‹ Résurrection, romanChapitre 34 sur 37 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La neige avait eu beau orner toutes choses d'un joyeux voile blanc, elle avait eu beau en orner le toit, le perron, la cour de la prison : celle-ci, avec ses deux lanternes rouges et son factionnaire, n'en gardait pas moins un aspect sinistre.

Le directeur à la mine imposante vint lui-même recevoir les visiteurs, sur le pas de la porte. A la lumière des lanternes, il lut soigneusement le laisser-passer que le gouverneur avait remis à Nekhludov au sortir de table ; puis, se bornant à hausser les épaules, en signe de résignation au caprice de son chef, il invita les deux visiteurs à le suivre jusque dans son bureau. Arrivé là, il leur demanda ce qu'ils voulaient voir.

Nekhludov lui dit que, avant toute autre chose, il désirait avoir un entretien avec la Maslova, ajoutant que son compagnon, d'autre part, désirait poser quelques questions sur le régime de la prison, de manière à pouvoir, ensuite, visiter les salles avec plus de profit.

Le directeur ordonna à un gardien d'aller chercher la Maslova et de l'amener au bureau.

— Combien de personnes laprison peut-elle contenir ? — demanda l'Anglais, par l'intermédiaire de Nekhludov. — Combien de personnes contient-elle en ce moment? Combien d'hommes? Combien de femmes? Combien d'enfants? Combien de forçats, de déportés, de suivants libres ? Combien de malades ?

Nekhludov traduisait, au fur et à mesure, les questions

5i4 RÊSURRECTIO

de l'Anglais et les réponses du directeur ; mais il eût été absolument hors d'état de dire ce que signifiaient ces questions et ces réponses, car la perspective de son entretien avec Katucha l'avait anéanti. Et quand, au milieu d'une phrase qu'il traduisait, quand il entendit un bruit de pas dans le corridor, et quand la porte s'ouvrit, etquand, ainsi que cela s'était passé bien d'autres fois depuis trois mois, — mais cette fois-ci, sans doute, serait la dernière, — quand il vit entrer un gardien conduisant derrière lui, vêtue de blanc, avec son fichu sur la tète, Katucha, quand il vit Katucha, ce fut comme si tout le sang de ses veines avait brusquement cessé de couler.

« Je veux vivre, je veux avoir une famille, des enfants, je veux prendre ma part de bonheur!» murmura à ce moment, en lui, une voix que depuis longtemps il n'avait plus entendue.

Il se leva, il fit quelques pas au-deл'ant de Katucha. Celle-ci n'avait encore rien dit; mais elle était toute rouge, animée, et le regardait avec une expression dont il fut froissé. C'était une expression qu'il ne lui avait encore jamais vue, un mélange de résolution froide et d'ardente passion. Elle rougissait et elle pâlissait; ses doigts enroulaient et déroulaient le bord de sa veste; et tantôt elle le regardait bien en face, 1 ntôt elle baissait craintivement les yeux.

— Tu sais la nouvelle ? — demanda Nekhludov.

— Oui, on me l'a apprise. Mais voilà, j'ai maintenant décidé... Je vais me marier avec Vladimir Ivanovitch...

Elle parlait très vite, sans s'arrêter. Evidemment elle avait préparé d'avance les phrases qu'elle disait.

— Comment? avec Vladimir Ivanovitch? — commença Nekhludov.

Mais elle l'interrompit :

— Eh! bien, quoi? Puisqu'il le veut, que je vive avec lui...

Elle s'arrêta, comme épouvantée. Puis, se reprenant :

— Puisqu'il veut bien que je vive près de lui! Que

puis-je souhaiter de mieux? Peut-être luiferai-je plaisir? Peut-être arriverai-je à me rendre utile?... Que puis-je...

De deux choses l'une : ou bien elle s'était prise d'amour pour ce Simonson, et vraiment elle n'avait plus besoin du sacrifice de Nekhludov ; ou bien elle continuait à l'aimer, lui, Nekhludov, et c'était pour le dégager de son fardeau qu'elle unissait sa vie à celle de Simonson.

Clairement, Nekhludov se rendit compte de cette alternative. Et il eut honte. Il se sentit rougir.

— Si tu l'aimes... dit-il.

— Moi, voyez-vous? jamais je n'ai connu des hommes de cette espèce-là ! Comment ne pas les aimer? Et puis, Vladimir Ivanovitch, il est si différent des autres!

— Sans doute! — reprit Nekhludov d'une voix tremblante, — C'est un homme excellent, et je crois...

Mais elle l'interrompit de nouveau, comme si elle eût craint qu'il dît ce qu'il allait dfre. Ou peut-être était-ce elle-même qui tenait à lui dire tout.

— Non, non. Il faudra que vous me pardonniez de ne pas faire ce que vous voulez..., — murmura-t-elle. — C'est que vous, vous avez besoin de vivre!

Ce qu'il venait de se dire, ce qu'il s'était dit dans la chambre des enfants, chez le gouverneur, voici que Katucha le lui répétait !

Mais déjà il avstit cessé de se dire cela. De cela nulle trace déjà ne rf' ïit plus en lui : il avait de nouveau d'autres sentiments et d'autres pensées. 11 avait honte, il avait peur, l'angoisse l'étreignait.

— Et ainsi, tout est désormais fini entre nous? — demanda-t-il.

— Mais oui, c'est à croire que oui ! — répondit-elle avec un étrange sourire.

— Je serais pourtant bien heureux de pouvoir te rendre service...

— Nous n'avons besoin de rien ! (Elle regarda Nekhludov dans les yeux, en prononçant ce nous.) Je vous dois déjà assez comme ça! Sans vous...

Et elle voulut ajouter quelque chose; mais soudain sa voix faiblit. Elle baissa la tête et ne dit plus rien.

546 KÉSURRECTION

— Je ne sais pas qui de nous deux doit le plus à l'autre. Dieu réglera nos comptes ! — reprit Nckhludov.

— Oui, oui, c'est cela, Dieu nous voit! — murmurat-elle.

— A7'e you ready? (Etes-vous prêt?) — demanda l'Anglais.

— Tout de suite ! — répondit Nekhludov. Puis, s'efîorçant de contenir son angoisse, il interrogea Katucha sur la santé de Kriltzov.

Katucha, elle aussi, s'était ressaisie. D'un ton presque tranquille, elle dit ce qu'elle savait : que Kriltzov avait beaucoupsoufîertdansle trajet, etque,dèsrarrivée,ilavait été envoyé à l'infirmerie. Marie Pavlovna avait demandé la permission de le soigner, mais on lui avait répondu que c'était impossible.

— Et maintenant je vais retourner là-bas ! — ajoutât-elle, en voyant que l'Anglais s'impatientait.

— Ne nous disons pas encore adieu, je vous reverrai ! — dit Nekhludov en lui tendant la main.

— Non, adieu, adieu ! — lui répondit Katucha d'un ton résolu.

Et alors leurs yeux se rencontrèrent : et dans le regard des yeux un peu louches de Katucha, dans son trisle sourire, dans la façon dont elle dit le mot adieu, Nekhludov comprit clairement que, des deux explications possibles de sa conduite, c'était la seconde qui seule était vraie. Il comprit qu'elle l'aimait, que de tout son cœur elle l'aimait, comme le soir où il l'avait embrassée au sortir de l'église. Et il comprit qu'elle s'était dit qu'en se mariant avec lui elle lui imposerait un sacrifice, elle perdrait sa vie : tandis qu'en se mariant avec Simonson elle le délivrait.

Elle serra la main qu'il lui tendait, se retourna brusquement, et sortit.

L'Anglais aurait voulu procéder de suite à la visite des salles. Mans on voyant l'émotion qui faisait trembler les mains de Nekhludov, il eut rm scrupule et fit mine de devoir d'abord noter certains détails dans son carnet

de poche. Nekhludov s'assit sur un banc de bois, à récart. Son cœur était plein de honte et de désespoir. Il se tint là quelques minutes, sans pensée.

— Eli bien ! Messieurs, voulez-vous que maintenant nous parcourions les chambres? — demanda le directeur.

Nekhludov se leva en sursaut. L'Anglais referma son carnet, et l'on se mit en marche.

Après avoir traversé un sombre et puant corridor, d'autant plus puant que des ordures s'y étalaient librement sur le plancher, Nekhludov et l'Anglais, sous la conduite du directeur, pénétrèrent dans la première salle des condamnés aux travaux forcés. Ils y virent environ soixante-dix prisonniers, dont la plupart s'étaient déjà couchés pour la nuit. On avait rapproché tous les lits, l'un contre l'autre, au milieu de la salle : de sorte que les prisonniers étaient couchés côte à côte.

A l'arrivée des visiteurs, tous se relevèrent brusquement avec un grand bruit de chaînes ; et Nekhludov fut frappé de l'éclat de leurs crânes, nouvellement rasés.

Deux d'entre eux, cependant, ne se levèrent pas. L'un était un tout jeune homme, rouge et tremblant de fièvre; l'autre, plus âgé, ne cessait point de gémir.

L'Anglais demanda si le jeune prisonnier était malade depuis longtemps déjà. 11 n'était malade que depuis le matin ; mais l'autre prisonnier souffrait depuis longtemps d'une maladie d'estomac, et l'on attendait d'avoir une place libre à l'infirmerie pour l'y envoyer.

Puis rx\nglais pria Nekhludov de vouloir bien traduire aux prisonniers quelques mots qu'il avait à leur dire; et il lui apprit, du même coup, que, tout en voyageant surtout en Sibérie pour y étudier le régime de la déportation, il s'était aussi chargé de répandre parmi les déportés la bonne parole évangélique.

^- Je voudrais leur dire que Christ est mort pour

les sauver. Qu'ils croient en lui, et ils seront sauvés ! Et voici le livre oîi cela est écrit!

11 pria Nekliludov de traduire ce petit discours : après quoi il tira de sa poche un paquet de Nouveaux Testaments, reliés en carton de diverses couleurs. Et aussitôt une foule de grosses mains aux ongles noirs se tendirent vers lui, se repoussant l'une Tautre. Il distribua entre elles quelques exemplaires du petit livre, et sortit pour passer dans une aulre salle.

Dans la seconde salle, même scène. Même manque d'air, même puanteur. Gomme dans la première salle, une image pieuse pendait entre les fenêtres, ayant visà-vis d'elle le cuveau aux ordures. Comme dans la première salle, une soixantaine d'hommes étaient couchés côle à côte, qui se levèrent en sursaut à l'approche des visiteurs. Mais, cette fois, il y eut trois hommes qui ne purent se lever : deux se redressèrent un peu sur leur couchette ; le troisième ne jeta pas même un coup d'œil sur les nouveaux venus. L'Anglais pria Nekhludov de répéter son discours et distribua de nouveau quelques évangiles.

Dans la salle suivante, Л y avait également trois malades. L'Anglais demanda au directeur pourquoi on ne réunissait pas tous les malades dans une seule pièce. Mais le directeur répondit que c'étaient les malades euxmêmes qui ne le voulaient pas. Leur maladie, au reste, n'était pas contagieuse ; et l'infirmier les visitait et leur donnait tous ses soins.

— Oui, voilà bien deux semaines qu'on n'a pas vu le bout de son nez! — murmura une voix.

Sans rien répondre, le directeur passa dans une autre salle. Et dans cette salle, et dans la suivante, et dans toutes les salles, le même spectacle s'offrit aux visiteurs et la même scène eut lieu. Même spectacle et même scène dans les chambres des déportés, dans celles des condamnés à l'emprisonnement. Partout Nekhludov et son compagnon virent les mêmes hommes, affamés, inoccupés, malades, plats, sournois, plus pareils à des bêtes qu'à des créalurcs humaines.

RÉSLRRECTION 519

Au bout d'environ une demi-heure, l'Anglais, qui d'ailleurs avait épuisé sa provision d'évangiles, renonça à faire traduire par Nekhludov son allocution. Evidemment l'horreur de ce qu'il voyait et surtout l'écrasante puanteur avaient eu pour efl'et de déprimer toute son énergie. Et il passait machinalement de chambre en chambre, se contentant de répondre : Ail right, à tous les renseignements que lui fournissait le directeur sur le nombre des prisonniers et la qualité de leurs peines.

Et Nekhludov, lui, allait comme dans un rêve, sans rien voir, sans rien entendre, sans trouver la force de partir ni de rester ; et de minute en minute il se sentait plus honteux et plus désespéré.

Dans une des dernières salles qu'on visita, Nekhludov fît cependant une rencontre qui le secoua de sa torpeur. Il vit là, parmi des déportés, le même étrange petit vieillard qu'il avait eu pour voisin, le matin, sur le bac.

Ce petit vieillard, vêtu d'une chemise en lambeaux et d'un pantalon rapiécé, pieds nus, se tenait assis à terre dans un coin et braquait sur les visiteurs un regard sévère. Son visage ridé paraissait plus concentré encore et plus animé que sur le bac. Et, tandis que tous les prisonniers de la salle, à l'entrée du directeur, s'étaient redressés d'un seul mouvement et avaient sauté sur leurs pieds, le vieillard continuait à rester assis. Ses yeux luisaient, et ses sourcils se fronçaient de colère.

— Allons, debout ! — lui cria le directeur.

Mais le vieillard haussa les épaules et sourit avec dédain.

— Ce sont tes valets qui se mettent debout devant toi! Mais moi, je ne suis pas ton valet. Tuas la marque, là, sur ton front!... — poursuivit le vieillard d'une voix exaltée.

îi'ilO RÉSURRECTIOiN

— Qu'est-ce que c'est? — dit le directeur sur un ton de menace.

— Je connais cet homme! — intervint Nekhludov. — Cest un original. Pourquoi est-il en prison?

— Hé ! c'est la police qui vient de nous l'envoyer, pour vagabondage! Nous la supplions de ne plus envoyer personne, mais c'est comme si on chantait ! — fit le directeur.

— Et toi aussi, à ce que je vois, tu appartiens à l'armée de l'Antéchrist! — dit le petit vieux, s'adressant à Nekhludov.

— Non, je ne suis ici qu'en visiteur! — répondit Nekhludov.

— Ah ! ah ! Tu es venu voir comment l'Antéchrist torture les hommes? Eh bien, regarde, vois! Il les a pris, il les a enfermés en cage, de quoi composer touti' une armée ! Le devoir des hommes est de gagner leur pain à la sueur de leur front : et lui, l'Antéchrist, il les tient enfermés, il les nourrit sans travail, comme des porcs, pour en faire des porcs !

— Que dit-il ? — demanda l'Anglais.

Nekhludov lui répondit que le vieillard accusait le

directeur et ses pareils de tenir enfermés des êtres humains, contre toute justice.

— Demandez-lui donc comment, à son avis, on doit se comporter avec ceux qui n'observent pas la loi! — dit en souriant l'Anglais.

Nekhludov traduisit la question.

Le vieillard se mit à rire, découvrant quelques dents, noires et cassées.

— La loi! — s'écria-t-il avec mépris, — ah! oui, tu peux en parler ! Il a commencé par s'emparer de la terre, il a dépouillé les hommes de toutes leurs richesses, il a supprimé tous ceux qui lui résistaient ; et ensuite il a écrit la loi, pour dire qu'on ne devait ni tuer ni voler! Je te certifie bien qu'il ne l'aurait pas écrite avant, sa loi I

Quand Nekhludov lui eut traduit cette réponse imprévue, l'Anglais sourit de nouveau.

— Mais enfin, — dit-il, demandez-lui comment on

doit se comporter aujourd'hui à l'égard des voleurs et des assassins !

— Tu lui répondras, — dit le vieillard à Nekhludov qui lui avait transmis la question, — tu lui répondras qu'il doit commencer d'abord par effacer lui-même de son front la marque de l'Antéchrist, et qu'il aura assez d'ouvrage, s'il le fait, pour n'avoir plus le temps de s'occuper des voleurs ni des assassins ! Allons, répètelui ça dans sa langue !

— Il est bien amusant ! — dit l'Anglais en entendant cette réponse. Etilsourit encore, et sortit de la chambre.

Nekhludov était resté en arrière; le vieillard, s'adressant à lui, poursuivit son discours :

— Fais ton affaire à toi, et ne t'inquiète pas des autres. C'est Dieu seul qui sait qui punir et qui récompenser. Nous, nous n'en savons rien !

Puis, comme s'il avait renoncé à vouloir convertir Nekhludov :

— Mais non, — lui cria-t-il, — je n'ai rien à te dire. Va-t'en, passe ton chemin. Tu as assez vu maintenant comment les esclaves de l'Antéchrist donnent des créatures humaines en pâture aux poux. Va-t'en maintenant t'amuser ailleurs !

Lorsque Nekhludov rejoignit ses compagnons dans le corridor, l'Anglais était arrêté devant la porte entr'ouverte d'une pièce sombre, et demandait au directeur à quoi elle servait. Le directeur répondit que c'était l'endroit où l'on déposait les morts.

— Oh! vraiment! — fit l'Anglais, quand Nekhludov lui eut traduit cette réponse. Et il dit qu'il serait bien heureux de pouvoir entrer.

Le directeur fit apporter une lampe, et introduisit les deux visiteurs dans la chambre des morts. C'était une

grande chambre carrée, toute pareille aux autres. Dans un coin étaient entassés des sacs, dans un autre coin on avait rangé une pile de bûches ; au milieu, sur des couchettes, quatre cadavres gisaient.

Le premier de ces cadavres, vêtu d'une chemise et d'un pantalon, avait une petite barbe pointue et la moitié de la tête rasée. Le froid avait déjà engourdi les membres : les mains, qui évidemment avaient été jointes sur la poitrine, s'étaient séparées ; et pareillement les pieds nus, disjoints, s'écartaient en fourche. Près de lui était étendue une vieille femme en veste et en jupe blanches, avec une toute petite natte de cheveux, un visage jaune tout ridé, et un nez camard. Et, près de cette vieille femme, on avait placé le cadavre d'un homme qui portait autour du cou un foulard bleu. Ce foulard bleu frappa Nekliludov, qui eut l'impression de l'avoir vu quelque part déjà.

Il s'approcha, examina le cadavre de près. Une barbiche noire, frisant un peu, un nez droit et solide, un grand front blanc, des cheveux bouclés, clairsemés au sommet de la tête. Nekhludov reconnaissait tous ces traits bien connus, et ne parvenait pas en croire ses yeux. La veille encore, il avait vu le même visage tout animé de passion, tout contracté de souffrance : maintenant il le voyait immobile et calme, revêtu d'une beauté qui lui faisait peur.

Oui, c'était là Kriltzov, ou du moins c'était toute la trace qu'avait laissée sa vie corporelle !

« Pourquoi a-t-il souffert? Pourquoi a-t-il vécu ? Est-il enfin arrivé maintenante savoir la vérité? — se demandait Nekhludov en considérant le cadavre. Et il se répondait aussitôt qu'il n'y avait point de vérité, qu'il n'y avait rien, rien que la mort. De toute son âme, il enviait Kriltzov, qui ne souffrait plus.

Sans même penser à prendre congé de l'Anglais, qui examinait la salle funèbre avec un intérêt tout particulier, Nekhludov se fit conduire hors de la prison, afin de pouvoir méditer plus à l'aise, dans sa chambre, sur tout ce qui s'était passé durant cette soirée.

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