La mission du Prêtre est une mission exclusive
Le Prêtre est appelé à quelque chose de trop grand, sa mission est trop élevée et trop divine, pour qu'il lui soit loisible de se consacrer à quelqu' autre chose sur la terre.
Le Prêtre est trop étroitement uni à Jésus et son ministère Lui est trop indispensable, pour qu'il y ait place dans sa vie à d'autres ambitions et à d'autres désirs que ceux de se consumer à la gloire de Jésus son Maître.
Le Prêtre a un ministère trop nécessaire et trop étendu à accomplir, pour qu'il accepte un mélange quelconque d'occupations et de travaux qui puissent se partager son zèle et sa vie.
Tout ce qu'il est, comme tout ce qu'il a appartient à Jésus ^,
1 « Vos estis vicarii Christi, qui vicem ejus geritis. » S. Auc, Serm. 34 ad Frat.
« Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. » Joan., xx, 21.
* « Verus minister altaris Deo, non sibi, natus est. » S. Pete. Dam., In Ps. cx>iii, s. 8.
Jésus l'a choisi avec ses qualités, ses talents, ses aptitudes, et II se les est attribués en propre.
Tout ce que le Prêtre était avant d'être Prêtre, a passé dans la possession de Jésus, qui seul désormais exerce un droit de propriété sur sa personne tout entière '.
Du jour où le Prêtre a été oint de l'onction sacerdotale, // a perdu la libre disposition de ce qu'il avait et de tout ce qu'il pouvait acquérir dans la suite, et Jésus en est devenu le Maître absolu -.
C'est pourquoi son temps, ses travaux, ses forces, sa santé et sa vie appartiennent à Jésus et à Jésus seul. Il n'a pas le droit d'en rien distraire pour d'autres usages que pour l'exercice de son Sacerdoce et de son ministère ^.
D'où, le Prêtre doit rester étranger aux choses de la terre. S'il s'en occupe, ça ne peut être que tlans la mesure où l'exigent sa situation et son ministère ; et encore, d'une façon fort restreinte,
• « Non estis vestri. » I Cor., vi, 19. — « Separavi vos a creteris populis, ut essetis mei. » Levit., xx, 26.
- « Id scire oportet, te, priusquam ordinaberis, tibi vixisse ; ordinatum autem, illis quibus ordinatus es. » S. Athan., Ep. ad Drac.
3 « Omnia enim vestra sunt, vos autem Chiisti, Christus autem Dei. » I Cor., ui, 22, 23.
en subordonnant le terrestre aux exigences et aux multiples devoirs de sa charge '.
Sa mission divine lui interdit de se mêler aux affaires du siècle, et de se livrer à des négociations à"\n\.é\k\. fjurement temporel"^.
Il n'est pas Prêtre pour acquérir des richesses ni pour les administrer, pas plus que pour vivre au milieu des mille sollicitudes des choses d'ici-bas 2.
Pour être fidèle à sa mission, il a besoin de toute sa liberté d'esprit et de tout l'emploi de son temps.
Le Prêtre n'est point davantage destiné à l'acquisition de sciences qui ne peuvent concourir à l'accomplissement de sa mission.
Si ces sciences profanes sont contraires à sa mission ou à la dignité de son caractère sacerdotal, il doit se les interdire absolument.
Si elles sont indifférentes, il n'en a que faire.
Si elles sont superflues, elles lui sont inutiles.
Si elles ne sont qu'un agréable passe-temps,
1 « Quo significaretur quotidie clericos, ahjecta cœterarum rerum cura, uni Deo prorsus vacare debeie. » S. Sylvest., Breviar,
- « Nemo, militans Deo, implicat se negotiis saecularibus, ut ei placeat cui se probavit. » II Tim., ii, 4.
•' « Redemptor noster a sacerdotis officio non qua;iit aurum, sed animas. » S. Grec. Alagn., L. 5 in Reg.
elles doivent être fort restreintes, car il a quelque chose de mieux à faire '.
Si enfin, ces sciences profanes, et parfois fort spéciales, semblent s'imposer dans des cas exceptionnels, le Prêtre ne doit ni y attacher son cœur ni négliger ses devoirs et ses travaux sacerdotaux. La mission que lui a confiée Jésus est une mission supérieure à laquelle doivent être subordonnées toutes les autres, de quelque nature qu'elles soient -.
Aussi, le Prêtre doit-il être attentif à ne point se laisser surprendre par des occupations, des travaux, des études, des œuvres quelconques étrangères à son Sacerdoce '-K
Doit-il se considérer toujours comme la propriété exclusive de Jésus, n'ayant point le droit de disposer de sa personne et de tout ce qu'il a, pour autre chose que pour les intérêts et la gloire de Celui qui l'a fait son Prêtre '.
' « Contra justitiam faciunt, qui otiosum studium iructuosa; utilitati regendte multitudinis anteponunt. » S. Prosper.. De vita contempL, L. 3, c. 28.
- « Cui Deus portio est, nihil débet curare, nisi Deum. » S. Ambr., L. 2 De fuga saecui., c. 2.
' .< Esto tu populo in hîs quse ad Deum pertinent. » Ex. xvm, 18.
'• « Separa\'it vos Deus Israël ab omni populo, et junxit sibi. » NuM., XVI, 9.
DEUXIÈME MÉDITATION