‹ Retraite sacerdotale (volume 2)Chapitre 27 sur 35 · Attache trop naturelle aux créatures · texte numérisé non relu

Attache trop naturelle aux créatures

Ce danger est plus à craindre que le précédent, par cela même qu'il pénètre plus directement dans le cœur qui est le théâtre de l'amour.

Les préoccupations terrestres assombrissent l'intelligence et y jettent souvent le désarroi 2. Les attaches trop sensibles aux créatures émeuvent outre mesure le cœur et y bouleversent les sentiments 3.

Aimer normalement, c'est-à-dire avec poids et mesure, en conservant un contrôle judicieux de

1 « Si cesset aliquando actus, nunquam débet tamen cessare affectus. » S. Bonav., Serm. 5 de uno Confess.

2 « Amor terrenorum ambit intima, et animum quem inflammat, nunquam quiescere sinit. » Rich. a S. Vict., p. 1 de différent, sacrificii Abrahae et Maria?.

3 « Concupiscentia subvertit cor. » Dan., xiii, 56.

« Affectio obtenebrat saepe judicium. » S. Joan. Chr., Hom. 28 sup. Act. Apost.

l38 JÉSUS AMOUR DU PRETRE

ses affections, c'est aimer dans l'ordre et sans préjudice d'intérêt supérieur l.

Aimer d'une manière purement naturelle, en suivant ses instincts et en écoutant ses passions, c'est aimer sottement, et beaucoup à la manière des bêtes qui n'ont pas le secours de la raison pour réfléchir et se guider 2.

Entre ces deux amours extérieurs, il y a place pour un amour mitigé, mais qui comporte bien des degrés. Selon qu'il se rapproche plus ou moins du premier ou du second, il leur en emprunte les qualités ou les défauts 3.

Lorsqu'il s'agit d'aimer comme doit aimer le Prêtre, il ne peut être nullement question d'aimer d'une manière naturelle, de donner à ses affections la moindre teinte de naturalisme, de s'attacher aux créatures, quelles qu'elles soient, uniquement pour leurs qualités ou parce qu'on y trouve sa satisfaction.

1 « Omnis creatura et bene potest amari et maie : bene, scilicet ordine custodito : maie autem, ordine perturbato. » S. Auc, L. i5 de Ci vit. Dei, c. 22.

5 « Propter quod tradidit illos Deus in desideria cordis eorum, in immunditiam : qui commutaverunt veritatem Dei in mendacium : et coluerunt, et servierunt creaturae potius quam Creatori. Propterea tradidit illos Deus in passiones ignominiae. » Rom., 1, 24-26.

3 « Amate, sed quid ametis, videte. » S. Auc, L. i3 de Ci vit. Dei, c. 7.

OBSTACLES Et SECOURS A L AMOUR l3q

Tout ce que le Prêtre donne de trop à la créature, il l'enlève à Jésus ; et son amour pour son divin Maître décroît en proportion de son attache exagérée des créatures '.

Ce n'est pas parce qu'il s'est librement consacré au service de Dieu, que le Prêtre est à l'abri des mouvements inconsidérés du cœur. Sans doute il n'ira pas aveuglément au-devant des amours défendus, mais sous le couvert du bien à faire et à cause de la nature même de son ministère auprès des âmes, il rencontrera le danger 2.

S'il ne se prémunit pas énergiquement, il est dans le cas de se laisser aller peu à peu à des affections trop sensibles.

S'il le fait, son amour de Jésus diminuera du coup ; et s'il ne se ressaisit bien vite, il trouvera difficilement en Jésus ce qu'il est allé chercher dans la créature.

Donc, fuir généreusement Xattache naturelle aux créatures, pour garder son cœur à Celui-là seul à qui on l'a donné sans retour.

1 « Difficile est Deum simul et saeculum diligere, utraque simul amari aequaiiter non possunt. » S. Isid. Hisp., L. 2 de Synonym., c. 47.

2 « Quisquis alios ex rectitudinis zelo monere vult, semetipsum ne tentetur, consideret, quia homo est. » S. Laur. Just., De casto Connut)., c. 7.

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