‹ Retraite sacerdotale (volume 2)Chapitre 18 sur 35 · Amour de suffisance · texte numérisé non relu

Amour de suffisance

En aimant Jésus par-dessus tout, et en n'aimant que Lui, le cœur est naturellement satisfait.

Une fois que le cœur s'est rempli de l'amour de Jésus, au point de n'y plus laisser de place pour aucune affection purement humaine, il n'a plus de désir et il est en repos 3.

1 « In charitate perpétua dilexi te ; et ideo attraxi te. » Jer., xxi, 3.

2 « Zelum tu ii m inflammet charitas. » S. Bern., Serm. 20 sup. Cant.

3 « Cum anima Deo delectatur, ibi veram, certain, aeternam invenit requiem, quam in aliîs quaerebat, nec inveniebat. » S. Aug., Ep. 45, c. 10.

NATURE ET CARACTÈRES DE l'aMOUR 95

C'est un vase qui est rempli et ne peut contenir davantage.

C'est une puissance arrivée à la mise en acte et qui ri est plus apte à d'autre réalisation.

Heureux le cœur du Prêtre, dont l'amour pour Jésus est tellement ardent qu'il exclut toute possibilité d'autre amour et qui se complaît dans les suavités de la charité divine qui l'embrase.

C'est à cet amour parfait que le Prêtre doit tendre sans cesse.

S'il n'y parvient pas, lui que Jésus a tant comblé et qu'il a destiné à cette perfection d'amour, par le fait de l'intimité exceptionnelle qu'il a contractée avec lui *, — qui donc pourrait ambitionner d'y arriver?

Ne serait-ce point une honte pour le Prêtre, que Jésus puisse devenir la passion unique de certaines âmes privilégiées, et ne pas l'être pour lui.

Oui donc, plus que lui, est tenu de tout puiser en Jésus, de vivre en Jésus, de se nourrir de Jésus, de se remplir de Jésus, de s'attacher à Jésus, de se contenter de Jésus, de se laisser absorber par Jésus ?

1 « Vos autem dixi amicos, quia quaecumque audivi a Pâtre meo nota feci vobis. » Joan., xv, i5.

Quelle admirable vie pour un Prêtre, de ne connaître que Jésus seul, de x\ aimer que Jésus seul, de se perdre et de demeurer en Jésus seul ! *

1 « O quam jucunde et quam bene illi est, cui adhaerere Deo, et secrète frui datum est. » Th. a Kempis, In Hostulo rasar., c. i3, sect. 21.

EXAMEN

Jésus se livre à son Prêtre afin d'être connu tel qu'il est et aimé autant qu'il est aimable. Le devoir du Prêtre est donc d'étudier son Maître et de Le contempler en Lui-même, et d'arriver par là à L'aimer du même amour dont II s'aime.

— Ai-je de Jésus une science exacte, et la connaissance que j'en ai me porte-t-elle à L'aimer? Mes études, mes lectures, mes méditations, ne sont-elles pas plutôt spéculatives, et beaucoup moins amoureuses ? La Personne adorable de Jésus en est-elle le sujet, sinon habituel, du moins fréquent, comme il convient à un Prêtre aimant qui éprouve le besoin de revenir sans cesse à Jésus et de trouver son bonheur dans sa compagnie ?

Jésus n'a point de secret pour son Prêtre. Il tient à se révéler à lui dans toute la sublimité de ses perfections divines, mais II ne le fait qu'en proportion de l'amour que le Prêtre Lui porte.

— Si je connais si peu Jésus, n'est-ce point parce que je ne L'aime pas assez ? — Si je ne me sens pas porté vers Jésus, n'est-ce point à cause de la faiblesse de mon amour? — Et pourtant, Jésus doit me suffire, je dois trouver en Lui la réali-

sation de tous mes désirs et le repos de mon âme. Ne fais-je pas une part trop grande aux créatures dans mon cœur, ou ne sais-je pas surnaturaliser suffisamment mes affections ?

Jésus s'attend à ce que son Prêtre L'aime autant qu'il en a été aimé. — Y a-t-il des réserves à mon amour pour Jésus ? Ne suis-je pas prêt à L'aimer d'un amour souverain qui me fasse accepter à l'avance tous les sacrifices ? Imposer des limites à mon amour, cela ressemblerait à vouloir en imposer à mon Sacerdoce. Je dois vivre et me consumer d'amour.

PRIERE

JÉSUS, qui êtes éternellement l'objet des complaisances de votre divin Père et dont le Sacerdoce brille d'un éclat éblouissant dans la Patrie de l'amour, ravissez mon cœur par les suavités de vos divines contemplations.

C'est Vous que je veux connaître. C'est Vous que je désire tant aimer. C'est Vous en qui j'aspire à me perdre pour l'éternité.

Oh ! venez à mon secours, délivrez-moi de mes misères, afin de Vous aimer plus purement. Videz mon cœur de toute attache terrestre, afin de Vous aimer uniquement.

Révélez-Vous à mon âme, afin de ne soupirer plus qu'après Vous. Attirez-moi, afin que rien de créé ne puisse plus me distraire.

Cachez-moi dans votre sein, et là laissez resplendir à mes yeux les inejfabiiités de votre Sacerdoce éternel, afin de m'habituer à Vous voir en mon âme et à ne me plus voir qu'en Vous.

O Jésus, amour souverain de ma vie, Vous aimer et cela me suffît.

O Jésus, amour unique de mon âme, Vous aimer

et c'est mon ciel.

Rinsi soit-U.

Pratique. — Simplifier ma spiritualité et faire consister toute ma sainteté dans l'amour unique de Jésus.

Oraison jaculatoire. — O Marie, vous qui savez combien Jésus est aimable et jusqu'à quel point il est doux de L'aimer, faites de ma vie sacerdotale une vie toute consacrée à l'amour souverain de Jésus.

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