nous nous sommes d’abord assurés chez le chien vivant, qu’une injection de sérum de Locke faite par l’artère fémorale, ne provoquait aucun trouble. Nous avons ensuite constaté, que chez un chien mort, cette injection pénétrait dans les coronaires, car notre but était de réaliser par ce procédé une circulation artificielle du muscle cardiaque. Pour obtenir ce résultat, il ne faut pas choisir un vaisseau au hasard. Une injection poussée par la carotide gauche, par exemple, passe directement dans l’aorte descendante et ne réalise guère le but qu’on se propose. Il en est

(1) Arch. de mèd. expêr., 1901, p. 365, t. 13.

de même du membre gauche, mais le sérum de Locke injecté dans le bout centripète de toute autre artère, arrive bientôt dans le cœur droit après avoir traversé le système des coronaires. Si le cœur se contracte aussitôt, il se vide et la reviviscence est réalisée, mais s’il tarde à répondre ou s’il répond mollement, la distension que provoque l’afflux du sérum entrave la reprise de ses battements. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir la jugulaire et le cœur, dans certains cas, rebattra de nouveau. Nous avons insisté sur ce fait dans notre chapitre sur le mode d’action du massage du cœur.

Nos essais sur la reviviscence totale par les injections intraartérielles de sérum de Locke ont été momentanément interrompues pour achever nos recherches sur le massage du cœur. Nous n’avons point réussi d’ailleurs à ranimer les animaux sur lesquels ont porté nos premiers essais. Nous avons vu depuis, qu un auteur allemand, Velich (1) avait réussi, par une simple injection massive de sérum salé poussée par la fémorale, à ranimer des chiens au préalable curarisés et nicotinisés.

Tous ces faits démontrent le rôle important de la tension artérielle, et chaque fois que sous l’influence du massage du cœur l’organe se contracte rythmiquement, quoique d’une façon légère, on peut espérer, en prolongeant le massage et en employant

(1) Alois Velich. — Kritische ùnd experimentelle stüdien über die Wiederbelebùng von tierischen ùnd mensohlichen Leichen entnommenen Herzen. Muenchener medizinische Wochenschrift , 1903, t- 50, p. 1421. Août.

des moyens destinés à relever la pression, faire rebattre le cœur avec une énergie suffisante. Prus dit que s’il a réussi à ranimer des chiens une heure après la mort, c’est seulement en combinant le massage aux injections intra-artérielles. Si la faiblesse des contractions n’est point toujours un obstacle irrémédiable, il est une cause d’insuccès vis-à-vis de laquelle on est moins armé, c’est la production de trémulations fibri liai res.

2° Le cœur entre en trémulations fibrillaires.

Les trémulations fibrillaires consistent dans une sorte de tremblement du myocarde. Ses fibres, au lieu de se contracter d’une façon synergique , rythmique et régulière, semblent le faire indépendamment les unes des autres. Ce sont des mouvements désordonnés, c’est une véritable folie cardiaque.

Expérimentalement il est aisé de faire irémuler un cœur, et Ivronecker a démontré qu’il suffisait d’une simple piqûre faite le long de la branche descendante de l’artère coronaire antérieure au niveau de l’union des deux tiers inférieurs avec le tiers supérieur.

L'application d'un courant induit de faible intensité en ce point produit un résultat identique. Nous insistons, car nous avons lu l’intention formulée par certains chirurgiens, d’électriser directement le cœur quand le massage se montre inefficace. Ce serait là une tentative néfaste et le plus sûr moyen de rendre la mort définitive et irrémédiable en faisant entrer l'organe en trémulations fibrillaires.

Chez le lapin et le cobaye de 400 à 500 gr. les trémulations fibrillaires ne sont que transitoires, et le cœur, par la suite, peut reprendre son rythme normal. Le même fait se produit d’une façon générale chez les jeunes animaux. Mais chez le cobaye de 800 à 1.000 gr., chez le chat et surtout chez le chien, les trémulations fibrillaires marquent la mort définitive du cœur. Les insuccès cliniques obtenus pah le massage du cœur semblent démontrer que, chez l’homme, les trémulations sont incompatibles avec le retour de la fonction rythmique. Il serait donc indispensable de trouver un moyen d’empêcher ou d’arrêter ces trémulations, et nous y reviendrons plus loin. Si nous connaissions leur pathogénie, nous pourrions peut-être plus aisément les combattre, malheureusement les physiologistes constatent le fait, le produisent à volonté dans les circonstances déterminées, mais discutent sur la cause dernière. Est-ce un phénomène musculaire ? Est-ce un phénomène nerveux ? L’ischémie du myocarde est-elle la raison de ce trouble ? « Adhuc sub judice lis est ». Nous ne voulons pas entrer dans le débat. Cependant la théorie de l’ischémie nous semble inexacte, car un cœur exsangue, déposé sur une table continue à battre, puis s’arrête sans entrer en trémulations fibrillaires, tandis que ce phénomène se produit par l’application d’un courant électrique, arrêtant un cœur de lapin par l’interruption de la circulation artificielle, Langendorf fait trémuler les ventricules en liant les coronaires, et

démontre ainsi l'importance de l'excitation mécanique. Quelle que soit la théorie admise, voyons maintenant le moyen de prévenir ou do faire cesser ces trémulations.

Gley, le premier, a préconisé l’emploi du chloral. Partant de ce fait, Lapicque et M° Gatin Gruzewska ont employé la chloralisation préalable chez des chiens dont le cœur devait être soumis à une circulation artificielle de sérum

La lecture de nos expériences montre que nous n’avons pas toujours retiré grand bénéfice des injections de chloral.

Le refroidissement produit un effet analogue à celui du chloral. Nous avons mis à profit cette circonstance, mais ici encore nous avons, dans certains cas, observé quand même des trémulations.

Chose curieuse, l’alimentation jouerait un rôle dans la production de ce phénomène, et Prévost, et Batelli(l) ont démontré que le cœur arrêté se remet à battre rythmiquement sous l’influence du massage si l’animal, chat ou chien, a absorbé un repas mixte, 5, 6 ou 7 heures auparavant (2). La connaissance de ces faits est intéressante. Elle explique bien des résultats discordants et permet d’autre part à l’expé-

(1) Prévost et Batelli. Influence de l’alimentation sur le rétablissement des fonctions du cœur. — Revue médicale de la Suisse Romande , 1901, p. 489.

(2) Nous n’avons guère constaté ce phénomène, mais il faut dire que nous n’avons pas entrepris de recherches méthodiques sur ce point, et la fatalité a voulu que la plupart du(temps, les chylifères n’aient pas été trouvés injectés chez les chiens auxquels on avait fait absorber un repas mixte plusieurs heures cependant avant l’expérience.

rimentateur de se placer clans les meilleures conditions possibles pour' réussir. Nous venons de voir les mesures préventives, elles nous semblent peu fidèles ; mais si les trémulations se produisent comment les combattre ?

Hering (1), dans un travail que nous regrettons de n’avoir pas remarqué plus tôt, signale très brièvement d’ailleurs ce fait curieux du chlorure de potassium possédant la propriété de faire cesser les trémulations du cœur soumis à une circulation artificielle.

Voici à ce sujet des observations très concluantes.

Observation 134

Chien de 6 k. curarisé. On pratique à l’insufflation pulmonaire (air froid) depuis plusieurs heures afin de provoquer le refroidissement. A 4 heures 26, après avoir lié tous les vaisseaux, nous extrayons l’appareil cardiopulmonaire tout en continuant la respiration artificielle. Le cœur très ralenti s’arrête au bout d’un quart d’heure environ. On le monte sur la canule et à 5 h. 8’ on commence la circulation de sérum de Locke. Les oreillettes se contractent d’une façon rythmique mais les ventricules trémulent et l’on juge inutile de prolonger l’expérience. Peu de temps après nous nous sommes rappelé la remarque de Hering. A 6* h. 15’ nous recommençons la circulation artificielle, les oreillettes battent rythmiquement, les ventricules trémulent de nouveau. Au bout de 5’, sans

(1) Hering. H. E. Ueber die Wirksamkeit des Accelerans auf die von den Vorhofen abgetrennten kammern isolirter Saugethierherzen. Ççntralblatt für Phxjsiologie, Avril 1903, Bd XVII, p. 1 à 3.

interrompre l’écoulement de sérum de Locke., on injecte (1) 20 cc. d’une solution de KC1 à 5 °/0. Les battements des oreillettes, les trémulations des ventricules cessent aussitôt. Au bout de 2’ les oreillettes battent de nouveau avec énergie ; 3’ plus tard les ventricules se contractent rythmiquement; les battements d’abord très espacés deviennent bientôt plus fréquents. Ils sont nettement appréciables mais relativement faibles. Dix minutes dprès l’injection de KG1 on masse le cœur, et, soit coïncidence, soit bien plus probablement action favorable du massage, les battements deviennent plus énergiques. Malheureusement faute de sérum la circulation artificielle n’est prolongée que 22’.

Le lendemain, soit 22h. 1/2 après la mort, la circulation de sérum de Locke fait renaître des battements rythmiques des oreillettes et des trémulations fibrillaires des ventricules. On injecte 20 cc. de KG1 à 5 %• Battements et trémulations cessent instantanément, mais au bout de 10’ les oreillettes se contractent à nouveau et les ventricules battent rythmiquement. Leurs mouvements sont faibles, mais nettement systoliques.

Observation 136

Dans le cas présent, chez un chien de 21 kil. , mort au cours d’une injection intraveineuse de chloral, le massage n’avait pu ranimer le cœur qui était entré en trémulationsfibrillaires. A l’autopsie on nota, outre la persistance des trémulations, une énorme suffusion hémorrhagique au niveau de la pointe du cœur et particulièrement du ventricule gauche. On avait exécuté le massage d’une main trop nerveuse et, devant cet état lamentable du cœur, nous ne

(1) Cette injection fut faite dans le tube à quatre branches de notre appareil.

pensions rien oblenir avec le sérum de Locke. On commence toutefois la circulation artificielle et les ventricules entrent en trémulations fibrillaires.

C'est d'ailleurs le résultat que nçus avions noté sans aucune exception dans nos expériences antérieures , à ce point que nous ne tentions plus d’essai de reviviscence sur un cœur qui avait tr émulé. On injecte 20 cc. de KC1 à 5°/o5les trémulations cessent, les oreillettes qui battaient rythmiquement entrent en repos. Au bout de 5’ le cœur entier se contracte d’une façon nettement systolique. Afin de ne point laisser de doute, voici un graphique où sont enregistrés les trémulations fibrillaires, puis les battements des ventricules, peu réguliers il est vrai, mais nettement rythmiques.

Figure XVI Observation 136 Réduction 1/3

La première ligne représente les trémulations fibrillaires des ventricules, les suivantes montrent les mouvements systoliques obtenus après l’action du chlorure de potassium.

Un tambour est appliqué directement sur le cœur. On emploie le cylindre enregistreur de Marey, mouvement lent. .

Après avoir enregistré ces contractions durant 26’ on arrête la circulation et le cœur entre en trémulations

fibrillaires. Une injection de KG1 (20 cc. à 5 %) en a aisément raison, mais on n’obtient qu’un seul battement systolique du cœur en masse, les ventricules trémulent de nouveau et par trois fois le même fait se reproduit.

Lesîrémulations étaient donc inévitables, et les altérations du présent cœur expliquent le fait. Néanmoins, même dans ce cas défavorable, le KG1 produit encore ici v son action remarquable.

Observation 137

Chien de 5 k. Encore un insuccès par ïe massage du cœur, qui détermine la production de trémulations fibrillaires.

On excite le pneumogastrique; les trémulations cessent, mais reparaissent sous l'influence du massage.

Une heure après l’arrêt du cœur, on fait passer dans les coronaires du sérum de Locke ; les oreillettes battent avec énergie, les ventricules entrent en trémulations fibrillaires. Au bout de quelques minutes, on injecte 20 c. c. de KG1 à 5 %• Après quatre minutes d’arrêt, les oreillettes et les ventricules battent rythmiquement. On prolonge l’expérience durant 1 heure ; les trémulations fibrillaires ne se reproduisent pas. Le cœur, ici encore, ne bat point d’une façon très régulière, mais il bat rythmiquement. Le fait est d’autant plus curieux que l’on note une suffusion sanguine assez abondante sous le péricarde. Le graphique

ci-joint a été recueilli vers la fin de l’expérience :

j UUJ W

Figure XVII.

Observation 137

Battements rythmiques d’un cœur isolé après arrêt des trémulations fibrillaires par injection de KCf

Le lendemain, soit 18 h. 1/2 après la mort, on ranime encore les battements des oreillettes et des ventricules ; ils sont très faibles, mais nettement systoliques.

Observation 143

Fig. XVIII Observation 143 Réduction de 1 / 2

Battements rythmiques d un cœur dont les transactions provoquées par le massage furent arrêtées in situ par une injection intraveineuse de 1 gr. de IvCl.

Chien de 5 k., ayant reçu une injection intraveineuse d’extrait de têtes de sangsues et tué par chloroformisation.

On fait le massage du cœur 10’ environ après l’arrêt absolu, mais on provoque des trémulations übrillaires. On injecte par la jugulaire 20 c. c. de KC1 à 5 %, tout en continuant le massage, mais une déchirure au niveau de l’oreillette droite ayant provoqué une hémorrhagie irrémédiable, on isole le cœur et on fait passer du sérum de Locke. Nous répétons que nous n’avons jamais vu rebattre

rythmiquement un cœur de chien mis en trémulations librillaires. Mais, dans le cas présent, grâce à l’injection de chlorure de potassium, qui s’en est rendu maître, le cœur isolé bat aussi parfaitement que possible, et nous reproduisons un fragment du graphique ainsi obtenu (Voir figure XVIII).

De pareils résultats sont très concluants. Les sels de potassium sont des poisons du cœur. En injection intraveineuse, ils tuent les , animaux à la dose de 1 à 2 gr. par arrêt primitif du cœur. Il est très curieux de voir que les lésions produites ne sont pas irrémédiables. La circulation artificielle fait non seulement disparaître l’intoxication mais rend en outre au cœur son activité rythmique si des trémulations fibrillaires ont entravé cette fonction.

De là à penser arrêter, par ce procédé, les trémulations fibrillaires produites par le massage, il n-’y a qu’un pas, nous l’avons franchi. Injectant brusquement dans le cœur droit par la jugulaire une solution de KC1, nous réalisons une intoxication aiguë du cœur dont les trémulations s’arrêtent. Puis continuant le massage et réalisant, par ce fait, une circulation artificielle du myocarde, nous diluons le poison. Une injection intraartérielle de sérum de Locke augmente cette dilution tout en favorisant encore l’irrigation des coronaires. Bientôt le myocarde présente (tout au moins dans certains cas) des contractions qui ont la forme d’une onde. Sous l’influence du massage continué sans trêve, des injections de sérum de Locke répétées par intervalles, ces

ondulations deviennent de plus en plus fortes. Le cœur semble se tordre dans la main. C’est une véritable folie que nous appellerons «ondulatoire», pour bien la différencier de la folie « fibrillaire ». Cette distinction est importante car, tandis que nous avons vu les trémulations incompatibles avec le retour de l’activité rythmique, les contractions ondulatoires, au contraire, permettent la restitutio ad integrum du cœur quÿ, au bout d’un temps variable, se contracte rythmiquement. Ces phénomènes sont tellement nets que nous avons pu, dans une séance de travaux pratiques, en rendre témoins les auditeurs. Il s agissait, dans l’espèce, d’une syncope chloroformique prolongée 11’. Nous en donnons d ailleurs l’observation avec quelques autres, que nous avons tenu à reproduire in extenso, vu leur importance. Un tableau en donnera ensuite le résumé succinct.

Observation 141

Chien de 6 k. 500, tué en 11’ par chloroformisation. On enregistre la pression artérielle dans la carotide avec le kymographe, on compte les minutes à partir du début de l’expérience. Le graphique reproduit les modifications de la pression, voici le résumé des autres phénomènes observés.

20’ (soit 9’ après l’arrêt absolu du cœur) respiration artificielle et massage (voie thoracique) : trémulations fibrillaires.

23’ Injection intraveineuse de 20 c. c. de KG1, solution à 5 °/0 (température du laboratoire) : les oreillettes cessent de battre, les trémulations s’arrêtent.

26' Mouvements respiratoires spontanés, ondulations du cœur.

08' Injection par l’artère fémorale de 100 gr. de sérum de Locke (température du laboratoire). Les ondulations ont une énergie extraordinaire. Le cœur semble se tordre dans la main qui continue le massage. On interrompt cette manœuvre, la pression ne retombe pas au zéro.

35' On reprend le massage, les ondulations du cœur s'arrêtent subitement et la fonction rythmique reparaît.

On continue à enregistrer la pression. Non seulement, la respiration spontanée est revenue, mais les pupilles se sont contractées et les réflexes reparaissent. Un pneumothorax double nous force ensuite à sacrifier l'animal (voir figure XIX).

Observation 142

Chien de 9 k. A mangé le matin, à 8 heures ; est soumis à l'expérience à 4 heures de l’après-midi. On le tue en7’16" par chloroformisation. La pression est prise dans la carotide avec le kymographe ; elle est de 12 cent, de mercure avant l’expérience. La vitesse du cylindre est très réduite, car l'observation doit être longue, et c’est l’état de la pression qui nous intéresse avant tout. On compte les minutes à partir du début de la chloroformisation. Le cœur s’arrête en 7'16”. Après arrêt du coeur de 6’15” on fait le massage. Les trémulations fibrillaires nous feraient ajouter un échec de plus à notre statistique expérimentale sans le chlorure de potassium. On en injecte 1 gr. en solution à 5° o (37°) par la jugulaire, les trémulations s'arrêtent. Le massage n'a pas été interrompu et l'animal que l'on entretient en vie par la respiration artificielle fait de violents efforts respiratoires. On injecte par l’artère fémorale vers le cœur 100 gr. de sérum de Locke (à 37°) sans interrompre le massage. Mais les trémulations fibrillaires reparaissent.

ippiipi1"

- -jr -

Jet ?i£itrs feutfti'tfT eLitx/it

y""1 <ft Ma. 1.

PiucfHni Uuialltwc

Jfeà «tXi/rAv

- flair

U caut « canlcacU \<^IÀ

re.

oi'danj fatanuît allers

/ NJ

Cl. avaria,

ronl xulipitnl t'iîf'wlior

I Xiuay Miüuanyut.

£S"/Vm*ÏS /Uj, *u/n *ÂJf

lignt ju ir.-uf* ut' U'

yr

Fig. XIX. — (Réduction de 1/2)

Ce graphique montre la reprise des battements rythmiques du cœur sous l'influence du massage du cœur combiné aux injections de IvCl et de sérum de Locke.

OnsEiivirrioN H1

La pression est prise avec le kymograpl.e dans la carotide. On a reproduit des graphiques extraits à différents moments de l'expérience. Le premier fragment montre l'arrêt du cœur. La pression étant tombée assez brusquement au voisinage de 0 vers 7'30. on voit trois pulsations lentes mais nettes, la dernière est seule reproduite ici, puis le cœur accéléré son rythme pour s arrêter definitivement et la plume du kynogmphe inscrit durant 9- une ligne absolument droite Le deuxième fragment donne une idée de 1. lévation de la pression déterminée parle massage Le troisième montre que malgré l'arrêt du masfage |a folie ondulatoire du cœur maintient la pression elevée et semble même réaliser une • o-culation réelle. Le quatrième fragment représente l'élévation considérable delà pression que Wétermine le massage sur le cœur se contractant d une façon rythmique. Les deux derniers montrent la valeur de la pression artérielle aux différents temps de l'expérience.

32’. On injecte de nouveau par la jugulaire 1 gr. de KG1 (à 37°) en solution à -5 %, les trémulations s’arrêtent de nouveau. On n’a point interrompu le massage sauf de temps en temps, durant l’espace de quelques secondes, pour observer le cœur. On injecte par la fémorale 100 c. c. de sérum de Locke (à 37°), bientôt suivi de 100 autres centimètres cubes, et le cœur après avoir présenté le même délire ondulatoire que dans l’expérience précédente reprend sa fonction rythmique.

41’ après avoir débouché la canule obstruée par un caillot, on reprend la pression qui atteint 16 cent, (pression moyenne); l’animal fait de violents efforts respiratoires, les pupilles sont moyennes et insensibles.

Nous avons déjà' dit qu’après une seconde asphyxie déterminée chez un chien ranimé une première fois par le massage, on obtenait le plus souvent des trémulations si on renouvelait la tentative.

15’ après la reprise des battements rythmiques, nous provoquons une seconde asphyxie par arrêt de la respiration artificielle (l’ouverture de la poitrine a déterminé un double pneumothorax). Le cœur s’arrête en 17’ et cet arrêt est marqué par l’apparition de trémulations fibrillaires. On attend 9’ avant de taire le massage, combiné à la respiration artificielle. Les trémulations se reproduisent, mais elles cèdent à l’injection de 1 gr. de KG1, solution 5 %. Tandis que Ton continue le massage, on injecte successivement par l’artère fémorale 300 c. c. de sérum de Locke. La respiration spontanée reparaît, le délire ondulatoire du cœur se reproduit, et bientôt le cœur se contracte rythmiquement ; 18’ après le début du massage les contractions sont suffisamment fortes. La pression est à 4 cent. On isole alors le sciatique et l’excitation de ce nerf se traduit par une légère élévation de la pression en même temps que par de violents mouvements respiratoires. La pression reste désormais à 5 cent. Un caillot qui s’est formé dans la canule fait interrompre l’expérience, et comme on la

Observation 142 Réduction de 1/2.

Graphique montrant la reprise des battements rythmiques par le massage combiné aux injections de KC1 et de sérum de Locke.— On a provoqué deux fois l'arrêt du cœur.

La pression artérielle est prise avec le kymographe dans la carotide. Ne pouvant reproduire le graphique entier, nous en montrons ici quatre extraits. Le premier fragment représente l’arrêt du cœur

les Â^eeas .^oùiàUéa. sefsù

wlen/.r/lacMK

l. arrêt de tarwpé&Ttiôr aeât/c.

ce détermine /arrêt d/e eaesr en lî ^ û//fraftoe/e te /et a jjaye

Cùéèi/hiaur

W/ne/le . mae'j ce* i méfié* tyêf vie ysdee au Â'dt d <ru JÀusn.

dcZôcAa.

0 de. ta. jovemon.

teqtie t(ti temps. 30/#/. / '

iiiimnimwmwiwiiiwwwww

kmmmmimwimm

■ir

1' S Si

En

iiiliiiliiiwiiTiiiiniiiii wiiliiniiiwiiiiln

no

lr« reviviscence. 2e reviviscence.

Figr. XX

provoqué par la chloroformisation, et la suite du graphique montre durant 6’l5” une ligne absolument droite.

Le deuxième fragment représente la pression quelques minutes après la reprise des battements rythmiques du cœur.

Les deux derniers fragments montrent le retour ue 1 activité cardiaque après la seconde asphyxie et un arrêt absolu du cœur de 9 . L’élévation de la pression par l’excitation du sciatique prouve que le bulbe a véritablement recouvert son excitabilité.

jugG suffisamment démonstrative on laisse une troisième fois asphyxier l’animal.

Trois quarts d’heure après ce troisième arrêt du cœur nous avons voulu essayer encore de ranimer ce chien. Malheureusement, étant seul pour faire cette tentative, il nous fut difficile de combiner les injections et le massage. De plus 1 animal avait été affaibli non seulement par les deux asphyxies antérieures, mais aussi par une abondante saignée. Nous comptions peu sur le succès. Nous avions comprimé l’aorte afin de favoriser la circulation dans les coronaires, car le cœur paraissait vide et flasque, et après 16’ de massage nous avons obtenu des trémulations fibrillaires des ventricules. Une injection de 20 c. c. de KC1 à 5 %, par la jugulaire, fit cesser les trémulations. On injecta ensuite, par l’artère fémorale, 300 c. c. de sérum de Locke à différentes reprises et le cœur montra une esquisse de folie ondulatoire. Malheureusement nous n’avions plus de sérum de Locke, l’impossibilité d’en préparer et de continuer le massage, nous força à abandonner cette tentative. Mais ce résultat nous permit d’espérer qu’en opérant sur un animal non affaibli, même après un long délai, il nous serait possible de confirmer les résultats obtenus par Prus, puisque nous possédions désormais le moyen de faire cesser les trémulations fibrillaires, cause certaine du plus grand nombre de nos insuccès.

Observation 144

Chien de 10 kilogs. A reçu une injection intraveineuse d extrait de têtes de sangsues. La pression est prise dans la carotide avec le kymographe. L’animal est sous l’influence du chloroforme, depuis plus d’une heure déjà, quand on provoque la mort en administrant une forte dose

d anesthésique. Les minutes sont comptées à partir de la chloroformisation à doses massives.

L45, arrêt de la respiration.

7’30, arrêt du cœur.

22’, soit 14’30 après l’arrêt absolu du cœur, respiration et massage (voie thoracique) : le cœur trémule.

28’. Injection de 20 c. c. de KG1 à 5 % (à 37°).

30’ et 31’. Injection de 100 c. c. de sérum de Locke (à 37°) par l’artère fémorale.

33’. Trémulations. On injecte de nouveau 20 c. c. de KC1 à 5 °/0 et le cœur entre en repos.

36’. Ondulations du myocarde et mouvements respiratoires spontanés.

37’ et 38’. Injection de 100 c. c. de sérum de Locke.

39’. Saignée, car le système circulatoire paraît en hypertension.

55’. Battements rythmiques du cœur.

On enregistre encore la pression durant 1 h. 15’. La respiration spontanée est revenue, mais le double pneumothorax oblige à continuer la respiration artificielle. Les pupilles sont contractées. L’animal remue la tête. Le réflexe pupillaire a reparu à 1 h. 49.

O de /a' £>vcss/ort .

130 mïiwreijol/o/is - /mtinlfa

Fig. XXI

Observation 144

Pression et pouls carotidien, 4 minutes après la reprise définitive des battements rythmiques. On voit l’élévation progressive de la pression et l’accélération du pouls.

Observation 145

Chien tué en 6' par chloroformisation. Espérant conserver l’animal, on avait évité de prendre la pression, et l’on s’était contenté d’examiner directement les pulsations de la fémorale mise à nue. Les minutes sont comptées à partir du début de l’expérience.

22 m. Laparotomie.

23m. Respiration artificielle et massage sous-diaphragmatique 17’ après l’arrêt du cœur.

28 m. Injection de KC1, 20 c. c. solut. à 5 % à 37° (intraveineuse).

30 m. Injection de sérum de Locke, 100 c. c. à 37° (intraartérielle).

35 m. Comme on ne sent pas d’ondulations du cœur, on le

* suppose en trémulations fibrillaires et on injecte de nouveau 20 c. c. de KC1.

36 m. Injection de sérum de Locke, 100 c. c.

Le massage par cette voie nous a beaucoup fatigué, et les interruptions rendues de ce fait nécessaires sont peut-être en partie la cause de l’insuccès.

42 m. On ouvre le thorax et l’examen direct montre le cœur immobile. Un massage énergique est en vain pratiqué ; les injections de sérum de Locke ne produisent aucun résultat.

Au bout de 1 h. 10, on cesse l’expérience, sans avoir vu reparaître la moindre manifestation vitale du côté du cœur ou des centres nerveux.

Des moyens artificiels avaient permis de maintenir la température rectale du chien à 37°.

Observation 146

Chien de 15 k., tué en 3’ par le chloroforme. Le temps

est compté à partir du début de l'expérience.

16 m. 30, soit 13 m. 30 après l’arrêt absolu du cœur : résurrection artificielle et massage (voie thoracique).

19 m. Trémulations.

24 m. Injection de KC1, 20 c. c. solut. à 5 % (37°), arrêt trémulations.

26 m. et 28 m. Injections de sérum de Locke, (100 c. c. chaque), (37°).

34 m. et 35 m. Injections de sérum de Locke, (100 c. c. chaque), (37°).

Le cœur bat faiblement et s’arrête bientôt si l’on cesse le massage. À chaque pression, le cœur répond par une systole énergique ; on continue cette manœuvre d’une façon intermittente.

47 m. On cesse le massage.

52 m. Le cœur s’arrête et trémule au moment où l’oil recom-

mence le massage.

53 m. Injection de KC1, 20 c. c. solut. à 5 % : repos absolu.

56 m. Contractions rythmiques faibles; on injecte 200c. c.

de sérum de Locke.

Le cœur continue à se contracter mollement, malgré la continuation du massage et la répétition des injections de sérum de Locke (1.000 c. c.)

1 h. 19. Le cœur étant presqu’arrêté, on injecte par la jugulaire 1 milligr. d’adrénaline dans 5 c. c. de sérum de Locke. On continue le massage, le cœur accélère son rythme, les battements deviennent énergiques et on cesse le massage. Mais on constate une sorte de tétanisation du muscle cardiaque qui entre finalement en trémulations fibrillaires.

1 h. 24. Troisième injection intraveineuse de 20 cc. de solution à 5% de KC1. — Repos absolu du cœur.

1 h. 26. Contractions systoliques du myocarde. Nouvelle injection intraartérielle de sérum de Locke (200 cc.) provoque amélioration réelle.

1 h. 35. On cesse le massage, les battements sont rares, puis, après une période d’accélération, le cœur trémule. On cesse l’expérience.

Bien que la tentative de reviviscence ait été patiemment prolongée, on n’a donc point réussi à ranimer le cœur d’une manière suffisante ; contrairement à ce que nous avons constaté dans d’autres expériences le massage, quoique soutenu et énergique, n’a point rendu au bulbe son excitabilité.

La température rectale marquait 38° à la fin de l’expérience.

Observation 147

Chien de 17 k. (relativement jeune). Le temps est compté à partir du début de l’expérience ; on détermine l’arrêt du cœur en 8’ 30” par l’administration d’une dose massive de chloroforme. L’artère fémorale dénudée est soulevée par une sonde cannelée ; on l’observe attentivement et on l’ouvre enfin pour s’assurer que l’arrêt du cœur est absolu.

22 m., soit 14 m. après l’arrêt de la respiration, 13 m. 30 s. après l’arrêt du cœur, on commence la respiration artificielle et le massage. Les ventricules entrent en trémulations fibrillaires.

27 m. Injection intraveineuse de 20 cc. de solution à 5,0/0

de KC1 (37°).

28 m. Injection intraartérielle de 100 cc. de sérum de

Locke (37ü).

30 m. Trémulations fibrillaires.

31 m. Seconde injection 20 cc. de solution à 5 % de KC1 ;

repos du cœur.

33 m. Injection intraartérielle de sérum de Locke 100 cc.

34 m. Mouvements respiratoires spontanés.

36 m. Injection 100 cc. sérum de Locke.

38 m. Trémulations fîbrillairés .

41 m. Troisième injection 20 cc. de solution de KG1 à 5 % ; repos du cœur.

43 et 45 m. Injections de 100 gr. chacune de sérum de Locke; les pupilles sont punctiformes.

47 m. Ondes cardiaques.

52 m. Injection de 100 gr. de sérum de Locke.

53 m. Trémulations fîbrillairés.

56 m. Quatrième injection de 2,0 cc. de solution de KG1 à 5 °/0 ; repos du cœur.

58 m. Saignée de 200 cc. environ.

60 m. Contractions rythmiques du cœur.

1 h. 02 m. On cesse le massage, mais un double pneumothorax oblige à continuer la respiration artificielle.

. O/iaytic. Jcÿtie. fiùrJùfce.

O .i ’t Sc f.-'CzsSoa

Fig. XXII Observation 147

Pression et pouls catotidien 30 minutes après la reviviscence

définitive du cœur.

Le massage a réussi cette fois à opérer une reviviscence totale, car l’animal fait des mouvements respiratoires et remue la tête. Ses pupilles sont contractées et ses reflexes reparaissent. On prend la pression dans la carotide pour la dernière fois 1 h. 30 après le début de l’opération. Le graphique ci-dessus en est la reproduction.

Observ.

Sujet

Durée de la mort du cœur

Délai attendu entre l’arrêt absolu

du cœur et le massage

Moment de la reprise des

battements rythmiques (compté à partir du début du massage)

REMARQUES

Chien

Chien

(seconde

asphvxie)

(troisième

asphyxie)

Ondes cardiaques.

Chien (10 kil.) Chien

Les battements sonttransitoires et cessent chaque fois que l’on interrompt le massage.

Chien (15 kil.)

Chien (17 kil.)

Les résultats que nous venons de rapporter sont de nouvelles preuves de la possibilité d’une reviviscence générale (1). En les comparant à la statistique

(1) Nous n’avons pas maintenu en vie nos animaux, ces expériences ayant été faites surtout pour examiner les phénomènes qui se passaient du côté du cœur, nous avons en pratiquant la sternotomie provoqué un double pneumothorax. Il faudrait voir si le chlorure de potassium ne possède pas d’action toxique éloignée en plus de son action immédiate se traduisant par un arrêt presqu instantané du cœur.

de la seconde partie de ce chapitre, on voit sans peine l’importance qu’il faut apporter aux trémulations fibrillaires pour expliquer les insuccès du massage du cœur. Sur 8 nouvelles tentatives, nous comptons maintenant 5 succès complets, et ceci malgré un délai notable entre le moment de l’arrêt du cœur et celui du massage. Parmi les trois échecs, l’un a été obtenu après une attente de 45’, et sans un fâcheux concours de circonstances qui nous a empêché de mener à bien cette tentative, le cœur aurait peut-être été ranimé puisque l’on obtint des ondulations. Dans un autre cas l’insuccès fut complet, mais le massage sous-diaphragmatique présenta le grave inconvénient d’empêcher l’examen direct, et nous avons agi un peu trop à l’aveugle, ne sachant pas exactement quand nous devions injecter, soit le chlorure de potassium, soit le sérum de Locke. Dans le dernier échec, il s’agissait d’un vieux chien, l’âge doit-il être pris en considération? Nous l’ignorons. Le cœur recouvrit son activité sous l’influence du massage, mais les centres nerveux restèrent inexcitables, nous n’avons donc obtenu qu’une reviviscence partielle.

Ces expériences en appellent d’autres. Nous nous demandons si le sérum de Locke injecté par la fémorale, agit en relevant la tension artérielle et en diluant le poison ou en apportant dans la circulation des sels de calcium qui sont les antagonistes des sels de potassium. Le fait est d’autant plus utile à élucider que les injections répétées de sérum

cle Locke ont l’inconvénient de remplir le système vasculaire et de nécessiter une saignée. Si cette hypothèse du rôle de la chaux se confirme, il y aurait avantage à injecter une solution plus concentrée en chaux que le sérum de Locke. On obtiendrait peutêtre ainsi des résultats plus rapides et plus faciles. Enfin il nous paraît utile si l’on emploie un sérum dilué, de bannir de sa formule le sel de potassium, attendu qu’il s’agit justement de combattre une intoxication par ce sel.

Quoi qu’il en soit de la méthode que nous dicteront des recherches actuellement en cours, nous avons cru intéressant de publier ces premiers résultats, car, de cet emploi du chlorure de potassium pour faire cesser les trémulations fibrillaires du cœur in situ , dérivera peut-être une technique facilement applicable à l’homme.

Voyons toutefois les autres méthodes expérimentales capables, elles aussi, de combattre ces trémulations si gênantes. L’excitation du pneumogastrique a réussi dans certains cas, mais les résultats se sont montrés inconstants. Nous en arrivons maintenant aux expériences précises et démonstratives de Prévost et Batelli.

Ces auteurs ont établi que chez le chien les courants alternatifs de basse tension (jusque 120 volts) tuent en déterminant la production de trémulations fibrillaires cardiaques irrémédiables (1) et la respi-

(1) L’arrêt de la respiration, indice de l’anémie bulbaire, se produit quelques minutes plus tard.

ration artificielle sera donc inefficace dans ce cas. Les courants de tension moyenne (240 ou 600 volts) provoquent aussi des trémulations fibrillaires, mais simultanément un arrêt de la respiration. Les courants de haute tension (1200 à 4800 volts) sidèrent le bulbe et la mort survient par un arrêt primitif de la respiration. C’est là une condition favorable : la respiration artificielle, impuissante dans les deux premiers cas, sera efficace dans ce dernier, car les battements du cœur résistent plusieurs minutes à l’asphyxie, et les lésions bulbaires ne sont pas irrémédiables. Ces résultats obtenus chez le chien sont confirmés par ceux obtenus avec d’autres animaux. Mais, chez le lapin j par exemple, il faut se souvenir que les trémulations fibrillaires du cœur ne sont point persistantes. On ne tuera donc pas cet animal en employant un courant de basse tension. Les courants alternatifs, les courants continus, les décharges électriques ont une action identique, et ce qui vient d’être dit s’applique à tous ces modes d’électrisation. Il existe un antagonisme des plus curieux entre l’action des courants de basse et de haute tension, si bien qu’un cœur qui trémule sous l’influence des premiers reprend son rythme si l’on fait passer de la tête aux pieds de l’animal un courant de 1200 à 4800 volts (1). Le même fait se reproduit quelle que soit la cause des trémulations,

(1) Toutefois un pareil courant sidère les centres nerveux tout en restaurant les fonctions du cœur, mais on a vu plus haut que la respiration avait aisément raison de cet accident.

si bien que pour ranimer un cœur en repos, il suffit de les faire renaître par le massage combiné à la respiration artificielle, et de les faire cesser au moyen d’un courant de voltage suffisant. Dans ces conditions le cœur peut, d’après les expériences de Batelli, reprendre son rythme même, malgré 15’ d’arrêt, après 20’ ce physiologiste a obtenu des résultats constamment négatifs.

Cet auteur a essayé en outre l’action des courants alternatifs de basse et de moyenne tension directement appliqués sur le cœur. Il met une électrode dans le rectum, tandis qu’une autre, constituée par deux petits disques de 20 mill. est appliquée sur le cœur. Un courant de 120 volts chez le. chien n’arrête pas les trémulations, mais un courant de 240 volts les fait cesser.

Il n’est pas impossible en pratique de tirer quelque bénéfice de cette observation et si l’application directe sur le cœur d’un courant continu ou d’un courant induit n’est point recommandable, l’emploi d’un courant de force appropriée produira peut-être un résultat favorable en faisant cesser des trémulations produites par le massage et rendra ainsi au cœur sa fonction rythmique. Vu les conséquences possibles, l’épreuve mériterait au moins d’être tentée. Seul un cœur qui ne trémule pas est susceptible de remplir ses fonctions.

Page 1