‹ Rétif de la BretonneChapitre 13 sur 28 · ROSE BOURGEOIS · texte numérisé non relu

ROSE BOURGEOIS

tant favorable et la lettre fut posée devant la belle Rose, sans que j'eusse été remarqué de personne. J'étais déjà retiré pour observer, lorsque cette belle fille leva les yeux : elle vit ma lettre. Elle la prit avec étonnement et, trouvant son adresse, elle fut plus surprise encore ; Eugénie^ sa jeune sœur, voulait décacheter ; Rose s'y opposa, et la lettre fut portée au père, dans l'arrièreboutique. M. Bourgeois à ce qui me parut, lut haut à toute sa famille. Les deux jeunes personnes revinrent ensuite à leur place, et j'eus le plaisir de les voir regarder souvent dans la rue, pour découvrir, ou l'auteur de la lettre, ou son commissionnaire. Je m'en retournai soulagé de mon cruel tourment par cette idée seule : « Elle sait qu'un homme l'adore; qu'elle ferait le » bonheur de cet infortuné... Elle sait qu'on brûle pour » elle ; peut-être plaindra-t-elle le sort de cet amant » inconnu. » Une passion extrême s'attache à tout; car ces motifs de consolation étaient bien peu de chose I Mais Rose Bourgeois avait la coupe de visage de Madame Parangon ; en la vo^^ant, ma surprise, mon ravissement, un je ne sais quoi plus fort que ma raison, me firent oublier toute la nature ; un carrosse m'aurait écrasé, sans que j'eusse pu l'éviter, dans ce moment de suspension de toutes mes facultés.

Le lendemain, je n'écrivis pas ; mais je revins dans le quartier... Le troisième jour, j'écrivis ma seconde lettre. J'avais observé, la veille, qu'on faisait beaucoup d'attention à toutes les personnes qui s'approchaient de là boutique ; enfin j'usai de la plus grande précaution, [pour remettre ma lettre. Ce que j'exécutai heureusement. Je jouis du mouvement de joie d'Eugénie et de la rougeur de Rose, en voyant le papier. Il fut porté au Ipère, qui le lut, et le serra, comme le précédent. Les deux sœurs, surtout Eugénie, eurent si souvent les yeux au dehors, qu'enfin elles m'aperçurent, collé à

l'angle de la rue Saint- Honoré. Eugénie me fît remarquer à Rose , qui à peine leva les yeux , et parut fort sérieuse.

Je n'écrivis pas le lendemain, ni le surlendemain : j'observais que toute la maison était en l'air, et je soupçonnais que quelques-uns des garçons devaient être postés pour faire le guet aux environs ; je rôdai partout; j'examinai tout. Le quatrième jour, j'arrivai, tenant ma lettre prête. Je passai rapidement devant la boutique , et du premier coup , je la posai sur le comptoir. Je ne m'étais pas arrêté une tierce : ainsi, le garçon en sentinelle ne me vit pas. Quand je revins, après avoir descendu la rue cinquante pas, ma lettre n'avait pas encore été aperçue, à cause de l'ombre que faisait le tambour à broder de la belle Rose ; ce fut le garçon qui la découvrit, en entrant. L'étonnement parut extrême ! J'observai, non sans une grande envie de rire, qu'il regardait au plancher, pour voir si elle n'était pas descendue par là. On porta la lettre au père. Je me rappelle que j'y disais qu'il était inutile de m'observer; que j'étais invisible. Eugénie, à ce que je démêlai, cachée dans le coin de passage d'une boutique de bonnetier vis-à-vis, m'en crut sur ma parole ; car elle pérora, en faisant des gestes, qui augmentaient sans doute le merveilleux de la remise de mes lettres.

Le plaisir que je prenais à écrire à la belle Rose, m'avait d'abord soulagé : mais je m'aperçus bientôt que l'amour ressemble à la soif: une goutte d'eau l'augmente ; je n'en fus que plus épris et plus malheureux. Je suspendis^ mes lettres pendant huit jours ; c'est tout ce que je pus faire, d'après les avis de ma raison. On m'avait un peu oublié : je vis les trois garçons dans rarrière-boutique ; Rose était seule à sa place. Je mis la letti'e sans qu'elle me vit. Eugénie arriva, et la prit, en marquant beaucoup de joie. Ce fut la mère qui

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1 oLivi'il en l'absence du père. J'observai que Rose ne inaii(|uail janiais d'en aller entendre la lecture.

Le lendemain, j'arrivai avec ma cinquième lettre. Je ne pus la mettre du premier coup, en passant rapidement, ]:)arce que Rose leva les yeux : je ne m'aperçus pas qu'elle me l'econnût. Vers le temps de fermer, et tandis qu'un garçon poussait les volets, je mis ma lettre. Les deux sœurs ayant quitté leur place, allaient et venaient de la salle à manger dans la boutique ; Eugénie aperçut la lettre, et j'entendis qu'elle disait : (' Bon ! il y a beau temps qu'elle est là. » Je ne la vis pas lire, parce qu'on ferma, et que je ne savais pas encore qu'il y avait une fenêtre basse, fort avant dans la rue Travcrsiàre^ par laquelle je pouvais entrevoir ma belle Rose à table.

Le jour suivant, j'avais ma sixième lettre ; mais j'arrivai trop tard, parce que j'avais eu affaire : la boutique était fermée. Je tournai tout autour de la maison ; enfin, je découvris la fenêtre basse, et, au moyen d'un défaut du rideau, je vis ma belle Rose à souper. En appliquant l'oreille près du carreau, j'entendis quelque chose de la conversation. Eugénie disait : « Il n'a pas paru aujourd'hui.» Je compris que la petite espiègle me connaissait de vue, et je résolus d'être circonspect. Tandis que j'étais aux écoutes, la cuisinière ouvrit une porte ; je m'aperçus que c'était celle de derrière la maison, et tandis que cette fdle allait chez l'épicier de l'autre coin, je me glissai par cette porte restée entr'ouverte. Je vis que celle de la salle n'était que poussée ; je parvins, avec un peu d'effort, à mettre ma lettre sur une chaise à côté de la porte, et je me retirai à quelques pas. La cuisinière rentra, referma la porte, et je me remis à ma fenêtre basse, feignant de satisfaire un besoin du second ordre, lorsqu'il survenait quelque passant. On ne vit pas ma lettre tout d'un

coup : ce ne fut qu'en se dérangeant i^our la salade, que la belle Rose l'aperçut ; mais elle n'en dit rien. Sa sœur la suivait des 3'eux ; elle remarqua le regard de son aînée et s'approcha de la chaise. Elle fit un cri de joie si vif, que je l'entendis; le père et lanière parurent du plus grand étonnement. Je m'aperçus qu'on appelait la cuisinière ; on lui parla, et je vis clairement qu'elle se justifiait. Il paraît qu'on la soupçonna d'avoir remis cette lettre ; mais il lui fut sans doute aisé de se disculper, car elle sortit en riant. Un des garçons se leva de table, et quitta la salle. Je m'éloignai aussitôt, de peur de surprise, et fort sagement ! car je le vis sortir par la porte de derrière, qu'il ouvrit doucement, avançant la tête en dehors avec précaution. Je m'en retournai.

Je revins le jour suivant avec ma septième lettre, que je me proposai de mettre d'emblée : il était de bonne heure, et j'avais affaire. La cuisinière était sur le pas de la boutique : je la regardais de loin en avançant toujours ; elle tourna le dos un instant, me cacha ainsi aux deux sœurs, et ma lettre se trouva devant Rose. Je retournai brusquement, par l'autre côté de la rue, et je fus témoin de l'embarras de la cuisinière, contre laquelle se renouvelèrent les soupçons : car elle était fort rouge. La lettre fut lue ; je vis un longcolloque entre la maîtresse de la maison, sa famille, et la cuisinière. On ferma, et j'allai à la fenêtre de la salle à manger, où je vis ma lettre entre les mains de la belle Rose. J'entendis Eugénie qui lui disait : « Mais, mon « Dieu! quel est donc cet homme! Il t'adore, ma sœur; » et je t'assure que si c'était moi, j'en serais flattée!...» Je ne m'aperçus pas que M^'^ Rose répondît rien.

Je fus quinze jours sans écrire ; mais je passais tous les soirs, pour voir la belle Rose un instant. J'étais guetté; on se lassa le douzième jour. Je fis des vers pour les joindre à ma lettre : je l'écrivis le quatorzième

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jour, et je vins trop tard ; je gardai cette lettre pour le londoniain. Eugénie était seule. Je m'avançai fort près, cl je mis ma lettre, à l'instant oii un fd venait de se casser. Je joignis mes vers, ou neuvième lettre, à la luiilième, et je ne les eus pas poses, qu'elle les aperçut; mais elle ne me vit pas. Elle appela la cuisinière, et je jugeai qu'elle lui disait : « Vous n'avez point de part à » la remise de celle-ci. » La lettre resta devant elle jusqu'à la rentrée de son père, de sa mère et de sa sœur. La mère, en la voyant dit : « Encore ! » On entra dans la salle du fond, et on lut. On s'agita beaucoup ; on lit sortir les trois garçons, qui rôdèrent autour de la maison. Je me tins éloigné dans la rue de V Echelle. Ils l'entrèrent, on ferma, et j'allai à la fenêtre basse. Heureusement, avant de m'arrêter, je regardai autour de moi : j'aperçus la cuisinière à une fenêtre de l'escalier au premier. Je passai : je ne pus rien voir ce soir-là.

Le surlendemain, j'avais ma dixième lettre. Les deux sœurs étaient à leur place, et les trois garçons dans la boutique ; la cuisinière parut à la petite fenêtre de l'escalier : je m'aperçus qu'elle me remarquait, car elle quitta aussitôt. Le mouvement qu'elle occasionna, en appelant les garçons, me donna l'instant de mettre ma lettre. Je longeai aussitôt, persuadé que je serais désigné. Je m'en retournai chez moi.

Le jour suivant, j'écrivis une lettre encore plus tendre; et il ne faut pas croire que ces lettres me tinssent beaucoup de temps : la plus longue ne me prenait pas un quart d'heure. Je m'y applaudissais « de moti invisibilité ; et je certifiais qu'il était impossible de me voir ; j'étais un Sylphe, passionnément amoureux de la belle Rose. » Il s'agissait de remettre cette onzième lettre, en dépit de toutes les observations. Je m'aperçus qu'on ne m'attendait pas ce jour-là ; tout le monde était à ses

occupations. Je mis la lettre devant Rose, après un instant d'examen, et j'allai me cacher dans la rue de V Echelle, craignant d'être surpris dans le coin de passage du bonnetier. Ce fut de là que je vis Rose prendre la lettre, et venir elle-même sur la porte, avec Eugénie : elles y restèrent environ cinq minutes ; ensuite elles portèrent la lettre. Tous les garçons sortirent pendant la lecture, et je les vis se distribuer autour de la maison : ce qui m'obligea de m'en retourner par le Carrousel^ de peur d'accident.

Je fis ma douzième et dernière lettre, le lendemain, et je revins dans le quartier, dès cinq heures, à l'allumage des réverbères. Je l'eus belle à mettre mon épître, dans laquelle je rendais compte de toute la conduite qu'on avait tenue pour me saisir la veille ; j'y disais ensuite à la belle Rose les choses les plus expressives, les plus flatteuses ; j'y faisais des vœux pour son bonheur, mais je ne croyais pas qu'il y eût un seul homme digne d'elle. Je finissais par lui dire, « que ma nature de Sylphe ne me permettant pas de la posséder^ j'avais résolu de renoncer à V immortalité ^ pour obtenir du Destin la liberté de l'aimer en homme, a Je profitai de la demiobscurité ; un embarras de voitures survenu ayant forcé plusieurs personnes à monter sur le pas de la boutique, j'y montai aussi, et je glissai ma lettre. Je m'échappai aussitôt, au risque de me faire écraser. Je repassai quelques instants après, etje vis encore ma lettre, qu'on trouva en allumant. Le père était dans la boutique. Il la lut : Rose écoutait avec étonnement, et Eugénie avait un air tout à fait comique. Je me retirai dès qu'on eut serré ma lettre.

Ce fut environ cinq jours après, qu'arriva la catastrophe. J'étais venu tous, les jours, mais je m'étais soigneusement observé. Enfin, je me lassai de mes précautions, et «n soir, ayant trouvé ouverte une fenêtre

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de la l)Outi(|ii(' sur la rue Travcrsièrc, fy restai (jnelquos iuslaiiLs, à cousidcrer la belle Rose. Je m'enivrais de ce daugereux plaisir, lorsque je me sentis saisir au collet. Los poltrons qui m'arrêtaient se tuaient de me dire : « No vous défendez pas ; ou j'appelle à la garde! — w Non, » leur dis-je, « ne craignez rien ; je ne me » défendrai pas. » Je fus conduit dans Tarrière-boutique. Les femmes qui vendent des légumes dans ce quartier me croyaient au moins un voleur, et la foule entoura la maison. M. Bourgeois était absent. Je fus interrogé par les garçons qui m'avaient arrêté ; la belle Rose et la vive Eugénie étaient auprès de la cheminée ; la première fort rouge, et les yeux baissés; la seconde très disposée pour moi, et disant sans cesse : « Je ne veux pas qu'on » lui fasse de mal ! » On me fit écrire, pour voir s'il était vrai que j'eusse t'ait ces lettres. J'écrivis. Les faquins de garçons répétaient à tout moment : (c II faut » le mener chez un commissaire. » M. Bourgeois arriva enfin. On lui dit : a Voilà l'homme. » D'un geste, il renvoya tout le monde, et je restai dans la salle à manger, avec lui, son épouse et ses filles.

— « Vous avez écrit ces lettres? » (Il me les présenta). — « Oui, Monsieur. — De quel droit cherchez-vous, » sans mon aveu, à faire naître dans le cœur de ma fille » un sentiment aussi dangereux, à son âge, que celui de » l'amour ? — Ne me demandez pas , Monsieur, ni » pourquoi, ni de quel droit. Je l'ignore : un sentiment » impérieux s'est emparé de mon cœur ; il a maîtrisé » ma main; je souffrais trop : j'ai cherché à me soulager. » J'ignorais qu'on put aimer avec cette frénésie, sans » parler à l'Objet, sans en être accueilli, sans connaître » son mérite : je le sais ; me voilà détrompé ; je ne m'y « exposerais peut-être pas, si j'avais à recommencer. — » Jeune homme, vous vous exprimez avec véhémence ! » vos lettres sont brûlantes : vous avez de l'âme... Mais

» votre conduite serait inexcusable, si j'étais moins » indulgent... Mon amie... mes enfants, » dit-il à son épouse et à ses filles, « laissez-nous... » (Elles sortirent toutes trois de la salle, et montèrent à leur appartement au second, le premier étant le magasin).,. « Mon cher » ami, » me dit alors ce digne homme, « je sens ce que » vous valez par vos lettres et par vos réponses : faites- » vous connaître ; tirez parti de vos talents ; vous en » avez ; et venez me voir dès que vous aurez quelque » chose d'avantageux à m'apprendre : l'amour peut faire » en vous des miracles ; je l'ai vu à vos expressions. Je » ne vous fais aucune question aujourd'hui ; vous me » parlerez de vous-même, et sans que je vous interroge, » à notre première entrevue. Ma fille est belle ; elle a » plus de qualités que de beauté , si vous la méritez un » jour, pourquoi ne l'auriez-vous pas ?... Votre sort est » entre vos mains. Sortez par cette porte-ci, afin que le » peuple ne vous voie pas. » Il m'ouvrit la porte de derrière, me reconduisit, me serra la main, afin d'en imposer aux herbières et aux poissardes, et ne rentra qu'après m'avoir vu m'éloigner, sans avanie.

Dès que je fus en sûreté, mon premier sentiment fut celui de l'admiration pour ce digne homme ! Je le bénis du fond de mon cœur... Mais quelle tempête ! grand Dieu ! quand je vins à songer que j'aurais pu obtenir la belle Rose! l'Objet que j'idolâtrais, M""^ Parangon ressuscitée ! si j'eusse été libre !... Je compris alors, que pour me supporter moi-même, il fallait de l'énergie, du courage, un changement de mœurs ! Tous les moyens de me distinguer m'étaient fermés ; j'en fus au désespoir ! mais il me resta une salutaire inquiétude, qui me rendit le goût de l'occupation , et me donna du mépris pour les amusements.. .^ Revenons.

Je m'en retournais tantôt concentré, tantôt éclatant et contre moi-même, et contre ma précipitation, qui

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mavail (ail contracler un mariage si désavanlagcux avec la fille dune luéehante femme, qui ne lui avait rien donné, qui avait dissipé ce que j'avais reçu de mes parents, et qui battait Agnès en mon absence, pour l'euq)ècher de m'en avertir!... Je le proteste ici, je m'étais proposé de lui être attaché, d'être un gendre respectueux ; ce fut elle-mcnie qui m'en enqicclia : ellemême détruisait à Auxerre, auprès de mes parents, la réputation de sa fille, qui fut traitée par sa mère avec indignité, au voyage qu'elle fit chez la mienne en 1764, au mois de septembre, pour y accoucher de Marion, sa quatrième fdle. Ainsi, j'étais seul, lorsque je devins amoureux de la belle Rose ; je mangeais pensionnaire chez une voisine, cette dame Duflot dont j'ai parlé, avec Hcnncr, l'avocat-prote, Miller, le graveur-correcteur, et Dcsclassan de Toulouse, tous trois compagnons imprimeurs. Arrivé chez moi, j'éprouvai toute l'horreur de mon sort : « J'ai toujours subi le supplice de Tantale, » pensai-je ; « quel mauvais démon m'acconq^agne, et » détourne les biens, pour ne laisser tomber sur moi que » les maux? »... Je ne dormis pas; je fus pendant longtemps dans une sorte de rage. Mais cependant la raison l'emporta. Je n'osais plus aller dans le quartier de Rose ; je me détournais, si j'avais affaire par là... Enfin ma douleur devint moins aiguë ; elle ne fut plus qu'un sentiment profond, qui me donna de l'énergie. Comment prouver à la belle Rose et à son père que je n'étais pas indigne d'elle, que je méritais les favorables dispositions du dernier ? »... J'y réfléchis longtemps !...

L'année 1765 s'écoula dans un trouble inexprimable ! Poussé plus vivement que jamais, par le désir d'occuper M"^ Rose de moi, je cherchais à me distinguer... Ainsi, les femmes furent toujours les arbitres de ma destinée ; elles ont toujours réglé mes occupations, et décidé de

mon sort!... Combien de fois, depuis que M. Bourgeois et ses filles n'habitent plus leur maison, ai-je été la saluer par ces mots : « Sahc, o clowns, qiiœ me fecisll scriptôrcm ! ...»

Je termine ici l'époque honteuse de ma vie, celle de ma nullité, de ma misère, de mon avilissement... J'ai été sincère ; je donne un livre unique dans l'immensité des siècles, la Vie d'un Homme, détaillée sans déguisement.

0 Rose ! fille céleste, et jamais oubliée, qui me rendîtes toute mon énergie, qui me désavilîtes à mes yeux, en me présentant le tableau du bonheur, et surtout le talisman de votre ressemblance avec Madame Parangon ! soyez bénie ! vous et l'aimable Eugénie votre sœur ! Et si toutes deux vous êtes les petites-fdles de Rose Pom^ belins, comme j'en ai presque la certitude, en lisant ceci (vous êtes plus jeunes que moi), soyez touchées de mon sort, et voyez que mon amour fut aussi violent qu'involontaire. Je puis dire comme Mithridate :

C'est le sort de mon sang, que de brûler pour vous ! [Monsieur Nicolas, VI® époque.)

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