CAUSES DU RECUL DE LA MORBIDITE POLIOMYELITIQUE D'APRES L'AGE
Il est encore impossible, pour le moment, de donner une explication vraiment plausible de ce phénomène.
Sven Gard pense que cette tendance à l’augmentation du nombre des gens plus âgés, qu’il a constatée surtout dans les villes, peut être interprétée comme le résultat de l’immigration des campagnes dans les villes d’une population très mal immunisée. Ce mouvement de la population doit, en effet, surtout comprendre les groupes d'âges considérés (c’est-à-dire de 15 à 20 ans pour les femmes, et de 25 à 30 ans pour les hommes) ; les femmes vont à la ville comme domestiques à l’âge de 20 ans, et les hommes un peu plus tard comme ouvriers. Il ajoute qu’on doit cependant attendre que cette étude soit faite sur un matériel plus important, avant de pouvoir tirer des conclusions certaines.
Kling dit qu’on peut penser que ce recul de l’âge moyen de la plus grande fréquence est dû à un changement du caractère du virus.
D'après Burnet, l'explication résiderait dans le fait que les récentes souches de virus poliomyélitique auraient un plus grand neurotropisme, tout en perdant parallèlement une partie de leur épithéliotropisme. Elles donneraient donc beaucoup plus rarement des infections rhino-pheryngées bénignes, créatrices d'immunité. Leur localisation élective sur le système nerveux n'aurait pas le même pouvoir de développer des anticorps dans le sang et les humeurs. Elles auraient donc un moindre pouvoir d’immunisation que les précédentes.
Les souches très neurotropes expliqueraient le fait observé dans les récentes épidémies, de formes paralytiques graves plus nombreuses que les formes frustes. Les souches sont capables, en effet, de vaincre une immunité, qui aurait assuré une solide protection contre les paralysies avec les souches du type antérieur.
La diffusion endémique des formes rhino-pharyngées frustes ou abortives de la poliomyélite constitue un élément favorable en diminuant de bonne heure le nombre des sujets réceptifs, susceptibles de faire . une forme paralytique ou grave.
En somme, on n'a pas encore trouvé une explication à ce déplacement de l’âge de la morbidité poliomyélitique ; 1l n'est encore que récent et demande encore des recherches, mais le fait est dès maintenant bien établi.