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Le mariage de Philippe avee Marie Tudor une fois conclu et ratifié, il importait aux intérêts de la maison impériale que le prince se rendit promptement en Angleterre. L'Empereur écrivit à son fils lettres sur lettres, afin qu'il hâtât son départ (1). Philippe, néanmoins, ne put mettre à la voile que le 13 juillet (1554). Après sept jours d’une navigation heureuse, le 19, il jeta l'ancre devant Southampton, et le lendemain il débarqua (2). Ses noces avec la reine d'Angleterre furent célébrées le 25.
(ARR re Bien conozco que para todo convernia que estubiese vo alla ântes que vos saliésedes, y seria mayor contentamiento para mi; segun lo mucho que lo desco; pero ni mis indisposiciones darian agora lugar, ni, aunque estubiese para ello, se podria poner el.armada en orden tan presto que no fuese sin comparacion de mayor inconveniente cualquier dilacion que hubiese en vuestra venida à concluir lo de Inglaterra….. » (Lettre de l'Empereur à son fils, du 19 janvier 1554, citée p. 54, note 2.)
Charles, le 51 janvier, mandait à ses ambassadeurs en Angleterre « qu'il sollicitoit, par toutes ses lettres, la briefve venue du prince. 5 (Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, p. 497.) |
(2) Journal MS. des voyages de Charles-Quint et de Philippe H, par Vandenesse. |
Lingard, Histoire d'Angleterre, &ne édition, t. H, p. 402, commet donc une double erreur de date, lorsqu'il fixe l’arrivée de Philippe devant Southampton au 18,et dit qu'il était parti de la Corogne quatre jours auparavant.
Vandenesse accompagnait Philippe en qualité de contrôleur de sa
maison,
En ce moment, l'Empereur se trouvait à la tête de son armée dans le pays de Namur, où Henri IT avait pénétré avec des forces considérables. Bien qu'il dût se faire transporter en litière, il n'avait pas voulu céder à ses lieutenants l'honneur de commander ses troupes (1). L'armée impériale était trop inférieure en nombre à celle du roi de France, pour lui livrer bataille; Charles s’attacha surtout à couvrir ses places, à harceler l'ennemi, et à le forcer ainsi à la retraite : il y réussit, sans pouvoir empêcher pourtant la dévastation de tout le pays que l'armée française traversa, depuis Dinant jusqu'à Renty (2). Là s’arrêtèrent les exploits de Henri IT. Ayant mis le siége devant cette dernière place, il fut forcé de le lever, le 15 août, non sans honte, quoi que les historiens français puissent dire (3).
(4) Voy. sa lettre du 28 juin 1554, citée plus loin.
(2) De Thou, liv. XIIL. — Sismondi, Aistoire des Francais, édit. de la Société typographique belge, t.-XIF, p. 265.
(5) La reine Marie de Hongrie écrivait, le 17 août, de Bruxelles, au baïlli du Brabant wallon, qui était dans le Luxembourg :
« Pour vous advertir de la continuation des bonnes nouvelles qu'il a pleu à Dieu donner à l'Empereur, monseigneur, Sa Magesté s’est aprochée, avecque son armée, le douziesme de ce moys, ung quart de lieue près de Renty, là où le roy de France tenoit le siége, et l’avoit desjà battu à bresche. Et, sentant ledict roy que Sa Majesté, au treiziesme et quatorziesme ensuyvant, continuoit de aprocher son armée pour le combattre, la nuict ensuyvant ledict quatorziesme, troussa secrètement son bagaige, et retira son artillerie en grande haste, et, abandonnant le siége dudict chasteau, s’est saulvé en extrême
On a pu voir déjà (4) combien Charles-Quint ayait à cœur la bonne renommée de son fils; nous en avons ici à fournir une nouvelle preuve. Dans une lettre qu'il lui écrivit le 28 juin 1554, en apprenant la perte de Marienbourg (2), il lui disait: « Nous aurions beau- » coup désiré, pour la satisfaction de la reine d'Angle- » terre, et pour d’autres considérations, que vous » pussiez rester plus de temps avec elle. Mais la con- » paissance que nous avons de votre valeur nous per-
diligence, usant du bienfaiet de la nuict et d’une grande bruyme que s’estoit eslevée le matin du xy®t, avecque grande desréputation de avoir esté contrainet laisser son emprinse, et n’oser actendre ce dont il a si souvent ceste année se vanté de le cercher.... » (Archives du royaume, papiers d'État : Lettres des Seigneurs, t. XII, fol. 459.)
Les historiens français parlent d’une escarmouche qui eut lieu le 45 août, et dans laquelle les Impériaux eurent du désavantge (Sismondi, t. XII, p. 264). Il est évident qu'ils se trompent de date. Granvelle, dans une lettre à la reine Marie, écrite du camp le 40 août, fait aussi mention d'une escarmouche; mais on va voir qu'elle eut des résultats tout différents. Voici comment il s'exprime : « Hier, à l’ar- » rivée, il y eut une bien grosse escarmouche, en laquelle sortirent » les arquebousiers espagnols et auleuns de ceulx des enscignes qui » y sont, et fut si chaulde ladicte escarmouche, que l’on y vint jus- » ques aux mains et aux espées, et que, pour non avoir loysir de » recharger les acquebuttes, l’on se servoit des affus. Mais enfin les » nostres, grâces à Dieu, demeurarent supérieurs, et y demeura des » ennemys, inortz sur place, cent et cinquante, et nul des nostres : » seulement cinq ou six blessez. » (Archives du royaume : Lettres des Seigneurs , L. XIE, fol. 451.)
(1) Page 51.
(2) Voy. l'Appendice D,
» suade que, vous trouvant si près d'ici avec les troupes » et l’argent dont vous êtes accompagné, alors que » l'ennemi a une armée plus puissante qu'on ne s'y » lait attendu, vous voudrez venir nous trouver, » non-seulement afin de vous montrer, et de gagner de » l'autorité et de l'honneur vis-à-vis des Anglais et des » autres nations, mais encore en vue d'obliger ces » provinces. C’est pourquoi j'ai résolu de vous dépêé- » cher ce courrier, et de vous inviter, après que vous » aurez passé six à huit jours avec la reine, à vous » rendre ici le plus promptement possible. Vous ferez » entendre à la reine les grandes et Justes causes qui » vous forcent à prendre ce parti, le regret que vous » éprouvez de cette absence, et l'espoir que vous avez » qu'elle sera de courte durée. Vous lui exprimerez la » confiance qu'elle et ses ministres approuveront votre » conduite, puisque, si vous agissiez autrement, vous » ne rempliriez pas vos devoirs envers moi, envers » ces provinces, envers vous-même et votre propre » réputation. »
L'Empereur changea de sentiment , quand il vit les Français se retirer devant lui. Alors il jugea que la présence de son fils convenait moins aux Pays-Bas qu'en Angleterre, où il avait à se mettre au courant de l'administration du royaume , à consolider le nouvel établissement, à gagner l'affection des grands et du peuple. I fui manda donc d'y prolonger son séjour : mais il voulut que la reine et ses ministres demeurassent convaineus que l'intention formelle du prince avait
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été de prendre part à la campagne dans les Pays-Bas,
(56) et que les ordres de son père l'en avaient seuls empêché (4).
Charles-Quint se sépara de son armée le 47 août; il
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(1) Voy., dans l’Appendice D, la lettre de l'Empereur à son fils, du 2 août 1554.
Le 4 août, Charles-Quint envoya en Angleterre Floris de Montmorency, seigneur d'Hubermont, gentilhomme de sa chambre, pour complimenter le roi et la reine. Voici des extraits de l'instruction qu'il lui donna : |
« Al rey mi hijo diréis que, por el despacho que Ilevé el correo que partiô ayer, habrä visto la determinacion que he tomado en lo que toca à su venida acà, y que, cada vez que pienso en ello, hallo ser lo mas conveniente que por el presente resida y esté con la reina, y atienda à la gobernacion de aquel reino, y asentar las cosas del ganado, ÿ procurando de atraer las voluntades, no solo à los principales, pero de los pueblos, porque con esto se podrian hacer muchos efectos en su tiempo y sazon...……. |
» Finalmente, habiéndose propuesto la instancia que el rey nos ha hecho, luego como tovo aviso de lo de Marinburch, y agora ultimamente, sobre venir & hallarse presente en esta querra, todos conformes fuéron de parescer que en ninguna manera lo debe hacer, ni apartarse de lo de aquel reino, sino procurar y enderescar lo que arriba est dicho, y dejarlo para otra coyuntura mas cierta y razonable, porque no veian agora que se pudiese hacer efecto sustancial, ni dino de que su persona viniese en lo ültimo 4 hallarse acä, porque äntes podria perder reputacion que ganarla, por muchas y suficientes causas que hay, importando tanto que en la primera jornada la adquiera, dando à conoscer al mundo lo que es razon..….. Fecha en nuestro campo, 4 4 de agosto 1554. » (Archives de Simancas, Estado, liasse 508.)
Toutes Les peines que prit Charles-Quint pour faire croire à la valeur de son fils n’'empêchèrent pas qu'on en eût une médiocre opinion dans les cours étrangères. Simon Renard, nommé ambassadeur en France après la trêve de Vaucelles, écrivait de Paris, le 8 juin 4556, à Ruy Gomez de Silva ?: « Hs ont tant d'advis que Je roy, nostre prince et
se rendit à Saint-Omer (1). Il séjourna quelque temps dans lArtois, et, le # ou le 5 octobre, il partit d'Arras, pour revenir à Bruxelles, accompagné de la reine de Hongrie, sa sœur, qui était allée le rejoindre.
Le bruit courut à Londres, à cette époque, d'un prochain voyage du roi aux Pays-Bas. L'ambassadeur de Charles-Quint en Angleterre, Simon Renard, s'empressa de lui écrire, pour lui exposer les fâcheuses conséquences qu'aurait ce voyage (2). On ne peut mettre en doute que la reine l’eût vu avec déplaisir, car elle s'était prise d'un vif amour pour son mari (3); et le peuple anglais n'aurait pas été moins blessé d’un si prompt départ. Des affaires de la plus haute gravité, d'ailleurs, réclamaient la présence de Philippe dans le pays aux destinées duquel il venait de s'associer. Le parlement allait se réunir. Marie Tudor, qui déjà avait fait revivre les cérémonies du culte religieux et de
rene ee mms te me ESRI CAPES TERRE. ENTRE EN Le ESRI LME
» seigneur, n'est prince de guerre, qu'ils tumbent en mésestime de » ses forces et grandeur, et leur croist le cueur davantaige, parlant » de ses affaires ; et, sur ces considérations, sont plus froids d'entrer » en communication de paix. » (Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, p. 595.)
(4) I écrivait, la veille, à la reine de Hongrie : « Ma disposition » est telle, que je dois craindre beaucop de choses, pour doubte que » je ne saye rattainet, et que partant me convient excuser d’estre en » campaigne tout ce que n’est de besoin... » (Archives du royaume.)
(2) Voy. sa lettre du 45 octobre, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, & AV, p. 519.
(5) Relation à Angleterre de Jean Micheli, faite au sénat de Venise le 45 mai 1557, dans les Relazioni degli Ambasciatori veneti, Àre série, t. If, p. 598.
l'administration des sacrements, telles qu’elles avaient été en usage dans les dernières années du règne de Henri VIII (1), n'entendait pas s’en tenir là, mais elle voulait rétablir entièrement l’ancienne constitution religieuse du royaume et la suprématie du pape (2 :.0r, en de semblables conjoncetures, les avis et la coopération du roi lui étaient nécessaires.
Cette entreprise difficile ayant été heureusement accomplie, Charles-Quint se flatta de la prochaine venue de son fils, et le secrétaire Erasso, qu'il envoya en Angleterre, au commencement de 1355, eut l’ordre de s'y employer avec chaleur 13). Alors les vœux de l'Empereur rencontrèrent un obstacle qu'il n'avait pas prévu : Marie, se croyant enceinte, arracha à son époux la promesse de ne la point quitter jusqu'après sa délivrance (4).
(1) Lingard, vol. cité, p. 387.
(2) Jbid., p. 405.
(5) Erasso écrivait, de Bruxelles, le 12 janvier 1555, au secrétaire Vazquez, à Valladolid : « Yo me parto mañana para allé (pour » l'Angleterre), à communicar algunos negocios, y procurar la venida » del rey. » (Archives de Simancas, £stado, liasse 509.)
Deux jours auparavant, l'Empereur mandait à Luis Sarmiento, son ambassadeur à Lisbonne : « El rey vernä aqui en acabando el parla- » mento, que sera brevemente; y lo deseo mucho, por verle y comu- » nicarlé, y dar asiento en todas las cusas, para desembarazarme é ir » à eS0S rein0s...….. » (/bid.)
(4) Lingard, vol. cité, p. 420, — Charles-Quint avait dù prendre son parti de ce retard; Granvelle écrivait, le 4% mars, à Simon Renard : « La venue du roy se différera jusques à la couche de la » royne... » (Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. XV, p. 407.)
Les ennemis de la reine prétendirent qu’elle avait feint une grossesse : mais les témoignages les plus authentiques prouvent qu'elle était dans une erreur complète ; et cette erreur, fondée sur de certains indices, fut partagée par son mari, par ses médecins, par ses femmes, par toute la cour (1). Aussi ne faut-il pas trop s'étonner, si des prières publiques furent dites pour la conservation de la mère et de son enfant, si les choses allèrent même jusqu'au point que des ambassadeurs furent désignés, avec la mission de porter aux cours étrangères la nouvelle de la naissance d'un héritier de la couronne britannique (2). Les gens de l’art avaient fixé au milieu du mois de mai la délivrance de Marie (5) : des illuminations ayant été ordonnées à Londres, dans
(1) Jean Micheli, qui résidait en ce temps à la cour d'Angleterre, comme ambassadeur de Venise, justifie la reine dans son rapport au sénat, et explique les causes de l'erreur où tout le monde était tombé ; il s'exprime ainsi : « Perchè so che quella non-gravidanza da molti » fu interpretata altrimente di quello che meritasse, perd, per cavar » d’errore aleuni di quelli che avessero creduto il contrario, non » voglio restar di dire e di assicurar la Serenità Vostra che certo non » vi fu inganno nè malizia, ma semplice errore, non solo della regina » € del re, ma delli consiglieri e di tutta la corte, che per un lungo » tempo tennce gli animi di ciascuno in quella credenza, perchè, oltra » tutti ghi altri manifesti segni di gravidanza, non vi mancù anco » quello d’ingrossar le tette e mandar fuori del latte, benchè dall » effetto fosse poi conosciuto che anco quello procedeva dalla riten- » zione dei mestrui... » (Relazioni degli Ambasciatori veneti, 1'esérie, t. Il, p. 552.)
(2) Lingard, vol. cité, p. 420.
(5) « …. Hasta después del parto de la reyna, que serä para mediado de mayo, no partira el rey para Flandes,... » (Lettre de l’'Em-
(60 ) les derniers jours d'avril, pour célébrer l'élévation de Marcel IT au pontificat, le public se persuada que Ja reine était accouchée (1); le bruit en courut aussitôt par toute l'Angleterre, d’où il se répandit sur le continent : Charles-Quint se vit obligé de le démentir dans ses dépêches à ses ambassadeurs{2). Cependant le mois de mai s’écoula, et les espérances de la reine ne se réalisèrent point : les médecins, interrogés, déclarèrent qu'ils s'étaient trompés de date; l'événement tant désiré fat promis par eux pour les derniers jours de juin (3). Marie n’abandonna tout à fait ses illusions qu'un mois après cette époque.
pereur à la princesse doûa Juana, du 20 janvier 1555, aux Archives de Simancas, Estado, liasse 809.)
(4) « El parto de la reina fué burla; que las luminarias que se hiciéron en Londres se mandäron hacer por la eleccion del papa, y tambien alli se ingaño la gente con el parto. » (Lettre de Ruy Gomez de Silva au secrétaire Erasso, à Bruxelles, du 6 mai 1555, ibid.)
(2) « No fué cierta la nueva que esa Señoria tuvo del parto de la reyna de Inglaterra ; pero esperamos en Dios que la alumbraràä presto con bien. » (Lettre de Charles-Quint à son ambassadeur à Venise, du 51 mai 1555 : ibid., liasse 509.) :
(5) C’est Ruy Gomez qui l'écrit au secrétaire Erasso, de Hamptoncourt, le 8 juin, et il y ajoute une plaisanterie qui pouvait être piquante alors, mais qu'aujourd'hui nous ne saurions comprendre : « Sepa Vm. que se nos ha alargado el parto de la reina hasta San » Juan por lo menos, porque dicen que se erro la cuenta. Con velle » una barriga mayor que la de Guticrre Lopez, me hace dudar que » no es preñada, segun lo deseo ver acabado ya. » (/bid., liasse 809.)
Charles-Quint, dans un langage plus sérieux, faisait savoir à la princesse dofña Juana que la délivrance de la reine était attendue
Quels que fussent les désirs de son père et les siens, Philippe ne put pas encore alors quitter l'Angleterre ; une autre raison l'y retenait. Le futur souverain de l'Espagne et des Indes, l'héritier de la plus vaste monarchie du monde, le prince qui, le jour de ses noces,
avait fait présent à sa femme de joyaux dont la valeur était estimée à 100,000 couronnes (1); qui avait comblé de ses libéralités les principaux seigneurs de sa nouvelle cour (2), se trouvait hors d'état, en ce moment, de satisfaire ses créanciers; il était même, selon l'expression d’un de ses conseillers les plus intimes, de Ruy Gomez, forcé de manger à crédit (5).
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pour le 20 juin : « Tengo aviso que la reyna anda muy al cabo » de ser alumbrada, é se espera que no puede tardar à lo mas largo » de aqui à los xx deste.…... » {Lettre du 14 juin 1555 : Archives de Simancas, £stado , liasse 509.)
(4) Lingard, vol. cité, p. 402.
(2) 4 use Sin dal principio, quando egli venne nel regno, sotto specie di gratitudine e di liberalità.…. parte in doni e parte in provvisioni, avendonc accettati molti nella sua casa ed al suo servizio, assegno meglio di cinquanta tre in cinquanta quattro mila scudi d'oro l’anno, che sempre sono stati pagati e si pagano tuttavia, con non essersi mai yaluto, dall” amicizia in poi, di alcuna comodità che il regno ayesse potuto offerirgli. » (Relation de Jean Micheli, déjà citée, p. 545.)
(>) A propos de la dépense qu'auraient occasionnée les obsèques de la reine Jeanne de Castille, dont il sera question plus loin, Ruy Gomez écrivait à Erasso : « Para quien agora en esta ora no tiene dos mil » ducados en toda su casa, y come prestado, Vin, podra juzgar si ser » à proposito cstorbar gastos….. »
Le 144 juin, l'Empereur mandaïit à sa fille, la princesse dofa Juana,
(62) Philippe ne voulait rien demander à la reine, ni aux ministres anglais; sa grandeur y était intéressée (1), et, du côté de l'Empereur, il n'avait aucune aide à attendre, car, à la cour de Bruxelles, les emharras n'étaient pas moins grands : « Les nécessités d'ici — écrivait le » Secrétaire Erasso — sont telles que j'ai honte de le » dire, et je déclare, foi de chrétien, que l'argent man- » que à l'Empéreur pour ses besoins journaliers (2). » Charles-Quint mandait lui-même à sa fille, la princesse dona Juana, que, depuis le commencement de l'année, — et l'on était alors au mois de juillet — il Jui avait été 1npossible de rien payer, ni des gages de ses officiers, nt de la dépense ordinaire et extraordinaire
qué les lettres de change qu'elle lui avait envoyées ne sufliraient pas au payement de la maison du roi, et que, sans une remise plus considérable, il ne pourrait quitter l'Angleterre : « Es poco el » dinero que queda para la paga de la casa del rey, é no podra salir » de Inglaterra sin tener mas provision, por lo mucho que debe é ha » menester... » (Archives de Simancas, Estado , liasse 509.)
(4) « …. Quello che lha (Philippe) ancor messo in maggior grazia è che non solo ha studiosamente negletti molti utili e molte cose dovule alla persona sua, ma, nel tempo che vi è stato, per mostrare che non vi era venuto, nè per ambizione di esser re, abbandonando lui tanti regni, nè per bisogno di valersi del loro regno, troppo ben 6onoséendo lo stato e l'inipotenza della regina, s'è sempre fatte le spese a sè ed a tutti : suoi, nelle cose minime, del suo, con quello che di Frandra € di Spagna gli era provvisto... » (Relation de Jean Micheli, ete., p. 544.)
{2} « …. La necessidad de acä es tan grande que yo he vergüeriza dé decillo, y prometo à Vin., como cristiano, que ha venido à términos que Su Magestad no ha tenido para su dispensa.….. » (Lettre du 15 juin 1555 à Vazquez : Archives de Simancas, Estado, liasse 509.)
(65) de sa maison (1). N'est-ce pas un spectacle bien curieux, que celui des deux plus grands princes de l'Europe, dont la puissance et les richesses excitaitent l'envie de tant de nations, réduits à de pareilles extrémités? Un deruier trait achèvera ce tableau. La reine Jeanne la Folle, mère de Charles - Quint, était morte le 13 avril, et il semblait que Philippe ne pût se dispenser de faire célébrér des obsèques pour son aïeule en Angleterre, dans le mêmé temps que l'Empereur accomplirait ce devoir à Bruxelles : or, une cérémonie de ce genre entrainait des dépenses assez considérables. Philippe fit insinuer à son père de les lui épargner, en remettant, jusqu à ce qu'il arrivât aux Pays-Bas, les obsèques qui devaient être célébrées dans la capitale de ces provinces. Charles- Quint n'avait pas laissé, lui aussi, de faire son calcul : s'il était d'avis qu'une solennité funèbre eût lieu en Angleterre, il entendait qu'on réservât le drap noir qui y serait employé, pour la tenture des appartements que son fils viendrait habiter au palais de Bruxelles (2). Ne
(1) « .….Todavia quedo debiendo à mi casa y à la dispensa ordiparia y estraordinaria todo lo deste año , hasta que, placiendo à Dios, me embarque... » (Lettre du 11 juillet 1555 : Archives de Simancas, Estado, liasse 509.)
(2) Ces curieuses particularités nous sont révélées par une lettre de Ruy Gomez à Erasso, du 15 mai 1555, et par la réponse de celui-ci, adressée au roi le 17 mai. Ruy Gomez était auprès du roi, et Erasso en ce moment à Anvers.
Le premier s'exprime ainsi : « El rey desea que las honras que allà » se han de hacer por la reina nuestra señora se detuviesen hasta que
» él llegase por alla à ellas, y excusar las que aqui se habian de ha-
nous récrions pas contre cette combinaison, si mesquine en apparence, du grand Empereur! Les affaires de Charles-Quint étaient loin d’être brillantes à cette époque : des guerres incessantes avaient épuisé les facultés de ses sujets (1); il avait à entretenir des armées nombreuses en Italie et aux Pays-Bas : s'il se montrait ainsi parcimonieux, c'était pour consacrer à Ja solde des troupes une partie plus considérable de ses ressources, et il n’en mérite que davantage les éloges de l’histoire.
Enfin, grâce à des lettres de change envoyées d'Espagne et à l'argent que fournit la bourse d'Anvers, Phi-
» cer. Vm., lo encamine, y avise de lo que en esto parecera à Su Ma- » gestad, que segun los lutos que aqui se han de dar, y la costa que » se hara en todo, se hallarä que montara 20,000 ducados.…. » (Archives de Simancas, Estado , liasse 809.) |
Erasso écrit au roi, d'Anvers : « Habiéndose hecho la capitulacion » de este cambio de los 500,000 ducados, volveré à Bruselas, y » hablaré à Su Magestad en que se difieran las honras, como Rui » Gomez me escribe que V. M. lo desea, hasta su venida aca, y escu- » sar de gastos lo de allä, que me parece bien. Yo avisaré de lo que » se detcrminare; y la grangeria que Su Magestad queria hacer, de » que con los paños de luto que V. M. hiciere poner alla, se podrian » tracr acà para su aposento que ha de tener en palacio, se le tor- » narä al reves... » (/bid., liasse 509.) |
L'Empereur fit en effet différer les obsèques de la reine Jeanne jusqu'après l’arrivée de son fils.
(1) Quant aux Pays-Bas, les ressources étaient à bout; Granvelle, écrivant à Philippe Il le 20 août 1555, Ie déclarait lui-même en termes formels : « ET pucblo murmura, por ser ya muy agravado; » y aunque se otorgue servicio, havrä trabajo grande en hallar » expedientes y Imedios para cobrarle. » (Papiers dÉtat du cardinal de Granvelle, L IV, p. 466.)
( 65 ) lippe put acquitter les dettes de sa maison. Le 29 août, à Greenwich, il prit congé de la reine, et, voyageant par la poste, avec une suite peu nombreuse, il alla s'embarquer à Douvres (1). Le 8 septembre, il arriva à Bruxelles (2).
Le résultat des délibérations qui suivirent son arrivée (5), et auxquelles prirent part, sans doute, indépendamment de la reine douairière de Hongrie, les deux ministres de confiance de Charles-Quint, Antoine Perrenot, évêque d’Arras, et Louis de Flandre, seigneur de Praet (4), fut que l'Empereur abdiquerait la
(4) Journal MS. des voyages de Charles-Quint et de Philippe H, par Vandenesse.
(2) On lit, dans une lettre écrite de Bruxelles, le 9 septembre, à messire Jean Carette, président de la chambre des comptes de Lille, par Waleran Hangouart, l’un des aumôniers de l'Empereur :
« Le roy d'Angleterre arrivat hier entre cinq et six heures, fort alaigre, faisant honneur à toutes les dames quy rencontroyt, ayant quasi tousjours son chappeau en sa main. L’accompaignoyt le ducq de Savoye à costé senestre. La royne (de Hongrie) n’a esté au devant de luy, et ne l’a vollu l'Empereur. Il semble, selon que j'ay peu aperchevoir, que S. M. n’a vollu que ladicte royne ayt parlé avecq ledict roy avant elle : je ne scay s’il n’y a pas quelque jalousie. Si j'estoye auprès de vous, je vous en diroye quelque chose. » (Archives du département du Nord, à Lille : Lettres maissives, liasse n° 55 bis.)
(3) Philippe écrivait, de Bruxelles, le 14 septembre, à la princesse dofa Juana : « Yo Ilegué aqui à los ocho del presente, bueno, à Dios » gracias; y à Su Magestad hallé en razonable dispusicion; y breve- » mente creo que se tomarà resolucion en los negocios que estaban » suspensos.» (Archives de Simancas, Estado, liasse 510.)
(4) Deux lettres de Ruy Gomez, écrites de Bruxelles au mois de février 1555, montrent que c'était sur ces deux personnages et sur la
(66) souveraineté des Pays-Bas, et ferait recevoir son fils comme son successeur, dans une assemblée solennelle des états généraux de ces provinces.
Arrêtons-nous un instant ici, pour faire une remarque. Charles réunissait sur sa tête la dignité impériale, la première de la chrétienté; la couronne de Castille, qui le faisait souverain de tout un monde nouveau; celle d'Aragon , dont les royaumes de Sicile et de Sardaigne formaient des dépendances : les domaines de la maison de Bourgogne, quelle que fût leur importance, ne constituaient qu'une faible portion de cette grande monarchie. Ce fut pourtant à Bruxelles que Charles résolut de manifester à l'Europe son intention de descendre du trône; ce fut entre les mains des représentants des provinces belges qu'il voulut déposer le pou: voir suprême, Quel plus bel hommage eût-1l pu rendre aux antiques institutions du pays où 1l avait reçu le jour? Quelle marque plus éclatante d'estime et d’affection eût-1l pu donner à ceux pour qui, entre tous ses sujets, il avait toujours eu une préférence marquée?
Les états furent convoqués dans les différentes provinces; et les gouverneurs, les chanceliers , ou les présidents des conseils de justice, eurent ordre de leur exposer que, les infirmités de l'Empereur ne lui permeltant plus de voyager et de prendre la peine néces-
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reiné Marie que l'Empereur se reposait, à cette époque, du soin des affairesles plus importantes. (Archives de Simancas, £stado, lasse 809.)
Le seigneur de Praet mourut le 7 octobre 4555. (Compte de la recette générale des finances de 41556, fol. 172 ve, aux Archives de Lille.)
saire pour leur bien et défense, il s'était déterminé à visiter ses royaumes d'Espagne, et à céder absolument les Pays-Bas au roi son fils; qu'il les requérait, en conséquence, d'envoyer des députés vers lui, en bon et notable nombre, avec pouvoir d'assister à la renonciation qu'il entendait faire, ainsi qu'à la réception du roi. Le 14 octobre fut indiqué comme le jour où les députés auraient à se trouver à Bruxelles. Afin de prévenir des irrégularités de forme, des modèles de la procuration dont ils devaient être porteurs, furent envoyés à toutes les provinces (L).
Les intentions de l'Empereur ne pouvaient pas rencontrer d'opposition de la part des représentants du pays, car déjà, en 1549, ils avaient reconnu le prince Philippe pour son héritier présomptif. [l n’y eut donc, sur le point principal, aucun débat entre le gouvernement et eux. Mais, dans le Hainaut et la Gueldre, les états ne voulurent autoriser leurs députés qu'à assister à l'abdication, soutenant que, selon leurs priviléges, le roi était tenu de se rendre dans la province, pour s'y faire recevoir, en prêtant les serments d'usage. La ville de Louvain éleva une difficulté analogue : sous les ducs de Bourgogne, comme sous Îles ducs de Brabant , les souverains du duché avaient toujours été inaugurés daus cetle première des quatre chefs-villes ; Charles-Quint, en 1515, et le prince Philippe, en 1549, s'étaient eux-mêmes conformés à
(4) Analectes belgiques, 1850, in-8°, pp. 70 et suiv.
(68 ) l'ancienne coutume : les Louvanistes se refusèrent à consentir qu'il y fût dérogé (4). Le gouvernement parvint à obtenir des états de Hainaut qu'ils abandonnassent leurs prétentions : mais les états de Gueldre et la ville de Louvain persistèrent dans leur refus (2). Les quatre membres de Flandre, à leur tour, soulevèrent deux questions auxquelles ils attachaient une certaine importance : ils demandèrent que la cession, par l'Empereur , des provinces des Pays-Bas, et notamment du comté de Flandre, eût lieu avec toutes les charges, personnelles et réelles, dont elles étaient grevées,'et que l'acceptation, par Île roi, ainsi que les serments qu'il avait à prêter, fussent faits immédiatement après, dans la même séance (5). Sur le premier article, le président Viglius leur donna toute satisfaction; il leur fit
(4) Les archidues Albert et Isabelle, en 4899, furent encore inaugurés à Louvain; mais Philippe IV, Charles IT et tous leurs successeurs le furent à Bruxelles.
(2) Analectes belgiques, 1. e. — L'absence des députés de Louvain à la prestation des serments, qui eut lieu le 26 octobre, est constatée par le procès-verbal de cette cérémonie, daté du même jour.
(5) « Dien volghende, zin alle de ghedeputecrde van de vier leden t’samen vergadert gheweest, ende..... wierden ghemaect zwaricheden dat, volghende den teex van de minuten van de procuratien ghezonden van den hove, den coninck van Inghelandt zoude moeten, terstont naer dat hy zoude gheaccepteert zin van alle de staten in ’t general, zynen cedt docn. Ende boven dien, de vier ledén waëeren van dén advise, volghende huerlieder Jast, by requeste te verzouckene dat de Majesteit van den coninck ‘t landt aenvaerden zoude metten laste z0 wel reele als personele. » (Lettre écrite aux avoué et échevins d’Ypres par leurs députés à Bruxelles, le 49 octobre 1555, aux Archives de la ville d'Ypres.)
(69) comprendre, sur le second, que ce qu'ils demandaient était impraticable, la santé de l'Empereur ne lui permettant pas d'ouvrir les états avant trois heures de l’aprèsmidi, ni de supporter les fatigues d'une séance qui serait excessivement longue, si le rot devait y prêter serment à quinze ou seize corps d'états, et le recevoir d'eux (4). Les états de Brabant profitèrent de la conjoncture, pour réclamer là cassation d’un concordat que le gouvernement des Pays-Bas avait signé, Île 1% novembre 1546, avec le prince-évêque de Liége, au sujet de la juridiction brabançonne et liégeoise dans la ville de Maestricht, concordat qui, selon eux, était contraire à la Joyeuse-Entrée ; l'Empereur fit droit à leur requête (2). Les états de Hollande songèrent d’abord à provoquer des explications sur le point de savoir ce qui arriverait, si le roi Philippe venait à mourir avant son
(4j « Nopende den text van de procuratie, van den eedt te doene simul et semel in eodem momento, verclacrde (le président Viglius) dat de intentie van den hove niet en was, stellende de minute van de procuratie, dat de cessie, acceptatie ende eedt zoude mocten zin up een dach, ende ’t zelve niet moghelye zinde, want, naer de dispositie van de Keys. Maj', zoude zin drie uren naer noene eer zin persoone | zoude moghen commen in de,.grote galerie, ende zo langhe niet en zoude moghen vertonnen, dat de coninck van Inghelandt ele landt zoude eedt doen appart, ende de ghedeputeerde e contra, dat ter wacren xv oft xvj landen, dat men elec appaert zoude doen een vertooch in zin tale, daernaer den ecdt hinc inde, ende by dien niet moghelyce ’t zelve te docne up een zelven dach. » (Lettre des députés d'Ypres, du 49 octobre, déjà citée.)
(2) Par des lettres en date du 25 octobre 1555, qui sont transcrites dans le registre n° 672 de la chambre des comptes, fol, 568 ve et suiv.
(70) père; mais leurs députés, en ayant conféré avec ceux de Flandre, renoncèrent à toucher ce point délicat (4). Entre toutes les provinces des Pays-Bas, celle d'Overyssel, de Drenthe et de Lingen, seule, s’excusa de se faire représenter à l'assemblée générale (2).
Au moment où il allait achever son rôle politique, Charles-Quint eût désiré avoir une entrevue avec le roi des Romains, son frère. Les rapports entre les deux chefs de la maison d'Autriche, autrefois si affectueux, si intimes (3), s'étaient refroidis depuis la diète d’Augsbourg où l'Empereur avait cherché à faire passer sur la tête de son fils la dignité impériale, au préjudiee de Maximilien, fils ainé de Ferdinand. Les archidues avaient toujours éprouvé de léloignement pour le prince d'Espagne, qui ne les aimait pas davantage :
(4) Register van Adriaan Van der Goes, IV deel, p. 122.
(2) Analectes belgiques, p. 80.
(51 L'ambassadeur vénitien Nicolas Tiepolo, dans sa relation faite au sénat en 4532, disait : « Tanta si comprende da ognuno essere » la unione delli animi di questi due fratelli e la somma riverenza » che il re de’ Romani dimostra avere all Imperatore, che si crede » che fin ch'esso Imperatore vive, mai sia per partirsi punto dal voler » suo, ma abbia a seguir sempre cosi le voglie sue come fermissime » leggi al governo ed alla vita propria, e debba avere quei medesimi » in ogni tempo per amici © per inimici che saranno tali ad esso » [mperatore. » Bernard Navagero, en 1546, parlait de l'amitié qui régnait entre les deux frères, à peu près dans les mêmes termes. Mais, en 1554, Marin Cavalli faisait l'observation que l'Empereur n'était plus avec le roi aussi bien que par le passé, à cause de la prédilection exclusive qu'il avait montrée pour l'agrandissement de son fils. Voir mon mémoire sur Les Monuments de la diplomatie vénitienne, pp. 84, 100 et 112.
(HE depuis cette époque, l'antipathie était devenue entre eux plus vive encore (4). Le mariage de Philippe avec la reine d'Angleterre venait de donner au roi des Romains et à ses enfants un nouveau sujet de déplaisir : Ferdinand avait aspiré à la main de la reine pour un de ses fils, et il s'était d'autant plus flatté de voir ses démarches appuyées par l'Empereur, qu'il était bruit par toute l'Europe de l'alliance du prince avec l'infante Marie de Portugal, fille de la reine Éléonore (2. Enfin il n'avait pas eu lieu d'être satisfait des réponses obtenues, sur des points d’une grande importance pour l'archidue Maximilien, son fils ainé, par don Pedro Lasso , qu'il avait envoyé à Bruxelles et à Londres, à
(4) Cette antipathie était connue de toutes les cours d'Europe. Les ambassadeurs de Charles-Quint en Angleterre lui écrivaient, le 27 août 1555, à propos d’un personnage que le feu roi Édouard avait chargé d'une mission diplomatique en Allemagne : « N'avons sceu » l'occasion pour quoy il soit esté envoyé, sinon (pour ce que l'on a » tenu par decà et tient-on qu'il y a mauvaise intelligence entre » Vostre Majesté et le seigneur roy des Romains, et entre Son Altèze » (Philippe) et le seigneur roy de Bohème et archiduc d’Austriche) » pour se fortifier de ce costé-là, et entretenir amytié avec ledict » seigneur roy des Romains; et faict-on grans et dangereux discours » sur la maulvaise intelligence, si icelle y estoit (que ne créons), pour » l'avenir, 'Signamment pour la succession de Son Altèze, que pour- » roit estre troublée par ce moyen. » (Archives du royaume.)
(2) Au mois d'août 1555, le baron Martin de Guzman, grand chambellan du roi des Romains, arriva à Bruxelles. Ferdinand l’envoyait en Angleterre pour solliciter, en faveur du second de ses fils, la main de la reine; mais il ne devait le faire qu'autant que l'Empereur le trouverait bon, et consentirait à appuyer ses démarches. Charles- Quint déclara à Guzman qu'il ne convenait pas, pour le moment, de
l'occasion du mariage (4). Charles- Quint, avant de s’ensevelir dans la retraite, aurait été heureux de voir la concorde rétablie entre tous les membres de la famille impériale, et la venue de son frère lui semblait propre à y contribuer; il aurait souhaité aussi d'entretenir le roi des Romains des affaires de l'Allemagne, Ferdinand ne se rendit pas à son désir : il allégua l'état de l'Empire et de ses propres royaumes, qui lui imposait le devoir de ne pas les quitter (2), et se borna — encore ne le fit-il qu'au dernier moment — à faire partir pour Bruxelles le second des archidues, celui qui portait son nom (5).
Comme on l'a vu, les lettres adressées aux états avaient fixé l’abdication au 14 octobre; cette cérémonie fut successivement reculée jusqu'au 25.
Quoique la dignité de chef et souverain de la Toison d'or fût inséparable de la souveraineté des Pays-Bas,
trans ent vor mn lt iilereres ce remes merde 0 9
parler à la reine d’un parti étranger; il lui ordonna, en conséquence, de se borner à la féliciter sur son avénement à la couronne. Il écrivit en même temps à ses ambassadeurs, pour qu'ils surveillassent les actions de l’envoyé de Ferdinand, et missent obstacle, au besoin, à ce qu'il parlàt de mariage à la reine. (Archives du royaume.)
(1) Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, pp. 521 et 551.
(2) Lanz, Correspondenz des Kaïsers Kart V, t. HE, p. 674.
(5) L'archidue Ferdinand arriva à Bruxelles le 24 ou le 22 octobre. I y a, aux Archives, la minute d’un mandement adressé par la reine de Hongrie, le 20, aux magistrats de Tongres, Saint-Trond et Malines, pour qu’ils fassent fournir à l'archiduc et à sa suite les chevaux dont ils auront besoin.
Ferdinand retourna en Allemagne le 3 novembre. Voir Lanz, ete., t. III, p. 695,
Charles-Quint voulut qu'une délibération spéciale des membres de l'ordre en sanctionnât la transmission à son fils. Dans tout le cours de son règne, il avait montré combien l'honneur d’être à la tête de cette illustre compagnie avait de prix à ses yeux; jamais il n'avait accueilli de mauvaise grâce les représentations ni même les censures de ses confrères (4) : à la veille de descendre du trône, il se plut à leur donner une dernière marque de l'estime qu'il faisait d'eux. Le 20 octobre , les chevaliers qui se trouvaient à Bruxelles, mandés par lui, apprirent de sa bouche l'intention qu'il avait de se démettre de la souveraineté de l'ordre en faveur de son fils. Le lendemain , il les réunit en un conseil qu'il présida, et auquel assista aussi le roi Philippe: les chevaliers présents étaient le duc de Savoie, les comtes de Boussu, de Lalaing, d'Egmont, d'Arenberg, le marquis de la Vère, les seigneurs de Brederode, de Bugnicourt, de Molembais et Pierre de Werchin , sénéchal de Hainaut. Charles, leur ayant rappelé la communication qu'il leur avait faite la veille, les invita à reconnaitre le roi son fils pour chef de l'ordre, après qu'il aurait été investi de la souveraineté des Pays-Bas. Philippe se retira alors, et la proposition de l'Empereur fut mise aux voix. Les. votes furent tous affirmatifs. Philippe étant rentré, les chevaliers ses confrères lui adressèrent leurs félicitations (2).
(4) Voy. l'Histoire de la Toison d’or, par M. de Reiffenberg, passim. (2) Historia de la insigne 6rden del Toyson de oro, par don Julian de Pinedo Ÿ Salazar; Madrid, imprimerie royale, 4787, in-fol., t. IF,
L’Empereurentretint après cela le conseil, de l'ordre de Saint-Michel dont il était décoré. Il dit qu'il se proposait de le renvoyer par plusieurs motifs : d'abord, pour linimitié que le roi François [® lui avait montrée jusqu’à sa mort, et qui continuait sous le roï-actuel Henri Il; ensuite, parce qu'on admettait dans cet ordre des personnes indignes d'y être reçues, telles que.des hérétiques, des traitres et d'autres infâmes; enfin, parce qu'il était résolu de ne le porter ni d'en observer les statuts en Espagne. Les chevaliers, à. l'unanimité, approuvèrent son dessein 1). |
pp. 470 et suiv. — Histoire de la Toison d’or, par M. de Reiffenberg, p. 441.
Le Petit, Grande Chronique de Hollande, in-fol., t. #, liv. VIH, p. 254, met dans la bouche de l'Empereur ces paroles adressées à son tils, en présence des chevaliers : « Voyez-vous tous ces seigneurs-icy ? » Ce sont les principaux et les plus fidèles que j'aye eu, qui ont esté » l'appuy et le soutènement de mon Empire, et par eux je suis venu » au-dessus de tant de périls et dangiers : qui est cause que je leur » ay tousjours porté une amour singulière. Si vous le faites aussi, je » suis sûr qu'ils vous porteront la mesme affection et obéissance, et » ne vous abandonneront jamais en nul besoin. Mais, si vous les » traitez autrement, ils seront cause de la perte et ruine de vos Estats. »
Alors même que ces paroles ne seraient pas tout à fait invraisemblables, il nous suffirait, pour les arguer de fausseté, du silence du procès-verbal : ear les procès-verbaux des assemblées de la Toison d'or sont très-détaillés, et ils relatent aussi bien les choses désobligeantes pour les souverains, que celles dont ils pouvaient être flattés.
(4) Historia de la insigne 6rden del Toyson de oro, ete., t. HI, p. 476. — Histoire de la Toison d’or, par M. de Reiffenberg, p. 441.
Charles-Quint avait recu l'ordre de Saint-Michel, de François I:r, en 1516. En 1551, pendant qu'il était en Allemagne, il voulut le
La séance se termina par quelques discussions sur le lieu et l'époque où se tiendrait le prochain chapitre; sur la conduite de l'électeur palatin et du duc Octave Farnèse; sur la nomination d’un trésorier de l’ordre, en remplacement de Gérard de Veltwyck, décédé. L'Empereur, dit le procès-verbal, prononça sur ces
renvoyer à Henri I}, et, le 4er décembre, les chevaliers de la Toison d'or, qu'il avait fait convoquer à Bruxelles, furent consultés sur ce point. L'assemblée vota d’abord pour le renvoi, se fondant sur l’alliance que le roi très-chrétien avait faite avec les Tures; sur ce que, au mépris de sa foi el de ses promesses, il avait suscité la guerre à l'Empereur, tant en decà qu'au delà des monts, et empêché les progrès du concile et le bien de la religion. « Mais une discussion » plus réfléchie fit naître des considérations qui déterminèrent les » chevaliers à opiner unanimement pour le parti contraire, comme » le plus prudent et le plus conforme à l'esprit de douceur et de mo- » dération que le chef et souverain avait toujours fait éclater. Ces » considérations étaient que ce renvoi, qui serait interprété comme » une renonciation absolue, de la part de l'Empereur, à toute amitié >» avec le roi très-chrétien, tant pour le présent que pour l'avenir, ne » pourrait qu'aigrir celui-ci et augmenter la désunion; que, si l'Em- » pereur ne voulait plus honorer cet ordre, il pouvait le garder et ne » le plus porter, sans rien diminuer de la vigueur des mesures qu'il » prendrait pour s'opposer à l'agression du roi de France; qu’au sur- ». plus, comme l'Empereur n'avait pas rendu cet ordre à Francois Er, » dans le temps qu'il était en guerre avec ce prince, il semblait qu'à » plus forte raison, il ne devait pas le renvoyer actuellement au roi » son fils, ete. » (Histoire de la Toison d’or, par M. de Reiffenberg, pp. 456 et 457.).
L'Empereur n'avait pas encore renvoyé l'ordre de Saint-Michel, lorsqu'il s'embarqua pour l'Espagne, et, à cause des circonstances de la guerre, ce fut seulement le 14 juillet 1558, à Villers-Cotterets, qu'Antoine de Beaulaincourt, seigneur de Bellenville, premier roi d'armes, dit Toison d'or, remit le grand collier, le manteau et le livre
différents objets un très-bon discours (4). Il eût désiré que le prochain chapitre se célébrât en Gueldre, afin de faire voir aux peuples de cette province, nouvellement conquise, la magnificence de l'ordre : mais, eu égard aux circonstances, il exprima l'avis, auquel se rangèrent {ous les chevaliers, qu'on le convoquât à Anvers (2).
Le même jour, Charles-Quint pourvut à un grand nombre de dignités ecclésiastiques et de charges civiles et militaires, qui étaient vacantes. Il nomma chef des
de l’ordre entre les mains de Jean du Thier, seigneur de Beauregard et de Menars, commis par le roi pour les recevoir.
Nous avons trouvé plusieurs pièces relatives à cette affaire, et notamment une relation de Beaulaincourt, dans les acquits des comptes de la recette générale des finances de 1557 et 1558, aux Archives du royaume. |
1 existe au même dépôt une minute, écrite de la main de l'évêque d'Arras, Antoine Perrenot de Granvelle, de la lettre que l'Empereur dut écrire à Henri 11; elle est ainsi conçue : « Très-hault prince, » m'estant, comme vous scavez, retiré, et, pour plusieurs causes à ce » me mouvans, comm il n’est besoing je vous spécifie, puisque elles » procèdent de vous et les scavez, et tout le monde en peult faire le » jugement, je me suis résolu à non plus retenir vostre ordre, et ay » enchargé à Toison d'or le vous rendre de ma part, ou à qui vous » vouldrez commectre pour le recepvoir. A tant, très-hault prince, » Nostre-Seigneur vous mecte en sa grâec. De Yust, ce . du moys
drden del Toyson de oro, ete., t. IT, p. 477.) (2) Historia de la insigne 6rden del Toyson de oro, ete, |. e. — Histoire de la Toison d’or, par M. de Reiïffenberg, pp. 449 et 445.
(T1) finances Philippe de Montmorency, seigneur d'Hachicourt, et trésorier général Pierre Boisot. Charles de Brimeu , comte de Meghem, eut le gouvernement des duché de Luxembourg et comté de Chiny; Charles, baron de Berlaymont et de Hierges, celui du comté de Namur; Jean de Montmorency, seigneur de Courrières, celui de Lalle, Douai et Orchies; le sénéchal de Hainaut, Pierre de Werchin, celui de Tournai et Tournaisis. Maximilien de Melun, vicomte de Gand, fut fait gouverneur et capitaine d'Arras, Avesnes, Aubigny et leurs dépendances; Philippe de Sainte-Aldegonde, seigneur de Noircarmes, bailli et capitaine de Saint-Omer; François, seigneur de Noyelles et de Stade, gouverneur et capitaine de Béthune; George, seigneur de Beaufort, capitaine du grand château de l'Écluse; Philippe de Chassey, capitaine du château de Rupelmonde; Adolphe de Bourgogne, seigneur de Wacken, grand bailli de Gand; Josse, seigneur de Courtewille et de Borst, haut baïlli, capitaine et chàtelain d’Audenarde ; Antoine de Northoud, haut baïlli de Termonde:; Philippe de Senzeille, vicomte d'Aublain, maire de Namur; Ferry de Carondelet, châtelain d’'Ath. Le docteur Joachim Hopperus entra au grand conseil de Malines; c'était son début dans les affaires publiques : on sait que, sous le règne de Philippe IT, il fut chargé de la garde des sceaux des Pays-Bas à Madrid. L'Empereur donna la présidence du conseil d'Artois à Pierre Asset, seigneur d'Aigny et de Naves, qui depuis, appelé à voter dans le procès des comtes d'Egmont et de Hornes, fit preuve d’une indépendance rare à cette
( 78 ) époque. Nous passons sous silence une multitude d'autres nominations dont les titulaires sont moins connus (4).
Charles-Quint, depuis quelque temps déjà, n’habitait plus l'ancien palais des ducs de Brabant; il l'avait quitté, pour établir sa demeure dans une petite maison située à l'extrémité du Parc, vers la rue de Louvain (2). La reine Marie, sans autre objet vraisemblablement que d’arrondir les dépendances du palais, avait acheté cette maison (5), en 1551, de Philibert de Mastaing, seigneur de Sassegnies : elle consistait alors dans un corps de logis, de construction récente, et un jardin (4). Au mois de janvier 1554, l'Empereur, la trouvant à son gré pour ses projets de retraite, y fit faire des restaurations et des changements, sous la direction de
(1) Voy., dans l'Appendice E, le mandement de Charles - Quint au secrétaire Bave. Nous donnons en entier cette pièce, malgré son étendue, par deux raisons : parce qu’elle forme, en quelque sorte, le testament administratif de l'Empereur comme souverain des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, et qu'elle semble prouver qu'il ne voulut pas se reposer sur son fils du soin de reconnaitre bien des services qui lui avaient été rendus.
(2) Le gouvernement Ja fit démolir au mois de juin 4778, et le terrain qu'elle occupait fut incorporé dans celui sur lequel on bâtit l'hôtel du conseil de Brabant, aujourd'hui le palais des chambres, Elle avait conservé le nom de maison de Charles-Quint. (Archives du Royaume : Érection du Pare et de la Place royale, t. XXVIL.)
(5) Pour le prix de 4,625 livres de 40 gros de Flandre.
(4) Trésorerie de la chambre des comptes de Brabant.
{ 79 } l'architecte Pierre Van Wvyenhoven. Cette modeste habitation avait un seul étage, auquel où arrivait par un escalier de dix à douze marches {1;. L'appartement de Charles-Quint se composait de deux pièces de vingt à vingt-cinq pieds carrés, dont l’une servait de salle et d'antichambre {2) : elles avaient été, par ses ordres, peintes en vert, et les murs, ainsi que les fenêtres, enétaient ornés d'écussons à ses armes, avec sa devise: Plus oultre (3). Un corridor communiquait de sa
(4) Relation du voyage de l'amiral Coligny vers l'Empereur et le roi Philippe, dans les Lettres et Mémoires d’Estat, de Ribier, t. IF, p. 655.
(2) /bid.
(5) On lit, dans le compte des domaines de Bruxelles, du 1° octobre 1553 au 50 septembre 1554, fol. czur vo:
« De weduwe wylen Gielis Van Eygenen heeft, in ‘t huys ons hecren des Keysers, daer wylen de hecre van Sassegnies plach te woenenen, een camere geschildert met groen verve, ende buyten deselve camere eenen muer gegroent met vier schildekens met ‘s Keysers wapenen, voer ïiij Rinsguld.; ende noch een camere groen geschildert met eenen stoven daer inne wesende, van denselven couleure, ende daer inne insgelyex vier schildeKens gemaect van ?s Keysers Wapenen, voer ilij Rinsguld.; ende noch in "t selve huys twec stoven ende vyff schouwen root geschildert, voer ij Rinsguld.; ende noch diversche couleuren totten wysers, aldaer gedaen voer twintich stuvers. Loopt : ij L xv s. gr. »
Les acquits du même compte, liasse 1125, contiennent la note suivante :
Partyen van gelaeswerck gelevert by Niclaus van Conincxloo, in € huys ons heeren des Keysers, duer Susseigmie plach le woonenen, sindert
a marci a x dry en vyflich voer Paisschen.
« Eerst, in ‘€ nveuw huys aldaer, gemaect ende gelevert x nyeuw
gelasen vensteren in de camere benecden, van viercante stucken,
( 80 } chambre avec une petite chapelle, où le service divin se célébrait pour lui (4). Les autres pièces étaient occupées par les personnes attachées à son service le plus intime, et par Jean de Poupet, seigneur de la Chaulx, son sommelier de corps.
Le vendredi 25 octobre 1595, un peu avant trois heures, l'Empereur partit de sa petite maison, accompagné du roi Philippe, du due Emmanuel-Philibert de Savoie, du comte de Boussu, son grand écuyer, du seigneur de la Chaulx et de plusieurs autres personnages. Ses infirmités ne Jui permettaient plus lusage du cheval : il monta une petite mule. Il se dirigea vers la cour, en longeant le Parc dans toute son étendue (2).
inhoudende 1vj ‘/, voeten, den voet tot ij ?/, st. Loopt : vij Rinsguld. j st jort.
» Jtem, in deselve vensteren gestelt thien ronden metter wapenen
van den Keysere ende plus oultre, elck ront voer ix stuvers. Loopt : iij Rinsguld. x st. »
(4) Comptes et acquits des domaines de Bruxelles, de 4554 et (2) Sommaire descriplion de ce que, par un vendredy, xaxv° jour d’octobre ve lv, fut fait en la ville de Bruxelles, où estoient appellez et congrégez par la Majesté de l'Empereur les eslalz de lous ses pays d’embas, à raison du dévosement que feit à Philippe, par la grâce de Dieu, son très-chier el bien amé filz, prince des royaulmes d'Espaigne et roy d'Angleterre. ut
Ce document, qui existe en copie dans un manuscrit des Archives du royaume, intitulé Miscellanea Loyens, doit avoir été rédigé par un contemporain, et probablement par quelqu'un qui assistait à la cérémonie. [ est à regretter que la copie que nous avons soit fautive : mais je n'en ai pas moins cru devoir lui faire plusieurs emprunts.
C'était la grande salle du palais (1) — celle même où, quarante années auparavant, il avait été émancipé, en presence des états — que l'Empereur avait choisie pour limposante cérémonie dont le bruit allait bientôt retentir dans l'Europe entière. Par les soins de la reine Marie, cette vaste salle avait été décorée avec magnificence. Tout autour on voyait la tapisserie de la Toison d'or, représentant l'histoire de Gédéon (2). Une estrade, couverte de riches tapis, occupait le fond de la salle du côté de l'occident; on y avait placé le dosseret aux armes de Bourgogne, avec trois fauteuils : l'un pour l'Empereur , le second pour le roi Philippe, et le troisième pour la reine. À droite et à gauche du dais, des bancs tapissés étaient disposés pour les chevaliers de la Toison d'or, les princes et grands seigneurs , et les ministres qui composaient les trois conseils collatéraux. En bas, et vis-à-vis de l'estrade, il y avait des bancs non Lapissés pour les membres des états (5. Un espace séparé de cette partie de la salle par une barrière avait été réservé pour le public.
L'Empereur, à son arrivée au palais, monta dans la chambre qu'il avait eu l'habitude d'occuper : comme on lui dit que le peuple avait envahi plusieurs des
Eu
(1) Ce palais n'existe plus; il fut réduit en cendres par un incendie qui éclata dans la nuit du 5 au 4 février 1751.
(2) « La plus riche et exquise tapisserie qu’on saurait avoir veue. » Sommaire description, etc.
(5) La forme que usoit l'Empereur, en faisant la cession des Pays- Bas, dans les A nulectes belgiques, pp. 75 et suiv.
pièces voisines, il ordonna qu'elles fussent évacuées sur-le-champ: ce qui ne se fit pas sans exciter quelques murmures (1). Peu après, il se rendit dans la salle des séances du conseil privé, où l'attendaient le roi, la reine Marie, le duc de Savoie et les chevaliers de la Toison d'or (2). Pendant ce temps, les députés aux états généraux arrivaient et prenaient les places qui leur étaient assignées, selon l'ordre observé de tout temps entre les provinces : les duchés venant d’abord, et à leur tête le Brabant; les comtés ensuite, parmi lesquels le premier rang appartenait à la Flandre, et puis les seigneuries. Jamais peut-être l'assemblée des états généraux p'avail été aussi nombreuse ni aussi brillante; la Flandre seule y comptait près de cent représentants (5). L'espace réservé au public avait été de bonne heure envahi par la foule.
(1) Sommaire description, etc. L'auteur dit, après avoir rapporté l'ordre de l'Empereur : « à quoi il fut obéy en telle manière que » plusieurs notables seigneurs et personnages des estatz s’en ressen- » tirent et irritèrent, selon qu'il se peut bien veoir et scavoir. »
(2) /bid.
(5) Une relation de l’abdication en vers espagnols, tout à fait contemporaine, puisqu'elle est insérée dans le Cancionero, édition de 1557, porte à plus de mille le nombre des personnes présentes :
. Pasahban de mil personas Las que en la gran sala habia.
(Romancero Castellano, por Dépping, con las molas de D. Antonio Alcala Galiano; Leipsick, Brockhaus, 1844, in-12 , 0. 49°, p. 416.)
On trouvera, dans l’Appendice F, la liste des députés aux états généraux qui assistaient à la cérémonie.
Lorsque tout le monde fut placé, non sans peine (1), la grande porte de la salle, que gardaient les archers et les hallebardiers de la cour, s'ouvrit, et l'Empereur parut. Aux derniers états généraux tenus dans le même heu, le 4% mars 1954, Charles-Quint avait fait son entrée, s'appuyant sur un bâton (2): cette fois il entra , tenant aussi de la main gauche un bâton pour se soutenir, mais ayant de plus la main droite appuyée sur l'épaule du prince d'Orange (5). À sa suite marchaient le roi Philippe, la reine Marie, le duc de Savoie, les chevaliers de la Toison d'or, revêtus de leur grand collier, les membres des conseils collatéraux et les officiers des trois maisons royales (4).
Les états, à l'aspect de leur souverain, se levèrent avec empressement et sinclinèrent. L'Empereur, leur rendant leur salut, se dirigea vers l'estrade. Il prit place sous le dais, dans le fauteuil disposé au milieu, faisant asseoir à sa droite le roi Philippe, et à sa gauche la reine Marie. Le duc de Savoie occupa un siêge par-ticulier auprès de la reine. Les chevaliers de l’ordre, les membres des conseils, se placèrent sur les bancs
(4) On lit, dans la Sommaire descriplion, que les huissiers firent « tout leur debvoir d'y donner la meilleure police que leur fut pos- » sible, mais que l’immodestie d’aulcuns en obvia, de manière qu'il » eust grande division et foulée à ladicte entrée. »
(2) Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2me série, L. V, p. 76.
(3) Sommaire description, etc.
(4) La forme que usoit l'Empereur, etc., dans les Analectes,
(84) qui leur étaient destinés. Les seigneurs et les gentilshommes qui ne remplissaient que des charges de cour, restèrent debout au pied de lestrade. L'Empereur commanda aux états de s'asseoir (1).
Un silence profond s'établit en ce moment. Sur un signe de l'Empereur, le conseiller Philibert de Bruxelles s'approcha, et Charles lui donna l’ordre d'exposer à l'assemblée les motifs pour lesquels elle était convoquée. Philibert de Bruxelles, anversois, fils d'un conseiller au grand conseil de Malines, avait lui-même assez longtemps siégé dans ce tribunal suprême, en la double qualité de conseiller et d'avocat fiscal. En 1550,
(1) La forme que usoit l'Empereur, etc., dans les Analectes, p.78:
Des historiens ont fait assister à l’abdication la reine Eléonore, l’archidue Ferdinand ct les ambassadeurs des puissances étrangères. Aucun de ces personnages n’est mentionné, ni dans la relation officielle conservée aux Archives du royaume ( La forme que usoit lEmpereur, etc.) ni dans la Sommaire description, et, d’après les dispositions prises, telles que les rapporte le premier de ces documents, on ne voit pas quelle place ils y auraient occupée.
M. Diegerick, conservateur des archives de la ville d’Ypres, à qui j'ai déjà eu tant d'obligations, m'a communiqué un Mémorial conservé dans ces archives, et où est consigné un récit de la cérémonie du 25 octobre, écrit indubitablement par quelqu'un des députés d'Ypres qui y étaient présents. Ce récit ne parle non plus, ni de la reine Éléonore, ni de l’archiduc, ni des ambassadeurs; voici ee qu'il contient :
« Te deser vergaderinghe waren de coninck van Inghelant, de coninghinne van Hongrie, regente, enz., de ridderen van den ordene, te wetene : le due de Savoye, le comte d’'Egmont, le Sr de Beverce, Ie S' de Brederode, le Sr de Lalaing, le S' de Bossu , le sénes-
il avait été nommé conseiller au conseil privé, et, depuis deux ou trois ans, il faisait partie du conseil d'État. Il passait pour être un savant jurisconsulte.
Bruxelles déduisit d'abord les raisons déjà connues qui contraignaient l'Empereur d’abdiquer la souveraineté des Pays-Bas, pour se retirer en Espagne, dont l’air convenait mieux à sa santé, laquelle « s’ou- » trageoit grandement par les froidures. » Il dit ensuite que, ne doutant point de l’acceptation des états, l'Empereur remettait entre les mains du roi son fils l'entière possession du pays, et les déliait de leurs serments; qu'il les priait de prendre de bonne part ce qu'il
chal de Haynau, le S' de Bugnicourt, le Sr de Arremberghe, le Sr de Molembais. »
La relation espagnole rimée est d'accord avec ces divers documents:
A veinte y cinco de octubre Concertado lo tenian :
Ano de mil y quinientos Cincuenta y cinco corrian.
Viernes era por la tarde,
A las tres horas seria, Cuando el Emperador vino, Y el rey que con el venia,
Con el duque de Savoya, Tambien la reina Maria, Caballeros del Toson, Cuantos en el reino habia,
Y los estados de Flandes, Con muy gran compania, Enträron en una sala :
La gran sala se decia.
(Romancero Custellano , ete., t. 1 ,p. #16.)
Il est cependant certain qu'au moins l'ambassadeur d'Angleterre,
avait fait pour leur bien; qu'il regrettait de n'avoir pu faire davantage, car « tout se devoit à de si bons et » loyaux sujets »; qu'il les remerciait du concours qu'il avait trouvé en eux tous, des bons avis qu'ils lui avaient donnés, des grandes et notables aides qu'ils lui avaient fournies. Voulant, au moment où il prenait congé d'eux, leur prouver encore sa sollicitude, 1l leur recommandait le service de Dieu, le maintien de sa sainte foi et religion, l'obéissance due à l'Église, l'observation inviolable des édits qu'il avait publiés à cette fin : il attachait à cet objet une importance capitale, et 1l chargerait très-expressément le roi son fils d'y consacrer des soins particuliers. [l les exhortait, enfin, à révérer la justice, « sans laquelle le corps mystique de la répu- » blique ne se peut soutenir », à vivre en bonne union, en s’aidant les uns les autres, et à se montrer envers le roi aussi loyaux et affectionnés sujets qu'ils n'avaient cessé de l'être envers lui !4).
La harangue du conseiller Bruxelles avait été écoutée avec faveur. L'attention de l'assemblée redoubla, lorsqu'on vit l'Empereur se disposer à parler lui-même.
sir John Mason, assista à la cérémonie, puisqu'il existe de lui, au State-Paper Office, à Londres, une lettre où il en rend compte. Du reste, ce diplomate ne eite point, parmi les personnages présents, l’archidue Ferdinand, ni la reine Éléonore. (Voy. The life and times of sir Thomas Gresham, etc., par John William Burgon; Londres, 1859, t. I, pp. 175 et suiv.)
(4) J'ai donné le discours du conseiller de Bruxellés dans les Analectes belgiques , pp. 84-87.
(87) Charles-Quint mit ses lunettes; et, jetant les yeux, pour aider sa mémoire, sur des notes contenues en un peüt papier qu'il tenait à la main (1), il improvisa un
(4) Je suis ici la Sommaire description et le Mémorial d'Ypres.
On lit, dans la première : « Enséquamment, Sa Majesté Impériale, » après avoir ung peu pensé, mist ses lunettes, et leut en ung petit » papier certain escript, puis forma son propos en telles et sem- » blables parolles d’effect et substance, etc. »
Voici ce que contient le Mémorial d’Ypres : « Dacrnaer, de Keys. » Mat, in zyne handen hebbende zekere rolleken, daerinne stonden » diversche pointen, vertoochde die by ordene : dat hy, x jaeren » gheduerende zyne regne, nooyt en ruste ghewcest hadde, vele * faicten van oorloghe ghedaen hebbende ende te vele stonden de zee » ghetransverscert; Zyne Mat niet moghelie zinde langher zyne per- » soene daerinne te traveillierene ende continuerene, midts zynder » indispositie ; alvooren ghezocht hebbende alle middelen omme » dese landen in paise ende tranquilité te stellene, daertoe den co- » ninck van Vrankricke in gheene redene heeft willen verstaen; in » meéeninghe zinde alle dese landen van harrewaersovere te cederene » ende te transporterene in de handen van den coninek van Inghe- » lant, ende daernaer, met te gracie Godts, hem te transporterene + naer zin coninckricke van Spaengnen. »
Pontus Heuterus fait parler l'Empereur debout, la main droite appuyée sur un bâton, la gauche sur l'épaule du prince d'Orange : « Surgens igitur, et in pedes stans, dextra ob imbecillitatem sci- » pioni, sinistra humero Guilielmi Nassovii, Aurantii principis, in- » nixus, etc. » ( Ponti Heuteri rerum Austriacarum libri XV, 1645, in fol., p. 558.)
Pontus Heuterus assistait à la cérémonie, et son témoignage a, par cette raison, beaucoup de valeur : mais, lorsqu'il écrivit son livre, quarante années s'étaient écoulées depuis l'événement, et sa mémoire pouvait s'être altérée.
Il y a à coup sûr de l'inexactitude dans son récit : car comment Charles-Quint eût-il pu jeter les yeux sur le petit papier où il avait
discours dont la substance, sinon le texte même, nous a été heureusement conservée par une main fidèle (4):
Il le commença, en disant aux états que, quoiqu'ils eussent appris, par les paroles qu'ils venaient d'entendre, les causes de son abdication, il croyait devoir y ajouter quelque chose. Il leur rappela qu'il y'avait eu quarante ans, la veille des Rois, dans le même lieu et quasi à la même heure, que l'Empereur son grand-père l'avait émancipé; qu'il n'avait alors que quinze ans; qu’en 1516, le roi catholique étant mort, il fut obligé
écrit les points dont il se proposait d'entretenir les états, ayant une main sur l'épaule de Guillaume de Nassau, et tenant de l’autre un bâton? comment d’ailleurs eût-il pu rester si longtemps :debout ?
(4) Un sommaire du discours de Charles-Quint est aux Archives du royaume, avec le titre de Recueil de ce que l'Empereur dit de bouche aux estatz généraulx de par decü, le xxv®e d'octobre 1555, après la proposition faite par le conseillier; noté par quelque bon personnaige estant à ladicte assemblée. Je lai publié dans les Analectes belgiques, pp. 87-91.
Je suis persuadé que le bon personnaige auquel il est fait allusion dans le titre que je viens de transcrire, n’est autre que l’évêque d'Arras, depuis cardinal de Granvelle. Ce ministre avait toute la confiance de Charles-Quint : il est naturel de croire que l'Empereur lui remit ses notes, après la séance, pour en former une rédaction officielle, qui püt être communiquée aux provinces. Et, en effet, je trouve le Recueil dans le Mémorial d'Ypres, dans le MS. 145208 de la Bibliothèque royale, etc.
On a cru que la pensée et les expressions de l'Empereur étaient mieux rendues dans le discours que lui prête Pontus Heuterus que dans le Recueil, et cela parce que Heuterus, comme je lai dit déjà, était présent. On n’a pas réfléchi que cet historien, alors âgé de vingt années seulement, était perdu dans la foule, et'au bout de la salle, où
(89) de passer en Espagne l'année suivante; qu’en 1519, il perdit l'Empereur son aïeul; qu'alors il sollicita l'élection à l'Empire, « non pour ambition d'avoir plus de » seigneuries, mais pour le bien de plusieurs de ses » royaumes et pays, et principalement de ceux de par » deçà; » que, depuis, 1l avait fait neuf voyages en Allemagne, six en Espagne, sept en Italie, dix aux Pays-Bas, quatre en France, deux en Angleterre, et deux en Afrique, sans compter ses visites en ses autres royaumes, pays et îles, lesquelles avaient été nom-
probablement il n’entendit rien du discours. I est facile de s'assurer, d’ailleurs, qu'il n’a fait qu'amplifier le Recueil, dont il avait pu aisément se procurer une copie.
Quant à Sandoval, il s’est borné à traduire littéralement Pontus Heuterus.
En résumé, je considère le Recueil comme reproduisant, avec le plus de fidélité, les propres paroles de Charles-Quint, et c’est pourquoi je m'en écarte le moins possible.
Dans le MS. 15209 de la Bibliothèque royale, il y a une relation sommaire, qui parait avoir été faite pour le magistrat de Bruges, de la cérémonie du 25 octobre, avec tous les discours qui y furent prononcés. Voici ce qui y est dit, à la suite du discours du conseiller Bruxelles : « Ceste proposition ainsi finie, la Majesté Impériale ré- » pétoit de bouche les causes de son partement susdéclarées, avecq » les mesmes admonitions et exhortations, après toutesfois tout du » Jloing avoir déduit toutes ses avantures, dès le commenchement de » ses royalmes et la susception de ses pays de par dechà, qu'il estoit » de l’eaige de quinze ans, jusques au temps présent. » Puis vient le sommaire du discours de Charles-Quint, tel qu'il est aux Archives du royaume, et que je l'ai donné dans les Analecles belgiques.
On peut voir aussi l'analyse du discours de l'Empereur, donnée par l'ambassadeur anglais, sir Jobn Mason, dans The life and times of sir Thomas Gresliam, ete; t. T, pp. 174 et suiv.
(90) breuses, et son passage par la France, en 1539, qui n'était pas la moindre de ses entreprises; qu'il avait, dans ces divers voyages, traversé huit fois la Méditerranée et trois fois l'Océan.
Il fut ainsi amené à parler de la reine Marie, à qui il avait confié le gouvernement des Pays-Bas pendant ses absences de ces provinces, et, prenant les états à témoin, il loua la sagesse et l'habileté de son administration.
Il exprima le regret de ne pouvoir, à son départ, laisser le pays en repos, s’en référant, sur ce point, à la communication, que la reine avait donnée à chaque province en particulier, de ce qui s'était passé entre ses ambassadeurs et ceux du roi de France, dans les conférences tenues à Marcq, près d'Ardres, par la médiation de la reine d'Angleterre (4). Il assura les états que si, sous son règne, ils avaient eu à soutenir fréquemment la guerre, ç'avait été contre sa volonté; que, chaque fois, il s'était vu forcé par ses ennemis de prendre les armes pour sa défense.
Tant de choses qu'il avait accomplies n'avaient pu
(4) La reine avait appelé à Bruxelles, au mois de septembre, des députés de toutes les provinces, et elle leur avait fait part de l'insuccès des négociations qui s'étaient ouvertes, au mois de mai, à Maregq : l’attribuant « à ce que l’on avoit clèrement trouvé le roy de France » n'avoir aucune volonté à la paix, quelque semblant qu'il en eût » voulu faire, pour abuser le monde à son accoustumé, à laquelle » fin ses députez avoient contredict tous moyens raisonnables, et » rejecté ceulx qui par les médiateurs furent mis en avant. »
l'être — poursuivit-1l — sans de grandes fatigues, comme il était aisé de le voir par l'état où il se trouvait. Aussi y avait-il longtemps qu'il sentait son insuffisance, et il n’eût pas attendu jusque-là pour déposer un si lourd fardeau, si l'incapacité de la reine, sa mère, et le jeune âge du roi, son fils, n'y avaient mis obstacle. Il avait eu surtout le dessein de s’en décharger lors de son dernier départ pour l'Allemagne (1); mais les affaires étaient alors en une extrême confusion, et, ne se sentant pas encore si indisposé, il ne voulut point abandonner à un autre la peine de les rétablir.
Il raconta, après cela, en quelques mots son entreprise contre Metz, et ses deux expéditions, de 1553 et de 155%, contre le roi de France, parlant de la dernière, où, ainsi qu'on l'a vu, 1l avait forcé Henri IT de lever le siége de Renty, dans les termes les plus réservés, disant qu'il avait fait ce qu'il avait pu, et qu'il lui déplaisait de n'avoir pu mieux faire.
Il ajouta que, comme il se voyait actuellement tout à fait inutile, que Dieu avait retiré de ce monde la reine sa mère, et que son fils, ayant atteint l’âge d'homme, pouvait mieux que lui remplir envers ses petples les obligations attachées au pouvoir suprême, il n'avait plus voulu différer la renonciation pour laquelle les états étaient réunis. Il les pria de ne pas croire qu'il abdiquât afin de s’épargner les peines, dangers et travaux qui pourraient lui survenir, mais uniquement à
(4) Au mois de juin 4550. Voy. p. 20.
(%) cause de l'impossibilité où il était de s'occuper encore des soins du gouvernement.
Il leur recommanda son fils; et, revenant sur ce que le conseiller Bruxelles leur avait déclaré de sa part, 1l les convia à conserver entre eux l'union dont 1ls ne s'étaient jamais départis, à soutenir la justice, surtout à ne pas permettre que l'hérésie se glissât dans le pays.
Sa péroraison fut des plus touchantes : « Je sais » bien, messieurs, — dit avec modestie ce grand » prince, — je sais bien qu'en tout mon temps j'ai » fait de grandes fautes, tant par mon jeune âge, par » ignorance et par négligence, qu'autrement; mais » bien vous puis-je certifier que jamais je n'ai fait » force, tort ni violence, à mon escient, à aucun de » mes sujets. Si j'en ai fait quelque une, ce n'a été à » mon escient, mais par ignorance. Je le regrette, et » j'en demande pardon. »
Le discours tout entier de Charles-Quint avait produit une vive impression sur l'assemblée; ses dernières paroles, prononcées avec l'accent du cœur, mirent au comble l'émotion des assistants. Des larmes coulaient de tous les yeux; on entendit même des sanglots éclater sur divers points de la salle. Jamais spectacle plus touchant n'avait été offert au monde. Charles ne put résister à l'attendrissement universel; il pleura aussi (1):
LA
(4) Ces faits sont attestés par deux témoins oculaires : sir John Mason et Pontus Heuterus.
Mason s'exprime ainsi : « And here he brake into a weeping, » whereunto, besides the dolefulness of the matter, F think he was
Il était d'usage, dans les assemblées des états généraux, que la réponse à la remontrance. du souverain füt faite par le greffier des états de Brabant, ou par lun des pensionnaires des chefs-villes de la même province. Ce fut le pensionnaire d'Anvers, Jacques Maes (1), qui, cette fois, servit d'interprète à l'assemblée. Cet orateur jouissait d'une grande réputation d'éloquence; son discours ne brilla pourtant que par la diffusion et l'emphase. Les états — dit-il en substance — avaient appris avec un regret inexprimable la détermination de l'Empereur : il n'y avait chose qu'ils eussent désirée plus que de continuer à vivre sous son juste, bénin et modéré gouvernement; et ni la diffi-
* moche provoked by seing the whole company to doo the lyke be- » fore; beyng in myne opinion not one man in the whole assemblie, » stranger or other, that dewring the tyme of a good piece of his » oracion poured not oute abondantly teares; some more, some » Jess.» (The life and times of sir Thomas Gresham, ete., t. 1, p. 175.)
Et Pontus Heuterus : « Auditus est ab omnibus summa cum atten- » tione; cumque rerum veritate, dicendi suavitate gravitateque, » Omnium animos commovisset, magno numero praesentes lacrymas » fundebant, singultusque adeo sonoros edebant, ut ipsum Cacsarem » reginamque Mariam collacrymari cogerent, mihi certe universam » faciem madefacerent. » (Rerum Austriacarum libri XV, p. 559.)
(4) Maes était peu aimé à Anvers, où, six mois auparavant, il avait été la cause d’une commotion populaire. (Papiers d'État du cardinal de Granvetle, t. IV, p. 426.)
L'Empereur, à cette occasion, le nomma (4 mai 1555) conseiller ordinaire au conseil de Brabant, pour remplir la première place qui viendrait à y vaquer. Il prêta serment en cette qualité le 20 décembre suivant. (Acquits des comptes des domaines de Bruxelles, de 1555, aux Archives du royaume.)
(9%) culté des circonstances, ni les calamités de la guerre actuelle, ni d'autres adversités quelconques , n'étaient capables d’altérer leur amour et leur dévouement pour lui. Ils lui eussent donc fait d'instantes et humbles prières, afin d'obtenir qu'il revint sur la résolution qu'il avait prise, s'ils n'avaient su qu'elle était irrévocable et dictée par des motifs impérieux. Aussi, quelque grand déplaisir qu'ils en eussent, les états se soumettaient à sa volonté. Ils étaient prêts, suivant les pouvoirs qu'ils avaient de leurs commettants, à accepter la cession qu'il faisait des Pays-Bas, à recevoir et inaugurer le prince son fils, à le servir « non-seule- » ment à la mesure de l'obligation qu'ils y avoient, » mais de l'extrémité de toutes leurs forces et pou- » voirs, tant ès corps que ès biens, et ce avec la » mesme dévotion, amour, zèle et affection qu'ils » avoient par ci-devant fait à S. M. [. » L'organe des états eût certes commis une inconvenance, si, à cette occasion , 1l n'avait pas fait entendre quelques paroles flatteuses pour Philippe; mais ne passa-t-il point les bornes, lorsqu'il énonça l'assurance que ce prince serait l'imitateur des divines et héroïiques vertus de son père, lorsque surtout 1l déclara que les états le trouvalent « tant mervetllensement doué de Dieu et de la » nature, que, S'ils avoient la liberté du choix, ce » seroit encore sur lui qu'ils Jetteroient les yeux, puis- » qu'uls ne pourrotent trouver au monde un prince si » parfau et si accompli de toute part? » 1 demanda ensuite à l'Empereur la continuation de sa bienveillance pour le pays, lui offrit cent mille bons souhaits
(95 ) pour l'heureux succès du voyage qu'il allait faire, non sans exprimer le vœu qu'il le remit à une saison plus propice, et il conclut en promettant que les états auraient égard à ses sages avertissements, en ce qui concernait le maintien de la justice, Punion des provinces et l'observance de la religion (4.
Les propositions soumises aux états généraux ayant reçu leur assentiment, il ne restait à Charles Quint qu'à investir son successeur de la souveraineté qui venait de lui être déférée. Philippe se jeta aux genoux de son père, et voulut lui baiser la main. L'Empereur le fit relever, le serra tendrement dans ses bras, et lui dit en espagnol : « Mon cher fils, Je vous donne, cède » et transporte tous mes pays de par deçà, comme je » les possède, avec tous les avantages, profits et émo- » Juments qui en dépendent. Je vous recommande la » religion catholique et la justice 2). »
Philippe répondit à son père, dans la même langue : « Sire, vous m'imposez une très-grande charge. Néan- » moins, J'ai toujours été obéissant à Votre Majesté,
(1) Ce discours est dans les Analectes belgiques, pp. 91-97.
(2) :« Voort zo es de coninck van Iughelant upgestaen, ende es de Keizerlicke Majesteit, zyne her vadere, up zin knien ghevallen. Den Keysere heeft hem in zyne aermen ghenomen, in spaensche tale zegghende dese ofte ghelyke woorden : « Myn lieve ende eygen zone, » ic gheve, cedere ende transportere u alle myne landen van harrc- » waersovere, alzo ic die possessere, met alle de baten, profiten » ende emolumenten, u recommanderende ‘t religie van de heleghe » Kercke, de goede pollitie ende de justitie, verzouckende an alle
( 96 } » et je me soumettrai encore à sa volonté, en accep- » tant les pays qu'elle me cède. Je supplie Votre Ma- » jesté de vouloir les secourir et les avoir en bonne » recommandation (4). »
a nee rer greg mere eme
» de staten te blivene in goede unie, zo zy gheweest hebben. » (Mémorial d’Ypres.) Dans la relation en vers espagnols, cet incident est rapporté ainsi :
Luego se levanto el rey,
Y al Emperador decia, Estando en pie sin bonete, La merced que le hacia.
Hincandose de rodillas, El rey la mano pedia Para besarle à su padre, Que därsela no queria.
Echole al cuello los brazos :
Que se levante porfia , Con lagrimas y no pocas,
Que de padre y hijo habia.
Lloraron reyes y reyna, Y los grandes que alli habia.
(Romancero Castellano, t 1, p. 417.)
Voici comment s'exprime l'ambassadeur anglais Mason : « Philip » made à dutiful speech in reply, and concluded by offering to kiss » his father’s hands; but being not suffred so to doo, they embraced » cach other in soche sorte as might well appere a loving meeting » between the affections of the father and the son. » (The life and times of sir Thomas Gresham, ete., t. 1, p. 176.)
(4) « Daerup de coninck andwoorde in spaensche an den Keysere : “ Sire, ghy gheeft my een zcer groot last. Nietmyn ie hebbe Uwe » Majesteit altyts onderdanich gheweest, ende noch zal vulcommen » uwe begheerte, accepterende dezelve landen , biddende Uwe Majes-
Cette scène attendrit encore beaucoup l'Empereur, qui, se tournant vers les états, leur dit : « Messieurs, » vous ne devez être émerveillés, si, vieux et débile » de tous mes membres, tel que je suis, et aussi pour » l'amitié, je verse quelques larmes (1). »
Alors un secrétaire donna lecture des lettres patentes de cession, portant la date du même jour, et relatant la remontrance faite aux états, ainsi que le consentement donné par eux (2). Par d’autres lettres, égale-
ment datées du 25 octobre (3), l'Empereur avait con-
» teit dezelve landen te willen secourerene ende t’hebbene in gocde » recommandacic. » (Mémorial d'Ypres.)
Il y a, aux Archives de Simancas, Estado, liasse 510, une lettre de l'Empereur à la princesse dôña Juana, écrite Ie même jour, 25 octobre, avec un post-scriplum de Philippe IH, où il s'exprime ainsi :
« Señora hermana, por lo que ha escrito € scrive el Emperador, vera Vuestra Alteza el término en que esta lo de aqui, que Su Magestad me renuncié hoy ; y son tan trabajosas (?) que lo uno y lo otro me tiene con harto cuidado, mayormente sabiendo como esta lo de alla y la dificultad grande que hay en lo del dinero : pero ya Su Magestad ha querido ponerme en esto, y han d’estar sobre mi cosas de tan gran peso y importancia, donde va mi honor y reputacion, etc. »
(1) Sommaire description, etc. — The life and times of sir Thomas Gresham, 1. c.
(2) Ces lettres sont dans les Analectes belgiques, pp. 102 et suiv.
(5) Ellessont dans le MS. 15208 de la Bibliothèque royale.
L'indult de Léon X était de l'année 1515. Il accordait à Charles- Quint, tant qu'il vivrait et qu'il demeurerait en l'union de l’église romaine, obédience et dévotion du siége pontifical, le droit de nomination à toutes dignités abbatiales; et, quant aux autres dignités ecclésiastiques, séculières et régulières, il portait qu'elles ne pourraient être données qu'à des personnes naturelles des pays de l’archiduc, et qui lui fussent agréables.
( 98 ) stitué Philippe son vicaire et lieutenant pour l'exereice des droits de nomination aux dignités ecclésiastiques, dont il était en possession en vertu d'un indult de Léon X; mais de ces secondes lettres, 1l n’en fut pas donné communication aux états.
Jusqu'à ce moment, le nouveau souverain n'avait pas encore adressé la parole à l'assemblée. Après que les patentes de cession eurent été lues, Philippe, qui était retourné à sa place, dit aux états, sans se lever de son siége (1) : Messieurs, combien que j'entends raisonnablement le langage françois, si ne l'ay-je encoires si prompt que pour vous povoir parler en icelluy. Vous » entendrez ce que l’évesque d'Arras vous dira de ma part (2). » | Granvelle, à ces mots, s’avança. Soit que, dans le public, on accusât le roi d’avoir influé sur la détermination de son père, soit que Philippe voulût aller audevant de cette accusation, Granvelle employa la moitié de son discours à convaincre les états que le commandement exprès et réitéré de l'Empereur avait pu seul déterminer son fils à accepter la renonciation qui venait d'être faite en sa faveur. Il remercia, en termes
LA
(4) C’est ce que dit positivement le Mémorial d'Ypres : « Dit ghe- » daen zinde, den coninck van Inghelandt, ghezcten zinde, zeide, » in fransche tale, an alle de staten dat, etc, »
On peut encore, d’après ce fait, juger si Charles-Quint avait parlé debout, comme le rapporte Pontus Heuterus.
(2) Nous avons la copie de ces paroles aux Archives du royaume, de la main du président Viglius, et on lit en tête : « Ce que dit le » roy de mot à mot, en aussi cler langaige comme il est escript.»
Selon presque tous les historiens, Philippe se serait excusé de ne
affectueux , les états, au nom du roi, de la bonne volonté avec laquelle ils l'avaient recu; il exprima l'espoir que des sujets aussi fidèles, aussi loyaux , aussi affectionnés qu'ils l'étaient, correspondraient toujours à l'amour de leur prince pour eux; il les assura qu'il n'épargnerait rien, pas même sa propre personne, afin de leur procurer le repos et la prospérité. Le conseiller Maes avait supplié le roi de ne pas s'éloigner des Pays- Bas, tant que durerait la guerre avec la France : Granvelle répondit que le roi resterait avec eux aussi longtemps que ses affaires le lui permettraient, et qu'il reviendrait toutes les fois que sa présence serait nécessaire : promesse dont, malheureusement pour lui et pour la Belgique, Philippe ne se ressouvint pas dans la suite. Granvelle, continuant, déclara que le roi, selon les intentions de son père, apporterait un soin vigilant à ce qui touchait le service de Dieu, le soutien de la foi catholique, l’obéissance due à la sainte Église; qu'il veillerait à ce que la justice fût administrée sans distinction de personnes; qu'il observerait et ferait observer les coutumes, libertés et priviléges du pays. Il annonça enfin que ce monarque était prêt à renouveler, comme souverain, le sermeut qu'il avait prêté, comme héritier présomptif, six années auparavant, à chacune des provinces (1).
pouvoir parler ni en français, ni en flamand! L'erreur de ces historiens est d'autant plus évidente, que, dans les assemblées des états généraux des Pays-Bas, la langue bourguignonne ou française était la seule usitée.
(1) Ce discours est dans les Analectes belgiques, pp. 97-99.
L'évêque d'Arras étant retourné à sa place, la reine : Marie demanda à l'Empereur la permission de dire quelques mots aux états.
Cette princesse avait été appelée par son frère, en 151, sans qu'elle le désirât (4), à gouverner les dix-sept provinces : elle n'avait alors que vingt-cinq ans (2), et, parmi les conseillers même de l'Empereur, il ne manquait pas de personnes qui la trouvaient bien jeune pour une charge aussi difficile (3). Elle montra,
(4) Le 15 décembre 1530, l’archiduc Ferdinand écrivit à sa sœur que l'Empereur venait d'apprendre la mort de l’archiduchesse Marguerite, et que probablement elle serait appelée à remplacer leur tante : elle lui répondit, le 26 du même mois, qu’elle trouvait beaucoup de pour et de contre, en ce qui concernait le gouvernement des Pays-Bas, si l'Empereur lui proposait de s’en charger. Charles-Quint lui fit en effet cette proposition par une lettre du 3 janvier 1551, que j'ai insérée dans les Analectes belgiques, p. 581. La reine alors écrivit à Ferdinand (24 janvier) que, si elle acceptait, c’était uniquement pour obéir à l'Empereur et à lui. Le 5 mai suivant, elle lui manda qu'elle avait définitivement accepté; que l'Empereur « lui avait » mis la corde au col; » qu'elle trouvait les affaires fort embrouillées, etc.
L'année précédente, la reine, étant à Augsbourg avec Ferdinand, l'avait prié, au cas que le gouvernement des Pays-Bas devint vacant, et que l'Empereur jetät les yeux sur elle, de l’en détourner. (Correspondance de Marie et de Ferdinand, analysée par le comte de Wrynants, directeur général des Archives des Pays-Bas avant 1794.)
(2) Elle était née le 15 septembre 1505.
(5) L'ancien confesseur de Charles-Quint, le cardinal Loaysa, lui écrivait de Rome le 21 janvier 1551 : « Con esta posta, ha venido » aqui nueva que Vuestra Magestad quiere dejar 4 la serenisima » reyna de Ungria por gobernadora de Flandes..…. Acuérdese Vuëstra » Magestad que, aunque es valerosa y casa, es inuy moza, y que-
( 101) en peu de temps, que, quel que fût le poids du gouvernement qui venait de lui être confié, il n'était pas au-dessus de ses forces. Plus d'un orage vint troubler sa régence : en 1556, François [°° en personne assaillit les Pays-Bas avec des forces considérables; en 1539, les Gantois se révoltèrent, entrainant à leur suite la plupart des villes de la Flandre ; en 1542, les Pays-Bas eurent à faire face à deux ennemis à la fois : aux Français, qui envahirent le Luxembourg, et aux Gueldrois, qui pénétrèrent dans le Brabant, sous la conduite du fameux Martin Van Rossem; en 1352, il leur fallut de nouveau soutenir la guerre contre la France. Dans ces circonstances critiques, la reine Marie déploya une activité, une énergie, une prévoyance sans égale. Charles- Quint, qui l'appréciait, lui avait donné toute sa confiance; 1l aimait à la consulter sur les entreprises qu’il méditait, sur la direction à donner à sa politique : il n'avait presque pas de secrets pour elle. Telle était l’estime qu'il faisait de son caractère et de ses talents que, étant retenu par la goutte à Bruxelles, lors de l’ouverture de la diète de Worms en 1545 (1), il voulut y envoyer sa sœur, pour présider à sa place (2). A différentes reprises, dans le cours de ces vingt-cinq années, la reine avait témoigné le désir d'être déchargée de
» dando sola y libre, pasa peligro de infamia…... » (Briefe an Kaiser Karl V, ete., p. 408.)
(4) Voy. p. 45.
(2) Ce fut le roi des Romains qui l’en détourna par une lettre du 44 février 1545, citée dans des notes du comte de Wynants.
son gouvernement, pour se consacrer à Dieu; toujours PEmpereur avait éludé sa demande, quoique, dès 4540, il eût pris l'engagement d'y avoir égard. Quelques semaines avant son abdication, 1l avait encore sollicitée de conserver la régence sous le roi son fils, ne fût-ce que pour très-peu de temps; mais cette fois 1l l'avait trouvée inébranlable (1).
C'était sa retraite que la reine voulait elle-même annoncer aux états. Elle le fit en des termes pleins de simplicité et de modestie, se taisant sur les services qu'elle avait rendus au pays, ne parlant que de son insuffisance , déclarant que, si son savoir eût répondu à la volonté, à la fidélité, à l'amour et à laffection qu'elle avait apportés dans l'exercice de sa charge, aucun prince n’eût été mieux servi que l'Empereur, aucun pays n'eût été mieux gouverné que les dix-sept provinces. « Je supplie, en la plus parfaite humilité » que je puis, — ainsi s'exprima-t-elle en terminant, » —- je supplie à Votre Majesté, à vous, monseigneur, » et à vous autres, messieurs, prendre Îles services » faits en cette qualité de bonne part et pour agréa- » bles, puisque j'y ai exhibé tout ce qui à été en la » personne, et, sil y a eu aucune faute, me la par- » donner et lattribuer à mon incapacité, laquelle » m'eût fait sans doute faire beaucoup d'erreurs , sans » l'assistance que vos prédécesseurs et vous autres
(1) Voy. sa lettre à l'Empereur, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IV, pp. 469-480.
» m'avez donnée : de quoi je ne puis ni ne dois laisser » de m'en louer grandement vers Leurs Majestés, » comme Je fais, et vous en remercier très-affectueuse- » ment; vous assurant que, outre le devoir qu'en ce » faisant, avez fait envers votre si bon prince et votre » propre bien, ce que y avez voulu ajouter de faire en » ma contemplation, l'a été à personne qui vous a été » et est autant affectionnée et désirant votre propre » bien que personne du monde saurait être, et qui, » selon et conforme à mon devoir, ai désiré satisfaire » à un chacun, et me départir de vous avec conten- » tement, et que, où que je sois, ne me trouverez » moins encline que du passé, tant en général que » en particulier, à employer mon possible à pro- » mouvoir votre bien, et vous faire tout convenable » plaisir (4). »
Ces paroles affectueuses renouvelèrent les émotions de l'assemblée, Charles-Quint, se tournant vers sa sœur, la remercia avec tendresse des longs et fidèles services qu'elle lui avait rendus (2). Le conseiller Maes,
(1) Le discours de la reine Marie, écrit tout entier de sa main en minute, est aux Archives du royaume. Nous l'avons donné textuellement dans‘les Analectes belgiques, pp. 99-102.
(2) « Dit al ghedaen zinde, de coninghinne dede huer vertooch, van pointe te pointe, dies zy ghedaen hadde ghedurende huer regement, bedanckende de staten van alle dese landen in ’t generale van huerlieder obediencie ende dienste die zy ghedaen hadden Huer Majesteit, in de name van den Keysere, gheduerende zyn absencie, hopende huer debvoir altyts wel ende ghetrauwelic ghedaen t’hebbene; nietmin, indien eeneghe faulte van Huere Majesteit weghe
(104) se rendant une seconde fois l'interprète des états généraux, assura la reine de la reconnaissance que le pays conserverait de son administration (4).
Quelques mots de l'évèque d'Arras, pour annoncer aux états, au nom du roi, que la prestation réciproque des serments aurait lieu le lendemain (2), terminèrent cette imposante cérémonie, qui resta sans imitation dans l'avenir, comme elle était sans exemple dans le passé.
Charles-Quint se leva, et, suivi du même cortége qui l'avait accompagné à son entrée, 1l se dirigea vers la chambre du conseil privé; là, 1l attendit que les états et le peuple eussent quitté le palais. Alors il reprit le chemin de sa petite maison (5).
marmite remettre - — - PE
ghecomen ware, hopende dat neen, was supplierende an de Majesteit
van den Keysere ende alle andere ’t zelve huer te willen verghevene.
"Twelke by den Keysere ghedaen was, bedanckende de coninghinne van alle de langhe ende continuele dienstèen die zy zou wel ende ghetrauwelick ghedaen hadde gheduerende zyn absencie.» (Mémorial d'Ypres.)
(4) Pontus Heuterus, p. 541, — Van Meteren, Histoire des Pays- Bas, fol, 16 a.
Dans la relation sommaire dont j'ai parlé, p. 89, à la note, après le discours de la reine Marie, on lit: « Sur laquelle proposition feist » briefve responce le susdict pensionnaire d'Anvers, docteur Masius, » remerciant, de par la généralité des estatz, ladicte royne de la » paine et bon debvoir par elle faict au gouvernement desdiets pays.»
(2) Le Mémorial d'Ypres fait suivre l'analyse du discours de la reine Marie, de ces mots : « Nota dat, in sceden, den biscop van » Atrecht, in de name van den coninck, continuerde d’andere acten » tot ’s anderdaegs. »
(5) Sommaire description, etc.
La foule qui remplissait la vaste salle s’écoula lentement, impressionnée par l'étrangeté autant que par la grandeur du spectacle auquel elle venait d'assister. Des pensées diverses agitaient ces prélats, ces nobles, ces députés du tiers état, qui étaient accourus à la voix de leur vieux monarque, — vieux par la durée de son règne, par ses travaux et ses infirmités, plus que par son âge,— pour recevoir une dernière fois ses adieux : mais tous étaient préoccupés du sort de la patrie; et, malgré les flatteries que l'orateur des états avait prodiguées au nouveau souverain, il y en #vait plus d'un, parmi cette élite de la nation, qui ne pouvait se défendre de tristes pressentiments sur l'avenir.
Charles-Quint, n'ayant pu, comme il le souhaitait, partir pour l'Espagne, ni en 1553, ni en 1554, se flattait du moins que l'hiver de 1555 ne le retrouverait plus aux Pays-Bas. Il avait fait équiper, dans les ports de Zélande, une flotte qui devait être prête à appareiïller au plus tard dans le mois de novembre (1); dès le 14 octobre, il avait prévenu le secrétaire d'État
(4) Voy. le t. IT de ce recueil, p. 69.
Dans une lettre du 22 novembre au général des hiéronymites, le secrétaire d'État Vazquez lui disait : « Ayer vino correo de Su Mages- » lad de 25 de octubre, y me escribe que de su parte escriba à fray » Juan de Ortega que procure de desembarazarse, y que vaya luego à » Laredo, donde piensa desembarcarse en {odo este mes de noviem-
Vazquez de son prochain débarquement à Faredo, Bilbao, ou Santander, en l'invitant à prendre les mesures nécessaires pour qu'il y trouvât les provisions de bouche, les bêtes de somme et les autres objets dont il aurait besoin (1); plusieurs semaines auparavant, les reines, ses sœurs, avaient donné l’ordre aux officiers de leurs maisons de se préparer à les suivre dans un délai très-court (2).
» bre 6 4 principid de diciembre. » (Archives de Simancas, Estado, liasse 109.)
Il y a, aux Archives d'Ypres, une lettre que la reine Marie écrivit, le 49 octobre, aux avoué et échevins, afin qu'ils voulussent mettre à la disposition du seigneur de Beveren (Maximilien de Bourgogne), amiral de la mer, les pièces d'artillerie et boulets dont il leur ferait la demande pour l'armement des navires destinés à transporter l'Empereur en Espagne.
Enfin, dans les acquits de la recette générale des finances de 1555, nous avons trouvé l'ordonnance suivante, qui prouve que les préparatifs de départ de l'Empereur avaient commencé dès le mois de juin ; celte ordonnance émane du conseil des finances, et est datée du 27 novembre :
« Receveur général des finances, Robert de Bouloingne, paiez et délivrez à Me Nicolas Micault, conseillier du privé conseil du roy, nostre sire, la somme de nuit x1 livres, du pris de xL gros, que luy avons ordonné, pour cent trente-sept jours qu'il a vacquié, à deux fois, au pays de Zéelande, pour l’esquippaige des navieres apprestées pour le voiaige de l'Empereur vers Espaigne; assavoir : depuis le xxvie de juing dernier passé en cest an XVe LV jusques le vire de juillet ensuyvant, et après depuis le xxrit dudict mois de juillet jusques le xxuue de ce mois de novembre, ete. »
(4) Voy. le t. IT de ce recueil, p. 69.
(2) Waleran Hangouart, que nous avons déjà cité p. 65, note 2, écrivait, le 24 septembre 1555, au président de la chambre des
Quelle fut la cause qui s’opposa au départ de l'Empereur ? Les historiens ne nous l'apprennent pas. Dans une lettre que Charles écrivit à son frère, le 18 mars 1556, il lui disait qu'il avait « différé son partement, » tant pour le temps que ses indispositions, jusques » à ce que la saison lui donnât opportunité de meilleur
passaige (1). » Nous savons, par une autre lettre, d’une date antérieure, écrite aussi au roi des Romains, que, quelques jours après son abdication, l'Empereur avait eu une atteinte de goutte (2); et ce fait, nous en trouvons la confirmation dans le post-scriptum d'une dépêche adressée, le 44 novembre, à la princesse dona Juana : « S. M., y dit Philippe IT à sa sœur, S. M,
» pouvant signer, à cause de la goutte qu'elle a à ñ » main droite, m'a ordonné de signer pour elle (3). »
comptes de Lille : « Cejourd’huy, la royne de France a fait déclarer, » par son maistre d'hostel, à tous ses officiers, qu'ils se faisissent » prestz pour, le mois prochain, la sieuvir en Espaigne, avecq sa » seur la royne de Hongrie et Sa Majesté. Le semblable s’est dict en » l’hostel de l'Empereur... » |
Uu autre personnage, Jean Vander Beke, mandait au même pré- Sens le 28 septembre : « Les nouvelles du partement de l'Empereur » et des deux roynes vérs Hespaigne continuent encore, et de fait » la résolution est telle, et doibvent partir pour tout le mois d'octo- » bre. Môns' de Bèvres partist hier vers Zélande, pour faire les » apprestes..…. » (Archives du département du Nord: Lettres missives, liasse 55 bis.)
(1) Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl V, t. II, p. 696.
(2) Jbid., p. 695. Cette lettre est du 5 novembre.
(5) « Por tener Su Magestad la gota en la mano derecha, que no puede firmar, me ha mandado que yo firme este despacho. » (Archives de Simancas, Estado, liasse 510,)
( 108 ) Mais le mal n'était pas tellement grave qu'il empéchât Charles-Quint de se mettre en route : car 1l mandait à sa fille, dans la même dépêche, que, selon ce qu'il Jui avait annoncé déjà, si le temps n'y mettait pas obstacle, il s'embarquerait avant la fin du mois, l'équipement de la flotte étant très-avancé (4).
La véritable cause qui retarda le départ de l'Empereur fut la même qui, l'été précédent, avait retenu Philippe Îl en Angleterre : le manque d'argent. Il ne voulait point partir sans avoir licencié sa maison, et il ne pouvait la licencier sans la payer : or sa dette envers ses serviteurs domestiques s'élevait à 200,000 écus, et son trésor était vide (2). En vain lui et son fils écri-
CHARS Y, como he escrito, si el tiempo no lo impide, pienso embarcarme en este mes, que ya està adelante la espedicion de la armada. »
(2) Dans une lettre que Philippe IT écrivit à la princesse doña Juana le 29 février 4556, après lui avoir exprimé son étonnement de ce que la flotte de D. Alvaro de Bazan tardait tant à arriver, il lui disait : « Si, quando esta Ilegare, por ventura no fuesse partido el » dicho D. Alvaro, mandaréis que se dé toda la pricsa posible, sin » esperar ninguna eosa, porque la necesidad es grande, y que se » envie la mayor cuantidad que ser pueda, porque los 450,000 du- » eados en reales que estaban juntos, y los otros cincuenta que seña- » ladamente han de venir para mi de contado, 6 por cambio, segun » os escribi, es muy poco para lo mucho que se debe à la casa de Su » Magestad, que hasta en fin del año pasado monta 200,000 escudos, » que es forzoso pagarlos, porque Su Magestad ha determinado de » licenciar todos sus criados, y la mia estä por pagar de casi otro » tanto, y à la infanteria y caballeria española se deberän mas de » seis pagas... » (Archives de Simancas, Æstado, liasse 514.)
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vaient-ils, dans les termes les plus pressants, à la princesse dona Juana, afin qu'elle vint à leur secours : en Espagne aussi, les ressources étaient à bout, les moyens de finance étaient épuisés, et la nation espagnole commençait à se fatiguer de tant de charges dont elle portait le principal fardeau. Charles-Quint avait espéré que la flotte de don Alvaro de Bazan, qui devait lui apporter l'argent dont 1l avait besoin, arriverait aux Pays-Bas dans le courant de novembre; elle n’y arriva qu'au printemps de 1556.
Six semaines avant qu'il abdiquât, Charles-Quint avait fait convoquer à Bruxelles des députés de la plupart des provinces des Pays-Bas (1), et la reine Marie avait demandé à chaque députation en particulier de nouveaux subsides pour le soutien de la guerre. Cette demande, faite dans un temps où les ministres les plus dévoués étaient les premiers à reconnaitre que le pays succombait sous le poids des impôts (2), fut accueillie avec une répugnance aisée à concevoir : aussi plusieurs des provinces, et la Flandre notamment, n'y avaient pas encore répondu le 25 octobre. Quoique, depuis ce jour-là , il n’exerçât plus aucun pouvoir, Charles-Quint consentit, dans l'intérêt de son fils, à intervenir personnellement auprès des quatre membres de Flandre : il leur écrivit, les « requérant très-affectueusement de » se vouloir esvertuer pour accorder plainement et
(4) Voy. p. 90, note f.
(2) Voy. p. 64, note f,
{120 :) » promptement la demande qu'il leur avait faicte, » POUR ESTRE ICELLE LA DERNIÈRE (1). » Cet appel de l'Empereur à l'affection et au zèle des Flamands, ses compatriotes, produisit son effet : les quatre membres accordèrent la somme totale (480,000 florins) réclamée d'eux. Leur exemple fut suivi par les états de Brabant, d'Artois, de Hainaut, de Hollande et de Zélande. Il est digne de remarque que ces accords furent faits à l'Empereur lui-même, quoique ce fût le roi Philippe, comme souverain, qui les acceptât (2).
Le temps qui s'écoula entre la cérémonie du 25 octobre et la transmission à Philippe Il des couronnes de Castille, d'Aragon et de Sicile, autoriserait à croire que Charles V eut le projet d'attendre, pour effectuer celle-ci, qu'il fût arrivé en Espagne, mais que la prolongation forcée de son séjour aux Pays-Bas le détermina à prendre un autre parti (3). Quoi qu'il en soit,
(1) Cette lettre est du 5 novembre, M. Diegerick l’a donnée dans une curieuse brochure intitulée : Quelques lettres et autres documents inédits concernant l’empereur Charles-Quint, Bruges, 1853, in-8e, de 42 pages. Elle a été publiée aussi par M. Kervyn de Volkaersbeke dans le Messager des sciences historiques de Belgique, année 1855, p. 471.
(2) Archives du royaume, papiers d'État : registre intitulé Actes d’accord d'aides, A VI" siècle.
(5) L’extrait suivant d'une lettre que le contador Antonio de Eguino écrivait de Bruxelles, le 49 novembre 1555, au secrétaire Vazquez, prouve du moins que, pendant plusieurs semaines, 1l y eut de l'incertitude à cet égard : « Tiénese por cierto que aqui se harà la » renuneiacion desos reinos, y que las escrituras dello estän hechas, » para se otorgar….. » (Archives de Simancas, Estado, liasse 510.)
(M 442) cette transmission donna lieu à trois renonciations suecessives, qui se firent le 16 janvier 1556, en la petite maison de l'Empereur, au Parc (1).
La première renonciation comprenait les royaumes de Castille, Léon, Grenade et Navarre, les Indes, îles et terre ferme de la mer Océane découvertes et à découvrir, les grandes maîtrises des ordres de Saint-Jacques, d'Alcantara et de Calatrava. Elle eut lieu en présence des reines douairières de France et de Hongrie, du due Emmanuel-Philibert de Savoie et d’un grand nombre d’autres personnes (2). Après la lecture de l'instrument passé devant le secrétaire Francisco de Erasso, comme notaire public de la cour de l'Empereur et de tous ses royaumes, Philippe se jeta aux genoux de son père, le remercia de la grande faveur qu'il lui faisait, et déclara l’accepter. Sandoval (5) et M. Mignet (4) font connaître les noms des témoins, spécialement appelés par l'Empereur, qui apposèrent leurs signatures à cet acte.
La seconde renonciation s’appliquait aux royaumes d'Aragon, de Valence, de Sardaigne, de Mayorque, à la principauté de Catalogne, au comté de Barcelone,
(4) Les instruments de ces trois renonciations sont aux Archives de Simancas. Le. premier est conçu en langue castillane; les deux autres sont en latin.
(2) « …. Y otras muchas personas que viéron y oyéron decir à Su Magestad como lo otorgaba. »
(5) Historia de Carlos V, t. NW, p. 605.
(4) Charles-Quint, etc., p. 106.
( 112 ) de Roussillon, de Cerdagne, et aux iles adjacentes. Les témoins nommés dans l'acte sont le duc de Savoie, Antoine Perrenot, évèque d'Arras, don Martin d'Aragon, comte de Ribagorza, Juan de Euna, châtelain de Milan, et Agustin Gallart, faisant fonction de chancelier (1).
La troisième et dernière renonciation était relative au royaume de Sicile. Nous voyons encore figurer, parmi les témoins, le due de Savoie et l'évêque d'Arras: les autres sont deux frères de la maison de Vintimille (de Vigentimilus), Simon et Charles, et Juan Bautista Seminara , chargé de la chancellerie (2).
Dans aucun de ces actes, pas plus que dans les lettres patentes de cession des Pays-Bas, il n’est fait mention, le moins du monde, d'une rente que Charles-Quint se serait réservée, de 400,000 écus selon Robertson et Le Petit (5), de 200,000 ducats selon Heïss et Van Meteren (41.
Le même jour, l'Empereur écrivit aux villes principales, aux grands, aux évêques, aux chefs des ordres religieux et aux universités de Castille, pour leur donner part de la renonciation qu'il venait de faire. Voici ce qu'il disait à l'université de Valladolid:
meme — mo mme Monte
(1) Archives de Simancas, /nstrucciones, poderes y renuncias , liasse 2.
(2) Jbid., Secrelarias provinciales, Sicilia, lasse 1798.
(5) Histoire de Charles-Quint, par Robertson, traduction de Suard, Paris, 1842, &. IN, p. 419; Le Petit, Grande chronique de Hollande, in-fol., t. [, Liv. vint, p. 240.
(4) Histoire de l'Empire, par Heiss, Paris, 1754, in-19, t. I, p. 571; Histoire des Pays-Bas, par Van Metcren, liv. 1, fol. 16 «.
« LE Roi.
» Par les lettres que je vous ai fait écrire, depuis que je partis de ces royaumes, vous avez appris le succès qu'ont eu mes affaires. Vous avez su comment, mu par l'intérêt de la religion, j'entrepris la guerre d'Allemagne, dans le but de réduire les protestants et de les faire rentrer au giron de l'Église, ainsi que j'y étais tenu; comment je m'efforçai de mettre la tranquilité et la paix dans la chrétienté; comment j'insistai sur la convocation du concile, et sur la nécessité d'y réformer le clergé, afin de mieux ramener ceux qui se sont éloignés de la foi. Les choses, par la faveur divine, étaient en de bons termes, lorsque le roi de France commença dernièrement les hostilités par mer et par terre Contre moi, sans aucun Juste motif; s’aidant des Allemands, qui, au mépris de leurs serments de fidélité, s’allièrent avec lui; appelant l'armée nayale du Ture, au grand dommage de la chrétienté, et spécialement de nos États et seigneuries, menacés d'invasion par elle. Je fus ainsi forcé de lever les armées qu'on a vu, et il en est résulté pour moi d'excessives fatigues, tant à cause des campagnes que J'ai faites, que pour les affaires incessantes et graves que j'ai eu à traiter. De là sont nées la plupart des infirmités et des maladies dont je souffre depuis quelques années, et un état d'incapacité physique tel que non-seulement je n'ai pu et ne puis m'occuper desdites affaires personnellement et avec la promptitude requise, mais encore
(114) que j'ai été un obstacle à ce qu’elles fussent conduites comme elles auraient dû l'être : ce qui a excité et excite des scrupules dans mon esprit.
» J'aurais beaucoup désiré y mettre ordre plus tôt : mais plusieurs motifs sérieux ne permettaient pas que je le fisse en l'absence du sérénissime roi d'Angleterre, de Naples, et prince d'Espagne, mon très-cher et très-aimé fils, car j'avais à traiter avec lui des choses importantes. A cet effet, je le fis venir, d’abord pour qu'il effectuât son mariage avec la sérénissime reine d'Angleterre, et ensuite Je l'appelai 11. Après qu'il y fut arrivé, je me résolus, selon la détermination que j'en avais prise antérieurement, à lui céder et transporter, comme je l'ai fait, les royaumes, seigneuries et États de la couronne de Castille et de Léon, avec leurs dépendances, selon qu'il est contenu plus amplement dans l’acte que nous avons fait dresser en date de ce jour. La grande prudence qu'il a montrée jusqu'ici dans tout ce qu'il a traité, soit en mon nom, soit pour lui-même, nous donne la confiance qu'il gouvernera, administrera, défendra et tiendra en paix et justice lesdits royaumes, seigneuries et États. Nous écrivons à toutes les cités et villes de ces royaumes qu'elles le proclament rot, avec les solennités requises et accoutumées, de la même manière que si Dieu avait disposé de moi; qu'elles lui obéissent, le servent et le respectent, d'ier en avant, accomplissant ses commandements, écrits et verbaux, comme ceux de leur vrai seigneur et roi naturel, de même qu'ils ont accompli et devaient accomplir les miens propres. De tout quoi il nous a paru convenable
| (4150) de vous donner avis, pour que vous sachiez notre résolution, et la mesure que nous avons prise (1). »
Les conférences ouvertes pour la paix à Marcq, au mois de mai 1999, avaient avorté par les prétentions inconciliables des deux parties. La France ne souffrait pas moins, pourtant, de la prolongation de la guerre, que les pays de l'Empereur (2). Aussi, à l'occasion d'arrangements à prendre pour la mise en liberté des prisonniers faits de part et d'autre, Henri IT s'empressat-1l de consentir, au mois de décembre suivant, que les négociations fussent reprises en vue de la paix. Ces négociations eurent lieu en l'abbaye de Vaucelles, près de Cambrai; elles ne restèrent pas tout à fait infructueuses : une trêve de cinq ans, qui maintenait le statu quo, fut signée le à février 1556 (3). Charles-Quint intervint au traité comme chef de l'Empire.
Henri IT envoya à Bruxelles, pour recevoir les serments de l'Empereur et du roi, une solennelle ambassade, à la tête de laquelle était Gaspard de Coligny, seigneur de Châtillon , amiral de France et gouverneur de Picardie, qui avait été, en son nom, le principal négociateur du traité. Coligny arriva à Bruxelles le 25 mars.
(4) Voy. Je texte dans l'Appendice G.
(2) Voy. le tableau, un peu exagéré peut-être, que Simon Renard fait de la situation de la France, dans une lettre écrite à Philippe H, de Saint-Dié, le 8 mai 1556. (Papiers d'État du cardinal de Granvelle, &. IV, p. 556.)
Renard fut nommé ambassadeur en France aussitôt après la ratilication de la trêve de Vaucelles.
(5) Dumont, Corps diplomatique, 1 AV, part. 11, p. 82.
Il fut reçu par le roi le 26, et le 29 par l'Empereur. Sébastien de l’Aubespine, évêque de Limoges, qui l’accompagnait, a laissé une relation curieuse (1) de ce voyage, mais surtout de l'audience que Charles-Quint donna à l’envoyé du roi de France : nous croyons pouvoir nous abstenir d'en reproduire les détails après MM. Pichot (2) et Mignet (3).
Jusque-là Charles-Quint n’avait pas abdiqué la souveraineté du comté de Bourgogne; un motif particulier l'en avait empêché. Depuis 1511, en vertu de traités conclus avec les rois de France par lintervention et sous la garantie des cantons suisses, la neutralité existait entre cette province et celles qui, ayant aussi fait partie des domaines de la maison de Bourgogne, avaient été annexées par Louis XI à la monarchie française, c'est-à-dire le duché de Bourgogne, la vicomté d'Auxonne, le pays de Bassigny et leurs dépendances. La ville de Besançon et son territoire étaient également compris dans cette neutralité. Le dernier renouvellement du traité était du 41 juillet 1955; 1l devait avoir une durée de cinq ans (4).
Dans cet acte, Charles-Quint avait stipulé pour lui,
(2) Charles-Quint, ete., pp. 198-200.
(5) Charles-Quint, ete, pp. 112-448.
(%) Je suis redevable de ces renseignements à M. Babey , archiviste du département du Doubs, à Besancon, à qui j'en témoigne ici toute na reconnaissance,