‹ Retraite sacerdotale (volume 2)Chapitre 19 sur 35 · QUATRIÈME JOUR · texte numérisé non relu

QUATRIÈME JOUR

Nature et caractères de l'amour du Prêtre pour Jésus (suite)

« Qui diligit me, diligetur a Pâtre meo ; et ego diligam eum, et manifestabo ei meipsum. »

Joan., XIV, 21

DIRECTOIRE

Le Prêtre a trop reçu pour ne point aimer Celui qui Va tant comblé. Il n'y a qu'une reconnaissance détrempée d'amour qui convienne à un cœur sacerdotal. L'amour seul peut porter le Prêtre à se faire une action de grâces vivante qui soit à la hauteur du Sacerdoce dont il a été honoré.

Aimer Jésus lorsqu'on en a été aimé avec tant de tendresse, c'est un devoir impérieux, dût-il coûter bien des sacrifices pour l'accomplir. L'amour vrai ne calcule pas la peine. L'amour sincère n'envisage que le désir de se manifester. L'amour absolu ne s'arrête devant aucun obstacle et ne se repose que dans l'union avec l'être aimé.

Tels sont les caractères de l'amour du Prêtre pour Jésus. Il s'oublie lui-même pour ne penser qu'à Jésus. Il met son bonheur à calquer son propre amour sur celui de Jésus. Il éprouve une joie toujours nouvelle à multiplier les sacrifices que réclame et qui alimentent son amour.

Sachant que pour aimer il faut souffrir et que la plus grande preuve d'amour est celle

qui se paie au prix de la vie, il fait de son amour un amour crucifié, se nourrissant de souffrance et se perfectionnant sans cesse par le sacrifice.

Toutes les peines qui sont le cortège de toute vie humaine changent de teinte lorsqu'elles sont éclairées par l'amour. Que le Prêtre aime sans mesure, et il deviendra héroïque dans la souffrance ; il voudra souffrir pour donner à son amour le cachet de l'amour crucifié de son Maître. Prêtre et Victime, deux foyers d'amour en un seul.

PREMIÈRE MÉDITATION

Amour reconnaissant, généreux et constant

i. — Amour reconnaissant.

Le Prêtre est trop aimé de Jésus, pour ne pas L'aimer à son tour *.

Il a trop reçu de Jésus, pour ne point penser à Le payer de retour 2.

li a éiC appelé à vivre dans une trop grande intimité avec Jésus, pour ne point répondre à tant de délicatesse et d 'amour 3.

Il lui a été confié une mission trop élevée, pour qu'il ne soit pas reconnaissant à Celui qui l'a tant honoré 4.

Il est marqué d'un sceau trop privilégié de tendresse divine, pour que sa vie ne soit pas un

1 « Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prior dilexit nos. » I Joan., iv, 19.

' « Qui gratiam Dei suscipit, necesse est ut Deo gratiam et gloriam reddat. » S. Bonav., Serm. 2 in Hexam.

3 « Sicut dilexit me Pater, et ego dilexi vos. Manete in dilectione mea. » Joan., xv, 9.

4 « Nimis honorati sunt amici tui, Deus, nimis confortatus est principatus eorum. » Ps. xxvu, 17.

chant perpétuel exaction de grâces à Jésus qui a daigné en faire son Prêtre '.

Il n'y aurait pas d'autre motif à son amour, que le Prêtre devrait s'attacher à son Maître avec toute l'ardeur de son âme, pour Le bénir de l'avoir tant honoré et pour L'aimer passionnément en retour des faveurs divines dont il est l'objet K

Ce besoin d'amour reconnaissant tient au fond même de l'âme du Prêtre. C'est dans son âme que s'est imprimé le caractère du Sacerdoce de Jésus; c'est dans son âme que doit s'alimenter sans cesse le foyer de sa sacerdotale reconnaissance.

Bénir et remercier, rendre grâces et aimer, ce sont, pour le Prêtre, deux devoirs essentiels qui se confondent en un seul.

Son amour est un amour reconnaissant. Sa reconnaissance est une reconnaissance d'amour.

S'il ne cultivait en lui cette vertu fondamentale de la reconnaissance, il blesserait son amour qui tient à connaître pourquoi et jusqu'où il doit aimer Jésus.

1 « Félix, qui bénéficia sibi collata studiose colligere, et ante mentis suae oculos, digna cum gratiarum actione reducere conatur. » S. Bern., Serm. 10 sup. Cant.

2 « Quid plura ? Sacerdotes Dei, benedicite Domino, digna Deo satagentes. » S. Bern., Serm. 1 in Coena Dom.

NATURE Et CARACTÈRES DE L AMOUR 107

Si, faute de délicatesse ou d'intelligence de sa responsabilité, il se rendait infidèle dans l'accomplissement de ce devoir sacré, il amoindrirait inévitablement son amour qui, pour s'alimenter, a besoin de se rappeler tout ce que le Prêtre a reçu de Jésus, afin de tout Lui rendre 4.

Que penserait Jésus de son Prêtre, si celui-ci ne Lui était pas reconnaissant ? Quelle reconnaissance pourrait Le toucher, si elle n'était toute détrempée d'amour?

Que diraient à son Cœur des protestations de gratitude qui ne monteraient pas du cœur du Prêtre?

Toutes les formules de reconnaissance qui tombent des lèvres et ne sont pas X expression de l'amour, n'ont pas de valeur aux yeux de Jésus 2.

Par contre, un cœur qui aime comprend toutes les nuances et toutes les délicatesses de la reconnaissance. S'il ne les exprime pas toujours par des paroles, il le fait par des actes.

Voilà l'amour de reconnaissance qui réjouit Jésus et qu'il attend de ses Prêtres.

1 « Gratiarum actio dilectionem accendit, benevolentiam captât, et ad potiora disponit. » Dionisius Carihus., Sup. Ep. ad Coloss., v. 4, a. 4.

- « Non omnis gratiarum actio accepta est Deo, nisi qme de cordibus pudica et mera simplicitate procedit. » S. Bern., Serm. 23 sup. Cant.

Page 1