‹ Retour à la terre [microforme]Chapitre 37 sur 61 · CHAPITRE XIV L'économie et la classe agricole · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV L'économie et la classe agricole

La richesse est faite non Pas tant de ce que l’on gagne que de ce que l’on économise. Cet axiome, vrai pour toutes les classes de la société, l’est encore davantage pour la classe agricole. Sa richesse à elle, est l’économie. Si les parents doivent quelquefois, s'imposer des sacrifices pour retenir les enfants sur la ferme, en faisant quelques dépenses ici et là, il ne faut Pas, par ailleurs, qu’ils poussent cette complaisance jusqu’à la prodigalité, Il est bien plus facile de tomber dans ce dernier abus, Car si les temps nous ont apporté des réformes utiles et avantageuses, sackons reconnaître aussi qu’ils ont entraîné avec eux, malheureusement, des vices que nos pères ne connaissaient Pas. La grande plaie de l'heure actuelle est l’imprévoyance et le manque d'économie, On vit au jour le jour, très bien, largement, mais on n’économise point. On recoit l'argent d’une main et de l’autre on le jette avec plus grande rapidité que celle qu'on a mise à le gagner. On achètera un cheval de course, une voiture de luxe, un luxueux ameublement de salon, dont on n’a guère besoin et dont on peut se Passer. Et le crédit ! Jublie-t-on d'acheter à crédit sur billets Promissuires qui se multiplieront au

point qu'il faille en Payer un chaque Mois ; heureux

a És

encore si on peut les acquitter et si on ne tombe pas dans la catégorie des bons chevaliers du crédit, qui ne pensent plus à payer leurs vieilles dettes et qui laissent toujours vieillir les jeunes. 11 est clair qu’avec cette manière de vivre, les produits de la terre ne peuvent suffire aux besoins de ceuxlà.

L'économie chez les parents est souvent nulle ! Aussi, la génération présente s’en ressent. Ils sont

rares, de nos jours, les jeunes gens qui, arrivés à

l’âge de s'établir et de fonder une famille, ont des épargnes. Si on en trouve un par hasard, c’est tout juste l’exception, qui arrive à temps pour eonfirmer la règle générale, et celui-là sera, aux yeux de tous, un phénomène, une perle précieyse, que toute jeune fille sera heureuse d’épouser. Ce n’est pourtant pas le salaire qui fait défaut. Le jeune homme peut facilement, aujourd’hui, gagner de 26 à 35 piastres par mois; il peut donc mettre de

. côté, par année, au moins de 150 à 200 piastres ;

avec de l’économie, arrivé à l’Age de 24 à 26 ans, il aurait la jolie somme de 1,000 à 1,500 piastres en banque.

Considérons la question sous un autre point de vue. Je suppose que ce jeune homme, à l’âge de 18 ou de 20 ans, entreprenne le défrichement d’une terre nouvelle et qu’il y mette, chaque année, une partie de ses petites économies; en moins de cinq

Page 1