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Apostolat de Philippe en faveur des séculiers, après sa promotion au sacerdoce. :
Arrivé à trente six ans, Philippe n'avait hub lement songé au sacerdoce, et quand on lui suggéra la ‘pensée de le recevoir pour opérer plus de bien, il s’y refusa nettement. Il fallut un !
ordre de son confesseur, pour qu'il s’inclinât sous si le fardeau. Mais qu'allaient devenir ces admirables jeunes gens, formés par ses soins à l'apostolat séculier? Les laisserait-il continuer à part leurs œuvres de zéle, ou les entraîneraitil à sa «) suite ? Un vif attrait pour les missions chez les | infidèles s'était développé en lui, à la lecture des travaux apostoliques de S. François Xavier dans 4e les Indes, et vingt de ses anciens disciples étaient prêts à le suivre. Déjà le pape avait consenti. Phi lippe eût pleinement justifié, dans ces contrées
Jui Bo cu 5e l amour ie
le monde entier était trop petit pour + l'étendue de. son cœur, pendant que son cœur même était. trop petit pour l'immensité de son amour ». Mais le religieux Cistercien dont nous avons . parlé, à lui He de la part du ciel: Vos /ndes sont à Rome. ,
En amour de l’obéissance allait sans doute __ alors le faire entrer dans quelqu'un des Ordres religieux si florissants à Rome?.… I] faisait le plus grand cas, nous l'avons vu, des anciens Ordres,
en particulier de ceux de S. Dominique et de. S. François, qui personnifient l'amour de la vérité et l'amour de la pauvreté, deux biens chers à sa foi et à son esprit d’abnégation. Il estimait aussi certains Instituts nouveaux, en particulier ceux de S. Camille de Lellis et des Barnabites, auxquels il ne cessa d'envoyer de bons sujets. Si Ignace le convoitait, lui tendait les bras et disait: Sz 7e l'avais pour Compagnon, je conver- . AVais le monde avec lui seul. Mais Dieu, qui le . destinait à une autre mission, le laissa sans goût pour ces diverses familles religieuses; aussi le | grand zélateur de la gloire de Dieu que nous
; venons de citer le comparait-il plaisamment à la F- He cloche, qui fait entrer les gens dans la maison de NE Dieu, mais reste dehors. Il devait compléter, non supplanter l’action évangélique de ces institutions
£ JOUR. - CONFÉREN
pus den ou plutôt, la creation était fie 53 ae à, carilne changea pas l'axe, ni l'esprit, nila | base de son ministère précédent, et il en garda “4 les principaux coopérateurs; seulement, il en éten-
dit le rayon, en assura la durée, et lui mérita un. , nom spécial, ce fut l’Oratoire.
Les vœux de religion en sont exclus, la règle n'y oblige pas sous peine de péché, chacun garde le patrimoine de ses biens et reste libre de quitter … la société à son gré: l'engagement annuel se faità titre de simple oë/ation, pour mieux en accuser le … caractère facultatif. L'autorité est douce, elle prie “ plus qu’elle ne commande: mais en revanche, la à docilité doit être simple et filiale: Je suis résolu, … disait souvent le saint fondateur, à ne pas garder les hommes qui discutent le peu d ordres donnés
parmi nous. Entre les diverses maisons, il doit y avoir conformité de pratiques, alliance de charité, unité d'esprit, mais sans liens de dépendance canonique sous un supérieur général. Ainsi les sujets, étant recrutés dans le lieu même, en connaîtront mieux le caractère et y feront agréer plus facilement leur concours. Chaque maison a pour supérieur et protecteur lÉvêque diocésain, À tout en restant e//e-méme, comme genre et sphère : d’apostolat. C’est ce qui empêcha Philippe d'entrer … dans les vues de S. Charles. Celui-ci voulait que ses
He eussent le zèle et les vertus de l'Oratoire,
mais is fussent des. volontaires : à la posé À ‘de pour toutes 1es œuvres |
but spécial qu'il entendait garder fidèlement, of- -frait à ses collaborateurs un régime plus doux, ac- cessible à un plus grand nombre de personnes, Br laissant à l'individu une plus grande liberté de | se mouvoir, au profit de son apostolat. | | La pensée était belle, la variété des richesses de la grâce dans l’Église s’y révélait une fois de 1 et les premiers compagnons de Philippe se montrèrent dignes de collaborer à sa réalisation. Il suffit de citer le Cardinal Baronius et le Car- dinal Tarugi, sans parler de tant d'hommes émi- - nents qui suivirent, ni de ceux qui, aujourd’hui
encore, servent utilement l'Église, dans les positions les plus humbles comme dans les dignités
les plus éminentes.
S'il est avéré que Philippe, pour faire plus de bien aux gens du siècle, menacés par le protestantisme, par son principe du libre examen, sa servi-
lité pour les puissants de ce monde, son idolâtrie des biens terrestres et son aversion pour les pratiques de la piété chrétienne, donna au zele de l'Oratoire une forme spéciale, il importe de la méditer attentivement pour s’en inspirer; car, sauf quelques différences extérieures, l’état des esprits est aujourd’hui le même, sinon aggravé. Placès à __ ce point de vue, nous admirerons comment Phi-
laire, Vaosbétet de la musique sacrée, lapostolst à du confessionnal, l’apostolat des pieux pélerinages, | l’apostolat au chevet des malades, enfin l'apostolat dans le palais des grands et des PHARES de ce monde. |
° Prédication populaire. — Philippe avait abs : servé dès sa jeunesse combien l’apostolat de ÉS.
parole plait à l’homme, surtout au peuple. Il lui donna donc une place d'honneur dans les réunions | dont ses églises étaient le centre, et il voulut qu’il eût un double caractère: szplicité dans la forme : solidité dans le fond, comme instruction. dogmatique et surtout historique.
La Renaissance avait tout envahi, même la
style ampoulé, le genre déclamatoire s’étalaient en maîtres et en modeles. Philippe, laïque encore,
avait adopté au contraire, pour lui et pour ses compagnons, le genre catéchistique et il en connut si clairement les fruits, qu’il ne sut plus s’en
départir. Un enfant, raconte-t-on, disait un jour d'un certain prédicateur: C’esé singulier, il prèche comme on parle! La chose ne lui déplaisait pas, mais il en était surpris; était-ce recu? À l'Oratoire on eùt été surpris du contraire, tant le genre Mine était l’ habitude et le ton accrédité. Plu- : | sieurs personnages en firent l’objet de mordan- tes critiques, qui se traduisirent par des dénoncia- tions: « Ce genre manque de sérieux, on y cite. è
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certaines propositions émises sont CPR ee inexactes, et des dialogues ridicules achèvent de. d déshonorer le sanctuaire». Le Saint fut affligé
de ces aggressions mais prit patience; et l'enquête
. faite par l'autorité de S. Pie V, tourna à l'éloge
des exercices de lOratoire. L'auditoire ne fit ê . depuis lors qu’augmenter, tant ce mode de pré- . dication allait à l’âme, et offrait le remède oppor- ‘tun aux plaies sociales régnantes, en particulier à l'ignorance religieuse et à la décadence des mœurs.
En effet, pour rendre les réunions intéressantes
et utiles, Philippe faisait une large part à la vie des Saints et surtout à l’histoire de l’ Église ; l'une comme enseignement de la morale chré-
grands héros du christianisme ; l’autre comme en-
seignement dogmatique, particulièrement comme apologie de la divine mission de l Église. L’hérésie, . pour falsifier les dogmes aux yeux du vulgaire, - s'applique à falsifier les faits ; leur simple exposé, dans un tableau frappant et die est une réfutation péremptoire. Baronius était chargé par Phi- lippe de cette branche de l’ D non fois,
d’une manière suivie toute l’histoire de IR Église, c'est de ces études infatigables qu'est sorti, toujours sur les instances et les ordres de Philippe, n. A grand ouvrage des Annales ecclésiastiques. Beau- Fa coup de chroniques existaient, il en pesa autant FR 4
faits, les périodes, les personnages Mistes et fit. son exposé avec une sincérité que les incrédules : mêmes reconnaissent; le péril de déplaire aux princes ou de laisser voir dans fl Église, par son ne côté humain, certaines taches, ne l’arrêta jamais. | Grâce à cet ensemble de mérites, son travail n’est pas une compilation, c’est une Œuvre, qui lui a valu le titre de Père de l'histoire ecclésiastique. Pour en faciliter la publication, Philippe avait créé … une imprimerie, à laquelle revient l’ honneur des premiers volumes. à On ne saurait redire tout le bien que firent, an la longue, les prédications de l'Oratoire ainsi comprises: Prélats illustres, prêtres, laïques, juifs convertis par Philippe, dames pieuses, petits enfants! s’y trouvaient confondus. Parfois le dernier mot, dernière louange de Dieu sortait de la bouche de. ces enfants, à qui l’on faisait débiter une homélie de quelque saint Docteur. C'était le dessert. * Musique sacrée. — Philippe de Néri, avec sa nature affectueuse et imaginative, aimait le beau dans les œuvres de Dieu. La vue du ciel, de la campagne, des grands horizons le ravissait. Sou- | vent il montait sur la terrasse de sa maison, d’où l'on voyait se dérouler les différents quartiers de. Rome, et au-delà, les collines environnantes, et plus loin encore, de hautes montagnes comme dernier plan. De la fenêtre même de sa chambre le coup F
d'œil, sans être aussi vaste, élevait son cœur à ; Le FA À È “A 4 4
es. Fées qui à frappent l'oreille n ent pas moins d’ empire « sur lui que celles qui frappent le ni et quand il venait dans le chœur de la Minerve prendre part au chant des psaumes avec les dominicains, souvent on voyait couler ses larmes. ( On comprend donc qu'il désirät employer la mu- : ‘sique comme attrait, pour les cérémonies de l'Oratoire. Mais cette musique sacrée, où la trouver? Elle avait tellement dégénéré, que plus d’un audi- teur se scandalisait ou se prenait à rire en enten-
dant les saintes paroles de la liturgie adaptées à
des motifs profanes, qui avaient couru les théatres.
__ Le désordre était si enraciné, que l’usage de la
musique dans les églises allait être aboli, c'était * chose arrêtée. Un pénitent de Philippe, Palestrina,
‘tourna la sentence de mort en composant sa
« Messe du pape Marcel», suivie de diverses autres productions animées du même esprit et écrites
He le même style. Loin d'engendrer par ses compositions le dégoût du chant grégorien, qui est le
chant de tous, des prêtres et des fidèles, du tem-
ple sacré et du foyer domestique, et qui est à
… l'égard des harmonies sacrées ce qu'est le pain à
l'égard des autres aliments, le grand Maître em- “ He … pruntait souvent à ce chant le motif de ses compositions. Il savait le faire entendre avec des déve- HAE Joppements et des variations, qui donnaient aux
1 … offices divins, les jours solennels, plus d'éclat et
d’attrait. Un grand nombre de ces morceaux, sur-
| tout des motets, furent composés pour l'Oratoire;
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tait son génie au service : dé ss composer, en outre, divers Ha 1 certains
; grands faits religieux étaient mis en aiet pa
toutes les ressources de |’ harmonie et d
populaires. Ces derniers, ne à leur yes facile et agréable, se gravaient sans peine : da
la mémoire des assistants, et il n'était pas rar
de les chien retentir ensuite dans les ateliers
des one immorales Pouce
Palestrina, en récompense de son zéle fut assisté par Philippe, quand une pleurésie l’eut réduit en peu de jours à l’article de la mort. C'était la fête de la Purification de l’an 1594: Pierre Louis, dit le Saint à son pénitent, voudrais-tu aller jouir aujourd'hui de la fête de Marie dans le ciel, au milieu des anges et des bienheureux? = Oui, dit celui-ci tout ému, 7e le désire ardemment. Paie | Marie, mon Avocate, me l'obtenir de son divin Fils. Et peu après il rendit paisiblement à Dieu son âme,
ession une arte de sa journée, attendant les pénitents prés du he ou sur le perron de l’église, le rosaire à la main. upies connaissaient sa. ie son dévouement, et ce désintéressement scrupuleux, dont il se faisait une gloire, à limitation de S. Paul. Ve touchez pas aux bourses, disait-il aux confesseurs qui demandaient ses conseils. Cette réserve
scrupuleuse, il le savait, peut priver le prètre de certains secours, mais l’accroissement d'autorité
morale sur le peuple et les bénédictions du ciel lui assurent une large compensation. Dieu même con- | firma cette doctrine par un miracle. Un de ses \
pénitents qui l'avait institué son héritier, allait
mourir. Philippe se rendit à S. Pierre en grande hâte pour obtenir de Dieu sa guérison, afin d’échapper au malheur d'hériter: et il obtint cette grâce. Sa bonté pour les pécheurs était proverbiale ; il avait sans cesse sur les lèvres l’exemple de la . Samaritaine, du Bon Larren et de Marie-Made- Jeine. De grâce, mon fils, disait-il au pécheur honteux, dés-moi les péches, car Dieu veut te pardonner. Et pour encourager les jeunes pénitents à l’ouverture ou au ferme propos, il leur mettait la main *- : sur la tête, leur tirait familiérement l’oreille, leur frappait légèrement la joue, les pressait contre son cœur. Les tenir loin du péché mortel était à son avis un résultat considérable, mais par sa patience il obtenait généralement beaucoup plus,
‘et il se Hot a décret que les pénitents qui lui donnaient plus de consolation par leurs progrès, étaient précisément ceux qui, au début, lui ‘avaient causé jour et nuit plus d' angoisses.
En effet, la formation des justes ne. lui était =. pas moins à cœur que la conversion des pécheurs . il comprenait quel honneur leur avancement procure à Dieu, quel bienfaits en résultent pour l'Église. Fe il une méthode et une spiritualité? L'absence de tout écrit émané de lui et de toute.
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relation précise de ses contemporains, semblerait autoriser le doute à cet égard. Et cependant, il
eut sans contredit une école nombreuse, très carac térisée, éminente en vertus; il fallait donc qu’il
eût une doctrine ascétique déterminée et une manière à lui d'y former les âmes. Son plan, le cachet : de sa spiritualité, se résumait dans l'amour de Dieu et dans une certaine liberté laissée aux âmes pour y tendre, selon la célébre maxime de S. Au- … gustin: Ama ef fac quod vis « Aime et fais ce que tu veux. » | è
L'adversilé, disait-il à ses disciples pour les affermir dans cette voie, est un signe certain de l'amour de Dieu. L'aumône et les autres bonnes œuvres importent plus que les penitences corporelles volontaires. Le demon, sous prétexte d'un plus à À grand bien, veut vous faire perdre le bien que vous possèdez. Avant de louer ceux qui montrent dé là J'erveur, attendez que les ailes leur poussent. On ne : se fait pas saint en quatre jours. Pour arriver à
celle sérénité que rien ne trouble, il faut mériter, | en combattant bien, que Dieu nous appelle à un tel état. C'est par des maximes de ce genre, que Phi- lippe conduisait peu à peu les âmes à un amour de Dieu aussi solide dans ses bases que pratique : dans” son application, puisqu ‘il tendait à laccom-. ne des devoirs d’état.
Mais l'amour divin a pour grand adversaire j amour-propre ; il faut donc avant tout exterminer ce dernier; et c'est ce à quoi Philippe ap- portait un discernement, une persévérance, nous
à dirions une rigueur, un acharnement sans pareils,
même en remontant aux traditions des Pères du
désert. Il voulait absolument réduire en servitude la rationnelle, selon son expression, pour prendre le contrepied de Luther, qui avait le bre examen * comme devise. Les moyens auxquels il avait re-
cours semblaient bizarres, ridicules, déplacés, fantasques: mais ils tombaient si à propos, selon T état des âmes, et ils produisaient de tels résultats qu’il fallait y reconnaître la sagesse d’en haut. Un seul de ces actes mortifiants faisait faire un pas de géant. Que d’âmes l'ont expérimenté et ont béni cette main cruelle en apparence, qui les soumettait à de telles avanies! Les scrupuleux ; aussi se voyaient en certaines rencontres durement traités. Il en fut ainsi de la noble Dame Anna, sœur de S. Charles, mais c'était par miséricorde ; grâce à ce traitement énergique elle acquit la paix et fit une mort trés édifiante.
DIXIÈME JOUR. - C
re 4
| ML cellule. La chambre de Phil | pas une cellule monastique, inviolable pour l’étran-