‹ Retraite sacerdotale (volume 2)Chapitre 22 sur 35 · L'amour se prouve par le sacrifice · texte numérisé non relu

L'amour se prouve par le sacrifice

Il est difficile de parler à? amour sans parler de sacrifice *.

A vrai dire, il n'y a pas d'amour sans sacrifice 2.

On peut exprimer des sentiments superficiels d'amour, sans en donner des preuves ; mais cet amour n'offre aucune garantie ; il est plutôt une manière de parler qui, sur le moment, peut avoir une teinte de sincérité, mais ne correspond pas à la vérité 3.

Lorsque l'on aime vraiment, l'amour se traduit vite par des sacrifices quelconques 4.

Ou ce sont des obstacles à renverser, qui demandent des efforts ; ou ce sont des concessions à faire, qui comportent des renoncements ; ou ce

1 « Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me. » Gal., h, 20.

2 « Amoris est Dei vulnerare, quia intima cordis pénétrât. » S. Bonav., L. 5 in Compend. Theol. veritatis, c. 25.

3 « Non diligamus verbo, neque lingua, sed opère et veritate. » I Joan., m, 18.

4 « Tanto invenitur voluntas promptior ad fervorem divini amoris, quanto magis ea quae propter ipsum facimus aut patimur, nostra? voluntati répugnant. » S. Thom., Tom. 2 Op. de Perfect. vit» spirit., c. 12.

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sont des actes de générosité à poser, qui réclament du courage et de X abnégation ; ou encore ce sont des sacrifices inhérents à la loi de l'amour, qui deviennent comme un besoin du cœur pour affirmer et proclamer ses sentiments *.

En vérité, aimer, c'est souffrir 2. Avoir au cœur un amour généreux et sincère, c'est désirer l'exprimer par le sacrifice 3. Vouloir convaincre de son amour, c'est employer nécessairement le moyen le plus persuasif : le sacrifice.

D'ailleurs, l'amour est à lui-même sa propre souffrance 4. Le cœur qui aime jouit sans doute, mais il souffre aussi : il souffre d'aimer trop peu ; il souffre de ne pas jouir autant qu'il le désire de l'objet de son amour ; il souffre par le fait des exigences de son amour qui ne veut ni mélange ni partage et qui impose, par là même, bien des abandons et des sacrifices 5.

1 « Qui non bajulat crucem suam et venit post me, non potest meus esse discipulus... Sic ergo omnis ex vobis qui non renuntiat omnibus quse possidet, non potest esse meus discipulus. » Luc, xiv, 27, 33.

2 « Commendat autem charitatem suam Deus in nobis, quoniam cum adhuc peccatores essemus secundum tempus, Christus pro nobis mortuus est. » Rom., v, 8, 9.

3 « Charitas omnia suffert, omnia sustinet. » I Cor., xiii, 7.

4 « Quanto major est in sanctis charitas Dei, tanto magis pro eo quod diligitur, omnia tolerantur. » S. Auc, De Patient., c. 6.

5 « Nihil est quod non toleret, qui perfecte diligit. » S. Hier., In Régula Monach., c. 28 de charit.

NATURE ET CARACTÈRES DE l'aMOUR 11?

Pour aimer Jésus, on ne le peut faire qu'avec son cœur, et le cœur a des lois qu'il ne peut transgresser sans porter atteinte à l'amour ou sans le dénaturer.

Ou il faut aimer Jésus par le sacrifice, ou il faut se condamner à ne pas L'aimer.

Fuir le sacrifice et la souffrance, et prétendre aimer quand même, c'est aimer par imagination et sentimentalité : amour éphémère, illusoire et mensonger.

Comprendre que lorsqu'on aime on se donne, et que le don de soi est la forme nécessaire et la mesure indiscutable de son amour *, c'est aimer dans la lumière et la vérité : amour vrai, durable et consistant 2.

S'il est quelqu'un qui doit posséder le véritable amour, en connaître la nature et les manifestations indispensables, c'est sûrement le Prêtre.

Il n'a qu'à jeter les yeux sur son divin Maître pour savoir ce qu'il Lui en a coûté d'aimer l'humanité.

Il n'a qu'à se considérer soi-même, pour con-

1 « Habet semper unde det, cui plénum pectus est charitatis. » S. Aug„ Sup. Ps. 36, conc. 2.

5 « Hoc solum Deus sacrificium accipit ; quod ante ejus oculos in altari boni operis flamma charitatis incendit. » S. Greg. Mac, Hom. 35 sup. Evang.

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naître, par tout ce que Jésus lui a donné, l'étendue de l'amour qu'il lui a porté.

Il n'a qu'à réfléchir un instant sur ce qu'il est comme Prêtre, pour comprendre que le Sacerdoce est trop une vocation d'amour pour qu'il ne soit pas également une vocation de sacrifice.

C'est-à-dire que fait pour aimer, il l'est aussi pour souffrir ; consacré uniquement au service de Jésus, il est voué infailliblement à la souffrance comme à l'amour ; obligé de marcher sur les traces de Jésus, il doit L'aimer comme il en a été aimé, par la souffrance et le sacrifice l.

Tout autre amour qu'un amour crucifié ne conviendrait pas à un cœur sacerdotal 2. Il y aurait contradiction entre ces deux amours, celui que Jésus porte à son Prêtre et celui que le Prêtre porte à Jésus.

Puisant ailleurs que dans le cœur de son Maître l'amour qu'il Lui doit, le Prêtre ne pourrait pas dire à Jésus qu'il L'aime d'un même amour ni oser espérer que son amour Lui soit quand même agréable.

1 « Ego elegi vos de mundo, propterea odit vos mundus. Mementote sermonis mei, quem ego dixi vobis : Non est servus major Domino suo. Si me persecuti sunt, et vos persequentur. » Joan., xv, 19, 20.

2 « Non enim me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hune crucifixum. » I Cor., h, 2.

Jésus veut se reconnaître dans son Prêtre ; et comme tout dépend de l'amour, c'est Xamour crucifié seul qui donnera à la vie et à la sainteté du Prêtre le cachet de la physionomie divine de Jésus.

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