‹ Retour à la terre [microforme]Chapitre 50 sur 61 · RIVIÈRE-JACQUET ET RIVIÈRE-LOUISON · texte numérisé non relu

RIVIÈRE-JACQUET ET RIVIÈRE-LOUISON

Ce que les autres ont fait ailleurs, pourquoi ces jeunes gens ne le feraient-ils pas chez nous ? Ne serait-il pas préférable Pour eux de vivre tranquilles et heureux, avec leur famille, sur une terre, voire même dans les premières années des défrichements, et se faire les pionniers de nouvelles paroisses, que d’aller végéter autour d’un moulin à bardeaux, trainant femme et marmaille, de eabane en Cabane. Rien n’est plus nuisible à la santé, que l’odeur de ces moulins qui fait de jeunes gens de 25 et 39 ans, des vieillards avant le temps. J'en ai connu moi-même plusieurs, dont les noms et les visages me sont encore bien présents à la mémoire, qui, sur le conseil du médecin, furent obligés d’abandonner ces travaux pénibles des moulins, sans quoi c'était pour eux la mort à brève échéance. L’un d’eux, épuisé presque complètement, s’est établi depuis avec sa famille sur une terre; sa santé s’est refaite grâce au grand air et au travail agricole. Je n’ai pas entendu dire qu’il ait souffert de la faim; mais il est chose certaine qu’il ne changerait point sa position avec celle d'autrefois. Si Dieu lui prête vie, ni lui ni ses enfants ne prendront jamais le chemin des moulins. Pour le bien de nos familles comme pour l’avenir du pays, il faut, par tous les moyens possibles, détourner nos jeunes gens des moulins où ils perdent bien souvent, avec la santé, l'esprit de foi et de religion,

et où les mœurs courent de grands dangers. Pour obvier à ce grand danger, opposons-lui l’amour et le culte du sol. Il faut diriger ces jeunes gens dans le choix de terres nouvelles où ils poarront vivre à l’aise et chrétiennement, élever leurs familles et travailler au développement du pays.

Charlo

La paroisse de Charlo, qu’on appelait autrefois la Rivière- lAnguille, e:t la plus ancienne paroisse du comté de Ristigouche. Elle fut desservie par le Rev. M. Mathurin Bourg, premier curé de Carleton. Il ÿ avait, à Charlo, bien peu d'habitants, à cette époque, quelques familles tout au plus.

M. Desjardins, prêtre français, exilé par la révolution française, deuxième curé de Carleton, semble avoir été le premier desservant régulier. C’est lui qui construisit la première église en 1801, et nous trouvons dans les archives de la paroisse le procès-verbal de l’assemblée convoquée à cette fin.

Située à la tête de la Baie des Chaleurs, à quelques milles seulement de la ville de Dalhousie, la paroisse de Charlo est des plus pittoresques et des plus belles. Si elle était mieux connue, ce serait l’endroit idéal des coureurs de plages et des touristes avides de grand air et de beaux horizons.

CHARLO

On y fait, l’été, la pêche au saumon, et, assez bien, la culture de la terre; malheureusement, comme dans bien d’autres endroits, on s'occupe encore du bois et des chantiers. Deux rangs composent toute la paroisse, dont la population catholique compte 900 âmes à peu près. En arrière du second rang appelé Mountain-Brook, à une cinquantaine de milles de la mer, se trouvent les grands chantiers de la Dalhousie Lumber Co., où 400 hommes trouvent de l’emy :oi durant l'hiver. Voilà encore un territoire destiné à se couvrir de plusieurs paroisses. Le terrain est plat en général jusqu’au petit South-East, c’est-à-dire une distance de 23 à 25 milles. J’ai parcouru au moins quatre fois ces régions, et chaque fois je me suis pris à dire: N’y aura-til donc jamais de braves colons, de la trempe des anciens, qui viendront arracher au sol les trésors qu’il semble garder si jalousemen+ ? C’est le secret de l’avenir. Mais si les hoïnmes le voulaient, cet avenir serait proche ! A 50 milles, à la rivière du grand South-East, j'ai vu une véritable ferme modèle, propriété de la Dalhousie Lumber Co., où l’on fait chaque automne de superbes récoltes de foin, de patates, navets, ete. ; on y pratique avec un succès incontestable l'élevage de bestiaux des meillenrs races tels que : vaches, porcs, dindes, oies, canards, poules de toutes va- . riété et même des pigeons de toute beauté. Tout

ceci est utilisé dans l’hiver aux besoins des six ou sept chantiers de la compagnie. Ici on a combiné l'exploitation de la forêt et la culture de la terre et je ne sache pas, la compagnie non plus, que la dernière nuise en rien à la première. Seulement, ce que ces Messieurs font si bien dans leur intérêt, Pourquoi nos jeunes gens ne pourraient-ils pas le faire pour eux-mêmes ?

Il y a une trentaine d'années, un groupe d’Acadiens quittaient l’Ile du Prince-Edouard pour venir s'implanter dans la forêt vierge de la Vallée de Matapédia. Leurs noms étaient : Blacquère, Pitre, Dciron, Galland, Arseneault. Qui dira les difficultés des premiers jours ? Comment exprimer les peines et les fatigues des premières années! Ils eurent à lutter contre les difficultés du transport : point de chemins, point de ponts sur les rivières qu’ils devaient traverser en canot d’écorce; ils eu: rent à lutter contre la gelée, qui, pendant plusieurs années, anéantissait l’automne les travaux pénibles de tout un printemps et de tout un été. Malgré tout, ils persévérèrent dans leur noble tâche. Ah! c’étaient de vrais Acadiens ceux-là, des pionniers et des défricheurs émérites ! Maintenant auel changement !! Une merveille quoi! que cette belle paroisse de St-Alexis de Matapédia qui compte à l’heure actuelle plus de 400 familles dont les deux tiers sont acadiennes. On y trouve une ma-

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gnifique église dont le parachement intérieur seul vient de coûter $23,000.00 ; un superbe couvent dirigé par les Sœurs du Saint-Rosaire: des écoles dans tous les rangs de la paroisse, et tout près de chaque école, une beurrerie ou une fromagerie, Voilà ce que l’on peut appeler progrès réel et 80lide. Et, par dessus tout, des paroissiens au visage rond, florissant de santé. Je n’ai jamais entendu dire que personne des premiers arrivés à St-Alexis ne fût mort de faim, encore moins de chagrin. Eh bien, ce que ces braves colons ont fait, pourquoi ne Pourrions-nous pas le faire nous aussi ? Mieux favorisés qu'eux et que tous ceux qui ont culonisé Gloucester et Madawaska, nous avons au moins les chemins de fer, des communications promptes et faciles. Hélas! il nous faut avouer que nous ne possédons pas cependant ce qui était pour eux le secret du triomphe: le Courage et la persévérance dans le travail et l'amour de la terre. Secouons notre torpeur une bonne fois et à l’œuvre! Disonsnous franchement et sincèrement de toutes les forces dont l’âme canadienne et acadienne est capable: Colonisons !

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Saint-Benoît de Balmoral

Historique de la paroisse de Balmoral

Le nom de Balmoral fut apporté d’Ecosse par les premiers colons qui vinrent s'établir à Ristigouche. En souvenir du château de Balmoral, résidence de leur roi, ils donnèrent ce nom à cet immense et magnifique plateau très élevé de Ristigouche, qui est aujourd’hui la jeune mais prospère paroisse de Balmoral.

On ne pouvait mieux choisir un nom pour ce petit coin de terre particulièrement beau. Située sur un plateau dont la hauteur, du niveau de la mer, ne le cède en rien à celle du Sugar-Loaf de Campbellton, la paroisse de Balmoral embrasse d’un seul coup d’œil la Baie des Chaleurs, les paroisses environnantes et la vaste forêt bleue de Ristigouche. L'endroit est idéal pour une demeure royale, n'est-ce pas ? D’où le nom de Balmoral. Le temps démontra que le choix avait été à la fois juste et prophétique. Ce coin de terre était appelé à devenir, en effet, le château-fort des Français dans le nord de notre province. Dans les contestations et disputes politiques, plus tard, les Anglais l’appelleront la clef de voûte de Ristigouche, the key-

stone of Ristigouche. Sans s’en apercevoir, ils rendaient déjà témoignage à l'influence française dans cette partie nord du Nouveau-Brunswick.

Les premiers colons arrivèrent en 1850 ; c’étaient des Ecossais, et des Canadiens et Acadiens dont les noms furent : Drapeau, Leblanc, Arseneault, Poirier, Savoie. Les premiers se découragèrent vite. La colonisation n’a jamais fait merveille chez nos émigrés anglais; on préfère les terres toutes défrichées. Par contre, nos premiers colons français firent preuve de courage et d'énergie dignes de nos premiers pionniers. Ils se frayèrent un Chemin à travers la forêt, portant sur leurs épaules les provisions nécessaires poar soutenir leurs familles. Ici encore, au début du premier défrichement, ils eurent à lutter contre la gelée ; Îl leur fallut surtout se 2ndre contre le mar Chand de bois, contre le Souvernement d’alors, qui était des plus hostiles à l'installation de ces colons français dans Ristigouche. C’est pour contre-balancer cette œuvre française qui s’implantait malgré lui, qu’il résolut de faire venir des émigrés, au prix de sommes fabuleuses, et il les jeta dans la nouvelle colonie naissante. En mai 1875, ces émigrés, au nombre de 60 familles, arrivent au pet de Dalhousie pour venir coloniser Balmoral. Ils ne connaissaient ni le Climat, ni la manière de cultiver la terre, Pour les encourager et les aider dans

leur nouvelle installation le gouvernament provincial n'épargne ni trouble ni sacrifice; pour elles, il fait bâtir maisons, granges, donne dix âcres de terre toutes défrichée à chacune et lui fournit ensuite les instruments nécessaires, puis les nourrit aux dépens de la province pendant trois ans. Nos Canadiens et Acadiens travaillaient, pendant ce temps, sans murmurer et se contentaient de leur courage et de la vigueur de leurs bras. Loin de plier bagage, comme on l’espérait secrètement dans certains milieux, ils se cramponnent davantage sur cette terre qui est Ja leur. Ils reculent la forêt de plus en plus et donnent à tous la certitude de leur intention bien arrêtée de vivre à Balmoral et non ailleurs. Par contre, les émigrés, découragés de l’insuccès de leur œuvre, abandonnent terre et maison, et Courent vers d’autres cieux plus propices au sang anglo-saxon pour y chercher une vie plus facile. De toutes ces familles, une seule demeure, témoin perpétuel, vivant, de ce que vaut Pimmigration étrangère sur le sol de notre pays.

Curieuses sont les anecdotes que l’on raconte encore aujourd’hui sur ces pseudo-colons d’autrefois. On se souvient encore très bien de la manière dont le; hommes chauffaient leurs poêles à cette époque; on y enfonçait un billot tout rond, tout juste ébranché ; lorsque le feu en avait brûlé le premier bout, il ne restait plus qu’à le repousser et ainsi

de suite jusqu’à l'entière combustion. Les femmes n'étaient pas moins originales pour la cuisson de leur pain. Trois Coups de marteau sur le quart de farine, une chaudière d’eau froide versée ensuite, puis montées sur une chaise, elles pétrissaient ainsi le pain destiné au mari et aux marmots,.

Le premier missionnaire de Balmoral fut S. G. Mgr T. F. Barry, qui était alors curé de Bathurst. I faisait la desserte de tout le comté de Ristigouche. Comme Charlo seul possédait une église, il y faisait une station plus prolongée qu'ailleurs. À Balmoral, il disait la messe dans la maison du bon père Joseph Drapeau, un des premiers colons de la paroisse, Plus tard le Rév. M. T. Allard devint curé résidant à Charlo, avec la tâche de desservir Balmoral. Il n’y avait pas encore de chapelle; la maison hospitalière de M. Abel Poirier servait d'église lors de ses visites apostoliques. Dans l’été 1885, l’on décida la construction d’une modeste chapelle. Il pouvait y avoir à Balmoral, à cette époque, environ 50 familles. Dire la joie de ces pauvres gens serait impossible! Enfin ils allaient avoir leur maison de prières, leur petite église! C'était l’espérance et l’assurance de l’avancament de lenr paroisse vers le progrès, vers le succès. Aussi, les sacrifices ne furent pas épargnés. Chacun apporta son obole avec son cœur tout entier. Seulement l'épreuve marqua son passage dès

le débu'. Monsieur Allard fut nommé à Ja cure de Caraquet et son départ laissa les travaux de la chapelle inachevés jusqu’au printemps suivant. Le Rév. M. A. Boucher remplaça M. Allard comme curé de Charlo et c’est à lui que nous devons les premières organisations de la paroisse. Immédiatement il se met à l’œxvre; les travaux de la chapelle sont repris, sous sa direction, et sont terminés pour y célébrer la messe ans la première semaine de mai 1886.

Pendant six ans le Père Boucher dessert la paroisse de Balmoral avec un zèle tout apostolique ; il maintient avec la foi, l'attachement au sol ; il encourage de toute son âme, les habitants dans leurs travaux lu défrichement, et de la culture de la terre; i réconforte les découragés et stimule les autres dans leur progrès. En un mot, apôtre, prêétre, colonisateur tout à la fois, il verse dans les âmes qui l’approchent, la vertu qui fait les chrétiens, l'énergie qui fait les hommes forts et la confiance qui opère des prodiges. Il prédit que ce commencement de naroisse est un grain de sénevé qui s’en ira toujours grandissant et deviendra, dans un avenir peu éloigné, un grand arbre digne de respect et d’admiration. Qui ne ge rappelle ses vibrantes invitations à la pratique de la vertu ? Qui ne se souvient surtout de ses paroles chaudes d'enthousiasme, de vénération et d’amour pour

l’œuvre sacrée de la colonisation et de la culture de la terre!

En 1896, Balmoral était devenue une jolie petite paroisse et jugée digne par $. G. Mgr Rogers, de Chatham, de recevoir son premier prêtre résidant. La Providence voulut que ce fut le Rév. M. S. Maheux. Il arriva en septembre 1896 ; il construisit le presbytère, ses dépendances et demeura à Balmoral pendant quatre ans. La paroisse fut privée de prêtre résidant pendant l’année qui suivit le départ de M. Maheux. Le Père E, P., Wallace, de Campbellton et son assistant, le Père Genet, l’administraient dans l'intervalle.

En 1901, le Rév. Père J. Wheten y fut nommé curé et prit possession de son poste le 15 août de la même année. On se rappelle encore ici, avec émotion, ces si heureuses années qui marquèrent Son Passage à Balmoral; il y apporta tout le zèle dont son âme d’apôtre était remplie; il n’épargna ni peine, ni sacrifice, pour le bien de ses paroissiens qu’il aimait et dont il était aimé.

La chapelle étant devenue trop étroite pour la foule toujours grandissante, il fallait de toute nécessité, construire une-église plus vaste qui püût répondre aux besoins des fidèles. C’est alors qu’il Construisit cette belle et superbe église, monument de son zèle pour la gloire de Dieu et preuve de ses

succès au milieu des gens de Balmoral. Son dé-

part fut un deuil universel et ne laissa que des regrets dans tous les cœurs. Les instances respectueuses et réitérées auprès des autorités religieuses ne firent rien pour le garder et le Père Wheten dut Partir en septembre 1907, sur les ordres de son Evêque, pour un poste supérieur.

Balmoral au point de vue de la colonisation

Balmoral est une paroisse exclusivement agricole; sa population est de 1,000 âmes; une seule famille est protestante, Son étendu? est de 39 milles de longueur sur une profondeur illimitée où tout est à coloniser; deux rangs seulement, celui de l’église, qui est un rang double et où sont logés la plupart des habitants, celui de St-Maur, en arrière, à un mille de distance, en droite ligne, et qui compte environ 22 familles. Le Département des terres vient de construire une route pour atteindre le 3ième rang qui a été ouvert à la colonisation et qui portera le nom de St-Placide. Dans ce nouveau rang, se trouvent à proprement parler les belles terres de Balmoral; déjà, quelques habitants ont demandé des lots; avant longtemps, il y aura là une qurantaine de familles et autant à St-Maur. Dans l’un et l’autre de ces rangs il y a assez d’espace pour établir plus de cent familles désireuses de venir défricher des terres nouvelles ; et il en restera assez encore en arrière pour y fonder une noy-

velle paroisse, s’il plaît à Dieu, et si les jeunes gens de la génération actuelle ge tournent, tant soit peu, vers la noble profession du défricheur et de l’agriculteur. Des colons qui voudraient venir coloniser, non dans une paroisse tout à fait nouvelle et où tout est à faire, mais dans une paroiïsse déjà fondée, organisée, pourraient s'établir avantageusement, soit à Balmoral, à St-Maur, soit à St-Placide et y trouveraïent, à de bonnes conditions, (> terres situées à deux ou trois milles de l'église

Balmoral est sise dans les terres entre Campbellton et Dalhousie, à 5 milles seulement de l’Intercolonial dont la station porte le nom de Eel-River ; elle n’est éloignée que de 13 milles de Campbellton et de 10 milles de Dalhousie. Les routes qui nous conduisent à ces deux villes sont bonnes et bien entretenues. A cause de la proximité de Campbellton et de Dalhousie, le marché est très avantageux et dépasse parfois celui de nos plus grandes villes de la province. Rien n'est plus facile à comprendre. Il ne se fait que très peu de culture actuellement dans Ristigouche. Balmoral est à peu près la seule paroisse agricole et ne fait que eommencer; ses produits, comme ceux des endroits environnants, sont loin de suffire aux besoins de ces deux villes. Ceux done qui voudraient sérieusemen travailler la terre, trouveraient ‘ei la meil-

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