prov . cap. iv
l'amour de la liberté ; amour d'autant plus vif et tenace qu'il est la plus puissante affirmation de notre personnalité, la plus haute expression de notre dignité. Un homme pèse plus dans la balance de notre estime par la force de caractère, qui lui assure une noble indépendance, que par les éminentes qualités de son esprit et l'étendue d'une vaste science. Mettez en présence un génie transcendant dans une âme servile, et un esprit vulgaire dans une âme vraiment libre, nous n'hésiterons pas, si nous avons l'instinct de la véritable grandeur, et nos préférences iront à la liberté. La servilité abaisse les plus belles intelligences et leur fait prostituer, quelquefois, à l'erreur et à l'iniquité, des dons qui ne devraient servir qu'au triomphe de la vérité et de la justice ; la liberté relève les plus humbles esprits, et leur inspire, quand il le faut, de hautes pensées et de sublimes paroles.
Je ne m'étonne donc point de voir l'homme tant aimer la liberté; rien de plus naturel, rien de plus juste. Quelles peuvent être les conséquences de cet amour dans 1 ordre purement politique et civil? Je n'ai pointa vous le dire, Messieurs, vous le comprenez bien. Les religieuses médita-
31 LA LIDERTÉ CHRÉTIENNE.
lions de celte retraite ne me permettent pas le plus petit écart vers des questions qui troubleraient notre recueillement, sans compter le péril qu'y rencontrerait ma parole. Je m'abstiendrai même de vous montrer comment l'amour de la liberté peut dégénérer en passion malsaine et funeste, en une sorte d'idolâtrie stupide qui confond le droit avec le pouvoir de tout penser, tout dire et tout faire, réclame pour le mal des immunités qui ne sont dues qu'au bien, et se prépare le châtiment des plus honteuses et des plus abominables servitudes. Je reste dans ma question et ne veux traiter ici que de la liberté chrétienne. nécessaire compagne de l'esprit chrétien.
Le Sauveur nous l'a promise, lorsqu'il a dit : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous fera libres : Cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos ', » et il y a diverses manières de l'entendre.
Le protestantisme a choisi celle qui flattait le mieux les passions exubérantes d'où est née la Réforme. « Christ nous a sauvés en nous imputant sa justice, disait-il, voilà le principal objet de notre foi. Si nous croyons fermement cette