SAINT JOUR DE PAQUE3 ALLOCUTION
Sanctum quoque Paraclitum Spirilum.
. Messieurs,
L'Église veut que les louanges de l'Esprit-Saint retentissent dans les actions de grâces que nous rendons à Dieu pour ses grands bienfaits, parce que l'Esprit-Saint est le don suprême de l'amour divin. Tous ensemble nous avons maintes fois béni et confessé, après nos communions, le Père, qui remplit de son immense majesté le ciel et la lerre, dont la parole féconde a fait jaillir du néant le monde et ses harmonies, à qui nous devons de vivre, de régner sur les créatures, et d'être destinas à l'éternelle et ineffable béatitude de la vi-
sion divine; le Fils, substantielle et vénérable image du Dieu qui l'engendre, humilié pour nous dans le sein d'une Vierge, victime de nos péchés, restaurateur de l'humanité déchue, vainqueur de la mort, source de toutes les grâces, fondateur de la société chrétienne. C'est aujourd'hui le tour de de TEsprit-Saint, dont nous avons appris à connaître les sublimes opérations dans les sacrements de notre régénération et de notre perfectionnement : Sanctum quoque Paraclitum Spiritum.
Lui rendre hommage. Messieurs, ce n'est point détourner votre attention du grand mystère qui vient de sanctifier vos âmes; car là où est Jésus- Christ, là est son Esprit. Il le respire en tous ceux qu'il vivifie. S'il vous donne sa chair et son sang dans l'Eucharistie, croyez bien qu'il ne veut pas s'en tenir à l'union purement transitoire de votre âme avec sa personne adorable : son dessein est de rester avec vous quand le sacrement sera consumé, et ce dessein s'exécute par l'union permanente de votre esprit avec son Esprit.
On le perd par le péché, ce don exquis de l'amour divin; mais il laisse dans les caractères sacramentels des traces de son passage, des signes de rappel, que ne peuvent effacer ni
les sacrilèges efforts de nos actes coupables, ni la fange de nos habitudes dépravées. Chassé de l'âme, il est tout prêt à rentrer dans son temple profané, dès que l'aspersion du sang- de Jésus- Christ l'aura purifié et qu'on y pourra célébrer de nouveau les mystères divins.
Or, l'aspersion du sang- de Jésus-Christ, vous l'avez reçue par la pénitence: les mystères divins, vous venez d'y participer. Réjouissez-vous, Messieurs! Jésus-Eucharistie va vous rendre'son Esprit, et faire revivre les prodiges de lumière et dp force qui ont illustré votre régénération par le baptême et votre enrôlement dans la milice du Christ par la confirmation.
Sauveur bien-aimé, exhalez encore une fois votre divin souffle, et dites à tous ces hommes que vous possédez, en ce moment, ce que vous avez dit à vos apôtres : « Accipite Spirilum Sanctum. » Et vous, Esprit-Saint, venez : Veni, Sancte Spirihis.
Yous êtes lumière : Éclairez nos âmes et faitesles marcher droit à travers les si nombreuses erreurs qui conspirent contre les principes de la foi. Ne permettez pas que nous soyons séduits par les sophismes auxquels se laissent prendre
taut d'esprits faibles. Restaurez et fortifiez eu nons l'esprit chrétien que nous avons reçu au baptême, et préservez-le des monstrueux alliages qui le déshonorent. Pendant que les fils d'iniquité s'efforcent de cacher au monde la face adorable de Dieu, faites-nous penser à lui, révélez-nous ses infinies perfections, réveillez en nous le souvenir de ses bienfaits, montrez-le nous en toutes choses ; que ses enseignements, ses desseins, sa volonté, sa sainteté, soient la mesure de nos connaissances, de nos jugements, de nos affections, de nos actes et de nos vertus. Que la gloire qu'il nous a promise étouffe en nos cœurs chrétiens l'estime des biens périssables et menteurs auxquels l'esprit du siècle attache une si grande importance. Et, puisque nous sommes, sous le rayonnement de vos dons , lumière dans le Seigneur , faites-nous marcher comme des enfants de lumière. Assez d'autres s'égarent dans la nuit profonde du mensonge, que tous ceux qui sont ici demeurent dans la vérité.
Esprit de Dieu, vous êtes force : Affermissez en nous la liberté chrétienne et délivrez-nous pour jamais de tous les esclavages. Donnez-nous le
courage de toujours penser, parler et agir conformément aux principes de notre foi ; de faire prévaloir ces principes contre toutes les contradictions des pouvoirs, de l'opinion et des passions, et de ne nous laisser humilier ou enchaîner ni par la peur, ni par la honte, ni par la mollesse. En tous nos combats, faites-nous si bien sentir votre victorieuse assistance que nous puissions traverser, le front haut, les vils troupeaux d'esclaves qui flattent les pouvoirs prévaricateurs, se laissent mener par l'opinion et se traînent humiliés sous le joug honteux de leurs passions , et leur apprendre , par notre noble et généreuse indépendance, que là où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté : « Ubi SpiritîtSj ibi libertas. »
Esprit de lumière, faites-nous si bien comprendre le prix de la vie chrétienne et la féconde verlu de la grâce que nous n'ayons rien plus à cœur que de fermer nos âmes aux envahissements du péché, et de préserver nos œuvres de la stérilité qui, trop longtemps, les a déshonorées, afin que nous puissions être, en toutes choses, le peuple que Dieu agrée : « Pftpulvm acceptabilem. »
Esprit de force, faites-nous renoncer à l'impiété et aux désirs du siècle, résister aux entraînements de la vie mondaine, vivre sobrement, justement et pieusement au milieu des tentations qui nous invitent à l'abus du bien-être et des plaisirs, à l'âpre et déloyale recherche des honneurs et des biens de ce monde, à l'oubli de Dieu et des saintes lois de l'amour chrétien, passer, enfin, comme des étrangers sur cette terre, l'œil toujours fixé vers le ciel, objet de notre bienheureuse espérance.
Esprit de lumière, pénétrez-nous d'une profonde estime pour l'honneur que Dieu nous a fait en nous associant, par la paternité chrétienne, à sa paternité surnaturelle.
Esprit de force, faites-nous accomplir sagement, noblement, héroïquement, les devoirs de cette paternité chrétienne, par l'enseignement, l'exemple, la protection. Si nous sommes doux et dociles comme des agneaux dans les offices de notre vie civique , rendez-nous intrépides comme des lions quand il s'agira de revendiquer les droits du baptême, et de soustraire l'enfance chrétienne aux profanations des outranciers du laïcisme.
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Esprit de lumière, Esprit de force, nous ne savons quelles douleurs nous prépare l'iniquité triomphante. Mais, quoiqu'il arrive, rappelez-nous que nous sommes les membres et les cohéritiers du Christ martyr, et, jusqu'au bout de L'épreuve, configurez-nous par la patience à ses douleurs, afin que nous participions à sa gloire : « Sicompatimur, ut et conglorificemur. »
M vient, Messieurs, il est venu, le lumineux et tout-puissant Esprit de Dieu! A l'heure où je vous parle, le Christ, que vous avez reçu dans la sainte communion, le respire en vos âmes.
Urne semble le voir réparer et graver plus profondément les traits de votre physionomie divine, rétablir et affermir vos puissances sacerdotale:?, creuser de mystérieux canaux pour recevoir les grâces de choix dont vous avez besoin en ces temps difficiles, consolider l'armure dont vous fûtes revêtus au jour de votre enrôlement dans la milice de la foi. Abreuvés de sa lumière et investis de sa force, allez, et montrez-vous ce que vous ont faits les sacrements de baptême et de confirmation : les enfants de Dieu et les soldats de son Fils Jésus-Christ.