‹ Retraite spirituelleChapitre 8 sur 52 · DE LA FIN DE L'HOMME · texte numérisé non relu

DE LA FIN DE L'HOMME

et dès là ils sont devenus inutiles (1), ou plutôt tout leur est devenu inutile. N'est-ce pas là mon état, et puis-je assez le déplorer?

SECOND POINT

Ce qui doit fortement m'exciter à tendre sans cesse vers ma fin, c'est qu'il n'en est point de plus excellente. Dieu lui-même n'en a pas une plus noble, puisqu'il est lui-même sa fin. De toute éternité il se connoît, il s'aime, il forme des desseins pour sa gloire, et il les exécute dans le temps. Or en cela il m'a créé à son image et ressemblance : car il m'a donné un entendement pour le connoître, une volonté pour l'aimer, un corps et une âme pour le glorifier. J'ai donc en vertu de r.a création, une fin aussi sublime que Dieu. 0 Seigneur! s'écrioit le saint pajjùarehe Job, qu'est-ce que Vhomme pour mériter que vous Vayez exalté de la sorte (2) ? Reconnois, mon âme, reconnois ta dignité, non pas pour en concevoir un vain orgueil, mais pour rendre à Dieu l'hommage d'une profonde adoration, et pour lui offrir le juste tribut de tes louanges. Au contraire, quand j'agis pour une autre fin que pour Dieu, je m'avilis, je me dégrade, je renonce à l'honneur que j'avois d'être fait pour Dieu, et pour Di^u seul. Quand je me recherche moi-même, par une juste punition de Dieu, je me trouve moi-même; et en me trouvant moi-même, je ne trouve que le néant. Vhomme a oublié Dieu, et en l'oubliant il s'est méconnu, et par là il est devenu non seulement semblable aux bêtes (3), mais de pire condition que les bêtes. Car au moins les bêtes, quoique privées déraison, agissentelles conformément à leur fin, et Dieu est toujours

(1) Ps. 13. — (2) Job. 7. — (3) Ps. 48.

leur fin ; au lieu qu'il n'est plus la mienne, quand je suis assez aveugle et assez insensé, pour m'en proposer une autre que lui.

Point encore de fin plus nécessaire, soit par rapport à Dieu, soit par rapport à moi. Nécessaire par rapport à Dieu : car Dieu ne seroit pas Dieu, s'il m'étoit permis d'agir pour une autre fin que pour lui. Il cesseroit d'être Dieu, si je pouvois avoir droit de former la moindre pensée, dédire la moindre parole, de faire la moindre action, sans la rapporter à lui. Cependant il ne suffit pas qu'il soit ma fin par la nécessité de son être : il faut qu'il le soit, et il veut l'être par mon choix. Voilà ce qui fait sa gloire. Voudrais-je la lui disputer ? Nécessaire par rapport à moi ; car il n'y a que Dieu qui puisse me rendre heureux, et par consé quent qui puisse être ma fin. Vous m'avez fait pour vous, Seigneur, disoit saint Augustin, et mon cœur sera toujours dans l'agitation et dans le trouble, jusqu'à ce qu'il se repose en vous (1). Quoi que le monde fasse pour moi, il ne me contentera jamais. Je ne l'ai que trop éprouvé, pour n'en être pas convaincu. Il me faut quelque chose de plus que le monde, et je ne serai rassasié que lorsque je posséderai mon Dieu.

TROISIÈME POINT

Tout, hors le péché, peut me conduire à ma fin. Il n'y a point de créature dans l'univers, qui ne m'aide à connoître Dieu, qui ne me découvre quelque perfection de Dieu, et qui ne doive m'inspirer de l'amour pour Dieu. Il n'y en a donc pas une qui ne puisse être, et qui ne soit actuellement un moyen pour m'éiever à Dieu. Les cieux les astres, les éiémens, tout m'annonce

(i) Aag.

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un Dieu; en sorte que je suis inexcusable, si, le connoissant, je ne réponds pas à l'obligation étroite où je me trouve de le glorifier comme Dieu. Est-il possible, Seigneur, qu'il y ait eu des mondains assez infidèles, pour ne vouloir pas écouter cette voix de toute la nature ? Votre Apôtre néanmoins me l'apprend : mais aussi m'assure-t-il, que, par un ;uste jugement, vous les avez tous livrés à leur sens réprouvé. Que seroit-ce de moi, si jamais vous veniez à m'abandonner ainsi moi-même ?

Quoi qu'il en soit, je dois, dans l'ordre de sa providence, regarder tout ce qui m'arrive comme un moyen, dont Dieu veut que je me serve pour arriver à la fin qu'il m'a marquée : prospérité, adversité, santé, maladie, pauvreté, commodités, mépris, honneur, joie, affliction. Car nous savons, dit saint Paul, que tout cela contribue au bien de ceux qui aiment Dieu (1) : parce qu'il est vrai que tout cela, si je suis fidèle à la grâce, me porte à Dieu, m'attache à Dieu, me soume* à Dieu, me force de recourir à Dieu. Et en effet, Dieu a conduit ses élus par toutes ces différentes voies ; et toutes ces voies différentes, dans l'usage qu'en ont fait les saints, ont également servi à leur prédestination. Dans tous ces événemens, quoique contraires, ils ont trouvé le royaume de Dieu, qui étoit leur fin.

Or voilà ce que je n'ai point assez connu : l'utilité de tout cela, et les desseins de Dieu en tout cela ; ou si je l'ai connu d'une connoissance stérile et de spéculation, voilà ce que j'ai pleinement ignoré dans la pratique. Car malgré les desseins de Dieu, j'ai abusé de tout cela : de la santé, pour vivre au gré de mes pas-

(i)Ron,.8. an."

sions ; de l'infirmité, pour mener une vie lâche ; des afflictions, pour murmurer; de lajoie, pour me dissiper; de la prospérité, pour m'enorgueillir ; de l'adversité, pour m'abattre. Quel renversement de l'ordre de Dieu! Quelle infidélité à sa providence ! Quel oubli de mes propres intérêts ! Je ne dois donc désormais user de? créatures, que pour arriver à ma fin; c'est-à-dire, que je ne dois les estimer, les désirer, les rechercher, qu'autant qu'elles peuvent m'approcher de Dieu et me tenir uni à Dieu. Si je les regarde autrement, elles se tournent contre moi ; et pour venger, à mes dépens, le Dieu qui les a créées, bien loin de m'être utiles et profitables, elles me deviennent pernicieuses et domina geables.

CONCLUSION

Il n'y a que votre grâce, ô mon Dieu, qui puisse me tirer du déplorable aveuglement où je vis depuis tant d'années. Faites-moi connoitre ce que je suis, et pourquoi je le suis. Donnez-moi une idée vive de la fin où je dois aspirer ; une idée qui me lasse agir, qui m'anime, qui me soutienne. Qu'il paroisse dans ma conduite que je suis en effet, non seulement persuadé, mais touché de cette fin. Que mon unique soin soit de la chercher partout et en tout ; d'en renouveler tous les jours l'intention et le désir, et de me faire incessamment à moi-même le reproche que Jésus-Christ faisoit à Marthe : Vous vous embarrassez de bien des choses, et il n'y en a qu'une seule de nécessaire (1). Or cette seule chose nécessaire, c'est ma fin.

Quant aux moyens, Seigneur, je vous demande cette sainte indifférence, où vous voulez que je sois à l'égard

(1) Luc. 10.

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de tout ce qu'il y a dans le monde : biens ou maux, grandeurs ou humiliations, plaisirs ou afflictions. Et, que m'importe d'être riche ou pauvre, d'être sain ou malade, d'être méprisé ou honoré, pourvu que je sois à vous, et que vous soyez éternellement à moi ? Que m'importe par quelle voie je parvienne à ma fin, pourvu que j'y parvienne ? Sainte indifférence, qui me délivreroit de tous les troubles, de tous les chagrins, de toutes les inquiétudes, de toutes les craintes, dont mon attachement aux créatures est la source ! Sainte indifférence, qui banniroit de mon cœur toutes les passions dont il est continuellement agité ! Sainte indiffé rence, qui mettroit le calme dans mon âme, et qui seroit déjà pour moi une béatitude anticipée !

Ajoutez, mon Dieu, à cette indifférence une disposition encore plus sainte, de préférer entre les choses du monde, celles que je connoîtrai m'être plus utiles, pour m'avancer vers ma fin, à celles que je saurai me l'être 'moins. Car quoique toutes soient des moyens pour aller à vous, il y en a qui m'y conduisent bien plus sûrement et plus infailliblement ; et quelque horreur naturelle que je puisse avoir de celles-ci, je ne dois pas hésiter à leur donner la préférence sur les autres, qui me seroient plus agréables, mais dont il me seroit plus facile et plus dangereux d'abuser. Surtout aidezmoi à m'établir, et à me fortifier dans la sainte résolution où je dois être, d^embrasser généralement et sans réserve tous les moyens, par où vous voulez que j'arrive

cet unique nécessaire, qui est ma fin. Car s'il y a u/i seul de ces moyens que j'excepte, quand je prendrois tous les autres, dès là je ne voudrois plus sincèrement ni efficacement ma fin ; et la volonté que j'aurois d'atteindre à cette fin, ne serait plus qu'une velléité et

14 PREMIÈRE MÉDITATION DE LA FIN DE l/llOMME

qu'une erreur. Point de restriction, ô mon Dieu, point de limitation ni de bornes, quand il s'agit d'une fin aussi essentielle que celle-là. Examen de mon cœur sur ces trois dispositions. Suis-je dans cette indifférence parfaite pour tout ce qui n'est pas Dieu? Suis-je déterminé à choisir, quoi qu'il m'en coûte, les moyens les plus sûrs et les plus propres pour me conduire à Dieu ? Veux-je les employer tous, et le veux-je bien ?

Si quis vult venire post me, abneget semetipsum. Si quelqu'un veut venir après moi,- qu'il renonce à soi-même. Matth. ,,chap. 16.

PREMIER POINT

Pourquoi suis-je chrétien ? pour servir et honorer Dieu : non plus selon les simples vues de ma raison, puisque ma raison étant aussi foible, aussi bornée, et aussi obscurcie qu'elle l'est par le péché, elle ne me donneroit pas d'assez hautes idées de Dieu. Non plus selon les maximes générales de la religion : car Dieu demande de moi comme chrétien, quelque chose de plus parfait, que ce que la religion en général prescrit à tout homme qui connoîtroit Dieu, et n'auroit que la foi d'un Dieu. Mais je suis chrétien, pour servir Dieu et pour le glorifier selon les règles particulières, et selon l'esprit de la loi de Jésus-Christ. Dieu ne veut plus que je vive selon d'autres règles que celles-là ; et tout ce qui n'est pas selon ces règles, n'est plus selon le cœur de Dieu.

En effet, Jésus-Christ n'est venu au monde, que pour me faire connoître Dieu, et que pour m'apprendre à honorer Dieu comme Dieu mérite d'être honoré. C'est pour cela qu'il disait : Mon Père, j'ai fait con-

no lire aux hommes votre nom (1). Moïse avait appris aux Juifs à honorer Dieu par des sacrifices et des victimes ; mais ces sacrifices où l'on n'immoloit que des animaux, n'étoient que l'ombre et la figure du vrai culte que Dieu attendoit de moi. Ces sacrifices étoient infiniment au-dessous de ce que Dieu méritoit. Jésus- Christ est donc venu, pour m'enseigner à honorer Dieu en esprit, c'est-à-dire par le sacrifice de moi-même et par le renoncement à moi-même.

Divine leçon que cet Homme-Dieu, comme législateur et comme maître, m'a faite dans sa propre personne. Entrant dans le monde, il dit à Dieu : Vous n'avez plus voulu, Seigneur, d'oblation étrangère ; mais vous m'avez formé un corps. Les holocaustes de V ancienne loi ont cessé de vous agréer ; c'est pourquoi j'ai dit : Me voici, je viens, je m'offre, je me livre à vous (2). En un mot, il s'est immolé lui-même : il s'est ^anéanti lui-même, et cela pour honorer Dieu : mais en même temps, pour avoir droit de me dire: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce et qu'il meure à soimême (3).

Voilà, dis-je, pourquoi je suis chrétien, et c'est uniquement par là que je me mets en état de rendre à Dieu, le véritable hommage que je lui dois. Il faut donc conclure, que si je ne renonce à moi-même, je ne suis chrétien que de nom : que si je ne renonce à moimême, je ne porte le nom de chrétien que pour ma confusion : que quoi que je fasse d'ailleurs, si je ne renonce à moi-même, je ne connois pas Dieu, je n'aime pas Dieu, je suis incapable de glorifier Dieu, de la manière que je dois le connoître, que je le dois aimer,

(1) Joan. 17. 6. — (2) Hebr. 10. — (3) Matth. 16.

que je le dois glorifier. C'est dans ce renoncement à moi-même, et dans ce sacrifice de moi— même, que consiste pour moi la religion.- Les Juifs pouvoient l'ignorer : mais après la révélation expresse qu'il a plu à Dieu d'en faire au monde par Jésus-Christ, mon ignorance sur ce point seroit mon crime. Ce renoncement est difficile, mais il est nécessaire! Se quitter soi-même, se dépouiller de soi-même, c'est une parole bien dure, selon les sens et selon les inclinations naturelles : mais c'est r e parole de salut, une parole de vie et de la vie éternelle.

SECOND POINT

En qualité de chrétien, je dois être conforme à Jésus- Christ. Car c'est dans cette vue, dit saint Paul, que Dieu a choisi ses élus : les ayant tous prédestinés sur le modèle de son Fils. Y a-t-il entre Jésus-Christ et moi de la conformité, j'ai droit d'espérer en Dieu, et de faire fond sur ses miséricordes. Mais n'y a-t-il dans moi nul trait de ressemblance avec Jésus-Christ : quand j'aurois d'ailleurs toutes les perfections des anges, Dieu ne me reconnoit point, ni ne me compte point au nombre des siens. Quoi qu'il en soit, voilà ma fin, et à quoi je dois travailler comme chrétien : à me faire une copie vivante de Jésus-Christ ; à envisager Jésus-Christ comme l'excellent original sur lequel je dois me former ; à me dire sans cesse en le contemplant, ce que Dieu dit à Moïse : Voyez, et faites selon le divin exemplaire que vous avez devant les yeux (1).

En qualité de chrétien, je dois être revêtu de Jésus- Christ. C'est l'expression dont s'est servi l'Apôtre : Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous

(f) Exod. 23.

18 SECOiNDE MÉDITATION

êtes revêtus de Jésus-Christ (1). Quel honneur pour moi, en me dépouillant du vieil homme, de m'être revêtu du nouveau I Mais quelle honte aussi pour moi, si je n'en suis revêtu qu'extérieurement, et si, faisant profession d'être chrétien ; je n'en ai pas intérieurement l'esprit ! Quelle contradiction, si, portant le caractère et la marque du sacrement de Jésus-Christ, je n'en ai pas la sainteté, et si dans la pratique je sépare l'un de l'autre î Quelle monstrueuse hypocrisie, si je ne suis chrétien qu'en apparence, et si devant Dieu j'ai un esprit et un cœur tout païen !

En qualité de chrétien, je dois être incorporé à Jésus-Christ comme un de ses membres ; je dois lui être uni comme à mon chef. C'est encore la doctrine du saint Apôtre : Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres de Jésus-Christ (2) ? Or, entre le chef et les membres il doit y avoir de la proportion; et s'il n'y en a point entre Jésus-Christ et moi, je n'ai plus avec lui cette liaison, qui fait selon Dieu tout mon bonheur et toute ma gloire. Ou si je suis, comme chrétien, un des membres de Jésus-Christ, je ne suis, comme indigne chrétien, qu'un de ces membres gâtés, qui ne servent qu'à déshonorer son corps mystique.

Enfin je dois, en qualité de chrétien, vivre de la vie même de Jésus-Christ : de sorte que la vie de Jésus- Christ doit paroître (3) dans toute ma conduite, et même, ainsi que me l'enseigne le Maître des nations, dans ma chair mortelle. Je suis chrétien, pour pouvoir dire comme ce grand saint : Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, c'est Je sus -Christ qui vit en moi (4) et par conséquent qui pense en moi, qui parle en moi,

(4) Gaîat. 3.— (2) î Cor. 6. 15.— (3) 2 Cor. 4.— (4) Galat. 2.

qui agit on moi. Puis-je en la présence de Dieu, sans me tromper, sans me flatter, me rendre à moi-même ce témoignage ? Voilà toutefois à quoi Dieu m'appelle.

TROISIÈME POINT

Ce n'est point assez pour être parfaitement chrétien, que je sois dans une sainte indifférence à l'égard de tout ce qui n'est pas Dieu : il faut que je m'attache expressément et déterminément aux moyens que Jésus-Christ m'a lui même marqués, comme les plus efficaces, les plus infaillibles, et, supposé le choix qu'il en a fait, les plus indispensables et même les seuls suffisans pour acquérir la perfection où le caractère de chrétien m'engage, et où est renfermée ma fin. Or, suivant ce principe, je dois donc, sans balancer, préférer la pauvreté, j'entends la pauvreté de cœur, aux biens de ce monde : c'est-à-dire, que je dois m 'estimer plus heureux d'être détaché des biens de ce monde, que de les posséder ; plus heureux de les mépriser, que d'en jouir, parce que le détachement et le mépris des biens de ce monde est le premier moyen que Jésus- Christ m'a proposé pour honorer Dieu.

Suivant ce principe, je dois préférer la vie austère et pénitente, à la vie douce et commode ; parce que c'est ainsi que Jésus-Christ l'a jugé lui-même, et qu'il l'a pratiqué. Au lieu du bonheur, même temporel, et de la joie qui lui étoit due, il a pris la croix pour son partage (1). Car il venoit, comme Sauveur, établir une religion d'hommes pécheurs, à qui la pénitence étoit nécessaire pour apaiser la justice de Dieu. Il venoit, comme réformateur du monde, en corriger les désordres ; et il savoit que la vie douce et commode étoit la

(1) Hebr. 12.

source empoisonnée de toute la corruption du monde, et qu'au contraire la vie austère et pénitente en était le remède souverain.

Suivant ce principe, je dois être persuadé de ces maximes si communes dans l'Évangile et si familières aux apôtres : qu'il ne suffît pas que je porte ma croix, mais qu'il faut que ce soit moi-même qui m'en charge et qui me l'impose ; qu'il ne suffît pas que je m'y soumette, mais qu'il faut que je l'aime, qu'il faut que je m'en glorifie. Que sans cela je ne puis honorer Dieu, comme Jésus-Christ m'a fait connoitre que Dieu veut être honoré. Que si je ne crucifie ma chair, je ne puis appartanir à Jésus-Christ, ni par conséquent à Dieu. Que pour être enfin revêtu de Jésus-Christ, il faut que je sois revêtu de la mortification de Jésus-Christ.

Suivant ce principe, bien loin de fuir l'abjection on l'humiliation, je dois V accepter, la souhaiter, la demander plus que toutes les grandeurs et que tous les honneurs du monde ; puisque c'est le grand moyen que Jésus-Christ a mis en œuvre, pour rendre à Dieu la gloire qui lui avoit été ravie. L'orgueil avoit soulevé l'homme contre Dieu, et il n'y avoit que l'humilité qui pût réparer l'injure faite à Dieu. Moyen excellent, mais moyen indispensablement requis pour trouver grâce | auprès de Dieu.

CONCLUSION

Voila, Seigneur, ce que le monde ne connoissoit pas ; voilà ce que les sages du monde ne connoissent point encore : mais grâces immortelles vous soient rendues, de m'avoir révélé de si sublimes et de si importantes vérités ! Par là vous m'avez enseigné la vraie sagesse, en me détrompant des erreurs grossières dont

le monde est rempli sur ce qui regarde ses faux biens. Par là vous m'avez guéri des passions dont il est, en vue de ces biens, malheureusement possédé, et cruellement déchiré. Par là vous m'avez fait goûter le solide repos, et vous m'avez fait éprouver la vérité de votre promesse : Apprenez de moi que je suis humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes (1). Mai6 par là vous m'avez surtout appris à honorer votre Père, et à lui offrir le culte le plus digne de lui, le plus conforme à ses inclinations, et le plus capable de me sanctifier moi-même. Soyez mille fois béni, aimable et adorable Maître, de m'avoir ainsi fait entendre ce que c'est que d'être chrétien ; de m'avoir instruit de la fin pour laquelle je le suis ; de m'avoir prescrit les moyens qui doivent me mener à cette fin; et de m'avoir rendu tout cela, non-seulement intelligible, mais sensible dans votre sacrée personne. Car j'avois besoin, et de votre autorité, et de votre exemple, pour bien comprendre tout cela. Il me falloit un aussi grand modèle que vous, pour m'animer, pour me soutenir, et dans la recherche de cette fin si contraire à mon amourpropre, et dans la pratique de ces moyens si directement opposés à tous les sentimens de la nature.

Cependant, ai-je été jusqu'à présent bien convaincu de la nécessité de l'un et de l'autre, je veux dire, de la nécessité d'aspirer à cette fin et d'en prendre les moyens? Tout chrétien que je suis, ai-je vécu dans ce renoncement à .moi-même, qui est l'abrégé et la fin de la loi de Jésus-Christ? En m'examinant sur ces trois moyens, sans lesquels Jésus-Christ m'a déclaré qu'il n'y a point de salut pour moi, que trouverai-"} e ? Suis-je

(1) Matlli. H.

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