‹ Retraites pascales (volume 2)Chapitre 33 sur 92 · Act., cap · texte numérisé non relu

Act., cap

achevée, vous n'êtes pas au bout du devoir de votre paternité, lorsque, par l'enseignement et les exemples domestiques, vous avez formé un jeune chrétien. L'Apôtre vous a dit de l'élever dans la loi et dans la correction du Seigneur : « In correptione Domini. » Ce jeune chrétien a besoin d'être protégé.

Et contre qui le protégerez-vous? — Contre lui-même, d'abord : c'est-à-dire contre la légèreté, qui lui fait si facilement oublier les graves vérités sur lesquelles doit se régler sa vie religieuse; contre la paresse, qui lui fait négliger des devoirs importants, au moyen desquels s'établissent les habitudes chrétiennes ; contre les inquiétudes de sa raison, qui cherche des difficultés, en esquivant la certitude des choses les plus solennellement affirmées par votre autorité, organe de l'autorité infaillible de l'Église ; contre les curiosités malsaines, qui le mettent en quête de ce que son âme, encore faible et inexpérimentée, doit ignorer; et, surtout, contre les'passions, qui fermentent dans sa jeune nature et se montreront un jour, si on les iaisse grandir, les ennemies acharnées de la foi et des vertus que vous avez semées et cultivées.

Tout cela doit être l'objet d'une direction douce et ferme, où la tendresse se mêle à la justice. Tout cela demande de sages corrections, qui n'épargnent aucune faute, et qui, bien loin d'avilir l'enfant, le relèvent à ses propres yeux, en lui faisant mieux comprendre le prix de son âme régénérée et la grandeur de sa vocation chrétienne.

Protégé contre lui-même, l'enfant chrétien doit être protégé contre toute influence malfaisante du dehors. Un père qui comprend son devoir écarte impitoyablement les compagnies dangereuses et suspectes, lors même qu'il n'y verrait d'autre péril que l'affaiblissement dusens chrétien dans l'âme de son enfant. Il impose silence non seulement aux libertés de langage qui outragent la pudeur, mais à toute parole qui offense la religion, non seulement aux blasphèmes et sophismes qui attaquent de front les vérités de la foi, mais à toute plaisanterie qui fait rire aux dépens des choses saintes. Lors même qu'il se tait.il est facile de lire dans son attitude grave et dans son regard indigné cette noble maxime des anciens : « Maxima debetur puero reverentia », mieux encore, cet anathème du

Sauveur : « Malheur à qui scandalise les enfants ' ! »

Ah! s'il pouvait toujours les garder auprès de lui, ces chers petits! Mais souvent il faut qu'il s'en sépare, et qu'il confie à d'autres le soin de compléter l'enseignement des choses humaines qu'il n'a pu qu'ébaucher. Le foyer domestique entre en rapports avec l'école.

Quelle sera cette école, Messieurs ? — Une agence de l'Etat, s'emparant de la jeunesse pour la façonner à son gré, au mépris de vos droits paternels? — C'est ce que prétendent les pédagogues impies qui ont rêvé de déchristianiser Féducationde l'enfance. Mais vous ne pouvez pas laisser prévaloir cette erreur monstrueuse, sans abdiquer le plus sacré des devoirs de votre paternité. Non, l'école n'est pas une agence de l'Etat, c'est un prolongement de la famille. Les maîtres que vous donnez à vos enfants ne sont pas les fonctionnaires d'une puissance qui se substitue à votre inviolable autorité, et confisque votre mission; ce sont les auxiliaires de votre

1. Qui scandalizaverit unum de pusillis istis, expedit ei ut buspendatur mola asinaria in collo ejus. et demergatur in profuudum maris. (Matth., cap. xvm, 6.)

sollicitude et de vos légitimes ambitions, les représentants de votre ministère sacré, les continuateurs des religieuses traditions du foyer domestique. Que l'Etat contrôle leur capacité et surveille leur conduite, je le veux bien, pourvu qu'il soit contrôleur et policier impartial, et qu'il se borne à vous rendre un service. Mais il lui est interdit d'empiéter sur ie droit que vous donnent la nature et la religion.

Or. en vertu de ce droit, vous pouvez, vous devez même exiger des maîtres de vos enfants qu'ils se souviennent qu'un baptisé ne doit pas être instruit comme un païen, que leur parole et leur exemple laissent intact, s'ils ne le rendent plus profond, le religieux caractère qui vous permet de vous complaire dans les fils de votre sang et de votre piété, qu'ils confirment, enfin, l'œuvre sainte que vous avez commencée en formant des chrétiens. Donc, toute école où les préoccupations de l'esprit l'emportent sur l'attention qu'on donne aux mœurs, toute école où la science est systématiquement séparée de la foi, toute école où l'Église, qui représente les litres de Dieu, n'est que parcimonieusement tolérée, si elle n'est pas mise à la porte, toute

école qui ne continue pas, en les élevant davantage, les nobles, purs et saints enseignements du foyer domestique est un lieu malsain, auquel des parents chrétiens ne peuvent confier le plus cher bien qu'ils aient au monde. Pour des chrétiens, il faut des écoles chrétiennes.

C'est le devoir de votre paternité, Messieurs, de soutenir ces écoles chrétiennes, partout où l'on s'applique à les démolir; de les créer là où elles n'existent pas. Allez-y de tout votre courage et jusqu'au sacrifice, et qu'il soit manifeste que la ligue des fidèles n'est pas moins âpre à faire valoir ses droits, que la ligue des apostats à imposer sa tyrannie.

Là où les écoles chrétiennes vous manquent, redoublez de vigilance, de soins et d'efforts, pour parer aux dangers du silence auquel les maîtres sont condamnés à l'endroit de la religion. Instruisez davantage; faites parler plus éloquemment vos exemples ; cherchez, hors de l'école, des auxiliaires de votre religieuse sollicitude; profitez de toutes les heures libres et de toutes les occasions pour rappeler à vos enfants le Dieu qu'on leur cache, les vérités et les devoirs qu'on voudrait leur faire oublier; et n'ayez pas peur

de leur faire comprendre qu'il y a, dans leur éducation scolaire, un vide coupable et funeste que vous vous efforcerez de combler.

Là où l'école devient manifestement antireligieuse et antichrétienne, n'hésitez pas un seul instant. Retirez vos enfants; résistez énergiquement à toute contrainte; invoquez la protection de la loi contre l'abus des lois ; et forcez les ennemis de Dieu à démolir eux-mêmes leur œuvre impie, en se déshonorant par la violence.

Pères! pères! l'avenir de la jeunesse chrétienne dépend de la manière dont vous accomplirez votre devoir. Si vous laissez usurper les droits de la famille, c'en est fait de la religion des futures générations. Songez à elles en protégeant celle qui vous doit la vie. Par votre activité, vos sacrifices, vos combats, vos nobles résistances, créez un courant d'opinion qui balaye l'erreur au moyen de laquelle on prétend couper les naturelles et indispensables relations du foyer domestique et de l'école. Ne laissez pas dire que la religion exaaère vos droits et vous fait oublier le bien public ; mais prouvez plutôt, en élevant vos enfants selon la loi et daus la correction du Seigneur, que vous formez, entre tous les citoyens,

les plus soumis aux lois et les plus dévoués à leur pays, et qu'ainsi la paternité chrétienne est la source du plus pur civisme et du plus généreux patriotisme.

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