‹ Retraite ecclésiastique d'après l'Évangile et la vie des saintesChapitre 178 sur 207 · I. - L’Ouvrier · texte numérisé non relu

I. - L’Ouvrier

Les qualités de Vincent de Paul pour réaliser les œuvres de miséricorde sont nombreuses;

contentons-nous d’esquisser les six qui suivent.

1.0 Un sens très élevé des choses de la foi uni à un bon sens naturel exquis. — Vincent de Paul avait reçu, dés son enfance, dans, sa famille, pauvre

mais de mœurs patriarcales, une foi solide, vive et simple. Elle se développa au milieu de ses occupations à la campagne comme petit pâtre, et rien depuis ne l’ébranla, tout au contraire servit à la fortifier: les épreuves de la vie, sa dure capti-

vité chez les Turcs en Tunisie, et les tentations

intérieures qu’il éprouva longtemps. Devenu prétre, il eut à vivre au milieu de fJansénistes renommés par leur science et leur austérité de vie; malgré tout, le Jansénisme parut à ses yeux illuminés par la foi, comme «une des hérésies les

plus dangereuses qui aient désolé l’Église »; aussi | aimait-il mieux se priver de sujets de talent, que.

d'avoir autour de lui des hommes imbus de cette erreur. Rien qu'à les flairer, il les discernait; et pour lui «les sentir, c'était les abhorrer ». Mais il unissait à ce sens divin un esprit naturellement judicieux, équilibré, circonspect, dif-

ficile à surprendre. Il pénétrait les affaires jusqu'à

la moëlle, avec toutes leurs circonstances et leurs suites probables; il y distinguait le vrai d’avec le faux, le bien d’avec le mal, sans se laisser

égarer par l'imagination ou la précipitation. S’il est vrai, que / bon sens est le maître de la vie” on comprendra facilement combien cette trempe d'esprit de Vincent, corroborée par les lumières de la foi, devait lui donner de lucidité, d’ä-propos, de tact dans les affaires et d’aptitude pour les bonnes œuvres. Celles-ci, en effet, sont trés élevées, sans doute, du côté de leur fin derniére, mais elles ont comme objet les misères humaines

‘qu’il faut soulager, et comme moyen les ressour-

ces temporelles nécessaires au succès; le sens juste

et pratique y a donc un rôle indispensable.

Une intarissable bonté de cœur alliée au ; complet détachement de la créature. — Vincent pratiqua de bonne heure le détachement de la” famille; quand, aprés 22 ans d’absence, il eut l'occasion de passer près de son pays natal, à

grand’peine se décida-t-il à s’y arrêter; et alors même, en disant adieu à $es parents, au lieu de leur laisser des cadeaux ou la promesse de faveurs terrestres, qu’il lui eut été si facile d'obtenir, il leur dit: « Je vous bénis, humbles et pauvres. Ne sortez jamais de l’état dans lequel Dieu vous a fait naître; c'est mon instante recommandation, que je vous prie de transmettre à vos enfants comme héritage ». Si plein d’estime qu'il fût pour = les sujets les plus éminents, parmi les ouvriers

évangéliques rangés sous ses ordres, dés qu'il

‘ 1 BOssuET.

& » L û NEUVIËME JOUR. - CONFERENCE.

fallait les envoyer au loin pour l’œuvre de Dieu, il n’hésitait pas à s'en séparer. Les fatigues et. la maladie menaçaient-elles de lui enlever quel. qu’un d'entre eux, c'était tout juste s’il osait …

demander à Dieu sa guérison. L'un de ces envoyés … était pourtant si secourable aux pauvres qu’à sa mort il s'en trouva de six à sept cents dans son | cortège. funébre, et on voulut l’enterrer dans LA l’église, près du confessional où il avait con- 4 tracté le mal dont il mourut. Vincent accepta le sacrifice de ce collaborateur et tous les autres de . ce genre, sans balancer un instant. Etait-ce par dureté de cœur? À Dieu ne plaise. Vincent de Paul, 3 si éloigné qu’il fût d'une bonté fade et douce- reuse, et bien qu’il n'eüt pas cette tendresse démonstrative et ravissante qu'on trouve en d’autres Saints, avait un cœur noble, libéral, serviable, enclin à se dévouer pour tout ce qui était selon Dieu. On le comprenait vite à son abord affable, cordial, aimable, encourageant, au ton de sa voix, à la bienveillance de son regard, quoiqu'il en sortit aussi un certain feu. Il aimait tellement à faire plaisir à tous, même dans les choses les plus insignifiantes, qu’un petit marchand de province ayant eu la naïveté de lui écrire pour lui deman-

der un cent d’aiguilles, loin de se formaliser de la

singulière commission, il sempressa de contenter le brave homme.

Mais sa. bonté naturelle était singulièrement rehaussée par sa piété et son esprit de foi.

C'était vraiment « la foi opérant par la charité * ; Oh! disait-il, s2 nous avions une élincelle de ce

Jeu sacre, qui embrasait le cœur de Jésus-Christ, demeurerions-nous les bras croisés et délaisserions-

nous ceux que nous pouvons assister ? Les pau-

lui ces sentiments de charité, et l’on remarquait qu’en récitant les litanies du Saint Nom de Jésus, quand il disait: /esx Pater pauperum, sa voix prenait un accent plus ému. Les tribulations qui

assaillaient ses collaborateurs, lui étaient moins sensibles que les misères des pauvres: Z faut,

bles des impressions de la charite, en sorte qu’elles paraïssent sur notre visage, comme Jesus à pleuré en face: de Jérusalem.

s 3.° Une heureuse initiative mise d'accord avec l'abandon parfait. - L'homme de l'Évangile, « qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes * », est l’homme de la charité non moins que l’homme de la vérité. Le fond de la À vérité révélée n’augmente pas, et l'initiative du docteur consiste à trouver des moyens plus heu- | reux d’en mettre en relief les antiques richesses ; aussi le mot de wovateur est-il souvent traité par ‘ l Église de « malsonnant ». Dans la charité, au contraire, les créations vraiment nouvelles se multiplient en proportion de la nouveauté et du pro-

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