NAPIER, SUR L'INTERNATIONAL
ou suivra-t-il d’un œil indifférent les zigzags de fumée de sa bien-aimée pipe ? Il pensera, s’il ne le dit pas quelquefois à son voisin :’ quel pays sauvage! C’est ici qu’il se tromperait grandement. S'il veut s’en convaincre, qu’il laisse, pour un instant, journal ou pipe, et qu’il descende du train. Il n’aura pas marché dix minutes, qu’il sera tout enchanté de ce nouveau pays qu’il croira avoir découvert. En effet, cette contrée, vue de la fenêtre du wagon, paraît insignifiante, mais vue de près et visitée en tout sens, devient la plus belle du monde pour la colonisation et la culture de la terre.
En prenant le chemin qui conduit aux chantiers de la rivière Nord-Ouest, distance de 20 milles de Napier, vous touchez un terrain d’abord un peu rocheux, mais :l ne tient guère; puis, on ne peut dire qu’il le soit assez pour en paralyser le défrichement. Il ne faut pas avancer très profondé:ment dans la forêt pour y rencontrer un bon terrain, mélangé de bois mou et de bois franc. Plus loin, vous vous trouvez, sur une étendue de plusieur milles, au milieu d’une forêt d'érable; il y a là ce qu’il faut pour construire cent cabanes et fabriquer du sucre pour tout le Nouveau-Brunswick. Mais ce qui est encore mieux, c’est la richesse de son sol. C’est aussi l’endroit propice pour une paroisse. Les terrains sont aux marchands de bois, sans doute, mais je pense qu’il y aurait place pour
le colon quand même. Avec une bonne dose d’énergie et de bonne volonté, cet obstacle disparaîtra ici comme ailleurs. Que dix ou quinze familles viennent, un bon matin, se planter à cet endroit et le Département des terres ne pourra faire autrement que de réprimander d’abord et de menacer ensuite... puis, finira par les encourager et les aider, ou du moins, ne plus les tracasser .et les laisser se débattre dans l’œuvre commencée.
Napier offre l’avantage d’être situé à 23 milles de Campbellton, et d’être Pourvu d’un chemin de fer et d’un bon chemin de voiture. A trois milles plus bas, se trouve la station de Upsalquitch ; les abords de cette rivière sont habités exclusivement par des Anglais et des protestants. Ils pourraient
facilement, si l’idée leur en venait, agrandir leur territoire du côté de Napier, et s'emparer ainsi de toute cette jimense étendue de terrains si avantageux pour la colonisation. Si un petit noyau de bonnes familles catholiques se forme à Napier, le progrès de ces derniers sera sûrement entravé. D'ailleurs, la colonisation aura tout à Y gagner;
l’expérience de tous les temps, et de tous les lieux, est là pour nous dire que toutes ces braves gens, malgré leurs qualités, n’ont pas, et n’auront peutêtre jamais la vocation de défricheurs et de colonisateurs,