SAP.>VIII, T
CINQUIÈME JOUR
dégénéraient en exacteurs. De Rome, Grégoire entend les gémissements des pauvres ouvriers et il envoie des instructions précises pour leur pro-. tection, avec ordre qu’elles soient portées à leur connaissance, et exécutées jusqu’au dernier iota: s’il y a eu des torts causés, il veut qu’on les répare. Ces ordres donnés, il n’est pas encore tranquille, et peu aprés il écrit de nouveau pour demander compte de leur accomplissement, car il. n'admet ni délais, ni excuse, fût-ce celle de soutenir la dignité de son rang. « Si les grands supprimaient leurs folles dépenses, disait-il, ils supprimeraient bien des larmes ». |
Les religieux ne pouvaient être exclus de sa : sollicitude paternelle; volontiers il les admettait dans son intimité, désireux de respirer en leur compagnie les parfums du cloître. Que si quelque empiétement de juridiction menaçait la liberté de leur vie régulière, il savait rappeler aux régles apostoliques ceux qui les foulaient aux pieds. C’est ce qui le porta à reprendre l’empereur Maurice, quand il voulut astreindre les moines à la milice. Le temporel même des monastères
attirait son attention; il voulait que les frères y
fussent pourvus d’une maniére suffisante et conforme à la stabilité de vie qu’on y professe. Un monastère du diocèse de Ravenne, réduit depuis quelque temps à la détresse, finit par recourir à lui; immédiatement il envoya du secours, avec un reproche cependant, l’aimable reproche d’avoir
tant tardé à le prévenir, À Rome, des milliers de vierges consacrées à Dieu recevaient aussi de lui le nécessaire pour pouvoir garder leur sainte re-
__ traite et y vaquer à l'oraison.
Mais que dire du soin des pauvres? Les assister n'était pas seulement pour lui un devoir, c'était une passion. Quatre fois par an avaient lieu des distributions en nature, prises sur les produits des terres pontificales, et proportionnées au degré d’indigence des familles ou des quartiers. Car il avait des listes dressées d'avance, et un officier parcourait les rues à cheval, pour s'assurer de la bonne répartition des secours; on devait faire ces distributions, non seulement avec diligence et impartialité, mais avec joie et respect.
Non content de cela, il donnait chaque jour un repas aux pauvres dans son propre palais, et on sait le miracle par lequel cette charité fut récompensée. Un jour, au lieu de douze pauvres invités, il s’en trouva un de plus; c'était un ange; le Saint le reconnut et se prosterna le visage contre terre, pénétré de vénération et de reconnaissance.
Les infortunés Juifs trouvaient eux-mêmes en Grégoire un protecteur. Il désirait sans doute qu’on travaillât à leur conversion, mais en recourant aux lumières de la vérité et aux témoignages de la ! bonté, non par les vexations d’un zèle indiscret. A Naples, la destruction de leur synagogue était décidée, d'autant plus que leurs chants et leurs
Fa. SEP
dit ae à l'archevêque Pascase, mais à la
condition qu’on les laisse rebâtir leur ie 5
sur un autre emplacement ».
On le voit, le zèle pastoral de Grégoire embras-
sait l’universalité des personnes, des lieux, des objets, partant des principes supérieurs et étendant leur application aux moindres détails, pour
la gloire de Dieu seul. Ainsi le vaillant capitaine, aprés avoir dressé sous la tente son plan de ba-
taille, descend dans la plaine, parcourt les rangs,
anime les soldats, rallie les fuyards, fait face à tout jusqu'au moment du triomphe. Triomphe hélas!
assis sur des milliers de victimes, tandis qu'ici il
a pour trophées des milliers de bienfaits, et donne lieu partout aux chants joyeux de la reconnais-
sance.
#k III. - In quo Spiritus Sanctus posuit vos.
L'action du Saint-Esprit dans l’Église, pour
assister ses chefs et sanctifier les cœurs de tous les
fidéles, est un dogme de foi confirmé par l’expérience de tous les jours. Il est vrai qu’on peut le dénaturer, (l’histoire des hérésies le montre cent fois), en prenant les émotions d’une piété fantaisiste pour des motions de la grâce divine, les suggestions les plus étranges d’une âme exaltée, pour des lumières directrices venues d'en-haut, l'esprit d'innovation, ou plutôt de subversion, pour cette
cris troublaient les fidèles de l’église voisine: « Soit,
rénovation spirituelle incessante, qui fait le carac- tére de la véritable Église , Mais Pierre est là dans ses successeurs, s'opposant à toute déviation, et tirant de la tradition la règle sûre pour servir Dieu « en esprit et en vérité ‘ ».
Digne successeur de Pierre, Grégoire eut cette … sollicitude, et il mérita, pour mieux guider l’Église, une particulière assistance de l’Esprit-Saint. Un jour qu'il écrivait, le diacre Pierre, un de ses fa-
miliers, étant à quelques pas de lui, séparé par
un rideau, et n’entendant plus aucun bruit, per-
fora doucement l’étoffe. O miracle! près du Saint voltigeait une colombe plus blanche que la neige, qui à diverses reprises, approchait de lui son bec,
comme pour lui suggérer ce qu’il convenait d'écrire. . C'était l'Esprit divin sous une forme visible : grâce manifeste un jour, mais qui résidait en lui d’une
manière invisible et diffuse tous les jours. Ainsi se vériflait ce qui est écrit de la Sagesse: «Il y a en elle un esprit d'intelligence, saint, unique, multiple, subtil, disert, sachant mouvoir les âmes au bien, sans tache, infaillible dans ses directions, suave, ami du bien, pénétrant, irrésistible, plein d'humanité et de bénignité, donnant la stabilité, la sécurité et la paix, ayant toute vertu, pourvoyant à tout, réunissant les qualités de tous les esprits, intelligent, pur, et mêlant son influence à chaque
chose 3 ».