LUNDI SAINT PREMIÈRE INSTRUCTION
LA VISITE AL SAEST-SACREMEXT
Messieurs: ,
Quel mystère! Quelle merveille! Quel chefd'œuvre que l'Eucharistie! Mais aussi quel bienfait! Un Dieu, hôte du ciel, sans quitter le trône où il reçoit les éternels hommages des anoes et des élus, vient fixer sa demeure au milieu des enfants des hommes; un Dieu, pain vivant des habitants de la patrie, se fait le pain des voyageurs et des exilés ; un Dieu, déjà immole sur la croix, s'immole chaque jour sur nos autels, et répand autour de lui les mérites infinis de sun sacrifice. Nous avons admiré, dans ce bienfait, la
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puissance, la sagesse, l'amour du bienfaiteur'. En ces jours bénis de la retraite, nous avons mieux à faire. Sortis de nous-mêmes par l'admiration, reiilrons-y par le recueillement, et, à la lumière que projette sur notre vie chrétienne le sacrement de l'autel, étudions nos devoirs eucharistiques.
Le premier de tous, impérieusement déterminé par la présence même d'un Dieu, est le devoir de l'adoration. L'Église le réclame sous peine d'anathè-me2, el j'ose croire, Messieurs, que personne d'entre vous ne le refuse. Mais tous, assurément, n'en comprennent pas l'étendue. Autre chose est de s'incliner respectueusement devant une royale majesté quand on la rencontre, et aulre chose de fréquenter avec amour les lieux où elle réside et de répondre avec un joyeux empressement à ses invitations et à ses prévenances.
La présence de Jésus-Christ au milieu de nous n'est point le rapide passage d'un voyageur
1. Cf. Exposition du dogme catholique, Carême 1884 : Eucharistie.
2. Si quis dîxerit, in sancto Eucharistie sacramento. Christum unigenitum Dei Filium non esse cultu latrise, etiarn
externe), adorandum et ejus adoratores esse idoloiatras ;
anathema bit. (Conc. Trid., sess. xin, can. 6.)
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illustre qui va d'un pays à un autre, ne demandant aux lieux où il s'arrête qu'une courte hospitalité : point l'apparition d'un maître qui traverse la foule tremblante de ses serviteurs et s'empresse deJeur communiquer ses ordres ; point le voyage officiel d'un roi qui vient éblouir, pendant quelques jours, ses sujets, par le prestige de sa grandeur, et mendier leurs serviles acclamations. — Xon-. — C'est la visite à demeure, la perpétuelle résidence d'un ami qui fait ses délices d'habiter près de ceux qu'il aime. Admirable condescendance, qui mérite bien, ce me semble, que nous fassions quelques pas pour visiter Celui que d'in-' finies distances n'ont pas effrayé, quand il s'est agi de se rapprocher de nous.
La visite de Jésus-Christ, notre Dieu et notre ami.au très Saint-Sacrement, tel est. Messieurs, Tac le religieux dont je veux vous faire comprendre aujourd'hui l'importance. Vous l'avez peut-être considéré, jusqu'ici, comme une pratique surérogatoire qu'il faut laisser aux gens d'Eglise et aux dévots inoccupés; j'espëre vous montrer que c'est pour tous les chrétiens un devoir et un besoin
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Les convenances sociales ne nous imposent pas l'obligation de visiter ceux que leur état et leur condition placent sous notre dépendance et que le respect ou le besoin amènent auprès de nous, lien est autrement de ceux qui, plus élevés que nous en dignité et en puissance, ont droit aux témoignages de notre vénération, nous ont rendu ou peuvent nous rendre d'importants services. C'est un devoir pour nous d'aller leur présenter nos hommages, lors même que, trop jaloux do leur grandeur, ils se tiennent à distance et nous attendent avec une sorte de fierté. Maie, s'ils nous préviennent, s'ils s'abaissent vers nous, s'ils nous invitent gracieusement à profiter de leur condescendance, s'ils nous ouvrent, par cette condescendance, la porte de leur intimité et de leurs bons offices, le devoir devient tellement impérieux et pressant que, refuser ou négliger de l'accomplir, c'est non seulement offenser les règles du savoir-vivre et des convenances, mais se rendre coupable d'ingratitude et d'injustice.
Or, telle est, Messieurs, notre condition vis-à-
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vis do l'adorable visiteur qui, du ciel, est descendu dans nos tabernacles. Vrai Fils de Dieu, Verbe glorieux et tout-puissant, alors que c'était une obligation pour nous de le chercher, et de lui envoyer, des profondeurs de notre indignité et de notre misère, l'hommage anéanti de notre absolue dépendance, il nous a prévenus. Ce n'est point notre force qui l'amène en nos temples ; nouveaux Titans, nous n'avons pas escaladé le ciel pour arracher au sein du Père éternel le Fils chéri qui fait sa joie et en qui il a mis toutes les complaisances de son amour. Il n'a point cédé à la ferveur de nos unanimes supplications, car, hélas! pendant quarante siècles, l'humanité n'a guère fait entendre que des blasphèmes. C'est de lui-même, et par amour, qu'il est venu accomplir une vieille promesse, faite au père du genre humain ; et, parce que son inclination native le pousse aux excès d'amour et de générosité, il a consommé l'accomplissement de sa promesse par sa visite universelle, .quotidienne, perpétuelle, à l'humanité. Nous avons suivi, à travers les âges, la longue série de ses manifestations *, jusqu'au jour béni
1. Cf., Exposition du dogme catholique. Soixante-neuvième conférence : Les contrastes Eucharistiques. 2e partie.
où s'est fait entendre ce' te parole : « Ecce venio : Me voici, je viens. » C'était un enfant qui naissait dans une étable, et cet enfant s'appelait le Fils du Très-Haut. D'un bond gigantesque, le Verbe divin a franchi des espaces infinis; il ne reste plus à l'humanité que quelques pas à faire pour aller à sa rencontre. Le céleste visiteur tient à cette visite. Il v convie les bergers, par la voix des anges, les rois, par l'apparition d'une étoile miraculeuse. L'humanité tout entière, représentée par les grands et les petits, vient adorer sa majesté anéantie, et Bethléem devient le type du mystère d'amour qui nous donne un Dieu pour hôte, et la règle du premier de nos devoirs eucharistiques.
Mais les rois et les bergers n'entreront qu'une fois dans l'étable, car l'enfant divin va bientôt disparaître : l'hôte de nos tabernacles demeure éternellement. Quelle miséricordieuse bonté ! Quelle amoureuse condescendance dans sa visite sacramentelle ! Il ne se partage pas entre le ciel et la terre: il est toujours et tout entier dans le lieu de passage où les générations humaines peuvent venir, l'une après l'autre, jouir de son adorable présence.
Mais cette présence est voilée, et notre courte sagesse aurait peut-être mieux aimé moins de mystère. Puisque le Yerbe divin avait résolu de prolonger sa visite jusqu'à la fin des siècles, pourquoi ne se montre-t-il pas à nous sous sa forme naturelle? S'il ne peut, sous cette forme, résider en plusieurs lieux à la fois, pourquoi ne partage-t-il pas ses faveurs entre le ciel et la terre ? Il lui était si facile de continuer avec l'humanité chrétienne le commerce sacré qu'il avait commencé avec ses apôtres, après la résurrection! Alors, nous aurions véritablement joui de ses manifestations et compris sa visite. Mais il se cache, et notre foi inquiète est condamnée à lutter laborieusement contre le témoignage des sens et les révoltes de la raison. Pourquoi nous obliger ainsi à croire sans rien voir, et ne donner pour rendez-vous à la visite de ses adorateurs qu'un sacrement dans lequel ils ne peuvent, sans effort, constater la présence du Dieu à qui ils viennent rendre leurs hommages ?
Ces questions indiscrètes vous les avez probablement faites plus d'une fois, Messieurs. Je les ferais avec vous, si je n'avais appris à l'école des savants et des saints que l'Eucharistie, sacre-
ment d'amour infini, est aussi un sacrement de sagesse infinie.
Vous voudriez voir Jésus-Christ sous sa forme naturelle ? Eh bien, permettez-moi de vous dire que vous ne savez pas ce que vous demandez. La forme naturelle du Christ ressuscité n'est plus ce doux et charmant visage d'enfant qui souriait aux bersrers et aux rois : plus cette grave et candide figure d'adolescent où Marie et Joseph contemplaient le rayonnement toujours croissant de la sagesse éternelle ; plus cette noble et sainte face, en laquelle la majesté divine était si bien ménagée qu'elle n'effrayait personne, et dont les traits exprimaient, si spontanément, si premièrement, la bonté, la tendresse, la compassion, la miséricorde, qu'elle inspirait aux petits, aux malheureux et aux pécheurs une amoureuse confiance. La forme naturelle du Christ ressuscité, c'est une humanité glorieuse, en laquelle se manifestent toutes les perfections de la divinité, et dont les plus grands saints ne s'approchent qu'avec crainte et tremblement, même lorsqu'elle tempère l'éclat de sa gloire pour se montrer. Ah! si je ne voyais en vous qu'innocence et pureté, je comprendrais, peut-
être, votre désir ; mais, pécheurs comme vous l'êtes, si souvent souillés par des fautes grave*,, toujours flétris par une multitude d'imperfections, comment oseriez-vous affronter la présence de ce visage auguste sur lequel vous liriez l'indignation et la colère, le feu de ce regard profond qui pénétrerait vos âmes et vous reprocherait, dans sa lumière, toutes vos misères volontaires, toutes vos indignités? Voir Jésus-Christ sous sa forme naturelle 1 — Mais, dès que vous le sentiriez approcher, vous fuiriez pour lui dérober la vue de votre conscience troublée, et, au lieu de vous épancher en son sein, comme dans le sein d'un ami. vous vous écrieriez avec les anciens Israélites : « Non, non, que Dieu ne se montre pas, que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourrions ■ . m
Et puis, Messieurs, fussions-nous les plus saints des hommes, Jésus-Christ sous sa forme naturelle, soumis à la loi du lieu, ne pourrait faire auprès de chacun de nous que des apparitions. Nous le verrions un instant, et, pendant