MODÈLE S. BERNARD
it toutefois avec la courtine de pourpre pré: parée pour son lit, en signe d’honneur.
Déjà à l'époque de cette dernière visite, Clairvaux avait pris des développements dont le récit . nous semble une fable: jusqu’à six cents religieux y vécurent ensemble et s'y sanctifiérent si bien, qu'ils devinrent dignes de fonder d’autres monastères. En effet, tout moine formé à l'esprit et aux observances de Clairvaux, avait au loin un crédit exceptionnel, une sorte d’auréole. Ainsi furent éri-
gées ou amplifiées à des époques diverses soixante abbayes, réparties entre la France, l'Italie, l’Allemagne, l'Angleterre et l'Espagne. Il n’y avait pas.
entre elles et la mére patrie ces liens savamment combinés, qui donnent aux Instituts modernes un organisme, et en font un seul corps sous un supé- rieur général. Chaque abbaye avait à sa tête un «abbé » ou père et un « prieur » ou premier observateur des actes communs; aprés eux, le cellérier était le personnage le plus considérable, vu l’importance que prenait dans la cité monastique la gestion des biens, la répartition entre tous des choses nécessaires à la vie, et la digne réception des hôtes. |
La conformité d'esprit, la fidélité respectueuse et quelque peu tenace aux coutumes léguées par les premiers pères, la visite régulière faite dans les diverses fondations par le « grand abbé » ou __ abbé du monastère d’origine, et surtout la célébre | «charte de charité » qui marquait de son sceau
tères, c en était assez pour maintenir l union, sans |
les liens de la centralisation administrative. Du vivant de S. Bernard, sa grande autorité, la vénération, l'admiration, la reconnaissance des moines ‘
pour lui, constituaient en outre une force incomparable pour le maintien de la discipline, l’émulation dans la vertu, la paix entre toutes les maisons.
Il veillait à l’entretenir aussi avec les autres Ordres
religieux, et si quelque litige surgissait avec eux
par rapport aux droits temporels, volontiers il. cédait. Le patrimoine de l’observance régulière était le seul dont il fût conservateur jaloux et
intransigeant.
Quand on pense aux sollicitudes incessantes
que lui apportait ce peuple monastique, réparti
dans près de 80 monastères, et aux rapports qu’il
entretenait avec d’autres religieux, par exemple, avec les Prémontrés et les Chartreux, on se demande comment il pouvait suffire à tout et l’on est tenté de conclure, qu’il devait forcément s’in-
terdire, malgré la supériorité de ses talents et l’ardeur de son zèle, tout travail apostolique au dehors. Du reste, supposé qu’il lui restât du temps et des forces à y consacrer, ne s’était-il pas volontairement interdit, par le fait même de sa profession, de s’écarter de sa sphère et de s'adresser au monde? Sa sortie du cloître, se fût encore expliquée, comme celle d’ Augustin, l’apôtre de.
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à “lâtres ; mais dans des pays civilisés, où la foi régnait, où la hiérarchie était depuis longtemps organisée, toute immixtion de sa part ne serait- elle pas une superfluité, une HeMbaone un empiètement fâcheux?
Les Pasteurs des diverses Églises étre Chef suprême des fidèles ne le pensèrent pas; ce furent
eux, au contraire, qui appelérent Bernard à leur
| secours, qui le contraignirent en quelque sorte à l’apostolat. Ses qualités personelles, à elles seules, eussent amplement justifié leur choix; mais ils avaient compris tout ce que l’état religieux et
É. monastique y ajoutait d'autorité morale et de
vertu intrinsèque.
+R IL - L’Apôtre.
En considérant l’apostolat de S. Bernard dans ses grands traits, moins selon l’ordre des temps que selon l’ordre des choses et la qualité des ser- vices rendus, on constate qu'il a affirmé, défendu, propagé dans l'Église la vérité, l’austérité des mœurs, l'humilité sincère, la paix dans l’unité, la piété solide, enfin la force d'âme au milieu de l’ad- versité.
o Vérité. — La rectitude et la perspicacité d'esprit de Bernard l’avaient rendu naturellement chercheur et champion de la vérité; l'atmosphère du cloître développa heureusement sous ce rap-
; l'Angleterre, pour aller aneeet des pays ide
a Re
| port ses capacités natives. ‘Lg, Dieu Jui dora le loisir de rester pensif devant les horizons infinis … et de scruter la source cachée des enseignements divins. Il en résulta en lui, pour la perception et la transmission de la vérité, une préparation loin- taine des plus heureuses; quand ensuite, dans l'élan de son zéle ou le choc de la discussion, l'éclair brillait, la source jaillissait, c'était le résultat des forces latentes accumulées lentement dans son esprit et dans son cœur.
Les hérétiques qu’il combattit furent nom- - breux. Les Pétrobrussiens, les Henriciens, les Arnaldistes, les Cathares infestaient l'Église ; laissons-les de côté pour signaler Abélard, penseur hardi et subtil, charmeur par son éloquence, jouissant d’une popularité qui allait jusqu’à l’enthousiasme, par conséquent, adversaire redoutable. Aussi ce fut en tremblant et pour céder aux instances des amis de la vérité, que Bernard entreprit de le réfuter. Ses erreurs avaient commencé à se faire jour dans son livre du «.Szc et du Von » où, pour affaiblir l'autorité de la tradition au profit du rationalisme, il cherchait à montrer que très souvent on trouve dans les Pères le oz et le 207. Mais ses fausses théories étaient répandues surtout dans ses ouvrages intitulés: 7 #%éologte chrétienne et Introduction à la Théologie; il aurait mieux dit «à ma théologie », car, selon lui, l’enseignement convenable avait jusque-là fait défaut et c'était /47 qui allait le donner. Il admettait, du reste, tous
les dogmes, et c’est dans l'interprétation, toujours penchant vers le naturalisme, que le mal se glis- sait. Il insinuait que les trois Personnes de la Tri- nité ne sont que la Puissance, la Sagesse, l'Amour de Dieu; son enseignement sur le péché originel et le péché actuel était imbu de pélagianisme et allégeait beaucoup, trop même, les responsabilités À de la conscience ; il affaiblissait la nécessité de l’Incarnation et de la Rédemption ; il mettait en infériorité la loi juive, comparée aux doctrines des
philosophes. Et tout cela était proposé plutôt par
manière d'atténuation des mystères, sous des for-
mes onduleuses et avec des contradictions ou des
réticences calculées, qui laissaient toujours, en cas
d'attaque et de censure, une porte ouverte à la
: justification. « Voilà, disait-il de son système, com-
mént on pourra tenir tête avec succés, à l’irré-
ligion croissante! »
Bernard, après avoir fait de ces erreurs une profonde étude, avait essayé d'agir sur Abélard par la persuasion, dans des conférences privées; il consentit ensuite à soutenir la vérité catholique dans une discussion contradictoire à Sens, devant une imposante réunion d’ Évêques et de personnages éminents. Mais il n'eut même pas besoin de vaincre, car l'adversaire, ordinairement si sûr de lui ét habitué à subjuguer son auditoire, se sentit troublé, intimidé, et finit par décliner l'autorité du tribunal, pour en appeler au Pape. Bernard comprit facilement que c'était un subterfuge; par dix
ï | sIÈME JOUR. - CONFÉRENCE. Nue
—ettres successives adressées à Rome, il s’appliqua à démasquer lé séduisant sophiste.et à montrer le venin caché qu'il cherchait à répandre. Dieu bénit ses efforts et Abélard souscrivit enfin une profession de foi, peu explicite, il est vrai, maïs très sincère ; ‘sa retraite dans un monastère fervent, son esprit de pénitence et sa pieuse mort en sont la meilleure preuve. ee
2° Austérilé de mœurs. — Klle découle du mystère de la Rédemption. Or, Jésus crucifié avait été « l'alphabet » de Bernard enfant, il devint son grand livre comme moine. En effet, le moine, à l'ombre de son cloître, a pour mission de mettre. en pratique la Passion du Sauveur d’une manière plus accentuée que les simples fidèles, par le complet détachement des choses de la terre et par la guerre à soi-même. Quand de loin, le mondain l'observe, il pense à se moderer dans la recherche des plaisirs et du bien-être. Souvent même, par attrait, il s'approche du monastère pour en voir de près les usages qui le charment, et il y laisse en partant son aumône, dans le désir qu’une part aux prières et aux pénitences qui s'y font, lui soit ac-
cordée. Bernard, partout où il portait ses pas,
donnait cette leçon d’austérité, de la maniere la
la plus frappante et parfois la plus persuasive, par ses paroles et plus encore par l’ascendant de ses exemples. " Suger, le célébre abbé de S. Denis, en fournit Re la preuve. Auparavant il vivait dans les délices et
étalait au grand jour son faste insolent. « Maintenant, lui écrivit Bernard en le félicitant de sa conversion, l’austérité, la régle et l'étude fleurissent dans votre maison. Le seul allègement à la
psalmodie et le chant des hymnes. Je suis heureux d’avoir assez vécu pourvoir de loin ces choses. Si je me suis déchaïîné avec tant d’audace contre le mal, je ne puis maintenant omettre de
vie austère et semi-monastique. Appelé souvent à la cour, investi de la confiance des rois, arbitre des destinées du pays, il resta jusqu’à la mort, pauvre et mortifié. | Les monastères relâchés eux-mêmes profitérent des exemples et des écrits de Bernard, en faveur d’une vie plus rigoureuse. Sans embrasser les grandes austérités de Clairvaux, ils voulurent k mettre plus de mesure dans leurs habitudes de vie » aisée, et se prirent à embrasser, eux aussi, la pénitence monastique, au lieu de se contenter comme autrefois de la simple tempérance chrétienne. Ainsi en fut-il du monastère de Cluny, après la célébre discussion entre son abbé Pierre-le-Vénérable et Bernard, sur le mérite comparatif des deux formes de vie religieuse dont ils étaient les représentants. Un souffle de sainteté et d’austérité chrétienne se faisait sentir partout où Bernard dirigeait ses pas, partout où arrivaient ses lettres pleines de vie et
D de ferveur.
rigueur de la discipline est dans la douceur de la
louer le bien ». Suger fut fidèle à ce genre de
2 ile: Le monde, même le monde ecclésiastique, avait besoin, du temps de Bernard, d'entendre bien haut cette leçon de l'humilité. Trois désordres faisaient leurs ravages jusque dans le sanctuaire. D'abord l'esprit d'indépendance à l'égard des autorités supérieures, c ’est-àa-dire, des clercs à l'égard de l'Évêque, de l Évêque à a l'égard du Métropolitain, de celui-ci à l'égard du Pape. En outre, beaucoup de clercs de tout rang, dévorés par l’ambition, se précipitaient à la poursuite des charges les plus honorifiques et les plus lucratives; c'était pour eux des domaines à exploiter, rien de plus. Enfin le luxe dans le train des maisons et dans les voyages atteignait des proportions qu’on a peine à se figurer; dans la manière même de se vêtir, certaines délicatesses qui eussent été à peine tolérables chez des femmes du monde, étaient devenues la mode et le bon ton. Pour des hommes qui portaient la tonsure cléricale, c'est à dire la couronne du divin Crucifé, quelle honte!
Bernard gémissait de ces insultes infligées : aux maximes évangéliques ; aussi après avoir fait aimer à ses religieux l’humilité dans le vêtement, dans l'habitation et surtout dans le cœur, il ne cessa de la prêcher au monde, jusque dans le palais des grands dignitaires et à la cour des princes. Son beau traité sur « L’humilité et ses degrés » fut composé à cette fin. Du reste, sa présence seule était une condamnation de l’orgueil,
À | De NE
un vrai traité de l'humilité, une impulsion "à l'em- brasser avec transport. Entouré d’admiration et d’honneurs, il n’était pas même tenté de vaine complaisance. Si parfois son zèle lui arrachait des invectives mordantes, elles étaient tempérées par sa ravissante modestie; une profonde édification restait après son passage, comme dernier résultat. . «Tant d’humilité, se disait-on, dans un homme de si illustre naissance, de si merveilleux talents, de si haute vertu, de si éclatants miracles, cano- nisé en quelque sorte de son vivant!!» |
4.° Laberté apostolique. - Bernard faisait régner dans ses monastères la vraie liberté, la liberté chrétienne, assise sur des bases inébranlables. Tous les
Frères, par leur conformité 4 la régle, étaient égaux
en noblesse, même les fils de serfs; ils étaient
égaux aussi dans la soumission aux ordres, aux
réprimandes et aux corrections, s'ils les avaient méritées. De là, une habitude de franchise dans le à langage et les procédés, qui n’avait rien de rude ni de méprisant, mais s’appuyait sur l'amour de la vérité, sur la passion de la justice, et sur le sentiment vrai de l'indépendance chrétienne, celle grâce à laquelle le moine, n’ayant besoin de personne, ne craint non plus personne, excepté Dieu seul.
Transportée dans les rapports avec le siècle, cette liberté de dire le vrai et de signaler le mal, peut sembler malsonnante et risque de soulever des hostilités : mais elle est capable aussi de rendre des services signalés. Il y a de ces cris d'alarme, ou de
douleur, ou d nation ou de réprobation que, selon les règles ordinaires, il eût mieux valu étouffer, par ménagement et pour ne rien compromettre. Mais c’est fait; et quand le temps a mitigé ce qu'il
y avait, dans ces paroles, de trop ému ou de trop incisif, on reconnaît que l'éclat fut heureux. Beaucoup de ces sorties véhémentes se rencontrent dans
la vie et les écrits de S. Bernard; elles partaient … comme un jet spontané, de son âme vive, ardente, sincère, de cette même âme qui, à la vue du bien, semblait trop tendre ou trop louangeuse. L'homme défectueux, obstiné, nuisible au bien public, sur qui tombaient les cénsures, ne devait s’en prendre qu'à
lui-même, et il n'avait qu’un pas à faire vers le bien, ! pour s’assuret les plus cordiales félicitations.
Parfois, tel dignitaire ecclésiastique, qui avait longtemps admiré Bernard, se montra froissé d’entendre de sa bouche certaines vérités peu flatteuses et lui reprocha d'avoir quitté sa solitude où il aurait dù rester « pour coasser avec les grenouilles ». Le saint Abbé sut fort bien répondre qu'il n'avait pas de lui-même laissé Clairvaux, mais sur les instances des princes de |’ Église. « Du reste, ajoutait-il courageusement, ce n’est pas en
me renvoyant me taire dans mon cloître, qu'on fera cesser les clameurs des pauvres et des opprimés, tant que les injustices que je SERA continueront à prévaloir ».
Il y a loin, il faut l'avouer, de ce langage parfois mordant, à celui que nous entendons plus tard .
ntre Guillaume de Saint-Amour, pour soutenir le droit des Religieux à enseigner dans les Universités, à recevoir les aumônes, à exercer le ministère des âmes. Pour- tant les imputations de Guillaume sont des plus calomnieuses ; elles s’attaquent de la manière la plus blessante à Thomas lui-même et à ses Frères en religion; les. dommages, si le plan ennemi réussissait, séraient immenses; n'importe, le Docteur Angélique reste paisible, il n’a pas une parole acerbe, il évite même de nommer l'adversaire. C’est qu’il y a une différence notable entre les situations, les hommes, leur nature et leur grâce. Quand on voit le chef de l’ Église, Eugène II,
accueillir si bien le livre De la considération que
Bernard lui adresse, malgré les fortes critiques
qui s'y trouvent contre les hauts dignitaires ecclé-
siastiques, on accorde sans peine que la franchise du Saint envers des prélat d’un ordre inférieur mérité l’éloge, non le blâme. Quelque chose manquerait aux diverses formes du zèle, si l'on n'avait, dans la lutte du bien et du mal, de tels apôtres et de tels: écrits. | 5.° Paix dans l'unité. — Autant Bernard est vif, semble même intempérant quand il fait arriver partout, jusqu’au pied du trône pontifical, les remontrances que lui arrache l’amour des âmes, autant il met de dévouement pour défendre l’unité def. Église et les prérogatives du Saint-Siège. |: Cette unité et la paix féconde qui en résulte,
étaient troublées on temps par deux hommes :
néfastes: Arnaud de Brescia et l’antipape Pierre de Léon; il s’avanca pour les combattre.
Arnaud de Brescia, grand admirateur d’Abélard, ne se fit point comme lui promoteur d'une réforme doctrinale, mais d’une réforme sociale. « Tous les biens des églises, préchait-il, sont au prince qui peut en disposer en faveur des laïques, et qui, en le faisant, aura le mérite de couper court au luxe du clergé. » Mais comme, pour lui, le souverain c'était le peuple, il voulut, à Rome même, imposer au Pape l’abdication de sa, souveraineté temporelle en faveur d’une faction révolutionnaire. Expulsé d'Italie, il s'était réfugié en France ; Bernard, qui ne confondait pas, dans le domaine ecclésiastique, le devoir de la modération avec l'acceptation de la spoliation sacrilège et de l'oppression, le fit chasser de France, puis de Suisse, comme perturbateur et sectaire. Loin de se fier à un semblant de conversion il disait:
« L’outre qui a renfermé un vin mauvais en garde
toujours le goût ». En effet, Arnaud, de retour à
Rome, recommença ses menées subversives, et les à
porta si loin qu'on l’arrêta et le mit à mort. "1 Après, la mort d'Honoré I, le Cardinal Pierre
de Léon, sous le nom d’Anaclet Il, disputait la
tiare à Innocent II dont l’élection, selon lui, bien
que antérieure à la sienne, avait été faite par un
nombre insuffisant de Cardinaux. Bernard, chargé
par le concile d’'tÉampes d’examiner la question,
tant la confiance en lui était Tévcisclle reconnut que les deux élections avaient certaines irrégula- . rités à leur charge, mais déclara que le bien géné- | ral, loi suprème des choses, réclamait la préférence en faveur d’Innocent II. La lutte cependant fut lon- gue; elle coùta à Bernard des négociations intermi- nables, divers voyages en France, en Allemagne et. en Italie. Il fallut la mort subite d'Anaclet, sans in- __ dices de résipiscence hélas! pour y mettre un terme. Bernard, tout en gémissant de cette triste fin, .ne
put s'empêcher de s’écrier: « Enfin, grâce à Dieu,
voilà le misérable qui a induit Israël dans le péché,
le voilà englouti par la mort; puissent tous ceux qui lui ressemblent subir le même châtiment!» Les : partisans d'Anaclet lui donnèrent bien, dans Vic-. tor IV, une ombre de successeur, maïs celui-ci vint, au bout de peu de mois, se soumettre à Innocent Il; et Bernard joyeux écrivit au prieur de Clairvaux: . « Je ne vous dis plus: je vais revenir ; je vous dis: ‘je reviens. Je reviens et j’emporte avec moi ma récompense: la victoire du Christ et la paix de l'Eglise. » C'était le fruit de huit années d'eflorts. La paix dans les états, si importante pour la paix des consciences, pour le salut éternel des hommes et pour le bonheur même temporel de la société, était aussi l’objet des travaux de Bernard, de ses lettres, de ses conférences. Que la concorde des princes avec d’autres princes, ou des princes avec l’épiscopat, ou des princes avec leurs sujets eux-mêmes, fût en péril pour une cause quel-
travailleurs de la campagne, non seulement la mi-
séricorde, mais la justice; d'autre part il leur ensei-
gnait à chercher le bien-être et la paix surtout dans le travail, la tempérance, et l’empressement à s’ai-
der les uns les autres. Ainsi faisait-il arriver jusqu'à
eux quelque chose des mœurs et des avantages de la vie monastique. Celle-ci, en effet, est Jérusalem, la cité de la paix, et elle constitue pour la cité ter-
restre une voisine bienfaisante. Ceux qui régissent les peuples peuvent apprendre d’elle avec quelle sa-
gesse il faut faire et conserver les lois, avec quelle fermeté on doit en maintenir les bases, avec quelle suavité il convient d'en faire l'application. Les deux
cités, sous des formes diverses, en se prétant un
mutuel appui, arrivent à là paix véritable, celle qui a pour but suprême Jésus-Christ, ses perfections et ses espérances; pour moyen, ses maximes, sa grace, son esprit de justice et de charité.
6.° La dévotion. - Elle fut un des caractères de S. Bernard dès sa plus tendre enfance. Il l'avait héritée de sa mère, dont, à 14 ans, il eut à pleurer la perte; et le ciel se chargea d’en fortifier les racines dans son cœur, par des aridités désolantes, puis par des tentations de briller comme littérateur,
enfin par des assauts violents contre la belle vertu: sur toute la ligne il fut vainqueur. Transplantée
dans le cloitre, et la, éclairée d’une plus pure lumière, rendue plus tendre par l’action de la
conque, Bernard était toujours prêt à prodiguer ses bons offices. Il réclamait pour le peuple, pour les
pénitence, sa dévotion fleurit bientôt sous les for- mes les plus variées: dévotion envers Jésus-Christ, elle remplit son traité De diligendo Deo, où il expose les bienfaits de la Rédemption: dévotion ’ envers Marie, les pages du bréviaire la redisent aux prêtres, le #emorare la perpétue sur les lèvres des fidèles et des grands pécheurs; dévo- tion envers les Anges et les Saints; dévotion et | piété envers les supérieurs ecclésiastiques, envers
ses religieux de toute nationalité, et jusque envers
les hôtes qui venaient s’édifier dans ses monaste-
res. On peut dire que ses nombreux voyages en
France, en Italie, en Allemagne, si diverses qu’en
fussent les causes, étaient une perpétuelle leçon
de piété. Ses sermons, ses conversations, sa ferveur en célébrant la messe et son recueillement dans les églises, dans les palais des princes, au milieu des religieux d’autres Ordres et même sur les grands chemins, tout en lui révélait Dieu présent, tout inspirait la dévotion, tout portait à la sainteté. | Dans cet ordre de choses, on ne saurait omet-
% tre de mentionner la place importante qu'occupent : les écrits de Bernard. C'était presque toujours pour céder aux prières de ses amis ou d’évêques
éminents, qu’il prenait la plume, faisant trêve à ses sollicitudes, se privant des douceurs de la
contemplation, ou surmontant les douleurs et l’épuisement de ses maladies. Ses nombreuses Zeftres, ses /lomélies sur le texte « MISSUS EST », son