‹ Retour à la terre [microforme]Chapitre 40 sur 61 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le bois, voilà l'ennemi de l’agriculteur

L'exploitation intelligente de la forêt a son bon côté. Les revenus qu’on peut en retirer ne sont pas à dédaigner. Voilà pourquoi aussi, il ne eonvient pas de la déboiser complètement, car une fois disparue, il est presque impossible de la fair revivre. Sans la forêt, point de bois de chauffage, ni de construction, ct il reste impossible d’assurer l’industrie de nos grandes scieries.

Etablissons encore comme principe que la forêt est d’une grande utilité pour le colon, dans les premières années d’un défrichement, sur une terre nouvelle. Sans elle, comment pourrait-il vivre en attendant qu’il puisse récolter assez pour assurer sa subsistance et celle de sa famille ?

Cela étant compris, toute entreprise d'opération de bois devient pour l’agriculteur un danger et occasionne un retard dans le travail de la terre. Du moment que le défrichement est assez avancé, que l’agriculteur peut récolter suffisamment pour ses besoins, il doit se donner tout entier au travail du 80]. Qu’un marchand, qu’un industriel fasse le commerce de bois, rien de plus naturel, mais qu’un agriculteur veuille exploiter la forêt tout en fai-

sant la culture de la terre, cela ne peut se conci. lier. Et pour rappeler le vieux proverbe : qui court deux lièvres à la fois manque les deux.

Pourtant, n’est-ce pas là le mal de l’heure présente ? Pour ces raisons, on peut dire, sans se tromper : le bois, voilà l'ennemi. C’est la cause du peu de progrès de l’agriculture * ns maints en-

droits, comme aussi la paralysie de nos paroisses dans la voie du bien-être et de l

près tout ce travail des bois, dur et pénible, sont-ils devenus plus riches ? Hélas ! le contr, re est arrivé bien souvent. Il faut compter d’abord, dans ces opérations, sur beaucoup d’impréva: la cheîté des vivres, la qualité et l’abondance du bois qui fait défaut tout d’un coup, un mesurage qui dépasse les prévisions ordinaires, une maladie subite, des accidents survenus, une mauvaise saison et mille autres choses qui font que, très souvent, on revient, le printemps à la maison, les épaules chargées d’une dette de quelques cents piastrcs à la place des profits convoités. Cet hiver na guère payé. Mais, je suppose que tout a souri au gré du petit contracteur de bois et qu’il revienne, au printemps, avec quelque ar-

Page 1