‹ Retraite spirituelleChapitre 12 sur 52 · DE NOS ACTIONS ORDINAIRES · texte numérisé non relu

DE NOS ACTIONS ORDINAIRES

toutes mes infidélités? Il ne faudroit pour me sanctifier, que mes observances, et ma règle : mais de combien d'omissions y suis-je coupable, de combien de lâchetés, d'inconstances, de variations ! Dois-je m'étonner qu'avec tant de moyens de m'avancer, j'aie fait si peu de progrès : ou plutôt, ne dois-je pas trembler du peu de progrès que j'ai fait avec des moyens si abondans et si présens de me perfectionner?

TROISIÈME POINT

Ce n'est pas tout encore ; mais il y a un dernier degré de perfection, que nous devons donner à nos actions, et qui en est comme l'âme et comme la vie, c'est de les faire par un esprit intérieur et par un principe de religion. Car tout le reste n'est que le corps de la sainteté ; mars ce qui les vivifie, ce qui les anime et qui les consacre, c'est le motif qui nous conduit, et l'intention que nous nous proposons. Faire ses actions par humeur, par caprice, par inclination, par coutume, par respect humain, par ostentation, par intérêt, ce n'est pas les faire pour Dieu ni en vue de Dieu ; et ûts que Dieu n'y a point de part, quel compte nous en peutil tenir et comment peut-il les agréer ? Tout Je mérite de la fille du roi lui vient avec la grâce de Dieu du dedans et du fond de son cœur (1). Quand donc je îêr^iB les actions les plus héroïques, si Dieu n'en est pas la fin, et si je ne les fais pas pour lui plaire, commr ;l n'en tire nulle gloire, il les regarde d'un œil au moins indifférent, et je n'en puis retirer moi-même aucun fruit.

Vérité terrible, si je la médite bien. Car, si je repaase sur toutes mes actions, et que je les examine au poids

(1) Ps. 44.

de cette balance, combien en trouverai--je sur quoi j'ai quelque sujet.de compter? Il est vrai, j'agis à l'extérieur comme les- autres ; je vais à la prière, au travail, à mes occupations; j'assiste à tout, et je satisfais en apparence à tout : mais du reste, sans vue de Dieu, sans retour vers Dieu ; souvent avec une légèreté d'esprit et une dissipation qui m'ôte toute bonne pensée et tout bon sentiment ; souvent par une certaine habitude que j'ai contractée avec le temps, etqueje suis en aveugle; tout au plus par une certaine bienséance et une raison purement naturelle ; quelquefois même par nécessité et par contrainte ; d'autres fois, et peut-être en bien des rencontres, par une vaine complaisance et une envie secrète de me distinguer. Or tout cela, qu'est-ce devant Dieu ? et n'est-ce pas de tout cela néanmoins que ma vie est composée? C'est-à-dire que j'agis comme si je n'agissois pas ; et que tout ce que je fais, ne sert pas plus à ma perfection, aue si ie ne faisois rien.

D'autant plus malheureux et plus condamnable, qu'il n'y a pas une si petite action que je ne pusse rapporter à Dieu, et qui, rapportée à Dieu, n'eût son mérite auprès de Dieu. Car ce que Dieu considère dans nos actions, ce n'est pas tant la substance que l'esprit, et en cela nous devons reconnoître la sagesse et la douceur de sa providence. Il ne nous a pas donné à tous les mêmes talens, et il ne nous a pas tous mis en état de vaquer aux mêmes emplois: mais parce qu'il nous appelle tous à la perfection, il a voulu que de toutes nos actions il n'y en eût point de si obscure ni de si servile, qui ne pût être relevée par la droiture et la pureté de notre intention, et qui de la sorte ne contribuât à nous élever nous-mêmes. De là je dois bien gémir de me voir si pauvre et si dénué des dons spiri-

tuels après qu'il m'a été si facile de m'enrichir, et de croître sans cesse de vertus en vertus. Chaque action de ma vie me pouvoit profiter : mais que sais-je s'il y en a eu une seule que Dieu ait trouvée digne de lui, et qui m'ait été de quelque utilité pour l'avancement de mon âme ? Quelle perte que je dois regretter, mais qui m'engage encore plus à redoubler mes soins, et à réveiller tout mon zèle pour la réparer!

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