‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 117 sur 207 · T'CALA AV · texte numérisé non relu

T'CALA AV

À SIXIÈME JOUR

plient tellement, que saint Étienne décide de faire une fondation à Clairvaux, dans une plaine de la Champagne entourée de forêts et appelée jusque là « Vallée de l’absinthe ». Bernard, à l’âge de

25 ans, est fait abbé de la communauté naissante,

et reçoit peu après l’ordination sacerdotale des mains du célébre Guillaume de Champeaux, évéque de Chälons-sur-Marne.

Les débuts de Clairvaux furent admirables; les.

premiers moines étaient des anges plutôt que des

hommes. Le lieu saint où ils psalmodiaient n'avait

pas besoin d’ornements; le grand ornement c'étaient les frères eux-mêmes, rangés dans leurs stalles, ou debout, ou assis dans le recueillement, ou prosternés en* adoration. Leur demeure consistait plutôt en des cabanes rustiques qu’en une vraie habitation. Leur nourriture était des plus

grossières, et à l’abstinence de la chair s’ajoutait

presque toujours celle des œufs et du poisson.

Cependant, les ressources indispensables pour me-

ner une vie si austère vinrent à leur faire défaut: ce fut l'heure de la tentation, elle est nécessaire pour des œuvres si belles. Dans le silence et la solitude, sous l'influence du démon, envieux du bien immense qui se préparait, elle prit vite les proportions les plus menaçantes: la démoralisation devint contagieuse, comme l'avait été la ferveur, et les moines demandérent à quitter un lieu si inclé-

ment, si dépourvu de tout. Bernard non moins ému.

peine se sont écoulés, et les vocations se multi-

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que ses frères, mais plus fort dans la foi, les encou-

rageait à la confiance et à la prière. Ce ne fut pas en vain; les aumônes arrivérent, non seule-

ment pour le pain quotidien, mais pour l’amélioration de la maison: c'était l'heure de Dieu, tous

reprirent courage. Le saint abbé contribua de son côté à réconforter et à consoler ses disciples, en

tempérant certaines pratiques dans lesquelles il

avait trop écouté son grand esprit de pénitence.

La maladie l'avait visité et il y avait appris, par expérience, à faire une plus large part à la miséricorde. Les constructions qui se firent, concernèrent surtout le local destiné aux hôtes, l’infirmerie, ét les greniers qui demandaient à être bien

| aérés, puisque la salubrité du pain quotidien en dépendait. Quant à Bernard, îl garda prés de trente ans, comme unique privilège, sa cellule

primitive, petite, de forme irrégulière, basse et

éclairée seulement par le toit.

Clairvaux, aprés cette crise passagère et cette installation définitive, devint l'admiration de la France et du monde entier. Les personnages les plus illustres voulurent voir de prés cet édifiant

spectacle; c'étaient des évêques, des abbés, des

princes. Henri, frère du roi de France, fit plus que visiter Clairvaux, il y entra comme moine.

Un jour on y vit aussi venir Hombeline, sœur de

Bernard, mais avec un brillant cortège, et moins en femme pieuse qu’en curieuse. Le peu d’attention que Bernard lui donna la fit rentrer en elle-

SIXIÈME JOUR. -

même: elle s’humilia, elle pleura, elle pr mit d'embrasser selon ses moyens la vie parfaite, et elle tint parole. .

Mais la visite la plus insigne et la plus émouvante fut celle du pape Innocent Il, venu en France pour les intérêts de la chrétienté. Quel contraste dans cette rencontre! D'un côté, le Souverain Pontife avec la majesté de son caractère et. l'éclat de sa cour, daignant visiter la pauvre solitude, la bénir et y demander l'hospitalité; de l'autre, deux longues files de moines vêtus de bure, tenant les yeux bas, psalmodiant à mi-voix, s’inclinant avec vénération; le pape pleurait d’attendrissement. Il trouvait là en effet deux saintetés en face l'une de l’autre: la sienne, puisque sa qualité de « Christ sur la terre » lui a mérité le titre de « Père trés saint », et celle des serviteurs du … Christ, saints par leurs observances, par leurs #4 mortifications, par leur ferveur, par leur élévation au-dessus du terrestre. Laquelle des deux saintetés l’emportait? il eût été téméraire de le scruter; on fit mieux, en comprenant tous les mérites 4 de cette journée sous le nom de « fête des vertus. »

Plus tard, ce fut Eugène III, ancien moine de Clairvaux, qui vint visiter le berceau de son enfance religieuse, c'est-à-dire de son plus grand bonheur ici-bas. Il y passa trois jours, conversant avec les frères comme l’un d’eux, et prenant son repos, selon son usage d'autrefois, sur la paille, qu’il

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