LES JEUNES GENS ET LA VIE DES CHANTIERS
que lui dans la vie des chantiers. Alors avec eux, il ne tardera pas à blasphémer tout ce qu’il y a de plus saint au ciel et sur la terre, heureux encore s’il n’arrive pas à les dépasser tous dans ce triste langage. |
Dans les allées et venues, de la paroisse au chantier, les jeunes gens rencontrent, parfois, des occasions dangereuses. La boisson y fait hélas! des victimes nombreuses. C’est dans ce voyage vers le chantier que le jeune homme a pris son premier verre; il ne s'arrêtera Pas en aussi beau chemin, ‘Toyez-nous; il finira vite par en prendre le goût, puis par en contracter l’habitude. Avec tout cela, le jeune homme fera des dépenses folles, extravagantes; ne lui parlez plus d'économie, ce sera inutile. Quant au foyer paternel, il s’en est à jamais détaché; rien de plus ne l’attire. Bref, c’est une démoralisation complète dans son Ame.
Je veux croire, certes, qu’il y a des exceptions. Oui, Dieu merci, bon nombre d’entre eux passent à travers tous ces périls sans se laisser emporter Par le courant de cette déchéance morale; mais nous ne croyons pas nous tromper, en disant qu'ils sont de petit nombre, eu égard, ici au grand nombre de ceux qui font tristement naufrage dans la vertu. Que de jeunes gens sont partis de la maison paternelle, à l'automne, bons, pieux, et religieux, et qui sont revenus, au printemps avec le
germe de tous les vices. Que c’est eux et pour leurs parents !
Quel remède à ces dangers ? Détournez vos fils de cette vie des chantiers; pendant qu’ils sont en bas âge, faites-leur aimer le travail de la terre en des y habituant de bonne heure.
L'agriculture est encore, avec la religion, la plus
sûre gardienne des mœurs et des âmes de vos jeunes gens.
“egrettable pour
Celui qui fait pousser deux épis de blé où il n’en poussait qu'un seul est un bienfaiteur de l'humanité,
HENRI IV, Citation du Manifeste en faveur du monument Hébert.
me
hé Le Côté de Ristigouche
Le comté de Ristigouche tire son nom de la rivière Ristigouche, la plus importante du Nouveau- Brunswick après le fleuve St-Jean et le Miramichi. Si vous jetez un Coup dœil sur la carte du Nouveau-Brunswick, vous verrez que le comté de Ristigouche comprend presque toute la partie nord de notre province, soit une étendue de 120 milles
sur 50, et 38 milles de profondeur, c’est-à-dire, à peu près l’étendue de l'Ile du Prince-Edouard. Voilà Ristigouche, un pays quoi...! Eh bien, dans cet immense territoire, bien que ce comté soit l’un des plus grands en étendue, se trouve la plus petite population de la province avec les comtés de Albert, Queen et Sunbury. C’est un pays nouveau, il est vrai, et inconnu encore de plusieurs.
Depuis ces dernières années, il semble faire, toutefois, un progrès marqué. Sa population, en effet, a plus que doublé dans la dernière décade. . Voici des chiffres :;ui se passent de commentaire. En 1905, sa popu:ation était de 10,000 ; au dernier recensement en 1911, elle avait atteint le chiffre de 15,677. Si je compte maintenant l'augmentation naturelle de sa population chaque année où nous enregistrons en moyenne 600 naissances, chez les catholiques seulement, si j'ajoute surtout le nombré de colons canadiens-français établis depuis 5 ans le long du nouveau chemi# de fer dit l’International, tout en éliminant les décès, survenus dans l’intervalle, je ne crains pas d'affirmer que la population présente du comté de Ristigouche dépasse 22,000.
Il faut remarquer que cette population n’habite que le dittoral de la Baïe ou de la rivière Ristigouche, Balmoral étant la seule paroisse située un peu dans les terres avec les quelques nouvelles pa-
roisses de l’International qui ne datent que d'hier. Ce n’est donc pas le terrain qui manque pour coloniser, mais plutôt les habitants qui font défaut. Et nous avons l’espace pour plus de 60,000 âmes. Qui peut douter que nous y arrivons ? Laissons à nos petits neveux le soin de le constater ; dans tous les cas, qui vivra verra.
Œuvre nationale
Un tout petit appel, mais fort et chaleureux, de l’Action Sociale et reproduit par le Progrès du Golfe de Rimouski en août 1911, a attiré les yeux vers nos immenses régions colonisables de Ristigouche. Quelque temps plus tard je recevais d’un prêtre, très en vue à Québec, une lettre ainsi conçue: “J’ai lu avec plaisir votre article: “ Appel chaleureux des Acadiens et des Canadiens de la rive nord de la Baïe des Chaleurs ”. Vous touchez là une question qui m'intéresse vivement. Je veux connaître ces magnifiques terrains colonisables dont vous parlez et, en même temps, me renseigner, prendre des notes sur votre joli pays de Ristigouche” Ce prêtre, quelques jours plus tard, se donnait la peine de venir se renseigner sur les lieux mêmes. Quand je lui eus exposé toute la belle œuvre de colonisation à faire dans Ristigouche, le long du nouveau chemin de fer de l'International,
il en fut tout émerveillé. Quelle heureuse idée d’unir cette poignée de français de Ristigouche, à Madawaska où l’on compte, avec les français du Maine, plus de 40,000 des nôtres! C’est là un idéal à Poursuivre, croyez-moi : pour ma part, ajouta-t-il, je préférerais voir nos jeunes gens de Québec se diriger vers votre Pays plutôt que partout ailleurs vers l’Ouest ou l'Ontario. #Pour le bien général de la race Canadienne et Acadienne, il faut nous grouper et nous resserrer davantage. C’est si facile Puisque nous sommes voisins. Ce sera là, n’en doutons pas, le secret de notre force comme race.” Voilà bien, certes, ce que nous cherchons; nous voulons garder les nôtres et attirer le plus grand nombre possible de nos frères de Québec vers nous. L'œuvre de colonisation que nous poursuivons, n’a d'autre but que de faire du bien. Nos efforts, heureusement, n’ont pas été tout à fait infructueux jusqu’à ce jour, puisque nous comptons, depuis cinq ans, au delà de 700 familles canadiennes et acadiennes réparties un peu partout dans Ristigouche, mais surtout établies le long du nouveau chemin de fer de l'International, Ce Courant ne fait que commencer; nous attendons mieux de l’avenir
dès que notre comté sera plus connu et plus apprécié.
Le bois : la grande industrie du comté de Ristigouche
La grande industrie du comté de Ristigouche, à l’heure présente, est celle du bois. Nos forêts, sur une étendue de plusieurs milles, contiennent le bois le plus riche et le plus propre à mettre sur le marché local et étranger. Aussi est-ce par centaines que nous arrivent, à chaque printemps, les grands voiliers et les vapeurs d'outre-mer qui remontent la Baie et la Rivière jusqu’à Campbellton et Ste-Anne de Ristigouche. C’est un va-et-vient continuel tout l’été jusque tard dans l’automne, où quelques-uns semblent braver les premières gelées avec les premières rafales et les bourrasques de verglas et de neige.
Il a été coupé dans le comté de Ristigouche en 1913, 67,120,839 pieds de bois marchand répartis comme suit: sont sortis de la rivière Ristigouche 54,688,555 pieds; de la rivière Jacquet, 7,114,284 pieds; des rivières Charlo et Benjamin, 5,313,000 pieds. Il en est de même dans tous les comtés de la province où la grande industrie là, comme ici, est la coupe et le commerce du bois. Sur la première, le gouvernement provincial perçoit chaque année, de gros revenus. (C’est pour lui le nerf de la guerre, Y toucher, c’est le frapper à l’endroit sensible du cœur. Voilà Pourquoi se fera-t-il prier Pour céder quelques lopins de terre à la saine co-
lonisation; voilà Pourquoi encore, dans les conflits, qui arrivent hélas! malheureusement trop fréquemment entre colons et Marchands de bois, ferat-il pencher la balance du côté de ces derniers comme étant ceux qui soutiennent, entretiennent et augmentent ses revenus et ses trésors.
Mauvais calcul et grossière erreur! Si le commerce du bois est un revenu immédiat pour un $&ouvernement, il ne peut. l’être indéfiniment. La forêt s’épuise comme toute autre chose. Elle peut manquer, avant même qu’elle ait rendu toutes les richesses qu’elle recèle dans son sein. Que le feu la dévaste, la source de ses revenus est tarie jusque dans ses profondeurs. Puis ses revenus quelque appréciables qu’ils soient, ne sont pas durables et véritablement solides. L'argent qu’ils procurent met une certaine aisance passagère, va et vient, circule pendant un certain temps, puis disparaît dans le poussets de nos industriels ou de nos Capitalistes, et tout est à recommencer... Ce travail n’a rien ajouté à la richesse naturelle d’un Pays, encore moins à celle de ses habitants. Qu’on exploite la forêt avec intelligence, personne n’y trouvera à redire. Seulement, de grâce, ne le fai- Sons point au détriment de la colonisation, qui seule peut devenir la base de la prospérité et la rich. sse d’un gouvernement provincial comme de tout un pays. Nous avons pour le prouver l’exem-
ple de ces pays d'outre-mer où l’agriculture est en honneur avant tout et devient, pour cette ‘aison, un des éléments les plus féconds dans l’augmen:tation de leur population, comme de la richesse individuelle et publique.
Ce n’est pas, certes, que les gouvernants de cette province ignorent cet état de choses. Ils ie comprennent si bien qu’il est pour eux le grand cauchemar quand ils voient le peu de progrès que fait la province dans sa population et ses revenus.
Dans une assemblée tenue à Frédéricton en mars 1912, convoquée sous les auspices du gouvernement provincial, le problème fut soumis à une étude sérieuse, La conclusion fut la même chez tous: il faut revenir à la culture de la terre, coloniser le plus possible et peupler le Nouveau-Brunswick.
En 1870, cette province avait une population de 351,000. Entre 1881 et 1891 la population s’est tenue dans le statu quo. Dans la dernière décade elle a augmenté de 20,000. Il en est de même de la Nouvelle-Ecosse où il n’y à pas eu d’augmentation sensible, soit une moyenne de 22% dans 40 ans. Comparez, si vous le voulez, ces statistiques avec celles de la Nouvelle-Zélande; en 1870, sa population était de 248,000; aujourd’hui ce pays, heureux et prospère, compte un million d'habitants, chiffre représentant une augmentation de 400%
dans 40 ans. La cause? Ne la cherchez pas ailleurs que dans le travail de la terre.
Si on fait maintenant des statistiques, au point de vue des richesses du Pays, du bien-être indivi-
due’ de ses habitants, nous arriverons à des chif-
fres écrasants, qui nous diront hautement ce que vaut l’œuvre de l’
agriculture pour un pays.
Des Statistiques furent données, également à cette occasion, par un certain M. W. Stitt, du C. P. R., dans lesquelles il était démontré, que dans les 20 dernières années, il av
ait été vendu des billets sur le Pacifique Canadien, pour 50,000 ha-
bitants du Nouveau-Brunswick qui ont émigré dans la Nouvelle-Angleterre, Sans Compter les autres, également Dar milliers, qui ont émigré dans l'Ouest Canadien. Il désapprouvait, Pour cette raison, les grandes excursions de l'Ouest à l’époque des moissons, comme étant, pour nous, l’occasion et la cause de cette désertion des nôtres. En 1911, ajouta-til, à l'appui de sa thèse, sur 1,500 hommes qu Nouveau - Brunswick partis pour l'Ouest, 75% seulement sont revenue au pays, les 25% se sont établis dans l’Ouest.
Bref, pour toutes ces raisons, on est venu à une entente unanime: recourir à l'immigration à tout prix. Qu’on nous donne, quelqu'un a dit avec une . modestie Charmante, seulement 5,000 bons émi-
grants de Londres par année
-.. €t le Nouveau- Brunswick est Sauvé.
Hélas! on n’avait pas compté sur l’expérience qu passé, et surtout sur un té-
moin présent à l'assemblée, venu il y a 50 ans de Londres Jui aussi et qui s’écria: “ Par grâce puur ces pauvres gens qui ne savent rien de Ja culture, qui ne sont pas habitués ni aux usages, ni au climat du pays, par esprit de justice pour vous-mê. mes, je vous dirai: n’en faites rien ; gardez votre argent dans votre Pays, et n’allez pas le gaspiller inutilement.” I]fit la triste narration des peines et des misères qu’il eut à souffrir dans les débuts lui et ses COMpagnons. De toutes ces familles dont l'installation coûta des sommes fabuleuses à la province, qu’en reste-t.il aujourd’hui ? La plupart se découragèrent et quittèrent le sol Pour courir vers les climats plus chauds de Ja Caroline et de la Virginie, I] prouva que les émigrants de Londres font un fiasco complet !
Si cette assemblée, au fond, eut son côté ridicule, elle eut aussi son côté instructif ; Car, il faut l’a. Vouer, il y eut de forts bons témoignages et surtout d’intéressantes confessions Publiques. Je me sentais tout fier d’être acadien et je me disais tout bas: Messieurs, il n’y a que les Cayens ou les Canayens, qui peuvent mener à bien ces affaires-là. Si vous vouliez simplement ne Pas nous mettre des bâtons dans les roues et nous laisser faire! Nous ne comptons point ou très peu sur vos secours en argent, encore moins peut-être sur vos Sympathies. Ce que nous voulons c’est d’être libres dans un
pays libre et qu'on nous laisse nous établir sur le lopin de terre de notre choix.
Peu importent les tracasseries et les obstacles sur la route; pour nous, c’est dans les persécutions que nous avons toujours grandi. Nous aurons toujours droit d'espérer le secours du ciel tant que nous serons convaincus que notre peuple a une mission à remplir sur cette terre d'Amérique.
Le terrain de Ristigouche est-il colonisable ?
Dans Ristigouche comme ailleurs, sans doute, il y a du terrain impropre à la culture de la terre. Je m’empresse de dire cependant qu’il y en a moins que dans certaines régions des comtés de Gloucester et de Northumberland et de quelques autres endroits de la province. S'il faut excepter les régions éloignées d' l'embouchure de la rivière Kedgéwick où tout est ravins et montagnes, partout, à peu d’exception près, le terrain est propice à la colonisation et à la culture de la terre. J'ai visité le comté en tout sens. Je n’y ai point trouvé de ces terrains marécageux, rocheux et impropres à la germination; certains endroits sont accidentés, mais partout, j’ai remarqué une terre riche et fertile.
Dans certains milieux, je le sais, on s’applique à dire le contraire. Mais c’est erreur ou mensonge !! |
VERS LA COLONISATION DANS RISTIGOUCHF 1ti
Ceux qui dénigrent nos terrains comme imprapres à la colonisation, sont ceux-là mêmes qui, escomptent que nous serons assez sots pour quitter le pays. Ce sont surtout les marchands de bois qui ne cessent, dans le but de grossir leurs capitaux, d’entraver la marche de la colonisation, et ils font là encore œuvre de patriotisme anglais, n’en doutez pas; puisqu'ils savent très bien, qu’en retardant l’œuvre de la colonisation, ils paralysent à la fois le mouvement de notre nationalité dans le pays. Aussi, cherchent-ils par tous les moyens possibles, à empêcher les colons de bonne foi de défricher des terres nouvelles ; ils oxpédient rapports sur rapports au Département des terres pour garder un territoire qu'ils ont peur de perdre. J’ai vu moi-même de ces précieux € "ments avec les épithètes bien en relief: “ Impi , à la culture, terrains marécageux, rocheux... à l’'endroïic où l’on trouvait les terrains les plus propres à la culture. C’est donc la lutte dans toutes ses réalités. Ce n’est pas une raison pour reculer toutefois. Faiso.s preuve de volonté, d'énergie persévérante dans la revendication de nos droits, alors nos adversaires finiront par nous laisser le champ libre. Cette méthode peut n'être pas agréable, mais elle nous mènera au triomphe,
Endroits spécialement désignés à la: colonisation dans Ristigouche
Rivière-Jacquet et Rivière-Louison (Nash’s-Creek )
Il y a, au fond de ces deux paroisses toute une région à coloniser. En arrière de Rivière-Jacquet, à quelques milles de distance de la mer, se trouve un lac, d’une certaine étendue, très riche en truites et en saumons, recherché pour cette raison par les chevaliers de la pêche. Les environs de ce lac laissent voir de beaux terrains colonisables S
pays est plat et sans roche; la terre paraît des plus fertiles. Cet endroit ne peut être mieux choisi
pour jeter les fondations d’une nouvelle paroisse. Rivière-Jz#quet et Rivière-Louison, comme toutes les paroisses du comté de Ristigouche, d’ailleurs, se composent de deux rangs habités : l’un sur ile littoral de la Baie, et l’autre à un mille ou deux de distance en arrière. Pourquoi n’encouragerionsnous pas nos jeunes gens à prendre des lots au 3ème et 4ème rang de ces paroisses, ou bien, ce qui serait encore mieux, pourquoi ne les pousserionsnous pas à fonder une nouvelle paroisse dans ces régions boisées ? Ils ne seraient encore qu’à 5 et 6 milles de la mer et des voies de communications.