‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 19 sur 92 · Act., cap. i · texte numérisé non relu

Act., cap. i

témoigner... Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et ne peuvent tuer l'âme1... Vous serez opprimés dans le monde ; mais, ayez confiance, j'ai vaincu le monde2 ! » Liberté sainte et plus vivace que toutes les libertés ! Liberté nécessaire à l'esprit chrétien, dont la merveilleuse lucidité serait fatalement compromise, s'il laissait entamer les principes de sa foi.

Sachez- le bien, Messieurs, l'esprit chrétien et la liberté chrétienne ne vont pas l'un sans l'autre, puisque nous sommes à la fois enfants de Dieu et soldats du Christ. L'esprit chrétien est le signe visible de notre filiation, dont le caractère sacramentel du baptême est le signe invisible; la liberté chrétienne est le signe visible de notre virilité sacrée, dont le caractère sacramentel de la confirmation est le siaTie invisible.

J'ai défini, Messieurs. Maintenant que nous savons ce qu'est la liberté chrétienne, voyons

1. Ad prresides et ad reges ducemini propter me, in testimonium illis et gentibus... Nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autemnon possunt occidere. (Matth., cap. x, 18, 28.)

2. Ta raundo pressmaÊi' feafeebitis : sed confidite, ego vici mundum. (Joan., cm*^ï^D3i)^\

quelles sont les forces d'esclavage contre lesquelles elle s'affirme.

Si les principes de la foi ne rencontraient aucune opposition, la liberté chrétienne serait assurément plus à Taise ; mais aussi elle serait moins méritoire et moins glorieuse, Pâme n y jouirait pas de l'inexprimable joie ni de la sainte fierté qui suivent les bons combats. En nous promettant la liberté, le Christ a voulu qu'elle fût laborieuse, et qu'elle s'affirmât virilement contre les forces d'esclavage qui conspirent à enchaîner le Verbe de Dieu fixé dans les principes delà foi, forces du dehors, forces du dedans : c'est-à-dire contre la violence des pouvoirs, la tyrannie de l'opinion, la corruption et les exigences de la nature.

Dieu a établi les pouvoirs ^humains pour qu'ils fussent les ministres de son action providentielle sur les sociétés, afin de pourvoir temporellement à Tordre public, au bien public. Il s'est réservé de régler lui-même les rapports de Thommo avec sa très haute et très sainte ma-

jesté, ayant trop de respect de la vérité et de la conscience humaine pour laisser à qui que ce soit le droit d'en disposer à sa fantaisie.

Vous vous rappelez sans doute ces principe!, Messieurs. Je m'en suis servi Tan dernier pour résoudre la grande question de l'indépendance de l'Eglise ; ils ont la même force dans la question de liberté qui intéresse en particulier chaque chrétien. Mais tel est l'enivrement de la puissance humaine qu'elle aveugle ceux qui la possèdent au point que, non contents de la part qui leur a été faite, ils empiètent sur les réserves de Dieu. C'était la prétention et le crime des dominateurs du monde de vouloir être maîtres de la religion, comme ils étaient maîtres des affaires politiques et civiles à l'époque où naissait le christianisme. Aucun Dieu ne pouvait monter sur les autels, aucun culte ne pouvait lui être rendu, sans leur agrément.Aussi, quelle ne fut pas leur stupeur, lorsqu'ils virent l'empire envahi par une foule de croyants qui su passaient de leur permission pour adorer un Dieu inconnu dans le panthéon officiel, publier sa doctrine, et mener, conformément aux principes d'une foi nouvelle, une vie étrange qui condamnait la corruption

LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE'. i-'î

des mœurs païennes! Quelle ne fut pas leur colère, lorsqu'ils entendirent cette foule répondre à leurs décrets d'interdiction par cette fière parole : « Verbum Dei non est alligatum : ideo omnia sustineo : On n'enchaîne pas le Verbe de Dieu, la foi du Christ ; nous sommes prêts à tout souffrir pour défendre notre liberté ! » Ce ne fut plus alors une simple interdiction, mais une persécution féroce. Habitués à dompter les esclaves par la crainte des supplices, les Césars crurent que la violence viendrait à bout des soldats du Christ. Ils se trompaient. Une lutte horrible de trois cents ans, entre bourreaux et victimes, aboutit au triomphe public de la liberté chrétienne.

Messieurs, en face de ce triomphe, les pouvoirs humains n'ont ni abdiqué leurs prétentions, ni déposé les armes. Chaque siècle qui s'est écoulé, depuis l'ère des grandes persécutions, a vu se renouveler, çà et là, les luttes de la liberté chrétienne contre leurs violences. Nous avons tout lieu de craindre que ces luttes ne s'aggravent pour nous. Il est bien vrai que le souffle de liberté qui agite les générations modernes devrait profiter à notre indépendance religieuse. Mais les contradictions impudentes ne coûtent guère aux

LA LIERTE ( IIRET1ENNE.

ennemis de la foi. La liberté, pour eux. c'est le droit d'abuser sans vergogne du pouvoir qu'ils confisquent : et, quand il s'agit de faire triompher contre l'affirmation, dix-huit fois séculaire, des principes chrétiens, non plus la cause des faux dieux, mais la cause de l'athéisme, ils sentent s'éveiller en eux tous les instincts autocratiques des Césars. Si l'adoucissement de nos mœurs ne leur permet plus les persécutions sanglantes, ils y suppléent par des proscriptions savantes, par des vexations ordonnées qui atteignent d'abord la liberté chrétienne dans ses plus hauts représentants, pour descendre ensuite dans le menu peuple, par une légalité hypocrite et tracassière qui confisque l'autorité paternelle, trouble les familles et n'a pas d'autre but que d'étouffer le Verbe de Dieu dans la source d*où il jaillit sur les oénérations chrétiennes, l'éducation de l'enfance.

Au vieux glaive, trop lourd pour leurs mains démocratiques, ils menacent de substituer la famine, en dénonçant les traités passés avec l'Eglise; comme s'ils pouvaient empêcher le Fils de Dieu de relever le prestige de son apostolat, après qu'ils l'auront déconsidéré par la mendicité. Allez, Césars, allez ; si vos agissements de sec-

taïres haineux épouvantent une foule de timides, les obligent à se taire et à se cacher, nous ne manquerons pas, je l'espère, de vrais et solides chrétiens qui sauront dire : « Non snmus ancillœ ûlii, sed liber ce, qua liber tate liber avit nos Christus: Nous ne sommes pas les fils de la servante, mais de la femme libre; et c'est le Christ qui nous a fait cette liberté. » — Puissance séculière, écoute bien : La synagogue n'était qu'une servante ; toi, tu es encore moins que la synagogue. Elle, on l'employait aux offices sacrés ; toi, tu n'es députée qu'aux offices profanes, les plus humbles du gouvernement providentiel Nous sommes tes ciïents et non pas tes enfants. Si nous te devons le respect de l'office que Dieu t'a confié, tu nous dois le respect de notre divine filiation. Demande-nous tout ce qui, dans l'ordre temporel, peut concourir au bien public ; mais ne touche, ni de loin, ni de près, à notre foi, car c'est par là que nous sommes les fils de la femme libre, la sainte Église, épouse du Christ. Servante de Dieu, notre amour de la liberté n'est point cet amour insolent qui craint le joug des autorités humaines, toujours prêt à les contester, quand il ne se révolte pas violemment ; mais c'est un

amour éclairé qui prétend obéir à la mère de famille plutôt qu'à la servante. Trouble la maison de ton maître éternel par tes prétentions et tes violences sacrilèges ; si habilement déguisées qu'elles soient, elles ne nous feront pas taire. Xonmous ne nous révolterons pas, mais nous protesterons, nous résisterons, nous saurons dire, comme l'Apôtre : « Verbum Dei non est alligatum : On n'enchaîne pas le Verbe de Dieu. Nous sommes prêts à tout supporter, plutôt que de subir. dans l'ordre de la foi, l'esclavage des pouvoirs humains : Ideo omnia -sustineo. » Et, quoi qu'il arrive, la liberté chrétienne sera toujours consolée des tristesses et des angoisses de l'heure présente par la certitude que Dieu sait chasser à propos de sa maison les servantes qui abusent de sa confiance, et qu'il ne rompra jamais avec son épouse, lafemme libre, notre sainte Mère l'Église. Messieurs, la violence des pouvoirs n'est pas la seule force d'esclavage qui oblige la liberté chrétienne à s'affirmer. Il en est une autre, plus univers elle et plus dangereuse, contre laquelle le chrétien se tient moins en garde, parce qu'elle attaque avec moins de brusquerie : je veux parler de la tyrannie de l'opinion.

Entendons-nous bien. L'opinion dont il s'agit ici n'est point cet ensemble de vérités évidentes qui courent le monde, et de probabilités graves autour desquelles se rallient les meilleurs esprits, vérités et probabilités auxquelles il est nécessaire et honorable de se soumettre. C'est un ensemble de faux jugements et de fausses maximes, qui constituent ce que Ton peut appeler l'esprit du monde en opposition avec l'esprit chrétien. Ainsi entendue, l'opinion fait aux principes de la foi et à leurs applications pratiques une guerre incessante. L'autorité divine, qu'elle oublie ou dont elle ne veut pas tenir compte, doit s'effacer devant ses décisions. Lorsqu'elle a décrété que tel point de doctrine est absurde, telle autre étrange, que telle manière de faire est petite, telle autre exagérée, elle prétend qu'on se soumette à ses décrets, comme si le nombre pouvait faire loi contre les enseignements et les prescriptions de la sagesse éternelle. Je serais infini, Messieurs, si je voulais détailler les oppositions de l'esprit du monde et de l'esprit chrétien. On les rencontre dans la vie privée comme dans la vie publique, et partout l'opinion prend des allures tyranniques devant lesquelles il faut se courber,

sous peine d'encourir ses mépris et ses railleries. D'où cette crainte puérile du qu'en dira-t-on, ces abdications tremblantes de la liberté chrétienne, cette vulgaire lâcheté que l'on appelle le respect humain.

N'en êtes-vous pas les esclaves humiliés, Messieurs? Engendrés à la foi parle baptême, élevés chrétiennement, investis du droit de penser, de parler et d'agir conformément à vos croyances, fortifiés par PEsprit-Saint pour faire prévaloir ce droit contre toute contradiction, libres enfin, n'avez-vous pas sacrifié votre liberté à l'opinion? J'ai honte de le dire; mais il y a des chrétiens qui, par égard pour des jugements sans autorité et sans portée, qui, sous la pression de quelques plaisantins, plus habiles à railler qu'à raisonner, mutilent leur foi et croient avoir purgé leur svmbole quand ils l'ont défiguré par la suppression de quelque vérité majeure. Ceux-ci respectent l'autorité des principes de leur foi; mais ils n'osent plus en parler, tant ils ont peur des fatigues de la lutte et, plus encore, des rires indécents qui les feraient rougir. Ceux-là osent encore confesser leur foi, surtout dans les occasions critiques où elle est trop ouvertement at-

taquée ; mais ils n'ont plus le courage d'en exprimer dans leur vie religieuse les conséquences pratiques, parce qu'ils craignent de paraître étranges en ne faisant pas comme tout le monde, Presque tous estiment encore l'autorité divine qu'ils outragent, et méprisent l'opinion qu'ils subissent; et, cependant, ils abdiquent devant elle leur liberté. Esclaves ! Ne voyezvous pas que, si tous les chrétiens vous imitaient, la foi n'aurait plus de vie publique et périrait bientôt étouffée dans les cœurs pusillanimes, catacombes ruineuses, dont la peur ferait crouler les murs !

Heureusement, Messieurs, qu'au milieu de ces esclaves, il y a des libres sur lesquels les lâchetés du respect humain n'ont pas de prise. Quoi qu'on pense, quoi qu'on dise, ils veulent avoir le droit de croire tout ce que Dieu leur a enseigné, de confesser hautement leur croyance, et de régler, au grandjour de la publicité, leur vie extérieure d'après les principes de leur foi. On les trouvera singuliers : qu'importe ! Jésus-Christ a dit aux siens : « Vos non estis de hoc miuido1 : Vous n'êtes

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