Mais plus la raison s’est humblement pros
ternée devant Dieu, plus elle se trouve apte, en
se relevant, à considérer les réalités sublimes au milieu desquelles la méditation l’a transportée, qu’il s’agisse des mystères de l'infini, des attri- . buts divins, ou de l’enchaînement des bienfaits % prodigués à l’homme sur la terre. L'intelligence humaine, en examinant chacune de ces réalités sous ses divers aspects, en comprend mieux l’ex- cellence. Puis, elle les rapproche les unes des autres et les voit s’éclairer, se fortifier, s’embellir réciproquement. Enfin, ce n’est plus une simple alliance; les divers sujets se concertent au point de se fondre en une seule, immense et ravissante vérité. Quelle merveille! Quel sujet de louanges incessantes, ou d'admiration silen-
cieuse!
C’est ce qui a lieu dans r office divin. Le: cours Hi de l’année liturgique nous y montre les faits mystérieux de l'Ancien et du Nouveau Testament se groupant autour de Jésus-Christ, et rendus plus lumineux par l'exemple des Saints qui ont servi héroïquement la cause de Dieu. Le spectacle est instructif et grandiose, Mais à quoi servirait une admiration purement philosophique ? C'est une admiration de foi qui prévaudra dans l’intelligence et la pénétrera de la reconnaissance la plus vive, la mieux motivée.
3.° La mission de la raison est-elle terminée ? Non. Dans les trésors de Dieu il n’y a pas seu-. lement à admirer, fût-ce de l’admiration la plus
enthousiaste et la plus pieuse; il y a des grâces
à désirer et à solliciter, selon les circonstances et les besoins. C’est encore l'intelligence de l’homme qui le comprend et se charge d'exposer les de-
mandes au pied du trône de Dieu, appuyées sur
les motifs de convenance les plus propres à ga-
gner son Cœur, par exemple sa pitié, sa miséri-
corde, sa puissance, sa libéralité, ses promesses, l'honneur de son Église, l'intérêt des âmes rachetées de son sang. Il est vrai que Dieu sait déjà tout,
mais 1l aime à entendre l’âme lui énumérer et lui recommander filialement ses désirs. Or, voilà ce que nous faisons dans l'office, surtout dans la Collecte, où l’objet de notre prière est formulé en peu de mots, avec les raisons les plus propres à toucher la suprême Bonté, C'est donc, à tous
‘égards, une excellente oraison #ewéale que celle de l'office divin.
I1° Mais c'est en même temps une prière vo- cale de grand prix. Il faut cette prière à l Église, société extérieure en même temps que spirituelle,
pour que, sous sa direction, les êtres matériels
s’unissent à l'être raisonnable dans la louange du Créateur. Au reste, si le précepte de l’Église n'existait pas, la loi de notre cœur suffirait, et nous aimerions à offrir souvent à Dieu le « fruit de
nos lèvres * ». Pauvres lèvres humaines, si promp-
tes à se mouvoir, qu'ont-elles produit jusqu’à l'heure de l'office? N’eussent-elles coopéré à au-
cune faute positive, que d’inutilités, mon Dieu! et
dans les choses utiles que de longueurs, que de petitesses, que d’irréflexion! Enfin, enfin l’ heure
est venue de me consacrer à la louange divine, - quel bonheur! Que n'aï-je, 6 Seigneur, un Séraphin |. pour purifier mes lèvres avec un charbon ardent? ?
Que ne puis-je devenir « bouche d’or», ou bouche
portant un rayon de miel? * Je mettrai du moins | toute mon application à remplir mon devoir sacré. Quand je prierai seul, si médiocre que soit le ton de ma voix, il sera exact, il sera respectueux, et mon oreille en écoutera avec consolation les accents. Mais si nous sommes plusieurs, ou réunis par une dévotion spontanée, ou convoqués pour remplir ensemble les obligations du culte
1 HEBR. xIu, 55. — 2 Is. VI, 7. — 3 Cant. iv. 11.
divin, ban plus touchant sera le cOneetel C est. ce qui faisait verser d'abondantes. larmes à Augustin, vivement impressionné par la suavité des hymnes et des cantiques dans le lieu saint. Heureux qui a souvent ce bonheur, qui le cherche et, . comme Augustin, ne se rassasie pas de le goûter!