JUSTICE
| manière de ae le sentiment délicat et pro- - fond de la justice, Chacun de ces points réclame notre attention.
k ® L'esprit juste. — C'est lui qui fait appré- cier sainement les choses, mesurer leur portée, y - discerner l'apparent du réel, l'accessoire du prin- cipal, le côté nuisible du côté favorable au bien.
Faculté précieuse, mais souvent altérée par des influences funestes : au dehors par les préjugés régnants, qui obscurcissent l'atmosphère et que l’on respire à chaque instant; au dedans par les sug- gestions de l'intérêt et le . des passions :
quand la terre tremble l'édifice le mieux équi- libré se crevasse et s'incline. Que d’esprits heu- ( reusement doués, se faussant ainsi le jugement, pré- conisent sur un ton tranchant, comme règle de con- duite permise et honorable, ce qui, au fond, selon les règles immuables du juste, n’est qu’improbité,
insanité et honte! Vous éviterez ces aberrations, Âme chrétienne et sacerdotale, si vous restez simple et droite; la justesse de votre coup d'œil alors égalera ie humilité.
° La loi consciencieusement étudiée. — La loi ‘ eu à l'esprit juste un objet digne de concentrer son attention et de présider à ses opérations. Que ce soit la loi de Dieu, infiniment sage, modérée, immaculée, capable de tourner les âmes vers le bien ‘: ou la loi de l'Église qui a pour mission
1 Ps, XVIII, 8.
de consesver à notre profit le dépôt de a rêvé. lation et les bienfaits de la Rédemption ; ou la loi. particulière qui régit notre état de vie, pour le faire répondre pratiquement à son institution: toujours l'homme consciencieux prend connaissance exacte de ce qui lui est prescrit, sans regretter le temps. qu'il y consume. Il entre dans les détails, recompose
l’ensemble, revient sur ce qu’il a scruté déja, pour le mieux approfondir. Lui survient-il de ces per-. plexités, de ces saintes angoisses, suscitées par
la crainte de ne pas accomplir la loi jusqu’au der-
. . . À pe Late nier iota, il ne manque pas d'interroger les sages, pour être sûr de pratiquer parfaitement tous ses
devoirs, de respecter tous les droits, surtout de
contenter le grand Maître; car la vie la. plus
obscure, animée de ces sentiments, devient digne
des divines complaisances. Quel encouragement! quelle récompense !
3.° L'homme loyal. - C'est plus que l’homme simplement consciencieux. Non content de s’inter-
dire, pour échapper à la sévérité du divin Juge, toute contravention au devoir, il s’identifie avec la loi, comme le mot de /oyal l'indique, de façon à
en bien saisir l'esprit et à l’aimer. Certaines interprétations commodes, certains subterfuges habiles, si licites qu’on essaie de les lui montrer, lui répugnent. Lui qui a tant de franchise avec les hommes dans les rapports ordinaires de la vie, comment en manquerait-il dans le haut domaine de la loi, avec Dieu et avec lui-même? « Aller
droit et parler clair », quoi qu’il puisse lui en coûter, est pour lui une question d'honneur, autant que de devoir. Si tous adoptaient ce programme et suivaient ce drapeau, ah! combien plus serait étendu le règne de la loi et de la vérité! combien plus avancée la cause de Dieu! combien plus prospère l'œuvre du salut des âmes!
4° Le sentiment de la justice. — I va plus loin . encore que la loyauté de conduite. Ses racines À) plongent dans les profondeurs de la nature, mais l Esprit-Saint le préserve des écarts et le perfectionne dans son action. C’est alors comme un
« sixième sens », tout intérieur et spirituel, dont la délicatesse même expose sans doute l’homme à de grandes souffrances, mais le rend capable aussi des plus héroïques dispositions. Dans ce juste par excellence, quel respect pour la loi! quelle douleur de la voir oubliée et outragée par la foule | quelle douleur plus grande encore d'entendre pro-
clamer couramment certaines maximes qui sont
tout simplement des blasphèmes contre Dieu et contre son domaine souverain! Tel était Job, homme juste et craignant Dieu jusque dans le déluge de ses maux, bien que ses amis tournassent en dérision sa simplicité *. Tel Tobie, fidèle, pendant un long exil, à la loi de Dieu et aux œuvres de miséricorde, au milieu d’une nation idolâtre *. Seigneur, n’y eùt-il, dans un monde préva-
IOR A N18, etc, TOB. XIII, 7, 8:
ricateur, qu'une de ces âmes, cachée dans une FA
chaumière, vous seriez glorifié.
- Rendre la justice.
= La justice, à cause de l'étendue de son domaine et de la variété de ses droits, a reçu différents noms. On J’appelle égale, quand elle fixe les rapports des membres de la société à l'égard de son chef; distributive quand elle répartit entre les sujets, les charges et les avantages; commutative; si elle régle, entre les membres d’une société, les transactions qui en favorisent la prospérité; vindicative, lorsqu'il lui faut en venir à. châtier les infractions à la loi. Mais toutes ces espèces de justice partent de la justice divine, comme principe; toutes y reviennent, comme but dernier et hommage final à la gloire du Seigneur. Aussi les Livres saints nous recommandent-ils, tantôt /a jushice, tantôt les qustices de Dieu. Concentrer notre attention sur ce point culminant de la justice et en établir le règne, c’est donc assurer la marche équitable et salutaire de toutes choses ici-bas. O hommes, Ô princes, 6 ministres de Dieu surtout, comprenez!
Comment et en quoi le ministre de Diea rendra-t-1] justice à Dieu? Avant tout, il doit porter Fe son attention sur les devoirs de religion qu'il a à remplir ; car, il ne peut l’ignorer, la religion est la principale partie de la justice. Parmi ces devoirs de
religion, les uns sont quotidiens, les autres intermittents et éventuels; ils comprennent des actes ‘extérieurs à exécuter ponctuellement et des dispo- sitions intérieures propres à animer ces actes. Pour ‘accomplir des devoirs si saints, une vie entière ne serait pas de trop; et pourtant, les devoirs du minis- tére sacré envers les hommes viennent en grand nombre réclamer aussi leur tribut. Il y faut apporter un cœur pur, une prudence consommée, une patience rare, un empire complet sur les répugnances naturelles. Puis, se présentent les devoirs de la charité, qui appellent à grands cris l'intervention du prêtre, au nom de la miséricorde et du dévouement, autant que ce concours peut rentrer dans sa divine mission; car la piété envers le , ‘prochain est la seconde partie de la justice. O Dieu! que de devoirs à connaître, à remplir, à coordonner, à concilier, pour que le bien fleurisse! Et c’est à moi, être faible, égoïste par nature, que le ciel daigne confier ce mandat! Le nombre des devoirs n’est cependant pas tout, la perfection de leur accomplissement importe plus encore. L’Ecriture parle d'une balance #o»à peuse que tiennent en mains les pécheurs pour leur honte ‘; il y a aussi une balance commune mais déjà meilleure *, qui suffit à peser la valeur des actes vulgaires, pour constater s'ils sont ou non frauduleux: mais la Oalance du sanctuaire :
1 PROV. xI, 1; Ps. Lx1, 10. — 2 LEVIT. XIX, 36. — 3 LEVIT. v, 15; NUM. ii, 50.
est de beaucoup supérieure à toutes les autres, semblable à cette balance délicate qu'emploie l'orfévre pour peser l'or, le médecin pour peser les substances de grande vertu, capables de donner. la vie ou la mort. Telle est la balance, tels sont
les poids, dont le prêtre doit faire ‘usage, s’il veut.
observer, non seulement la justice commune à tous : les chrétiens, mais la haute et sainte justice . SACERS dotale. … |
Enfin, par le constant accomplissement à .
prescriptions particulières de la justice, l’homme. de devoir, l’ecclésiastique surtout, arrive à une
justice d’un ordre plus élevé, far/aite et progressive, tribut souverainement agréable à Dieu, «<Ee
juste, dit dans ce sens l' Écriture, fleurira comme
le palmier * », et encore « Le sentier du juste est
comme une lumière splendide, qui s’avance en
croissant jusqu’à la perfection du jour * ». Le seul
exercice de la justice, entendue comme simple
vertu morale, suffirait à produire ce progrès dans
la perfection, en favorisant l’ intelligence, le discer-
nement, le courage, le woût, la pratique quotidienne 2
du devoir. C’est pour cela que le juste, docile aux
impulsions intérieures de la grâce, « cherche à
se justifier davantage encore 3 », loin de se con-
tenter de sa vertu acquise et surtout de s’y com-
plaire. Mais ce progrès dans la justice a en outre
une influence heureuse sur le progrès des autres
1 Ps. xCI, 13. — 2 PROV. IV, 18. — 3 APOC. XXII, II.
vertus qui, en s’unissant toutes à elle, accélérent la marche ascendante de l'âme vers Dieu.
: O merveille! la justice qui n’était, comme vertu
particulière, que la deuxième des vertus morales, aprés la prudence, se transforme, s'élève et cons-
titue cette justice auguste qui est l'assemblage de toutes les vertus, cette justice par excellence louée si souvent dans l’Écriture, comme résumant
la sainteté. Admirons-la; rien sur cette terre ne - rend l’homme plus conforme à la loi éternelle, rien ne le fait mieux participer à l'infinie justice
de Dieu, rien ne le rend plus digne de la récom- pense future; aussi les élus sont-ils appelés sans cesse dans HÉdune les justes par excellence, et
À ce titre les privilégiés du Seigneur.