LES EXIGENCES DU TEMPS ET LA CLASSE AGRICOLE
cela, il leur faut s'imposer quelques sacrifices, il vaut mieux en porter le fardeau que d’avoir la tristesse, plus tard, de voir partir leurs enfants les uns après les autres. Un instrument de musique, un piano peut-il avoir sa place à Ja: campagne ? Pour ma part, qu’on me pardonne cette expression quelque peu banale, j'aime mieux une bonne tireuse de vache, à la campagne, que mille casseuses de Piano, mais si de piano ou tout autre instrument de musique peut lier les enfants à la maison, je pardonnerais bien ce travers.
Les jeunes gens de 18 et 20 ans aiment à sortir et à faire sonner quelques sous dans leurs poches. Ce n’est pas là un bien grand mal? Je veux croire que des deux extrêmes sont à éviter. Trop sortir et trop dépenser est dangereux; d’un autre côté, qui ne voit que le contraire ne l’est pas moins pour faire détester la vie de campagne ? II y a des parents qui ne voudraient pas, pour tout au monde, laisser cheval et voiture entre les mains de leurs enfants; encore seront-ils moins disposés À leur donner l’argent dont ils ont besoin pour des récréations légitimes ou des dépenses absolument nécessaires. Et cette avarice sordide fait que ces jeunes gens, privés de plaisirs légitimes, s’en prennent à la vie du cultivateur. Ils rejettent sur l’agriculture la responsabilité de leurs ennuis et de leurs tristesses, ‘“ Si je puis, un bon jour, m’en débar-
PH: an ANNE +
Mrs) 0 Red TE
rasser,” voilà qui résumera leur état d'âme, Dès ce moment, ils ont bien pris la résolution de déserter le travail de Ja terre. Une circonstance fortuite la fera mettre à exécution et nous aurons là un autre exemple de l’abandon du sol.
‘Que de parents qui n’ont rien fait, et qui ne font encore rien, Pour attacher leurs fils à la noble Carrière agricole! Au contraire, ils n’agiraient pas autrement s'ils voulaient les en décourager. I] y a donc encore œuvre d'éducation à faire, et matière à réforme, chez plus d’un de nos cultivateurs. On criera peut-être à Pintrusion du modernisme jusque dans la vie rurale. Qu'on y regarde de plus près et l’on se convaincra vite que ce sont tout simplement les exigences des temps qui obligent à voir
les choses d’un autre œil qu'on ne les voyait autrefois.