‹ Retraite spirituelleChapitre 14 sur 52 · DU PÉCHÉ VÉNIEL · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ VÉNIEL

cette circonstance, il s'en tiendroit offensé. Quand îl s'agiroit de procurer à Dieu toute la gloire qui lui peut être procurée, Dieu ne veut point de cette gloire à une telle condition. Il veut que j'abandonne même le soin de sa gloire, plutôt que de commettre le moindre péché. Quelque véniel que je le suppose, il est de la foi, que jamais il n'entrera avec moi, ni moi avec lui dans le royaume des Gieux : car rien de souillé ne sera reçu ni n'aura place dans ce royaume céleste (1). En vain je serois d'ailleurs comblé de mérites : avec tous mes mérites et avec toute la sainteté que je pourrois avoir acquise, si mon âme sortant de cette vie, porte encore la tache d'un péché véniel que je n'aie pas effacé par la pénitence, cela seul doit être un obstacle à ma béatitude et à la possession de Dieu. Il faut que mon âme, quoique juste, quoique sainte, quoique prédestinée et digne de Dieu, demeure séparée de Dieu, jusqu'à ce que ce péché soit expié. Il faut qu'elle passe par le feu du purgatoire et qu'elle y soit purifiée, avant que d'être admise dans le sein de Dieu. Et dès ce monde même, avec quelle sévérité Dieu n'a-t-il pas puni le péché véniel ! Il fit périr presque tout un peuple pour une simple vanité de David ; il fit tomber mort au pied de l'arche un lévite, pour l'avoir seulement touchée. Il est donc étrange que je commette si facilement un péché qui m'expose à de si rigoureux châtimens. Mais ce qu'il y a mille fois encore de plus condamnable et de plus indigne, c'est qu'étant redevable de tout à Dieu, et qu'ayant tout reçu de Dieu, au lieu de la reconnoissance et de l'amour que je lui dois, je me laisse si aisément aller à un péché dont il se tient blessé, et qui est en effet une injure pour lui.

(1) Apoc. 21. .

Du moins si ces fautes vénielles que je commets, n'étoient pas si fréquentes, ni si nombreuses. Mais leur multitude est infinie, et c'est ce qui affligeoit David, et ce qui le jetoit dans une désolation extrême, quand il disoit à Dieu : Je suis, Seigneur, tout environné de maux, et mes iniquités m'accablent, jusqu'à ne pouvoir plus m'en tenir compte à moi-même, ni en faire le dénombrement. Elles se sont multipliées plus que les cheveux de ma tête, et la vue que j'en ai, me fait tomber en défaillance (1). Voilà comment parloit ce saint roi. Or, dans une vie lâche et imparfaite comme la mienne, si j'entreprenois de supputer tous les péchés qui m'échappent, et si Dieu m'éclairoit là-dessus, où iroit cette multiplication ? Je ne les vois pas : mais n'est-ce pas assez que Dieu les voie ? N'est-ce pas assez que je sache qu'ils sont sans nombre, pour en être pénétré de douleur, et comme inconsolable ?

Combien de péchés d'ignorance, causés par l'oubli de mes devoirs, par ma négligence à m'en instruire, par mon indocilité à souffrir qu'on m'en avertisse, par ma présomption à ne vouloir croire que moi-même ! Combien de péchés d'imprudence et d'inadvertance, causés par la dissipation de mon esprit, par la légèreté de mon humeur, par laliberté de ma langue, par la témérité de mes jugemens, par la malignité de mes soupçons ! Combien de péchés de fragilité et de foiblesse, causés par l'habitude que je me suis faite de ne me contraindre en rien, et de ne m 'assujettir à aucune règle, de suivre en tout les mouvemens de la nature, de ne faire nulle violence à mes inclinations et à mon tempérament !

(1) Ps. 39.

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