I. - Les sentiments de la miséricorde. à
Soyez béni, mon Dieu des trésors dont vous avez enrichi et orné l’homme. Quoiqu'il s’en trouve partiellement dépouillé après la chute originelle, il en garde encore des restes grandioses et fortement enracinés. Que de rayons de lumière dans l'intelligence! que de constance dans la révendication de la justice! Mais une qualité survit dans l’homme par dessus toutes les autres, et le rend digne de vénération: la miséricorde. ee.
Comment s’en étonner, Seigneur? Vous nous avez faits à votre image et à votre ressemblance; et vous êtes « le Dieu de la miséricorde. le
Pére des miséricordes * »; aucun titre ne vous appartient mieux. Toutes vos Écritures, dans lan- ‘ cien et le nouveau Testament, n’ont à cet égard qu'une voix. Elles ne nous parlent pas seulement, de « vo/re miséricorde », mais de «vos mi-
séricordes » : celles-ci, en effet, sont nombreuses et. variées à l'infini dans leur objet, ineffables dans : les voies que vous inventez pour les faire descendre
jusqu’à nous. « Votre miséricorde nous prévient avec tendresse; si nous échappons à ses sollicitudes, elle nous attend avec patience ou nous poursuit sans relâche: le matin elle veille à notre chevet, le soir elle nous sert de repos; les géné-
1 Sap, 1x, 1; II Cor. IE AS
rations se succèdent, et de siècle en siècle la divine miséricorde prolonge, augmente même ses bienfaits. En vain faut-il que parfois libre cours . soit donné à la justice, c’est pour frayer les che- ; mins à la miséricorde: et celle-ci fait sentir sa main jusque dans les actes de la justice vindica- tive. Dieu punit en deçà des offenses, tandis que ses récompenses vont au delà des mérites. » Ainsi parlent en divers lieux les saints Livres, d’où ils concluent que /a LE te de Dieu est au-dessus de toutes ses œuvres ?
+ ». Mais; 0 Miorvoilles quand est venue la pléni- Lee des temps, le Verbe divin descend vers nous pour se faire miséricordieux. Ne l’était-il pas dans l'éternité, à l’égal de son Père? sans doute; seu- lement, il veut emprunter à notre nature des capa-
cités d’un ordre nouveau, pour éprouver des sen-
timents de miséricorde qui, sans cette forme terrestre, seraient incompatibles avec la divinité. Il reçoit donc de Marie la nature humaine; toutes les facultés affectives et sensitives qui s'y rattachent sont aussitôt rempl'es de miséricorde en telle abondance qu’elle reflue sur le cœur de sa
. mére, avant même de naître d'elle. Marie l’em-
' porte sur toutes les créatures comme pouvoir de compatir; elle est la Reine de la miséricorde, elle en est la. Mère, et tous les hommes de bonne volonté s'efforcent de l’imiter; ainsi méri-