Trov.. cap. iv
26 l'esprit chrétien.
ordonne toutes les choses qu'il a si bien approfondies et si exactement mesurées. Pendant que la foule oublieuse regarde à ses pieds, fixe ses désirs et concentre sa tumultueuse activité sur des objets périssables où elle croit pouvoir trouver le bonheur dont elle est avide , le chrétien regarde en haut, et sa foi lui montre le souverain bien qui se promet, le souverain bien qui l'attend, le souverain bien qui doit le béatifier éternellement. — Yoilà Je support de ses espérances et le but de ses amours. Rien ne lui paraît bon que ce qui tend à ce but.
A ses pensées, à ses désirs, à ses volontés, à tout ce qu'il voit, à tout ce qu'il touche, à tout ce qu'il fait, il adresse cette question décisive : a Quid hoc ad œternitatem ? Qu'est-ce que cela pourl'éternité?» Et, selon la réponse qu'il reçoit, il corrige ou il approuve, il écarte ou il ordonne. Il ordonne la nature à la grâce, la science à la foi. les vertus humaines aux vertus divines, les biens temporels aux biens spirituels. Lorsque tout est réglé, il s'écrie : — En avant ! Allons au ciel ! C'est son hymne de marche, de travail et de combat. On le reconnaît entre tous à la constante direction que prend tout son être vers les hautes
l'esprit chrétien.
régions où réside la divine gloire à laquelle il doit participer. Comme il a vu Dieu au fond de tout et pris la mesure de Dieu en tout, il n'existe et n'agit que pour Dieu. « S'il vit, c'est pour Dieu : Sive vivhnus, Deo vivimus ; s'il meurt, c'est pour Dieu : sive moriitiur, Deo morimur. Qu'il vive, qu'il meure, il appartient au Seigneur : Sive vivimus, sive morimur, Dei sumus K. »
Messieurs, si vous êtes sincères, vous conviendrez avec moi qu'il faut appliquer à l'esprit chrétien ces paroles que Jésus-Christ adressait à son apôtre : « Tu es bien heureux, toi, car ce n'est ni la chair ni le sang qui t'ont révélé ces choses, mais mon Père qui est dans les cieux 2.» En effet, cette admirable sagesse, qui voit si bien le fond de toutes choses, prend si bien la mesure de toutes choses, donne à toutes choses une direction si haute et si sûre, ne peut pas venir de la terre. Regardez-y de près, vous n'y verrez aucune trace de i'oubli; de la légèreté, de la précipitation, de l'inconsidération, des exagé-