LE PASTEUR. - S. GRÉGOIRE LE GRAND, PAPE
Après Be mort de saint cs Ê Église avait poursuivi sa tâche au milieu des combats. L’hérésie de Nestorius, puis celle d’ Eutychès avaient surgi, mais s étaient vues condamner par les Conciles généraux d'Éphèse et de Chalcédoine, L’invasion des barbares avait continué, facilitée par la corruption des mœurs et la division des prin-
Ces ; de vertu de. l'Évangile fut le salut du peuple. Dhs les Gaules, Clovis, ne à la tête de ses Francs, s'était soumis à la foi et avait fondé la France chrétienne, ne Italie, saint Léon le Grand avait éloigné de Rome Attila avec ses hordes barbares, et diminué du moins les horreurs du pillage, quand la cité fut prise par Genséric, roi des Vandales. Mais la chaîne des malheurs comptait toujours de nouveaux anneaux qui l’aggra- vaient ; il fallait un nouveau secours du ciel. Dieu envoya à son Église saint Grégoire le Grand, modéle des Pasteurs. Il résuma parfaitement, dans
son Pontificat, la recommandation faite par saint Paul aux évêques d’Éphèse: Affendite vobis et uni- verso gregt in quo vos Spiritus Sanctus posuit epi-
. scopos regere Ecclesiam Der, quam acquisivil sanguine suo. « Attention à vous et à tout le troupeau sur lequel l’Esprit-Saint vous a placés, pour ae + Église de Dieu qu’il a acquise par son sang *
Le simple résumé des faits justifiera cette élogieuse application et mettra en lumière, dans S. Grégoire, l'idéal du bon Pasteur.
[. - Attendite vobis.
« Attention à vous », c’est une pensée familière à saint Paul, car il disait à un autre pasteur d’âmes, à Timothée: « Fais attention à toi et à
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CINQUIÈME JOUR
la ne . Cette attention à soi-même, non par uen d'amour propre, mais par amour de Dieu et soin de son propre salut, se révéla de bonne heure en Grégoire. Âme d'élite, d'une intelligence vaste, d'une volonté forte, d’une sen-
sibilité exquise, d’une complexion corporelle souffreteuse qui entretenait en lui un certain fond de mélancolie, il eut vite jugé le monde. Et quoiqu’il fût d’une famille illustre, descendant du Pape. saint Félix IT, neveu de la bienheureuse vierge Tarsile, créé par Justin II Préteur ou premier magistrat de Rome, il menait une vie très simple. La piété avait tellement son estime qu'il fonda six monastéres en Sicile et un à Rome, dans sa propre maison, pour y établir les fils de saint Benoît avec leurs belles observances. À l’âge de 35 ans il entrait lui-même dans leurs rangs comme religieux, après avoir distribué tous ses biens aux. pauvres. Il ne put jouir longtemps du recueille. ment du cloitre, car il fut envoyé à Constanti- ‘ nople par Pélage Il, pour les intérêts de l'Église, et il lui fallut y passer six ans. On comprend avec quelle joie, dés qu'il fut libre, il regagna Rome et. son monastère bien-aimé; il y rapportait, non les richesses de l'Orient, mais les reliques de plusieurs Saints; rien pour lui ne valait de pareils trésors. Mais ce bonheur fut de courte durée ; le Pape . Pélage IT étant mort de la peste, (592) on élut :
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Grégoire pour lui succéder sur la chaire Aposto- lique. Quel terrible coup! Voyant sés protestations inutiles, il s'enfuit et se cacha dans la cam- | pagne, mais une lumière du ciel le fit découvrir au fond d’une caverne, sous des faisceaux de jonc.
Toute résistance était devenue impossible, il se / soumit en pleurant, bien résolu de continuer, autant qu'il le pourrait, sur le trône pontifical, . sa vie de recueillement et de régularité, son application à la prière et à l'étude, ses chères pratiques d'humilité. Dans son palais et son entou-
rage régnait l'esprit de retraite, chacun rivalisait … de zèle pour acquérir la sainteté. C’est cet amour
de la discipline claustrale qui lui dicta, dans ses Dialogues, composés après son élection, de si belles pages sur le Patriarche saint Benoît, sur sainte Scholastique et sur divers autres pieux per-
la retraite et la pratique des plus insignes vertus.