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CHAPITRE XVII

Les jeunes gens et la vie €.3 chantiers

Essayez, si vous le pouvez, à retenir le matelot, ce vieux loup de mer, lorsque le soleil du printemps a dégagé les rivières et les fleuves de leur prison de glace ! Vous perdrez votre temps. Vous n'aurez guère plus de succès auprès du bûcheron qui voit tomber, à l'automne, les premières neiges d’un nouvel hiver. La forêt l’appelle et l’attire par je sourd et solennel mugissement de ges longs sapins, par l’âcre senteur de toutes ses essences résineuses, et par mille autres langages que lui seul connaît, habitué qu’il est, depuis longtemps, à les étudier et à les comprendre.

La vie des chantiers n’est pas Sans avoir ses charmes pour toute cette jeunesse ardente et vigoureuse. C’est la liberté et l'indépendance relative; c’est la compagnie de camarades, gais lurons ; c’est la vie au grand air dans cette atmosphère de vigueur et de santé dont les bois sont imprégnés ; ce sont les repas pris en commun où l’appétit, aiguisé par le travail, trouve toujours son profit dans une nourriture forte et substantielle ; enfin, il n’y a pas jusqu’au bon lit de sapin qui n’apporte avec lui ses petites attractions,

96 RETOUR A LA TERRE Initiés de bonne heure à ce genre de vie, les jeunes gens de notre Acadie ont fini par l'aimer. Ils lui ont demandé leur premier salaire, Rien d’étonnant, s'ils ont continué ensuite à tirer de Jui le pain de chaque jour pour eux et pour la petite famille qui grandit à leurs côtés. Cette orientation vers la forêt les a détournés de la terre où ils se figurent ne pouvoir vivre désormais. Ils y tra- Vailleront bien quelque peu, durant l'été, mais jamais d’une manière appliquée; c’est plutôt pour tuer le temps, en attendant le moment où ils reprendront, à l’automne, le chemin de la forêt.

Voilà autant de bras perdus pour la culture gérieuse de Ja terre. C’est triste, c’est lamentable, mais c’est vrai.

Dans cette génération qui pousse, à côté de ces coureurs de bois, nous voyons les hommes de demain. Cette nouvelle phalange de jeunes gens, qui s’avancent, en rangs pressés, sera-t-elle co: © de vrais agriculteurs, o1 ces nouveaux venus marcherontäls sur les traces de leurs grands frères bûcherons ? C’est aux parents de nous le dire.

Après leur avoir montré les avantages physiques, moraux, économiques que procure la culture de la terre, ces parents peuvent-ils ne pas donner une réponse nette et combien pleine d’espérances : nous ferons de nos enfants de vrais agriculteurs, ce qui suppose l’abandon total de la vie des chantiers,

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