‹ Retraite et mort de Charles-Quint au monastère de YusteChapitre 4 sur 25 · LUE CE · texte numérisé non relu

LUE CE

vier 1559. (Archives du royaume : Lettres des seigneurs, t. VX, fol, 4.)

avait recouvré un peu d'appétit (1): nous avons fait observer déjà qu'il se trouvait bien, ordinairement , de la vie militaire. Son médecin, Corneille de Baersdorp, s’en félicitait vivement : il n'avait pas vu, sans Inquiétude, l'Empereur aller diriger lui-même les opérations du siège : « Certes, » — écrivait-il à la reine de Hongrie, — «S. M. d'ores en avant se doit retirer en leu » seur, où, en cas de maladie, nul aultre inconvénient » luy peult survenir. Si la goutte lui surprint, et force » fust bouger son camp, je crains que luy séroit impos- » sible supporter changement du lieu, et alors seroit » trop tard soy repeutir d'y estre venu... (2). »

Après s'être reposé quelques jours à Thionville, l'Empereur partit pour Luxembourg; delà 1l vint à Bruxelles. Il avait chargé la reine, sa sœur, d'y convoquer les états généraux des Pays-Bas : il les assembla en sa présence le 45 février (1553).

Deux mois après son arrivée à Bruxelles, il écrivit à son fils une lettre où l'on voit qu'il avait le projet de

(4) « Madame, depuys mes dernières, l'Empereur s’est continuellement myeulx porté, et revenu en meilleure vigeur, sans nulz doleurs. Son ventre et hémorraines sont en bonne disposition; sa gorge et bouche s'amendent journellement ; il mange myeulx, mais de chair ou poisson ne peult encoires trouver goust ; se soubstient de ce que faisons d’œufs des eschauldeulx byrenbroots, et telles potageries, avec quelques aultres excogitations, selon que son désir s’adonne. 11 dort bien : qu'est ung grand plaisir... » (Lettre de Corneille de Baersdorp à la reine de Hongrie, du 50 décembre 1552 : Archives du royaume : Lettres des seigneurs, t. VAE, fol, 624.)

(2) Lettre du 50 novembre 1552, (Archives du royaume.)

(51) retourner l'été en Allemagne, et d'y tenir la diète de l'Empire, conformément à ce qui avait été convenu à Passau : après cette diète, 1l aurait pris le chemin de l'Italie, et se serait embarqué à Gênes pour l'Espagne. Dans la même lettre, il engageait son fils, par les raisons les plus fortes, à passer aux Pays-Bas avec des secours d'hommes et d'argent qui pussent contribuer, d'une manière efficace , à la défense de ces provinces; il lui représentait tout ce qu'elles avaient sonffert par les guerres incessantes avec la France, la situation misérable où elles étaient réduites, l'impossibilité dans laquelle elles se voyaient de supporter plus longtemps les charges qui pesaient sur elles; il ne lui laissait pas ignorer que le désespoir pouvait pousser les Belges à se jeter dans les bras de la France, et que des propos séditieux se tenaient à cet égard parmi le peuple ({); 1l lui faisait sentir l'importance de se con-

(4) Nous croyons devoir extraire tout ce passage :

» ….. Demäs de todo esto, se debe considerar los gastos insuportables que [estos Estados] han sostenido en esta guerra, siendo la suma que se ha empleado hasta aqui en cuantidad de mas de einco millones de florines, sin lo que al presente corre, para lo eual han ya otorgado nuevas ayudas, que sera peso tan grande, que dudo mucho lo puedan sostener mas de hasta el mes de agosto que viene, y para lo de adelante los veo enteramente imposibilitados; vel sentimiento que tienen de hallarse tan opresos, es mayor de lo que se os podria representar; y aun se veen quasi desesperados de poderse sostener contra Francia, sin ayuda de otra parte, por no poderse igualar, como es claro, las fuerzas de solos estos Estados con las de los Franceses; y asi no faltan algunos que con estrema desesperacion vayan

(52) cilier l'affection d’un pays à qui sa visite de 4549 n'avait pas laissé un souvenir flatteur; il s’efforçait aussi à le convaincre de la nécessité de montrer, par ses actions , au monde et aux ennemis de la monarchie espagnole, qu’on n'aurait pas avec lui la facilité, qu'on s'imaginait peut-être, d'entreprendre des choses nouvelles (1); enfin, il approuvait hautement le dessein de son fils de se remarier, et de prendre pour femme linfante Marie de Portugal, fille de la reine Éléonore; il désirait même que ce mariage s'effectuât le plus promptement possible : l'infante tenait 400,000 ducats de la succession de son père et de ses frères; on faisait espérer, à la cour de Portugal, qu'on éleverait sa dot jusqu'à 600,000 ducats; et, dans les nécessités où

discurriendo, diciendo que, aunque se acaben de arruinar y consumir, no podran à Ja larga evitar de caer en sus manos, y que por esto les seria mejor anticipar el tiempo que no esperar à lo que cuäsi lienen por cierlo, mayormente no viendo camino de poderse conservar debajo de nos : sobre lo cual pasan pläticas entre algunos del

vulgo arto de mala digestion... ù (AP HOES EE Demäs desta necesidad, ……. se debe tambien consi-

derar vuestro particular, importando tanto, pudiéndose hacer, ganar reputacion, dändoos à conoscer, para que el mundo y los enemigos vean que en vos no ternän la oportunidad que quicà piensan de emprender cosas nuevas ; y asimismo, junto à esto, hay la consideracion, que muchas veces se os ha representado, de la necesidad que teneis de cobrar erédito y amor con estos Estados, tractändolos y dändoles, con vuestra presencia y comunicacion, mas satisfaccion de la que tu- * viéron en lo pasado, por no haberos podido conoscer tanto como conviene, para darles mayor contentamiento, y ganarles las voluntades, y tenerlos mas firmes y ligados à vuestra devocion..…. »

( 55 ) ils se trouvaient, cette somme leur serait d’un secours inappréciable (4).

La goutte avait repris à l'Empereur, et, jusqu'au mois de juillet, il ne put se servir de sa main droite (2). Cependant Henri IT venait de rassembler une armée formidable, et il menaçait Cambrai. Charles-Quint, voulant se rapprocher de la sienne, se fit transporter en litière à Mons. Le 16 septembre, à deux heures du matin, sur la nouvelle que le roi de France avait l'intention de livrer bataille, il partit de Mons pour le lieu où ses troupes étaient campées, entre Valenciennes et Cambrai; mais le tout se réduisit à une escarmouche, où l'avantage resta à l'armée impériale. Les jours suivants, les Français se retirèrent, et, la campagne étant finie, Charles revint à Bruxelles (3).

L'hiver de 1555-1554 fut pour l'Empereur un des plus rudes qu'il eût encore traversés. Dès le mois de novembre, il eut un accès de goutte : ayant à remercier Marie Tudor de ce qu'elle acceptait l'alliance du prince Philippe, il fut obligé, pour lui écrire, d'emprunter la main de la reine de Hongrie (4). Le mal

(1) Nous donnons, dans l’Appendice B, le texte entier de cette lettre importante, qui est datée du 2 avril 1555.

(2) Lanz, Correspondenz des Kaisers Kart V, t. IT, pp. 542, 567, 971. — Lettre de la reine Marie au roi Ferdinand, du 15 juillet 1555. (Archives du royaume.)

(5) Papiers d’État du cardinal de Granvelle, t. IV, p. 107. — Sismondi, Histoire des Francais, édit. belge, t. XIT, p. 250.

(4) Archives du royaume. — Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, p. 155.

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(54) se calma pendant quelques jours (1); mais il reparut bientôt après, et cette fois avec des symptômes qui exeitèrent de vives inquiétudes. Cinq semaines durant, Charles fut obligé de garder le lit, sans pouvoir s’occuper des affaires publiques (2). Ceux qui l'entouraient conçurent des craintes pour sa vie: lui-même il parut comme frappé de l’idée d'une fin prochaine. Il se rétablit cependant, au point que son médecin le trouva mieux qu'il n'avait été les deux années précédentes (5);

(1) La reine de Hongrie écrivait au roi Ferdinand, le 40 décembre 1555 : « S. M., ces jours, à eu rataincte de ses goustes : » mais, gràaces à Dieu, il en est refaict et de bonne sorte. Il est vray » que ce temps d'hiver est tellement contraire à sa santé, que ne pou- » vons que vivre en crainte de rechute de ladicte gouste. » (Arcliives du royaume.)

(2) « Hijo, por haber cinco semanas que estoy en la cama con la gota y otros accidentes, con arto trabajo, no he podido entender en los negocios; y aunque quedo en ella con dolor en una rodilla, y no del todo libre de la mano derecha, parece que me hallo muy aliviado, y confio en Dios que presto terné fuerzas para poderlo hacer... » (Lettre de Charles-Quint à son fils, du 19 janvier 1554, aux Archives de Simancas, Estado, liasse 508.)

(5) Voici deux lettres que Corneille de Bacrsdorp écrivit au prince Philippe, le 29 janvier et le 12 mars 1554 :

« Serenissime ac clementissime princeps, inciderat, ut paucis abbinc diebus scripsi, Caesarea Majestas rursus in defluxiones juncturarum, quarum gravissima prae celeris et pertinacior fuit quae in genu dextrum decubuit. Non defuerunt nobiles a cubiculo, qui vererentur extrema vitae ex corporis consumptione ipsi imminere, fortassis quod ipse Caesar animo videretur admodum consternato : ego autem aicbam nibil ejusmodi mihi apparere, quemadmodum res ipsa docuit; nam est nunc in optima revalescentia, et corpore minimum extenualo,

mais cette amélioration ne pouvait être qu'éphémère : tant de travaux, de fatigues, de maladies, avaient ruiné la santé de l'Empereur. Au mois de juillet, il eut pourtant encore le courage de se mettre à la tête de son armée, pour résister à Henri Il, qui avait envahi les Pays-Bas : c'était, dans sa situation, un effort suprême; ce fut la dernière marque d’une activité qui, pendant une longue suite d'années, avait causé l’étonnement et l'admiration de l'Europe.

imo quod in dies singulos crassius reddatur et carnem abunde resumat. Dormit bene ac satis, comedit et bibit, non plurimum sed quod sufficiat, et, citra fastidium, venter bene reddit excrementa, Si temporis injuria non obsit et novarum fluxionum causam praebeat, sperandum est constantiorem hanc fore convalescentiam, quam Deus optimus maximus pro nostris votis confirmare per suam ineffabilem misericordiam dignetur, ac Vestram Celsitudinem cum ad reliquos Status sicut ad novum hunc Britanicum felicitare. Bruxellae, 29 ja-

nuarii 1554...

» COoRNELIUS BAERSDORPIUS. »

« Serenissime ac clementissime princeps, ab eo tempore quo cum domino de Hoorens scripsi, Caesarea Majestas bene revaluit, sine recidiva quae fuerit alicujus momenti. Sensit quidem subinde, per temporis mutationem, uti ea hic varia est hibernis mensibus, leves quasdam defluxiones, sed quae facile discursae sunt, neque molestiam attulerunt, quae naturae functionibus noxam fecerit querimonia dignam, nisi eam notare velimus sine qua nunquam existit : nam integra sanilas, in qua non sit prorsus quod queratur, inipsius Majestate expectari non debet. Verum, quantum fert ipsius dispositio, recte nunc valere dici potest, certe multo melius quam proximo fecit biennio : est corpore bene habito et carnoso; edit et bibit in mediocritate; dormit satis, septem, octo aut aliquoties novem horas; in

Nous terminons ici le tableau des vicissitudes de la santé de Charles-Quint. Si les faits que nous venons de retracer eussent élé mieux connus, des historiens n'auraient pas cherché à expliquer l’abdication de ce monarque par des causes frivolés ou bizarres, n1 par des motifs indignes d'un si grand prince : ils en auraient trouvé l'explication toute naturelle dans l’affaiblissement successif de ses facultés physiques, qui ne lui permettait plus de tenir d'une main ferme les rênes du gouvernement le plus vaste, le plus compliqué du monde. Ils ne se seraient étonnés que d’une chose : c’est que, en proie, comme il l'était depuis longtemps, à des douleurs dont le retour devenait, chaque année, plus fréquent et plus insupportable, Charles eût conservé assez de force d'âme pour soutenir jusque-là un si pesant fardeau.

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