Ephes., cap. v
ne pouvez parcourir les annales du christianisme sans les rencontrer à chaque pas. Ce sont les martyrs, qui volent au-devant des supplices; c'est un Ignace d'Àntioche, qui écrit aux Romains : « Viennent contre moi le feu, la croix, les bêtes, ce qui brise les os, ce qui divise les membres, ce qui broie le corps, tous les tourments inventés par la malice du démon : je suis heureux, pourvu que je jouisse de mon Christ * ; » c'est un Dominique, qui fuit les lieux où il est honoré, pour aller là où on le tourmente; c'est un François Xavier, qui s'écrie : « Encore ! Encore i » c'est un Jean de la Croix, qui demande pour récompense de ses travaux de souffrir et d'être méprisé pour Dieu; c'est une Thérèse, une Marie-Madeleine de Pazzi, qui poussent ces cris héroïques : « Ou souffrir, ou mourir! — Jamais mourir, toujours souffrir! » Et, cependant, il semble parfois que ces grandes âmes vont être écrasées par la douleur. Eh bien, non ! Comme ces forts soubassements qui soutiennent les colonnes ruineuses d'un temple antique, on croit qu'elles vont
1. Tgnis, crux, bestiae, confractio ossium, membrorum divisio, et totius corporis contritio, et tota tormenta diaboli in me veniant : tantura ut Chri&to fruar.
tomber bientôt, mais les tempêtes et les siècles passent, le temple est encore debout; ainsi Dieu, cacbé dans les profondeurs des âmes héroïques, ses temples vivants, les soutient contre les assauts de la douleur. C'est sa manière de récompenser leur amour ici-bas.
Je dis ici-bas, Messieurs, car Dieu réserve d'admirables récompenses à la souffrance chrétienne ; il est temps de vous en montrer le bienheureux terme. Ce terme est, pour tous ceux que le Christ a enfantés dans la douleur, ce qu'il a été pour le Christ lui-même. Or, « nous le voyons », s'écrie l'Apôtre, « nous le voyons, ce Jésus, couronné de gloire et d'honneur à cause de sa passion : Videmus Jesum, pr opter passionem moris gloria et honore coronatum * . » Et lui-même, avant d'ouvrir triomphalement la porte des cieux, nous a dit : « Il a fallu que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire : Oportuit pati Christumet ita intrare in gloriam suam J. » Le temps ne me permet pas d'insister sur les sublimes rapports delà douleur et de la gloire. Il vous suffira, je pense, de savoir que l'une est la porte assurée de l'autre.