Matth., cap. ni
leur âme l'indélébile caractère de leur baptême, se vengent de leur impuissance en faisant une guerre impie à tout ce qui le leur rappelle. Tyrans domestiques, ils s'appliquent à faire peser sur le petit monde dont Dieu leur a confié le gouvernement le joug exécrable de leur irréligion. Leur femme est-elle timide, faible, complaisante ? Us l'asservissent, l'annihilent ou la corrompent. Ont-ils affaire à une chrétienne fière de sa foi et jalouse de sa liberté? Ils la boudent, la gourmandent, la rudoient, la maltraitent, et, surtout, ils se plaisent à déchirer son cœur maternel, en démolissant, par des railleries et des blasphèmes, les pieuses leçons qu'elle donne à ses enfants; en choisissant pour eux des écoles sans religion ; on étouffant, par des paroles violentes, les nobles protestations de sa foi alarmée ; ue lui laissant plus, pour défense, que ses prières et ses larmes. Vous n'êtes pas non plus, j'aime à le croire, de ces hommes légers, qui ne songent qa'à leurs distractions et à leurs plaisirs. N'ayant cure de L'éducation de leurs enfants que pour en faire des mondains présentables, et laissanf aller le reste au hasard, avec une indifférence criminelle qui favorise l'invasion de tous les oublis
et de tous les vices à leur foyer domestique. Yous êtes plus que des honnêtes gens, uniquement préoccupés de mettre ordre à leurs affaires temporelles et d'établir chez eux le niveau d'une moralité vulgaire. Vous avez conscience des devoirs de la paternité chrétienne ; vous voulez que la religion ait une place honorable à votre foyer et que vos enfants soient élevés chrétiennement. Mais, comment vous y prenez-vous pour donner suite à ce vouloir ? Payez-vous de votre personne ? Ne vous laissez-vous point trop absorber par le culte de vos intérêts ou par vos devoirs professionnels? Et, si vous croyez nécessaire de surveiller l'instruction tout humaine et la moralité de vos enfants, n'abandonnez-vous pas complètement à leur mère le soin de leur éducation religieuse ? Vous a^ez une femme intelligente, dévouée, instruite et pieuse, je le veux bien. Elle est tout entière à la tâche que vous laissez peser sur elle. Vous encouragez ses efforts, vous dites Amen à ses succès. Et vous croyez accomplir ains le devoir de votre paternité chrétienne.
Eh bieaî non, Messieurs. Sans vous en rendre compte, peut-être, vous créez pour la religion
de vos enfants, un péril dont vous ne connaîtrez bien la gravité que lorsqu'ils auront appris à raisonner leurs impressions. Aujourd'hui, ils ne voient que le dévouement de leur mère, plus tard, ils remarqueront l'absence de votre autorité. Il est à craindre qu'ils ne se rappellent trop bien que vous, chefs de la famille, vous qui représentez l'intelligence, vous vous êtes désintéressés d'une chose qu'on leur disait être la plus importante de toutes. Il esta craindre que, comparant votre sollicitude pour leur instruction et la préparation de leur carrière à votre indifférence ou . du moins, à votre froide abstention dans leur éducation religieuse, ils ne pensent que les principes de la foi et leurs conséquences pratiques peuvent convenir aux femmes et aux enfants, mais qu'il est un âge où il est permis de les considérer comme de respectables superfétations.
Croyez-moi, Messieurs, vous ne serez véritablement pères que si vous intervenez activement clans l'éducation chrétienne de vos enfants. Ne me dites pas que vous n'avez pas le temps. Avec un peu de bonne volonté, vous trouverez bien quelques heures intimes, pendant lesquelles vous saurez ne pas moins faire qu'un Diderot, qui ap-
prenait le catéchisme à sa fille. Ne me dites pas que vous êtes incapables. Les premiers principes de l'instruction et de l'éducation religieuses sont choses qu'on ne doit jamais oublier. Rien n'est plus facile à un homme tant soit peu intelligent que de se mettre en mesure de savoir ce qu'il faut apprendre à un enfant, et, du reste, c'est en enseignant qu'on s'instruit le mieux. Ne me dites pas que c'est l'affaire des prêtres. Le premier des prêtres, c'est vous. Celui que l'Église consacre et députe à l'administration des choses saintes ne doit intervenir, en son temps, que pour compléter les religieuses leçons du foyer domestique. Ce qu'il enseigne est mal écouté, mal compris, mal retenu, lorsque sa parole tombe, comme une surprise, en des âmes que vous n'avez pas préparées. Au contraire, ses leçons, reçues avec respect, entrent sans difficulté et se fixent plus profondément dans de jeunes intelligences, quand il ne fait, en quelque sorte, que prendre la suite des traditions de famille. Remarquez bien que je. ne vous demande pas d'être les seuls organes de ces traditions et de ne point vous faire aider dans l'œuvre, si importante, de l'éducation chrétienne : mais, encore, faut-il que vous
preniez ouvertement la haute direction de celte œuvre et que vos enfants y sentent l'action de votre suprême autorité.
Toutefois, cette autorité serait inefficace, vous le comprenez parfaitement, si elle n'était soutenue par l'exemple. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il ne s'agit pas ici de l'exemple que doit donner un honnête homme, ni d'insister sur une vérité vulgaire que la sagesse païenne avait comprise. Par la plume d'un poète, âpre à flageller les travers et les vices de ses contemporains, elle disait : — « La nature le veut ainsi, les exemples domestiques nous corrompent plus vite et plus sûrement, parce qu'ils viennent de grandes autorités... On doit aux enfants le plus profond respect. 0 père, si tu prépares quelque chose de honteux, songe aux tendres années de ton fils ; quand tu vas pécher, sois arrêté par sa présence... Misérable! tu as peur que ton ami, qui doit venir, remarque les souillures qui salissent ton atrium et ton portique, et tu ne penses pas à ne laisser voir à ton fils qu'une maison sainte, sans tache et pure de tout vice ' » —Un