Luc, cap. xxiv, 2G
Toute souffrance endurée chrétiennement sur cette terre supprime une souffrance qu'il nous faudrait subir, dans un autre monde, pour nous purifier des restes du péché, et nous fait arriver plus vite à l'éternelle récompense que Dieu nous destine. A toute souffrance endurée chrétiennement sur cette terre correspond, dans le ciel, un degré de gloire qui nous configure au divin triomphateur. Plus nous lui ressemblerons dans la douleur, plus nous serons rapprochés de lui dans la gloire. Soutenu par cet espoir, le chrétien, où qu'il en soit dans l'art de souffrir, peut s'écrier comme le grand Apôtre : « Je surabonde de joie en toute tribulation. » Et sa joie sera comblée, lorsque la splendeur et l'intensité de la félicité éternelle lui fera comprendre plénièrement le sens de cette devise des enfants de Dieu et des cohéritiers du Christ : « Si tamen compatimur, ut et congloriftcemiir. »
Notre méditation est finie, Messieurs. La croix nous a appris ce qu'il faut penser de la souffrance et comment un chrétien doit la supporter. Remercions-la des nobles et touchantes leçons qu'elle nous a données, et offrons-lui, tous ensemble, l'hommage vengeur de nos respects et de
notre amour. Il y a, hélas ! même parmi ceux qu'elle a enfantés à la vie chrétienne, des légions de misérables qui l'abhorrent. Indulgents pour les ordures qui corrompent le peuple, ils lui font la chasse comme à un objet malfaisant. Je comprends leur fureur. La croix condamne les passions qu'ils voudraient satisfaire, la croix leur rappelle que le pécheur doit souffrir, la croix leur annonce qu'ils n'échapperont pas à la justice divine, la croix trouble leurs instincts matérialistes avides de bien-être et de plaisirs. En la supprimant, ils croient pouvoir jouir sans remords. Mais ils ont beau faire, ô croix bien-aimée, lu resteras, parce que nous te voulons. Nous te voulons, non seulement dans nos églises, royales demeures où tu présides à tous nos actes religieux, nous te voulons sur nos cœurs, dont tu apaises les gémissements et dont tu fais mériter toutes les peines; nous te voulons dans nos demeures, où tu nous fais attendre avec patience et résignation les visites de l'adversité, où tu conjures le découragement et le désespoir; nous te voulons dans nos écoles, où tu rappelles aux enfants qu'ils sont spirituellement issus du sang d'un Dieu immolé, et qu'ils seront les bienheu-
reux cohéritiers de sa gloire, après avoir été les glorieux compagnons de ses combats; nous te voulons dans nos tribunaux, où tu nous apprends, instrument de la justice de Dieu, à respecter la justice des hommes; nous te voulons sur les bords des chemins que nous parcourons en cette vallée d'exil, où tu nous dis : Passez, passez, tout bonheur de la terre est trompeur, il n'y a de vrai que le bonheur des cieux ; nous te voulons dans nos cimetières, où tu protèges nos dépouilles humiliées, où tu protestes contre les derniers sévices de la mort et du péché, écrivant sur chacun des atomes de notre chair, à mesure qu'elle se dissout : — Le chrétien n'a souffert que pour être glorifié avec le Christ, son Roi, dans l'éternelle résurrection : « Si compati- ?nur, ut et conglorificemur. »