DE NOS ACTIONS ORDINAIRES
mille défauts. Au lieu que cette perfection d'une vie commune est approuvée de Dieu et des hommes. Elle édifie, elle met la vertu en crédit, elle maintient la règle, elle n'enfle point, ni n'est point sujette à la vanilé. On la croit aisée, et elle Test dans la spécu-' lation ; mais pour en soutenir longtemps et constamment la pratique, qu'il y a de difficultés à vaincre, qu'il y a de violences à se faire, et par là même aussi de récompenses obtenir!
Notre perfection n'en demeure pas. là ; mais à ces actions ordinaires sur quoi elle est fondée, elle doit ajouter certaines circonstances et certaines conditions nécessairement requises. G'est-à-dire qu'il ne suffit pas de faire ce qui est de notre état, de notre vocation, de notre emploi ; mais qu'il le faut bien faire, tellement qu'on puisse dire de nous, par proportion, ce qu'on disoit du Fils de Dieu : // a bien fait toutes choses (1).
Or, bien faire toutes ses actions, c'est les faire avec exactitude, avec ferveur, avec persévérance. 1° Avec exactitude : de sorte qu'on n'en omette aucune volontairement et par sa faute, et qu'on ne retranche pas même à une seule la moindre partie de ce qui lui est assigné. Cette exactitude regarde encore l'heure, le lieu, la manière : car ne les pas faire au temps marqué, dans le lieu qui convient, de la manière qui est prescrite, ce sont aitant d'imperfections qui en diminuent la valeur, puisqt 3 ce sont autant de transgressions à la volonté de Dieu, qui est ordonnée en to it et qui s'étend à tout, sans oublier les plus petites particularités. 2° Avec ferveur : ce n'est pas à dire avec goût,
(I) Marc. 7.
avec plaisir, avec une ardeur sensible. Quoique la ferveur soit communément accompagnée de ce goût, de ce plaisir, de cette ardeur, elle n'en est pas toutefois inséparable. On peut être très-fervent, et avoir un dégoût naturel pour ce que l'on fait, y sentir de la répugnance, et n'y trouver que de la sécheresse et de la froideur. C'est même alors que la ferveur est beaucoup plus solide et beaucoup plus méritoire, quand elle nous fait agir résolument et délibérément malgré ces répugnances et ces dégoûts, malgré ces froideurs et ces sécheresses . 3° Avec persévérance : c'est pardessus tout cette persévérance qui coûte, et c'est ce qui faisoit dire à saint Bernard, parlant de la vie religieuse, qu'à n'en regarder que chaque exercice en particulier et en lui-même, elle n'est pas à beaucoup près si rigoureuse que le martyre ; mais qu'a les rassembler tous et à en considérer leur durée, il n'y a point, selon la nature, de martyre plus insoutenable. Aussi voit-on assez de religieux dans les communautés et même de chrétiens dans le monde, fidèles à leurs pratiques et à leurs obligations en certains temps et à certains jours, où ils sont plus touchés de Dieu ; mais d'en trouver qui marchent toujours d'un pas égal, qui n'aient pas leurs vicissitudes et leurs changemens, qui fassent avec la même attention et la même assiduité le lendemain, ce qu'ils ont fait le jour précédent, et qui sur cela ne se relâchent ni ne se démentent jamais jusqu'au dernier moment de leur vie, c'est une espèce de miracle.
Voilà donc les trois règles que je dois prendre pour me diriger dans la voie de ma perfection et dans la sanctification de mes actions, exactitude, lerveur, persévérance. Mais en même temps ne sont-ce pas pour moi trois grands suje'ts de «'humilier et de déplorer