‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 30 sur 92 · Ephes., cap. ni · texte numérisé non relu

Ephes., cap. ni

plaire. On ne peut être bien père que lorsqu'après avoir participé à sa puissance, on imite son action providentielle, en ayant soin d'obéir en toutes choses à sa suprême direction et de servir ses desseins.

Or, Messieurs, les desseins de Dieu vous 1er connaissez. Vous savez ce qu'il veut en vous associant à sa paternité. Il veut autre chose que la vie appauvrie qui sort de vos entrailles, autre chose que l'être déchu que vous faites entrer dans le monde par la porte du péché et que vous vouez, en lui donnant inexistence, à la privation de l'éternel bonheur auquel il était destiné. — Dieu veut un être animé de sa propre vie. rempli de sa grâce et digne de iouir de sa gloire. La souche immaculée de la race humaine devait produire spontanément cette merveille ; mais le péché lui a fait perdre sa sève divine, et, dès lors, elle a cessé d'être, par voie de génération, l'instrument de la paternité surnaturelle de Dieu.

Cela veut-il dire, Messieurs, que vous n'êtes plus, à aucun titre, les coopérateurs de cette paternité? — Nullement. Vous ne pouvez plus donner à vos enfants la vie surnaturelle en leur donnant votre sang; mais vous êtes tenus, dans l'acte

redoutable par lequel votre vie se communique, d'obéir à la loi providentielle plutôt qu'à IVgoïsme de vos appétits ; vous êtes tenus de ne pas ajouter aux convoitises de la nature, funestes compagnes du péché d'origine, l'influence des habitudes acquises, que tout générateur fait subir à ceux qu'il engendre ; vous êtes tenus de préparer, par le respect de vous-même et par la pratique des vertus chrétiennes', les vases animés qui doivent recevoir la vie de Dieu. Vous ne pouvez plus donner la vie surnaturelle à vos enfants: mais vous êtes tenus de la demander aux éléments sanctifiés dans lesquels Dieu a fait passer la puissance génératrice, que vous avez perdue. Et ce n'est que le commencement de votre coopération.

Par la vertu sacramentelle du baptême, Dieu purifie et régénère les fruits de votre vie amoindrie : vos enfants deviennent ses enfants. Lumière, force, habitudes sacrées, tout ce qui fait le chrétien, ils le possèdent, mais ils n'en ont pas encore l'usage. Dieu les y prépare par une action latente de sa paternité. Toutefois, il a résolu de ne pas agir seul, en cette œuvre de développement, et, de nouveau, il demande votre

concours. C'est le devoir de votre paternité d'apprendre à l'enfant, aussitôt que sa raison s'éveille. que. s'il vous doit la vie de la nature, il doit à Dieu la vie de la grâce; que, s'il est votre enfant. il est bien plus l'enfant de Dieu. C'est avons qu'il appartient de faire pénétrer dans son âme la lumière extérieure qui. se joignant à la lumière intérieure, lui fait connaître les mystères divins qui l'ont transformé. C'est à vous qu'incombe la culture des germes sacrés que Dieu excite invisiblement : à vous de présenter à la foi les vérités qu'il faut croire ; à vous de montrer à l'espérance le terme sublime qu'il faut atteindre ; à vous de proposer à la charité le souverain bien qu\ fa t aimer; à vous, enfin, de mettre, par une religieuse éducation, vos enfants en mesure de se montrer ce que Dieu les a faits par le baptême : des chrétiens.

Je comprends, Messieurs, qu'un père, qui n'est point au courant des grands desseins de Dieu, et qui ignore le profond et doux mystère de sa paternité surnaturelle, se contente d'obéir aux lois de la nature dans la génération comme dans l'éducation de ses enfants. Il ne se croit obligé qu'à faire des hommes bien portants, intelligents. hon-

nètes et utiles. Une bonne hygiène est son principal souci, jusqu'à ce que l'intelligence éveillép réclame ses soins. Il en voit avec bonheur l'épanouissement ; il surveille et dirige ses évolutions ; il lui mesure discrètement les mets dont elle se nourrit ; il l'orne, petit à petit, de toutes les connaissances humaines qu'elle peut acquérir ; et, s'il n'en peut faire l'éblouissante lumière du génie ou d'un talent éminent, elle sera, du moins, le modeste flambeau d'un homme convenablement instruit. L'éducation va de pair avec l'instruction : éducation forcément restreinte, qui n'apprend à l'enfant que les devoirs d'une morale vulgaire que menacent bientôt les passions, dépourvues de frein divin. Le tout est couronné parla recherche laborieuse d'une carrière où l'adolescent, arrivé au terme de l'élevage, s'installe pour devenir un citoyen utile, et s'apprête à recommencer, sur une autre génération., ce qui a été fait pour lui.

Je ne crois pas, Messieurs, que la paternité ainsi entendue puisse produire des chefs-d'œuvre de vertus. Mais, quels que soient les résultats qu'elle obtienne, il est certain que vous ne pouvez pas vous en contenter.

94 LA PATERNITÉ CHRÉTlÉNNK.

Le pore chrétien doit obéir, sans doute, aux lois de la nature et s'appliquer à former l'homme sain, intelligent, honnête et utile ; mais, obligé d'entrer dans les vues de Dieu et de s'unir à Faction de sa paternité surnaturelle, il doit s'appliquer, par-dessus toutes choses, à former le chrétien. La santé est un bien précieux qu'on ne saurait trop mettre à l'abri des influences malignes qui l'assiègent, et que l'enfant doit apprendre à conserver; mais plus précieux est le trésor de l'innocence, plus précieuse est la vie de la grâce; et, pour en faire comprendre le prix à l'enfant, il ne faut pas craindre de lui répéter souvent cette parole d'une mère héroïque : k Mon fils, je vous aime tendrement ; mais j'aimerais mieux vous voir mort que de vous voir commettre un seul péché mortel envers Dieu. » Les connaissances humaines sont choses utiles, la science est chose honorable; mais les principes de la foi priment tout, et rien n'est plus nécessaire ni plus grand que de les faire entrer d'abord et de les fixer solidement dans une âme enfantine, afin de l'habituer aux profondes vues., à l'exacte mesure, à la sage direction de l'esprit chrétien. Il est bon d'exfcilcr une jeune âme aux résolutions viriles; mais

il faut que ces résolutions aient, avant tout, pour but le triomphe de la liberté chrétienne. On ne peut se dispenser de vouloir qu'un en fant soit honnête homme ; mais l'honnêteté doit servir de support aux grandes vertus caractéristiques de la vie chrétienne, et la pratique de tous les devoirs inférieurs doit être vivifiée, affermie, ennoblie par la pratique des devoirs supérieurs qui ont Dieu pour objet. Il faut préparer, en ce monde, la carrière d'un enfant; mais il importe plus de lui assurer l'éternelle carrière de gloire et de félicité où il doit entrer un jour, quelle qu'ait été sa fortune ici-bas.

Voilà, Messieurs, le devoir de la paternité chrétienne. Vous ne pouvez pas le renier, car il est fondé non seulement sur l'honneur que Dieu vous a fait en vous associant à sa paternité, mais sur les engagements que vous avez pris vousmêmes.

Le premier de ces engagements, c'est votre mariage chrétien. Lorsque vous avez demandé à Dieu la consécration des liens qui unissaient votre vie à une autre vie, votre honneur lui promettait, en échange, d'assurer à cette consécration tous ses effets. Or, ces effets ne se bornent

pas à la sanctification d'un couple pour lui-même et à l'indissoluble affermissement de ses mutuelles promesses, ils descendent jusqu'aux sources de la vie, ils s'en emparent, ils fondent la famille chrétienne. Par le mariage chrétien, vous vous êtes engagés à donner au Christ et à son Eglise autant de fidèles que vous auriez d'enfants.

Cet engagement, vous l'avez confirmé en présentant vos enfants au baptême. L'Eglise, à qui vous avez demandé pour eux l'honneur et la grâce d'une sainte initiation dans la société des enfants de Dieu, ne vous l'eût certainement pas accordée, si elle n'eut espéré de votre foi et de votre loyauté que vous rempliriez scrupuleusement vos devoirs de pères chrétiens. Je vous l'ai dit, Messieurs, le baptême, sacrement de notre grandeur surnaturelle, est un contrat divin qui crée des droits et des devoirs : droit de l'enfant à ce que la grâce qu'il a reçue devienne le point de départ et la règle de son éducation ; et, de la part de ceux qui ont voulu que ce droit fût établi, devoir d'assurer à l'enfant et de favoriser dans son âme l'évolution et l'épanouissement des germes sacrés que le sacrement y a déposés :

droit de l'enfant aux actes de la vie surnaturelle quia renouvelé son être ; par conséquent, devoir du père de faire de lui un chrétien.

Un chrétien ! c'est le seul être qui fasse honneur à vos engagements et en qui votre paternité puisse se complaire. Si vos fils sont beaux, forts, intelligents, instruits, illustres, puissants, honorés des hommes, s'ils ont tout ce qu'il faut pour flatter votre orgueil, vous ne pouvez pas encore être satisfaits. Ce n'est que lorsque vous voyez fleurir en eux l'esprit chrétien, la liberté chrétienne, la vie chrétienne, qu'il vous est permis de dire : « Hic est jilhts meus dilectus in quo miki complacui 1 : Voilà le fils que j'aime et en qui j'ai mis toutes mes complaisances. »

Votre devoir est défini, Messieurs, permettezmoi de vous demander comment vous l'accomplissez.

Vous n'êtes point, j'en suis convaincu, de ces chrétiens apostats qui, ne pouvant effacer dans

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